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Accueil du site > Actualités > International > Crise alimentaire mondiale : se souvenir de la taxe Tobin-Spahn

Crise alimentaire mondiale : se souvenir de la taxe Tobin-Spahn

Au cours des dernières semaines, le monde occidental - quand son attention n’était pas captée par le parcours de la flamme olympique - a eu à se souvenir que des centaines de millions de personnes ne mangeaient pas à leur faim. Les objectifs du Millénaire pour le développement (dont celui consistant à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim entre 1990 et 2015) n’ont jamais semblé si désespérément loin. La flambée des prix a été d’une telle ampleur que la Banque mondiale recense une trentaine de pays où la situation est devenue critique (Haïti, Egypte, Mexique, Sénégal...). Cela a suscité un branle-bas de combat à la Banque mondiale qui évoque un New Deal alimentaire, au Programme alimentaire mondial de l’ONU qui réclame urgemment 500 millions de dollars supplémentaires pour continuer à nourrir ses 73 millions de bénéficiaires et même au FMI qui appuie ces demandes. Les Européens - du moins quand ils s’expriment - restent fidèles à eux-mêmes en réagissant en ordre dispersé. Cependant, alors que tous s’offusquent de la situation, la Commission européenne nous apprend que l’aide publique au développement versée par les Etats membres en 2007 a été inférieure d’un milliard d’euros à celle de 2006 (0,5 % du PIB alors que l’objectif pour 2010 est fixé à 0,56 % et 0,7 % en 2015) et que les finances publiques des pays de la zone euro n’ont jamais été aussi bonnes depuis... 1973 ! Les fortes augmentations de prix ont été mises sur le compte des tensions entre l’offre et la demande (stocks au plus bas depuis 30 ans, sortie de la pauvreté de 400 millions de Chinois depuis 1979), des aléas du climat (Australie, Ukraine) et la réorientation de la production pour assouvir les besoins en biocarburants (cf. l’objectif européen de 10 % de biocarburants d’ici 2020).

Corriger la spéculation financière comme accélérateur du malthusianisme

Mais une explication a systématiquement été occultée : la spéculation financière qui a amplifié toutes ces frictions. Or, quand la crise du subprime a éclaté en août 2007, les fonds d’investissement (hedge funds, fonds de pension) ont « retiré leurs billes » de ce marché pour réinjecter leur argent là où il y a un fort potentiel de croissance : l’énergie (l’AIE prévoit une hausse de 55 % de la demande énergétique mondiale d’ici à 2030) et l’alimentation (avec le décollage de la Chine et de l’Inde qu’il faut mieux et davantage nourrir) [1]. Le président de l’Association générale des producteurs de blé (France) « chiffre la part de la spéculation dans le cours du blé à 20 % » [2]. L’activité sur les marchés à terme conforte cette hypothèse car ils ont été stables pendant la décennie qui a précédé l’été 2007. Dès lors, si la Chine était responsable de la montée des prix, ceux-ci n’auraient pas grimpé subitement ; l’augmentation aurait été graduelle, lissée. Aussi, les hausses des prix du lait (et donc de ses nombreux dérivés), du café et du riz ne peuvent être attribuées aux biocarburants qui sont produits à partir de soja, maïs et colza. Une telle inflation des produits alimentaires ne semble pas prête de retomber : la puissance de feu des hedge funds qui avait triplé entre 2000 et 2007 pour atteindre 6 000 milliards de dollars (à titre de comparaison, l’ensemble des entreprises cotées en Bourse avait une capitalisation boursière de 51 400 milliards $) devrait encore fortement augmenter au cours des prochaines années (9 et 12 000 milliards d’ici 2012) [3]. Partant du principe qu’entre 5 et 15 % spéculent sur les matières premières, les devises, etc. et/ou les intègrent dans leur portefeuille d’investissement à des fins de diversification des risques, c’est beaucoup d’argent qu’ils vont encore déverser sur ces marchés sans qu’ils en accroissent la capacité productive et, par conséquent, élèvent leur cours. Et de se remémorer les jours où, suite à la crise asiatique (1997) et à ses débordements dans d’autres régions du monde, la taxe Tobin-Spahn était régulièrement évoquée. Pour rappel, cette taxe du nom d’un ancien Prix Nobel d’Economie et d’un économiste allemand visait à prélever un pourcentage sur les mouvements spéculatifs portant sur les devises de manière à les dissuader et à stabiliser le système monétaire international. Par la suite, les milieux progressistes avaient imaginé d’affecter cette recette ainsi collectée (estimée à 50 milliards de dollars par an) au développement des pays les plus pauvres. En 2004, les parlementaires belges avaient adopté une loi instaurant cette taxe qui n’entrerait en vigueur que lorsque tous les partenaires de la zone euro suivraient cette voie [5]. Au vu du « tsunami humanitaire » vers lequel on s’achemine, le principe de la taxe pourrait être élargi pour englober la spéculation sur les denrées de première nécessité comme les céréales, le maïs, le riz... (Dans un souci de prévoyance, ajoutons déjà l’eau à la liste...) Cette initiative ne peut évidemment être portée que par une union monétaire et pas par la seule Belgique qui, seule, ne pèse rien. Voilà un nouveau challenge pour la zone euro qui soufflera ses dix bougies l’année prochaine et un sujet qui pourrait devenir un motif de campagne à l’occasion des élections européennes de juin 2009. Se doter d’un tel projet renforcerait la représentation de la zone sur la scène internationale et concrétiserait la volonté inaboutie de redorer « la dimension sociale de la mondialisation »[5].

