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De la Guerre Froide

Jamais les grands hôtels de Moscou n’ont connu une telle affluence de Diplomates étasuniens qu’en cette fin mars 2009, Parmi les plus importants, le démocrate Gary Hart et le républicain Chuck Hagel, représentant la nouvelle commission sur les relations USA-Russie, Henry Kissinger, lauréat du prix Nobel de la paix en 1973, à la tête d’un groupe de « sages » où figurent deux autres anciens secrétaires d’État américains et un ex-secrétaire à la Défense. Impensable sous dubya. 
Les années de plomb 
 
A l’issue de la deuxième guerre mondiale, la Guerre Froide, enclenchée sinon déclarée dés 1944, a brutalement bipolarisé le monde. L’Europe, s’est alors trouvée privée d’une grande partie de sa puissance, coupée en deux, appartenant pour moitié à un bloc, pour moitié à l’autre. La fin des empires coloniaux (pas perdus pour tout le monde), aggravant encore les choses, anéantissait pour longtemps toute possibilité d’autonomie et d’indépendance pour les vieilles nations européennes. La France, même, pouvait se féliciter d’avoir échappé à la disparition pure et simple, d’être sortie presque intacte de la catastrophe. Rappelons-nous l’étonnement et l’irritation du Maréchal Keitel en présence du Général français de Lattre de Tassigny, invité à signer comme témoin l’Acte de capitulation sous l’oeil attendri de Joukof et de Tedder pour les alliés occidentaux. Rappelons-nous la conférence de Yalta en février 1945, sans la France, rappelons-nous les cyniques et sombres plans de mise sous tutelle, évités de justesse grâce à de Gaulle.
 
Le 8 mai 1945, Le monde était devenu soit américain soit russe, l’Angleterre n’étant qu’un avatar des premiers. La Chine elle-même, en dépit de son poids et de sa contribution à la défaite de l’Axe du Mal, se trouvait largement ignorée des décisions de réorganisation planétaire. En dépit des grands projets de « non-alignement » qui, plus tard, pouvaient amener, ça et là, quelques pays à tenter une politique d’opposition aux blocs, les deux grands se partageaient clairement la planète au sein d’un système à proprement parler féodal. 
 
« Cold War », Guerre Froide : des noms de code mystérieux pour désigner l’entente des deux géants fabriqués par l’histoire, régnant sur les peuples vassaux. Pendant cinquante ans, au milieu de fureurs spectaculaires, parfois feintes et mises en scène de main de maître (les coups de savates de Nikita khrouchtchev), parfois sanglantes et jouée au bord du précipice (la Corée), dans un bras de fer savamment dosé, fait pour durer, entrecoupé d’accès de violences contrôlés et souvent jugulés (la Baie des cochons), sans jamais passer le Rubicon, les deux empires se sont observés, testés, fouaillés, provoqués, sans jamais risquer l’extermination de l’adversaire. Il est vrai que l’arsenal nucléaire dont chacun disposait face à l’autre jouait à plein son rôle de dissuasion. 
 
L’Amérique, conformément à son modèle de civilisation, s’enrichissait. La Russie (de Gaulle, visionnaire, employait toujours le mot « Russie », tout comme Geneviève Tabouis), s’engageait avec enthousiasme dans la construction délicate des matins qui chantent. Les deux adversaires, au niveau de leurs gouvernements comme au niveau de leurs peuples, se détestaient et se diabolisait. A tel point que passer au présent ne change rien à l’imparfait… 
 
En presque vingt ans, alors même que la transformation soudaine de l’Union Soviétique en 1989 rendait caduques les vieilles oppositions nées de la Guerre et des divergences idéologiques, d’innombrables évènements se sont succédés qui montrent si besoin est que l’antagonisme est profond, irrationnel, la haine recuite entre les deux nations. Les relations entre les deux « Super Grands » (La Russie n’ayant jamais reconnu la perte de son titre après 1989) n’ont jamais cessé de se détériorer, jusqu’à maintenant : expansion de l’OTAN sur l’Est européen, agression de 1999 en Yougoslavie, guerre en Tchétchénie, attaque dans la bande de Gaza, symbolique mainmise sur le Pôle Nord, célébration du soixantième anniversaire de l’OTAN les 3 et 4 avril prochains à Strasbourg et à Kehl.… pour n’en citer que quelques uns. 

