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De guerre las

Honni soit qui Mali pense

Et une de plus !

Un bon président qui veut laisser sa trace dans l'histoire s'offre sa petite guerre. C'est devenu un principe incontournable de la bonne gestion d'une nation qui se pense encore grande. Après bien des aventures qui nous font découvrir des pays grâce à de merveilleuses images de combat orchestrées par l'armée en personne ou bien nos médias, nous allons poursuivre nos tours du monde des zones sensibles avec le Mali.

Je n'ai ni la culture politique ni la formation géo-stratégique pour décider ou non de l'opportunité de « projeter » nos valeureuses troupes sur un territoire lointain et certainement hostile. Chacun jugera de cette nouvelle expédition par le prisme de ses convictions ou de son idéologie. J'avoue ne plus savoir que penser de cette rengaine désespérante qui nous pousse si fréquemment à entonner le chant du départ !

Ce que je constate depuis des lustres c'est qu'il y a une constante que je qualifierai de macabre dans l'équation de nos aventures guerrières. L'ennemi supposé est toujours adepte d'une foi qu'il met en avant. Au nom d'un Dieu que nous croyons être un concept de paix et de concorde, nos adversaires jouent toujours le rôle des méchants irrespectueux des valeurs humaines.

Par contre, nos troupes sont censées porter les valeurs de la civilisation, de la démocratie et des traités internationaux. C'est si simple que nous nous sommes certains de notre bon droit, de la force de notre détermination et de la puissance des convictions qui animent nos courageux soldats.

Les lois de la guerre sont hélas impitoyables et face à eux, nos petits gars trouvent des populations et des combattants ayant une opinion diamétralement opposée. Nous ne parvenons pourtant pas à remettre en doute le discours officiel, nous nous sommes construits autour de cette idée si confortable que nous étions pour l'éternité le phare de la pensée civilisatrice.

Ce sont d'ailleurs des idées analogues qui ont expliqué, justifié, encouragé les croisades, l'esclavage, la colonisation et les guerres territoriales. Elles nous ont encore poussés à trouver normale l'exploitation outrancière des matières premières des pays, l'immigration ou l'appauvrissement de leurs cultures traditionnelles et vivrières au profit de nos agricultures subventionnées.

Le monde qui s'est pensé « civilisé » a usé le filon jusqu'à la corde, a abusé de sa posture, a pompé une partie de sa richesse sur des nations qui en auraient bien eu besoin. Que le retour de bâton ne soit pas de nature à nous satisfaire, il est évident qu'au regard de nos convictions, c'est une évidence indéniable. Je ne veux pas ici encourager le sort abominable qui est fait à la femme dans ces contrées phallocrates.

Mais je doute que nous puissions changer grand chose à coups de bombardements et d'attaques ciblées et chirurgicales. Nous ne faisons que creuser un peu plus ce fossé qui est déjà une faille immense. Nous avons un tel passif que rien ne permettra de sitôt de rétablir un dialogue apaisé. Les cartes sont faussées, il faut non seulement les redistribuer mais en plus inventer de nouvelles règles de jeu.

Les armes n'auront jamais gain de cause. La haine est si forte, le poids des siècles d'oppression si prégnant qu'aucune perspective n'est envisageable avant fort longtemps. L'agitation d'un court moment accompagnée de son terrible cortège de victimes des deux camps (les unes toujours plus précieuses que les autres) ne feront que mettre encore de l'huile sur ce feu séculaire.

Alors, la haine va encore nourrir les fous de Dieu, des braves gens seront pris en otage, des attentats seront peut-être commis de manière aveugle et absurde. Rien ne changera fondamentalement, quelques larmes de plus, des douleurs inutiles, des souffrances qui resteront sans raison. Une fois encore, il faudra déplacer notre armée en un autre endroit sans que rien ne soit réglé sur le théâtre des opérations précédentes.

Afghanistan, Iran, Irak, Libye, Mali, Côte d'Ivoire. C'est la ronde d'une fracture si profonde qu'aucune solution ne sortira jamais d'un fusil ou d'un canon. Il faut penser autrement, changer notre manière de nous croire encore gendarme du monde. Le devoir d'ingérence n'est qu'une utopie. Le piège se referme, nous ne pouvons accepter en conscience des monstruosités avérées, nous n'avons pas les moyens d'y mettre réellement un terme. Alors, de guerre las, nous nous agitons pour nous donner, quelques brefs instants, l'illusion d'avoir la possibilité d'infléchir ce cercle infernal dont nous ne sommes, hélas, que les héritiers impuissants.