Ensuite - et ce serait une autre histoire -, il faudrait s’assurer que les produits de la recette soient dirigés prioritairement vers la production pour les marchés domestiques plutôt que vers l’exportation. Car on ne peut s’étonner avec le FMI du paradoxe selon lequel certains des pays les plus frappés affichent des taux de croissance très élevés (celle-ci étant dopée par les exportations de leurs matières premières). In fine, cela pose la question de la distribution des ressources que le même FMI avait poussées à la concentration dans les mains de quelques grands propriétaires terriens et multinationales à travers ses aides financières conditionnées à la libéralisation de ces marchés... Bref, face à la gravité de la crise, les institutions internationales se réveillent. Espérons que les Européens feront de même.

(article publié dans La Libre Belgique, 30 avril 2008)



[1] Voir aussi Banque de France, Revue de la Stabilité Financière, n°9, décembre 2006

[2] Le Monde, 24 avril 2008

[3] McKinsey, The new power brokers : how oil, Asia, hedge funds and private equity are shaping global capital markets, octobre 2007

[4] Loi instaurant une taxe sur les opérations de change de devises, de billets de banque et de monnaies. Publication au Moniteur du 24 décembre 2004.


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15 réactions à cet article    


  • Zkyx 1er mai 2008 11:02

    Voici un article intéressant, avec une suggestion plus qu’intéressante, bien que je serais surpris que les gouvernements osent appliquer cette idée.

    Les gens et organisations qui se cachent derrière le terme flou "d’investisseurs" sont pour moi les criminels des temps modernes. Prisonniers qu’ils sont de leur folle logique de gains, ils sont prêts à faire mourir des millions de personne de faim. Ils représentent ce qu’il y a de plus abject dans le libéralisme : ils causent des problèmes énromes et c’est aux autres (pauvres ?) de payer les pots cassés pendant qu’ils amènent leur potentiel destructeur à un autre endroit.

    Le pire c’est que ces parasites nous survivront car eux ils ont les fesses bien au sec !


    • Yvance77 1er mai 2008 12:08

      Oui article interessant mais quand je lis le titre :

      Crise alimentaire mondiale : se souvenir de la taxe Tobin-Spahn

       

      ... je pense que l’auteur oublie purement et simplement un mal dont souffre les politiques, argentiers et economistes de notre beau monde liberal. C’est le symdrome de l’amnesie selective, celle qui consiste a ce qu’une bonne idee soit enfouie dans les lymbes des memoires des possedant.

