L’ancien Président, Nicolas Sarkozy, n’aura finalement pas tenu sa promesse selon laquelle, en cas de défaite, on n’entendrait « plus parler de lui ». Il n’est toutefois pas à blâmer puisqu’il a dû sortir de son silence face à une tragédie qui perdure et devant laquelle la communauté internationale brille par son impuissance. On assiste chaque jour à un décompte macabre des victimes alors qu’il est tout à fait à la portée des puissances occidentales de mettre fin aux exactions en Syrie.
Nicolas Sarkozy s’est donc entretenu avec le Président du Conseil national syrien M. Abdel Basset Sayda, et n’a pas pu s’empêcher d’interpeller son successeur à l’Elysée. La bêtise du jeu politique fait que ses adversaires n’ont pas trouvé mieux que de le renvoyer à la réception qu’il avait offerte au dictateur syrien Bachar Al-Assad, à l’Elysée, en juillet 2008. Et si cette réplique strictement « politicienne » est la seule réponse de la majorité actuelle, comme on peut s’en rendre compte, il y a de quoi désespérer. Car, pendant ce temps, sur le terrain, le bilan humain s’alourdit. D’heure en heure.
La particularité du conflit syrien, que Nicolas Sarkozy a justement fait remarquer, est qu’il s’assimile, sur le plan militaire, au conflit libyen. C’est un dictateur lourdement armé qui déroule une implacable machine à tuer contre des résistants dotés de maigres moyens. Et comme en Libye, le déroulé du conflit est en accordéon avec des flux et des reflux. Les villes sont libérées par l’opposition pour être reprises par les troupes gouvernementales qui les perdent quelques temps plus tard et entreprennent de les reprendre. Ce va et vient militaire est le scénario le plus terrifiant pour des populations puisqu’il donne lieu, systématiquement, à l’obligation de ralliement imposée par la force en présence, suivie d’une répression féroce dès que la ville change de main.
Le drame pour le peuple syrien est qu’à l’état actuel du rapport des forces sur le terrain et de la paralysie sur le plan diplomatique, le conflit est en passe de sombrer dans l’enlisement, ce qui serait une catastrophe dans une région réputée pour être une poudrière. L’inaction de la communauté internationale est d’autant moins excusable que chaque jour que dure un conflit augmente le risque d’enlisement et qu’une fois un certain cap franchi, le peuple syrien ne sera plus la seule victime d’une crise qui aura débordé les frontières de la Syrie et contaminé toute la région.
La Turquie, dont la lutte contre les rebelles kurdes affecte l’ensemble de la communauté nationale, s’inquiète déjà de l’activisme des groupuscules kurdes opérant de part et d’autre de la frontière commune. Cela peut aller très vite. Sans parler d’Israël et du Liban qui n’ont pas intérêt à voir sombrer le grand bloc syrien dans le chaos et l’anarchie. Quelque chose doit donc être fait, et c’est ce qu’a tenu à rappeler l’ancien locataire de l’Elysée. Non seulement pour le peuple syrien, mais surtout pour préserver le fragile équilibre dans une région extrêmement sensible.
Concrètement, il faut entreprendre de faire partir Bachar Al-Assad. Personne n’imagine sérieusement l’avenir de la Syrie avec son dictateur actuel au pouvoir. C’est un règne condamné comme en témoigne la longue liste des défections des hauts-gradés de l’armée et du régime. Son agonie est un sacrifice inutile dont on devrait aider le peuple syrien à se passer. Il faut pousser ce régime au départ, y compris par la force.
L’OTAN pourrait servir de cadre approprié pour élaborer la stratégie de la pression soutenue. En effet, compte tenu de l’enlisement orchestré par la Russie et la Chine au sein de l’ONU, on est à peu près certain qu’il n’y aura pas de résolution de l’ONU accordant le feu vert aux puissances qui le peuvent d’intervenir pour abréger la souffrance du peuple syrien.
Comme dans le Balkan, la sécurité d’un membre de l’OTAN, la Turquie, est directement menacée et devrait constituer un motif légitime pour une intervention qui ne nécessitera probablement pas des opérations militaires directes. Le seul déploiement des forces de l’OTAN dans les parages pourrait suffire à persuader le dictateur syrien que la partie est terminée.
Il y aura sûrement un précédent après une telle opération (contre le régime syrien), comme il y a eu un précédent suite à l’interprétation extensive de la résolution 1973 sur la Lybie par les puissances occidentales. Il sera relativisé par la nécessité qui s’imposait de prévenir le risque d’embrasement dans une région ultrasensible et la satisfaction morale d’avoir achevé un règne dictatorial.
Bien évidemment, il ne faut pas être naïf et prêter le flanc à la critique selon laquelle des dizaines d’autres dictateurs sévissent dans le monde, nombreux étant d’ailleurs soutenus par les mêmes puissances invitées à intervenir en Syrie, comme précédemment en Libye. Il est naturellement souhaitable que les grandes démocraties se conduisent avec la même fermeté contre les dirigeants qui oppriment leurs peuples. Mais tout est question de contexte et d’opportunité. Un peu dans la logique du fonctionnement de l’action policière. Des milliers de chauffards grouillent sur les routes et on ne peut pas tous les arrêter. Mais lorsqu’il y en a un qui se fait prendre, la sanction doit être suffisamment forte pour que les autres prennent conscience. Ainsi, chaque dictateur a son crépuscule, et lorsque se présente l’occasion de s’en débarrasser, il ne devrait pas y avoir d’état d’âme.
En tout cas, coup de chapeau à Nicolas Sarkozy, qu’on l’apprécie ou qu’on ne l’apprécie pas. Il devrait être massivement soutenu dans sa démarche visant à accentuer la pression sur les grandes puissances pour que leur mollesse cesse de faire le lit des tyrans déchaînés contre leurs peuples et d’ouvrir un boulevard royal au risque annoncé d’un embrasement régional.
Boniface MUSAVULI

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