Désespérément vôtre.

Vidéo d'expert naturellement :


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10 réactions à cet article    


  • Brontau 16 janvier 2013 13:03

    Bonjour Nabum. Hélas désespérément d’accord avec vous !


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 2013 13:40

      Brontau


      Que pouvons nous faire ?

      Rien que déplorer ce cercle vicieux dans lequel nous condisent ceux que l’on croit châtier

      Ils sortent toujours vainqueurs au bout du compte et des souffrances pour un noir dessein qui veut ruiner notre civilisation. ce piège est diabolique et ne rien faire le serait tout autant

    • jef88 jef88 16 janvier 2013 13:38

      il est rare qu’une armée étrangère soit considérée comme libératrice !
      elle est généralement considérée comme une armée d’occupation
      donc les autochtones deviennent trés rapidement des résistants ....


      • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 2013 13:42

        jef88


        C’est le piège dans lequel l’occident tombe toujours et au bout du compte les perdants sur le terrain devinnent martyres et vainqueurs par la suite

        Le cercle infernal d’une guerre religieuse qui fait froid dans le dos

      • Gabriel Gabriel 16 janvier 2013 14:12

        Bonjour Nabum, aucun rêve aussi fou soit-il ne mérite une guerre. Les valeurs de liberté et de démocratie sont bafouées chaque jour par nos propres dirigeants, alors nous sommes bien mal placés pour donner des leçons à autrui. Quoi qu’il en soit la réalité c’est qu’aujourd’hui nous n’avons ni amis, ni ennemis mais des partenaires et des clients. Les soldats Français envoyés au Mali se feront tuer par des armes made in France que nous avons vendu aux belligérants. On ne fait pas la guerre, on fait du commerce ce qui est malheureusement devenu la même chose. Le petit Africain peut bien crever dés l’instant ou, avec l’accord du dictateur qu’on a mis en place, on peut piller les richesses de son pays, vogue la galère. Il y a même quelques personnes qui trouvent cela normal et qui s’en foutent tant que tout va bien pour elles... C’est le triomphe de l’argent, du cynisme et de l’individualisme.


        • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 2013 14:22

          Gabriel


          je crains que vous ayez raison

          Ceux qui envoient des hommes en tue d’autres ne sont pas des modèles, bien loin de là.

          Corruption, prévarication, mensonge, conflit d’intérêt ... sont leur quotidien
          Ils se peut qu’ils soient moins redoutables que ceux d’en face, mais certainement pas exemplaires.

          Il est grand temps de nettoyer les écuries d’Augias !

        • ZEN ZEN 16 janvier 2013 15:33

          Bonjour Nabum

          Une guerre on sais quand ça commence, mais....
          La France et les USA n’ont pas été pour rien dans le pourrissement de la situation politique du Mali...
          Je ne parle même pas des effets prévisibles de l’aventure libyenne...
          Rien n’arrive tout à fait par hasard


          • C'est Nabum C’est Nabum 16 janvier 2013 16:20

            ZEN


            Point n’est dans mes intentions de dire à qui la faute récente.

            Le mal est plus profond, les intentions bien moins louables et les répercutions dramtiques et longues.

            Il y a bien sûr une guerre de civilisation à mener mais seulement par les africians eux-mêmes. Gardons nous de continuer à jouer les donneurs de leçon et regardons ce qui se passe chez nous.

          • alinea Alinea 17 janvier 2013 12:25

            C’est Nabum : bien d’accord avec votre billet naturellement ; mais ! comment croyez que jusqu’ici nous avons pu vivre sur un tel pied ? Comment pensez-vous que l’on puisse gaspiller l’énergie, ce qui semble indispensable puisque la moindre évocation de frugalité est rejetée avec horreur par le commun des mortel en Occident ? Au temps du charbon, les colonies, comptoirs et autres enclaves dans les contrées orientales et du Sud, étaient là pour dorer notre ego supérieur ; depuis le nucléaire, le pétrole et tous ces petits métaux précieux, ces petits gaz indispensables à notre confort technologique, nous n’avons plus d’argent pour notre impérialisme culturel ! Il s’agit de notre survie, voyons : comment voulez-vous qu’on fasse sinon ? Retourner à la bougie ? Quelle horreur ! Cela est brandi comme un épouvantail par les gogos !
            Alors, pour garder tout ça, qui est vital, non ? smiley il faut un gros budget de défense, car ici ou là-bas, ne s’agit-il pas de garder nos acquis ? ( pas nos acquis sociaux, non !!) mais toutes nos foutaises !!!

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