       

      Achhhh 1789 faudrait qu’un jour refaire le remake de cette saga

       

      A peluche


      • OmegaDG OmegaDG 2 mai 2008 03:31

        1789 : à la lanterne les aristots

        2008 : au Tobin les spéculots.


      • sisyphe sisyphe 1er mai 2008 12:53

        Entièrement d’accord avec l’analyse faite dans cet article, sauf que la "Taxe Tobin" prévue était absolument dérisoire (de l’ordre de 0 virgule 0 et quelques pour cent).

        Il faut instaurer une VERITABLE taxe sur la spéculation ; de, pourquoi pas, 10% : voilà largement de quoi venir en aide aux pays touchés par les pénuries alimentaires, d’eau, de soins, etc....

        Et instaurer une régulation qui empêche la spéculation sur tous les produits de première nécessité : nourriture, soins, logement, eau....

        De quoi laisser aux spéculateurs encore largement de quoi pirater l’économie, mais permettre d’épargner les ressources vitales de ce fléau.


        • impertinent3 impertinent 1er mai 2008 14:38

          Je dois apporter un petit correctif. La taxe Tobin est effectivement prévue avec un faible pourcentage mais suffisant pour dissuader les mouvements financiers purement spéculatifs* sans gêner les mouvements financiers effectivement lié à des transactions commerciales légitimes. Elle est complêtée par l’apport de Spahn qui prévoit de taxer à 80 % les mouvements financiers clairements identifiée comme spéculatifs.

           

          * Les mouvements spéculatifs se caractérisent par des multiples échanges extrèmement rapides, avec, pour chaque échange individuel, un faible rendement, c’est le grand nombre de ces échanges qui les rend hautement bénéficiaires pour leurs initiateurs (et néfastes pour l’économie en général). Le faible rendement individuel d’un échange spéculatif le rend assez sensible à une taxe, même avec un faible pourcentage.


        • sisyphe sisyphe 1er mai 2008 19:06

          par impertinent (IP:xxx.x16.168.233) le 1er mai 2008 à 14H38

           
          Je dois apporter un petit correctif. La taxe Tobin est effectivement prévue avec un faible pourcentage mais suffisant pour dissuader les mouvements financiers purement spéculatifs* sans gêner les mouvements financiers effectivement lié à des transactions commerciales légitimes. Elle est complêtée par l’apport de Spahn qui prévoit de taxer à 80 % les mouvements financiers clairements identifiée comme spéculatifs.
           
          Dont acte. Je ne savais pas ça !

        • Martin sur AgoraVox Martin sur AgoraVox 1er mai 2008 14:31

           

          Quelle que soit l’assiette d’imposition si l’impôt est prélevé pour au développement (par exemple la taxe Tobin-Spahn ou autre type de prélèvement obligatoire) ou quelle que soit tout autre manière de récolter les fonds (aides bénévoles etc), la question la plus importante est quelle est l’utilisation de ces sommes.

           

          Car à quoi sert de produire de plus en plus d’aliments si en même temps la démographie de certaines régions de la planète conduit à une croissance incontrôlée de la population mondiale ?

           

          Concernant la faim dans le monde, il y a d’une part l’effet des spéculations sur le prix des denrées alimentaires ce qui rend les aliments inaccessibles aux pauvres, il y a d’autre part l’orientation des productions agricoles vers l’industrie non-alimentaire (agro-carburants ...) ou vers la production de la nourriture pour animaux d’élevage (car l’habitude injustifiée de manger quotidiennement la viande se propage sur la planète) ce qui réduit la part disponible pour la nourriture humaine. Il y a aussi le déséquilibre entre d’un coté le potentiel de production agricole en respectant les équilibres écologiques (problème d’utilisation de pesticides, d’utilisation d’eau, de réduction de la biodiversité par la réduction des zones « sauvages » etc.) et de l’autre coté la masse croissante des populations.

