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Crise malienne : Faut-il envisager une partition tripartite du pays ?

Après le putsch de mars dernier et l'avancée fulgurante de la rébellion touarègue, qui en a profité pour étendre son autorité de l'extrême nord aux confins des régions du Sud, scindant le territoire en deux, les récents évènements de Bamako sont venus exacerber la difficulté d'une sortie de crise. Va-t-on, aujourd'hui, vers une partition - d'abord, en deux, puis, tripartite - du pays ? 
 

D'aucuns parlent, aujourd'hui, de la possible disparition, pure et simple, de l'Etat du Mali - " comme de l'empire du même nom " (sic) -, avec le rattachement de la région de Kayes , à l'Ouest, au Sénégal, l'annexion du Sud à la Côte d'Ivoire, tandis que le Nord, plus que jamais incontrôlable, se muerait en émirat.

Scénario improbable ? Pas tant que ça ! Car quiconque connaît bien le Mali, sait qu'au Sud, notamment dans la région de Sikasso, à la lisière du Burkina et de la Côte d'Ivoire, les populations locales sont - économiquement, voire culturellement - plutôt tournées vers Abidjan et Bobodioulasso que Bamako ; tandis qu'à Kayes, les gens - s'ils ne sont pas d'origine sénégalaise - se sentent encore plus proches du Sénégal, par les ressemblances qui caractérisent les us et coutumes des populations frontalières des deux pays et par la distance qui les sépare de leur capitale administrative.

Le Nord - est-il besoin de le rappeler - s'est, lui, toujours distingué par cet éloignement - tant géographique que culturel - et cet isolement, palpables à Kidal, à Taoudenni et à la lisière des zones frontalières de l'Algérie et de la Mauritanie. 

Faut-il donc partitionner le pays ?

En considérant la triste réalité - un pays d'ores et déjà scindé en deux (un Nord rebelle et un Sud aux autorités indécises et divisées) -, nul besoin d'être calé en géopolitique pour comprendre que le processus de partition de ce pays est déjà enclenché.

Une partition bipolaire, jusqu'ici, mais qui - chose à ne pas écarter - pourrait évoluer, tôt ou tard, en cette prophétie d'oracle, certes de mauvais augure, mais qui campe logiquement le scénario d'un partage - je touche du bois ! - tripartite.

Abdoulaye Jamil Diallo


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6 réactions à cet article    


  • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 2 mai 2012 13:52

    Je ne sais pas. Il semble bien que nous ayons ici un exemple, comme on en voit tant en Afrique, d’États-agglomerats mis en place par le colonisateur et qui ne correspondent à aucun véritable sentiment d’appartenance, la loyauté restant au palier de l"ethnie à laquelle l’Histoire n’a jamais permis de devenir une nation. Triste, mais il faudrait défaire et reprendre le tricot de si loin, qu’il est bien risqué de prédire que ce qui devrait être fait le sera.



    PJCA

    • Makan 2 mai 2012 14:31

      PJCA,

      Pour construire des nations, il faut apprendre aux ethnies à vivre ensemble, même par la force s’il le faut. Croyez-moi, dans beaucoup de pays, y compris au Mali, le processus est beaucoup plus avancé que vous ne le croyez. L’ehtnie n’est en aucun cas un barrière insurmontable avec un peu de volonté politique. Avec les Touaregs, il y a une dimension raciale qui est beaucoup difficile à réduire. Sans compter que ces derniers se laissent manipuler par des intérêts qui ne sont pas forcément les leurs, en tout cas pas ceux de la majorité.


    • Makan 2 mai 2012 14:16

      M. Diallo,

      Le nord du Mali est certes aujourd’hui un gros problème, qu’il faudra résoudre d’une façon ou d’une autre, mais s’il fallait parler de partition d’un pays africain chaque fois qu’il y a des problèmes, aucun pays ne serait viable sur ce continent.

      Et tant que vous y êtes pourquoi tripartite seulement ? Le sud-ouest du Mali est plus proche de la Guinée Konakry. Sikasso pourrait être partagé entre la Côte d’Ivoire et le Burkina et la région de Kayes entre le Sénégal et la Mauritanie.

      Et la Guinée ? Ne pourrait-on pas penser à la faire fusionner avec le Sénégal, vu qu’il y a eu un putsch et que le président n’arrive toujours pas à doter le pays de vraies institutions démocratiques plus d’un an après son élection ? Et pourquoi ne pas faire un nouveau pays avec le sud du Mali et le nord de la Côte d’Ivoire, pays très instable depuis une décennie ?

      Vous voyez qu’à ce petit jeu on ne s’en sortirait pas.


      • RBEYEUR RBEYEUR 2 mai 2012 15:57

        Et si on revenait au projet des  États Unis d’Afrique proposé en 1924 par l’écrivain jamaïcain Marcus Garvey ?


        • tounka 3 mai 2012 13:01

          nuance le MALI n’a pas été créer par le colon d’ailleurs il appelait ce territoire soudan francais,et que historiquement le mali était bien plus vaste il allait du nord de la cote d’ivoire au sud de la Mauritanie et de la Gambie à l’ouest du Niger et que la guinée et le mali sont historiquement et culturellement un même pays SOUNDIATA est autant malien que Guinéen c’est lui qui a fonder l’empire du MALI et que les ASKIA ont bien controler le centre du sahara de 1400 à 1600 alors abdoulaye révise t manuel d’histoire


          • Analis 6 mai 2012 14:02
              Je pense que, même si ce n’était pas forcément son intention, ce texte illustre les raisons qui ont mené les Etats africains (et non-africains) à soutenir le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Frontières purement arbitraires, fondées sur celles des mandats coloniaux et de leurs subdivisions, réunissant des populations disparates sans sentiment d’appartenance. 

              Curieusement, cependant, les purs irrédentismes y ont été rares. Il y a le sécessionisme diolla au Sénégal, l’Erythrée et le Soudan du Sud autrefois, ou les tentatives de rattachement des somalis de l’Ogaden à l’Etat Somalien, plus le fait cependant du gouvernement de cette dernière que des populations concernées, et de rares cas marginaux. Le principal facteur de troubles a été la co-existence d’ethnies différentes au sein des frontières d’un même pays, non le fractionnement d’ethnies entre les territoires de différents Etats et la volonté de les rassembler, ou le désir d’émancipation des pouvoirs centraux. La géopolitique africaine n’obéit pas au modèle des nationalités européennes du XIXème siècle. Le sentiment « national » (dans un sens jacobin) au sein des Etats artificiels reste néanmoins indéniablement fragile, et les rancoeurs tenaces. 
              Jusqu’à présent, ce principe d’intangibilité a été bien respecté, à l’exception de la sécession de l’Erythrée de l’Ethiopie, et la toute récente du Soudan du Sud. On pourrait rajouter l’éclatement de la Somalie, bien réel dans les faits, non reconnu cependant par les autres pays (ironiquement, c’était un des rares pays africains supposés homogènes ethniquement). Par peur justement d’ouvrir la boîte de Pandore. Je ne sais pas ce que vont faire les pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel devant la situation actuelle au Mali. Mais on voit bien que si on devait admettre que celui-ci doive accepter la perte de la majeure partie de son territoire, cela a peu de chances de rester sans conséquences. 

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