 
L’air Obama
 
L’histoire est le lieu de l’inattendu. Après plus de soixante ans de coups bas, la main tendue ! L’OTAN souhaite désormais une « coopération forte » avec Moscou. Ce qui était impensable il y a six mois se produit tranquillement sous nos yeux, une détente serait en vue entre les deux seuls belluaires capables d’envoyer la planète au néant, par voies d’armes nucléaires utilisées massivement. Précisons que ni la Chine, ni la France, ni Israël, ni l’Angleterre, ni le Pakistan, ni l’Inde, ni personne, ne possède de capacités nucléaires « stratégiques » capables de détruire la Russie ou les Etats-Unis, la possibilité de délivrer 1000 têtes à 100 mega en 10 minutes (voir fas.org).
 
Cette qualité, que les Etats-Unis et la Russie se partagent en exclusivité, et qu’ils se reconnaissent mutuellement, peut, au moment opportun, être un facteur expliquant pour un retournement. De plus, 70 ans de pancrace peuvent susciter, chez des adversaires aussi coriaces, dignes héritiers des Milon et autres Polydamas, une pointe d’admiration l’un pour l’autre, de nature à leur faire reconsidérer leur relation. Dualité des perceptions…

Le président Obama a donc inscrit l’amélioration des relations bilatérales entre la Russie et l’Amérique au sommet de ses objectifs de politique internationale. Hillary Clinton et le ministre des affaires étrangères Lavrov, très enjoués, à la conférence sur le désarmement à Genève, se sont prêtés, pour la plus grande joie des media, à la petite cérémonie du bouton pour la « peregruzka », le bouton de la « relance ». Mieux encore, un agenda de travail a été mis au point en vue de signer, d’ici fin 2009 la suite des accords START (Strategic Arms Reduction Treaty), accords qui étaient quelque peu tombés en désuétude, frappé d’obsolescence et dont plus personnes ne parlait. 
 
Il convient également de souligner que, face à l’ampleur des problèmes auxquels sont désormais confrontés tous les pays du monde sans exception (la « crise », l’imminente catastrophe climatique, la menace des « groupes terroristes », la probable pénurie d’énergie…) Les Etats-Unis et la Russie, en raison de leurs histoires respectives, de leur puissance militaire inégalées, peuvent se sentir investis du rôle de sauveur du monde, mythe de la troisième Rome du côté russe, mission divine du côté américain.
 
J’entends ici des objections :
- « Quoi ! La puissance économique de la Chine, celle de l’Inde, d’autres nouveaux prétendants, sont de nature à ravaler les Etats-Unis au second rang, sans parler de la Russie, qui s’y trouve déjà »…
 - « Les « avoirs » chinois font vivre l’Amérique ».
 - « L’Inde, la Chine, encore au berceau, sont les prochains géants du siècle à l’aube duquel nous sommes… ».
- « Le XXIème siècle sera chinois ». 
 
Vieilles lunes dispensées à l’ENA et dans les écoles maternelles. 
 
Car, l’économie, sans l’armement qui va avec, ça pèse combien ? Demain, les Etats-Unis, lassés des agitations et des subversions du monde, conscients de leur force, pourraient décider tout soudain de procéder à un « extended replace », vous savez ?... Cette opération informatique qui en quelques secondes, dans toutes les banques du mondes, toutes les bases de données de la planète, tous les comptes, remplacerait, par exemple, le terme « Chinese asset » par « American asset ».
 
Qui pourrait s’y opposer ? Qui pourrait y trouver à redire (autrement qu’en ressassant en silence sa désapprobation) ? Qui pourrait intervenir ? 
 