           

          C’est un fait certain : il va être de plus en plus difficile de nourrir la population mondiale si des actions prioritaires ne sont pas entreprises pour faire baisser fortement la natalité dans certaines régions du globe.

           

          Les gains de productivité dans les techniques agricoles se traduisent partout dans le monde par l’accroissement des pollutions de types divers et par l’accroissement des déséquilibres écologiques du fait de l’accroissement des zones agraires, de la réduction des forêts, de l’exposition accrue à l’érosion des grandes surfaces cultivés industriellement.

           

          Autrement dit, contrairement à ce que conclut cet article, la solution n’est pas dans le productivisme agricole en expansion perpétuelle. La solution est dans des mesures volontaristes de contrôle de la natalité dans les pays où les populations prolifiques n’arrivent pas à subvenir à leur propres besoins alimentaires. Ces pays sont ceux où les structures économiques ne peuvent pas suivre l’explosion démographique et où les adolescents ont pour objectif principal de venir gagner en Europe de quoi nourrir leur famille nombreuse.

           

          Par exemple, le Niger a très peu de surface cultivable et très peu d’eau disponible pour l’agriculture, pourtant le Niger est le pays avec le taux de natalité le plus élevé au monde : plus de 7 enfants par femme. À ce taux-là la population double environ tous les 20 ou 25 ans. À l’évidence la priorité est dans la baisse de la natalité et pas dans la hausse de la productivité agricole.

           

          Si on n’intervient pas avec des mesures volontaristes pour imposer la baisse de la natalité dans les pays qui n’arrivent pas de façon autonome à assurer la survie de leur population, alors le scénario démographique « moyen » qui prévoit 9 milliards d’habitants sur la planète en 2100 sera largement dépassé et pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliards d’habitants.

           

          La Division de la population de l’ONU a en effet publié ses prévisions les plus récentes concernant la progression de la population mondiale. La Division de la population envisage plusieurs scénarios dont un scénario « moyen » avec 9 milliards d’habitants en 2100.

           

          « Selon ce scénario moyen, le niveau de la fécondité mondiale se stabilisera autour de deux enfants par femme. Toutefois, la Division de la population rappelle que même de faibles variations dans le taux de fécondité peuvent avoir d’énormes conséquences sur le long terme. Même une faible variation de 0,25 enfant par femme par rapport à ce scénario moyen de 2,1 enfants par femme aboutirait à une prévision de la population mondiale pour 2033 de 2,3 milliards d’habitants (hypothèse basée, pour un taux de fécondité de 1,85 enfant par femme) à 36,4 milliards (hypothèse haute, pour un taux de fécondité de 2,35 enfants par femme). »

           

          Vous trouverez le texte du paragraphe précédent dans le Communiqué de presse de l’ONU, dont le sous-titre précise que la population mondiale pourrait éventuellement « atteindre 44 milliards vers 2100 » car ce n’est pas exclu.

           

           

           

           

          En fait tout dépend du taux de natalité moyen des femmes. Le taux de natalité qui permet de maintenir une population au même niveau, donc le taux de renouvellement stable, est de 2,1 enfants par femme. Dans certaines régions de la planète ce taux restera longtemps très supérieur à 2,1 enfants par femme. C’est une question d’évolution des mentalités. Ainsi les démographes se basent sur les données économiques et sociologiques (donc sur le contexte civilisationnel et culturel) pour estimer l’évolution des tendances démographiques. D’après ces études, les démographes prévoient généralement que l’évolution des mentalités en Afrique sera très lente et que le pic des populations en Afrique ne sera toujours pas atteint en 2100, date à laquelle les Africains seront selon les estimations moyennes entre 2,2 milliards et 3 milliards (ou entre 15 et 25 milliards dans les cas extrêmes, peu probables mais pas impossibles). Il ne faut pas oublier que les Africains étaient 130 millions en 1900, qu’ils étaient 780 millions en 2000 et qu’ils sont déjà 950 millions en 2008. Le taux de natalité moyen sur l’ensemble du continent africain est actuellement d’environ 5 enfants par femme.

           

          Encore un extrait du même Communiqué de presse de l’ONU :

           

          « Le rapport montre également que, dans l’hypothèse du scénario moyen, la part de l’Afrique dans la population mondiale doublerait d’ici à 2300, passant de 13% actuellement à 24%. Celle de l’Europe tomberait de 12% à 7%, et l’Inde, la Chine et les États-Unis resteraient les États les plus peuplés. » 

           

          À cela s’ajoute le fait qu’en Europe, la population d’origine européenne, dont le taux de natalité moyen sur l’ensemble du continent est d’environ 1,3 enfant par femme, est en voie de remplacement par des immigrés en provenance d’autres continents. Le remplacement est voulu et dans les faits encouragé par les politiques européens pour des raisons de politique économique en suivant les orientations mondialistes adoptées par les politiques au pouvoir. La projections démographique moyenne pour l’Europe, si rien n’est fait pour inverser les tendances actuelles, donne en 2100, un tiers d’habitants d’origine européenne et deux tiers d’origine non européenne (ces derniers seront notamment originaires d’Afrique).

           

          Le graphe «  évolution des populations en Europe et en Afrique  » est la synthèse de ces évolutions démographiques, d’une part constatées et d’autre part prévues (si aucune action politique ne parvient à arrêter ces tendances) respectivement en Europe et en Afrique, en tenant compte des flux migratoires. Ce graphe est extrait de l’article «  Démographie et immigration : suicide collectif des Européens  » qui a été publié sur AgoraVox.

           

           

           

           

          Pour nous recentrer sur le sujet principal de l’article, les réserves alimentaires dont dispose la population, la solution écologique et de bon sens est la suivante : le nombre d’habitants d’une région de notre planète ne devrait pas dépasser la capacité de ces habitants à se prendre en charge de façon autonome, y compris sur la question de la production de nourriture.

           

           

          D’ailleurs il est anti-écologique de produire sur un continent la nourriture pour nourrir la population sur un autre continent. Les lieux de production agro-alimentaire doivent être proches des lieux de consommation.

           

           

          Encore une remarque : les écologistes estiment que les ressources renouvelables de la planète, en respectant les équilibres écologiques, permettraient d’offrir une vie confortable, du niveau que connaissent aujourd’hui les pays « occidentaux », à 2 milliards d’habitants.

           

           

          N’est-ce pas également un critère à prendre en compte ? N’est-on pas déjà largement en surpopulation ?

           

          Quel avenir vise-t-on : une planète avec 2 milliards d’habitants avec une vie confortable

           

          de tout point de vue, ou bien une planète Terre avec 10 ou 20 ou 40 milliards d’habitants qui seront 5 fois ou 10 fois ou 20 fois de tout point de vue moins bien lotis que ce que connaissent aujourd’hui les pays « occidentaux » ?

           

           

          Quoi que l’on fasse, un fait est incontournable toute augmentation de la production agricole se traduit par l’augmentation de la pollution liée à l’industrialisation de l’agriculture. Une planète Terre avec 10 ou 20 ou 40 milliards d’habitants sera aussi 2 fois ou 4 fois ou 8 fois plus polluée que maintenant. Est-ce cela que l’on veut ?

           

           

          Il n’y a qu’une solution : la réduction des naissances dans les régions où les populations ne sont déjà pas capables d’assurer leur propres moyens de survie.

           

           

          Avez-vous vu le film « Soleil vert » ? Regardez-le et méditez !


          • sisyphe sisyphe 1er mai 2008 14:47

            Cette obsession du contrôle de la natalité et de la surpopulation est suspecte et, en tous cas, hors du sujet.