Prenons une autre métaphore : Deux joueurs de poker sont à une table, l’un possède un gros Le Mat calibre 65 et 44, l’autre rien. Le tapis a grossi démesurémentet et commence à susciter la convoitise chez ceux, innombrables, qui regardent sans avoir le droit de toucher. Survient un différent… Qui va, selon vous, empocher les dollars ? 
 
Pourrait-on croire que le Cow-boy va quitter la salle la queue basse, fauché, humilié, sous les huées, grillé à jamais ? On peut s’amuser de ce scénario, il n’est cependant pas sans fondement.
 
L’ordre bipolaire ancien, où les affaires se réglaient entre grands, a fait place au chaos généralisé, à l’indicible cacophonie ou plus personne ne s’entend. C’est le moment de sortir l’artillerie, de faire parler les canons. C’est en tout cas ce que pense, en terme moins imagés et plus académiques, le très sérieux Centre de recherche sur la Mondialisation ( www.mondialisation.ca ). 
 
Le seul ennui, pour le Cow-boy Yankee, toujours enclin à régler son problème de la même manière, en sortant son revolver, c’est que Popov-à-l-humeur-ombrageuse, inquiétant et rancunier personnage, est également présent dans le salon gagné par l’agitation. Lui aussi, comme Yankee, il exhibe les gros calibres. Lui aussi, comme Yankee, il tient à sa haute réputation. 
 
Dès lors, autant chercher à s’entendre à deux dans le boxon, à tenir tout le monde en respect, qui croyait qu’on jouait… 
 
Faut-il pour autant s’attendre à savoir que la Guerre Froide est finie ?

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1 réactions à cet article    


  • LUCKY-SAN 26 mars 2009 18:49

    Bonjour,

    cet article oublie que le monde change en ce moment à tres grande vitesse.

    Qui aurait cru il y a quelques mois voir Israel suivre Obama dans ces voeux pour l’Iran (voeux opportunistes pour dissimuler la scission, je vous l’accorde).
    Le moyen de cette intervention (par internet pour eviter une censure) est egalement tres reflechie.

    Qui aurait pu penser que l’amerique ecouterait la proposition chinoise de remplacer le dollar comme monnaie de reserve par un panier de devises.

    Nous rentrons dans une phase de l’Histoire dangereuse. Je n’aimes pas le "gout du sang" present dans l’emotion populaire contre les primes/retraites/parachutes des dirigeants -Et je suis pourtant indigné !!!.
    Ces contrats ont été negociés dans une phase ou il y avait beaucoup d’argent. meme si ces retributions sont contractuelles (et il faut respecter les contrats...), il faut qu’ils prennent la mesure de la situation. Des guerres civiles ont démarrées pour moins que ca

    Calmons le jeu... les precedentes crises nous ont appris que ces periodes peuvent etre catastrophique pour l’espece Humaine. je n’attends pas de l’administration Obama quoique que ce soit sur le plan de l’economie (cela depasse AMHA les gouvernements).
    Neanmoins, Obama et l’administration americaine abandonnent "l’arrogance" precedente, pour une gouvernance plus ouverte. Voilà la tache de nos politiques aujourd’hui. C’est leur role Premier.

    Non, l’amerique ne va pas empocher la mise car elle possede un "colt".
    De toute facon, tout le mode s’apercoit que l’argent dans le "Pot", malgré la montagne que cela represente, n’est peut-etre que du papier avec un peu d’encre dessus.

    Voilà. le monde a bouge plus vite ces six derniers mois (voir la derniere semaine) que pendant la derniere decennie. Discuter avec un esprit ouvert et une certaine responbilité permettra (peut-etre) d’eviter les malheureux precedents historiques.

    Un message à l’accompagnement du monde qui change, et non pas à une mise en rivalité Amerique/reste du monde, Patrons/Peuple, Iran/israel, etc.. etc...

    Lucky-san

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