            Selon Jean Ziegler, qui sait de quoi il parle (rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation (des populations) du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies depuis 2000) , et d’autres spécialistes, la production ACTUELLE agricole mondiale offre de quoi nourrir 12 milliards d’individus, quand nous ne sommes que 6 milliards et quelques.... donc, faux problème.

            Les autres causes que vous avez évoquées sont justes : effet de la spéculation augmentant de 20 à 30% le prix des denrées de base, catastrophique politique impulsée par le FMI, l’OMC, sur les politiques agricoles des pays en développement, protectionnisme des pays les plus riches sur leurs propres agricultures, qui ont entrainé une baisse des prix, rendant les agricultures des pays en voie de développement non-compétitives et donc, obligées d’abandonner les cultures vivrières, multiplication démesurée des cultures d’agrocarburants, etc....

            Il faudra des années, même en s’y prenant tout de suite, pour réorienter la politique agricole mondiale dans la bonne direction, et permettre aux pays pauvres de s’en sortir. En attendant, il est donc d’une totale légitimité et d’une extrème urgence que les pays riches, qui ont provoqué cette situation, tiennent leurs engagements d’aide alimentaire envers tous ceux qu’ils ont rendus exsangues.

            Enfin, il faut (je me répépépipète à longueur de sujets) une REGULATION pour empêcher les denrées nécessaires à la vie d’être l’objet de spéculations : plus difficile à réaliser, mais d’une importance vitale pour résoudre la situation.

             

             


          • Forest Ent Forest Ent 1er mai 2008 15:04

            Cet article me semble vrai et bien intentionné. Malheureusement, à l’heure actuelle, une taxe sur les mouvements financiers ne fonctionnerait pas pour la raison qu’ils sont pour la plupart occultes. C’est comme vouloir taxer la mafia. La première urgence est d’abolir "l’offshorisation" de la finance.


            • sisyphe sisyphe 1er mai 2008 15:16

              @ Forest Ent :

              je suis bien d’accord : mais vite !


            • Forest Ent Forest Ent 1er mai 2008 15:59

              Ca ne dépend hélas pas que de nous, mais je suis sûr que ce sera la prochaine proposition à l’UE de Mme Lagarde et M Jouyet.


            • gogoRat gogoRat 6 août 2010 16:18

              très intéressant ! On retrouve ici, comme par hasard, le même dilemme que dans les argumentation sur un impôt à taux fixe ou taux progressif : il ne suffirait pas de trouver un principe juste et séduisant, encore faudrait-il que ce principe permette d’éviter la « fuite des capitaux » ... et puisse, de façon réaliste, se faire respecter ....

               Quoi qu’il en soit , une partie de la solution passe alors par la culture générale et la pression populaire : ne sommes-nous pas là pour ça ? ...

            • sisyphe sisyphe 1er mai 2008 15:55

              Nous estimons qu’un milliard de personnes sont affectées par les prix des aliments", a déclaré M. Nag a estimé, mercredi 30 avril, le directeur général de la Banque asiatique de développement (BAD), Rajat Nag.

              "Cela inclut environ 600 millions de personnes qui survivent avec moins d’un dollar par jour, et 400 millions qui sont juste au-dessus de ce seuil et qui sont très vulnérables", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Madrid, où se tiendra du 3 au 6 mai la 41ème assemblée annuelle de la BAD."Nous prévoyons une croissance d’environ 7,6% en 2008", a ajouté M. Nag, ajoutant que la plus grande préoccupation de la Banque "est l’inflation", prévue à 5,1% en 2008, "au plus haut depuis 10 ans"

              Les gouverneurs de la BAD se réunissent dans un contexte de crise alimentaire globale, alors que des voix s’élèvent contre la banque, qui n’aurait pas suffisamment anticipé cette situation. Les Nations unies et d’autres organisations internationales ont appelé mardi à une action urgente pour combattre la flambée des prix alimentaires, créant un état-major de crise et réclamant un commerce mondial plus équitable. Pour d’autres observateurs, ce sont les conditions de crédit octroyées par la Banque qui ont poussé les gouvernements a déréguler et à privatiser l’agriculture.

              MOBILISATIONS DANS LES CAPITALES D’ASIE DU SUD EST

              Depuis la création de la Banque en 1966, l’Asie a connu un énorme développement, qui a vu de nombreux pays à l’économie alors basée sur l’agriculture passer à l’ère industrielle. "L’agriculture a clairement été négligée par les gouvernements et les institutions internationales depuis au moins vingt ans et le monde en subit maintenant les conséquences", estime Bruce Tolentino, directeur des réformes économiques et du développement de la Fondation Asie, interrogé par l’AFP.

              Pour l’ONG "Focus on the Global South", basée à Bangkok, "la BAD a suivi le modèle de développement prôné par la Banque mondiale, qui encourage la création d’une économie de marché et une croissance économique rapide sans se soucier des coûts et des conséquences".

              http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/05/01/en-asie-un-milliard-de-personnes-touchees-par-la-hausse-des-prix-alimentaires_1040399_3216.html


              • melanie 1er mai 2008 20:35

                www.actu-environnement.com/ae/news/FAO_Rome_sommet_securite_alimentaire_bioener gies_4941.php4

                et

                www.actu-environnement.com/ae/news/biocarburants_jean_ziegler_moratoire_4991.ph p4

                Au dela des phénomènes spéculatifs et du renchérissement du prix des matières premières alimentaires dûes entre autres à la consommation "à l’occidentale" des citoyens chinois dont le niveau de vie s’accroit, il est interessant de visionner un film sorti en DVD sur la politique désastreuse de subventions systématisées des politiques agricoles Américaines et européennes et celle du FMI poussant à produire pour l’exportation au détriment d’agriculture de subsistance.

                Le constat de Jean Ziegler rapporteur auprès de l’ONU pour la sécurité alimentaire était déjà catastrophique dans les années 80.

                www.we-feed-the-world.fr/we-feed-the-world.htm et

                www.amazon.fr/We-Feed-World-Erwin-WAGENHOFER/dp/B0012GVZ8M


                • sisyphe sisyphe 2 mai 2008 14:22

                  La communauté internationale a été prise de court par les émeutes de la faim de façon "inexcusable", estime Olivier de Schutter dans un entretien au Monde. Ce professeur de droit belge, secrétaire général depuis 2004 de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme a été nommé, le 26 mars, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation par le Conseil des droits de l’homme, basé à Genève.

                   

                  Quelle sera votre première initiative pour faire face à la crise alimentaire ?

                  Je vais recourir à "l’option nucléaire", en demandant une session spéciale du Conseil des droits de l’homme. Symboliquement, il s’agit de mettre les droits économiques et sociaux à égalité avec les droits civils et politiques, invoqués pour saisir le Conseil sur la situation au Darfour, en Birmanie, ou dans les territoires palestiniens. Le Conseil ne peut rester silencieux. J’espère qu’il trouvera sur ce dossier l’unité qui fait défaut ailleurs.

                  La communauté internationale a-t-elle été prise de court par les émeutes de la faim ?

                  Oui, et c’est inexcusable. Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans les pays en développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu’avec la chute de la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. On paye vingt années d’erreurs. Avec l’augmentation de la demande alimentaire, l’offre ne suit plus. L’agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites.

                  Faut-il blâmer les institutions financières internationales ?

                  Oui. Pendant vingt ans, elles ont gravement sous-estimé la nécessité d’investir dans l’agriculture - la Banque mondiale l’a reconnu fin 2007. Et les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international ont poussé les pays les plus endettés, notamment dans l’Afrique subsaharienne, à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix.

                  L’ampleur de la crise vous a surpris ?

                  Le plus étonnant est la rapidité de son explosion. Il a manqué une réaction coordonnée des Etats. Lorsque l’Indonésie ou l’Inde imposent des restrictions à l’exportation, cela fait monter les prix sur les marchés internationaux, et il est plus difficile pour les Philippines d’acheter le riz dont elles ont besoin. Ces réactions désordonnées se contredisent. Le danger serait de mettre des pansements, en distribuant de l’aide alimentaire, sans travailler aux causes profondes derrière les réactions de panique des Etats.

                  Le pire est-il passé ?

                  La crise va durer jusqu’aux récoltes du début de l’automne, qui, si elles sont bonnes, vont diminuer la tension sur les marchés. Le thermomètre va baisser, mais la maladie reste. C’est un rappel à l’ordre. L’ère de la nourriture bon marché est derrière nous. Les acteurs internationaux sont mobilisés et je pense qu’on parviendra à éviter la famine. Mais la malnutrition, qui a un impact considérable sur le développement des enfants, est à redouter. Les pauvres en milieu urbain et les populations des pays importateurs de nourriture seront les plus touchés.

                  Pensez-vous que le développement des agrocarburants, accusés de faire monter les prix, doive faire l’objet d’un moratoire.

                  Au sens juridique, non. Je suis d’accord avec sa dénonciation, avec des précisions. Il faut reconnaître le droit des pays à se développer. Le poids des bioéthanols au Brésil est tel que je n’imagine pas de retour en arrière. Certains agrocarburants de la première génération sont peut-être prometteurs : des plantes comme le jatropha, ou certaines variétés de sorgho, poussent sur des terres peu fertiles. Mais les objectifs ambitieux en matière de production de biocarburants que se sont fixés les Etats-Unis et l’Union européenne sont irresponsables. La production de colza, l’huile de palme, qui détruit les forêts en Indonésie, l’utilisation d’un quart de la récolte de maïs aux Etats-Unis, c’est un scandale, qui sert uniquement les intérêts d’un petit lobby, avec l’argent du contribuable. J’appelle au gel de tout investissement dans ce secteur.

                  Qu’en est-il des carburants de la deuxième génération, produits à partir de déchets agricoles ?

                  Ils ne sont pas une panacée, dans la mesure où ils consomment encore plus d’eau que ceux de la première génération. Etudions-les, mais ne nous voilons pas la face : il faut consommer moins d’énergie, utiliser moins d’automobiles, et ne pas se faire d’illusion sur la capacité des nouvelles technologies à nous permettre de poursuivre notre mode de vie occidental.

                  Le marché alimentaire va s’autoréguler ?

                  La "main invisible " n’est pas la solution, c’est le problème. J’étudie des mécanismes de taxation des mouvements spéculatifs, que l’Inde songe à mettre en place. Dans le domaine agricole, l’offre est relativement inélastique et les terres arables ne sont pas extensibles à l’infini. Par ailleurs, un petit nombre d’entreprises, Monsanto, Dow Chemicals, Mosaic, détiennent les brevets sur des semences, des pesticides, des engrais, qu’elles peuvent vendre à des prix élevés pour les petits producteurs. Il faut réfléchir à une modification des règles de la propriété intellectuelle de ces entreprises, dont les profits explosent.

                  Les pays riches doivent-ils mettre fin aux subventions agricoles ?

                  Je suis pour une suppression graduelle. L’OCDE paye chaque année à ses agriculteurs 350 milliards de dollars, contre un milliard d’aide à l’agriculture pour les pays en développement. C’est une honte. Mais si on supprime les subventions immédiatement, les pays en développement, qui importent ces produits, devront les payer plus cher.

                  Avant, les Etats-Unis et l’UE déversaient l’aide alimentaire quand il y avait des surplus. Les prix baissaient mettant en difficulté les producteurs locaux. Il faut au contraire les encourager à produire , acheter leurs produits sur les marchés locaux et les donner aux plus pauvres. Au lieu des cargos de blé qui traversent l’Atlantique, il faut une aide financière.

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