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Décryptage d’une transition en Egypte

A deux semaines de l’élection présidentielle, les tensions montent entre la population cairote et l’armée régulière. Manifestations, milices et répression, le désordre gagne du terrain tandis que l’armée du Maréchal Tantawi renforce son pouvoir. Pour comprendre ce qui s’y passe, on a rencontré Rabha Attaf, grand reporter et spécialiste du monde arabo-musulman.

Rabha Attaf est Algéro-marseillaise. Grand reporter pour l’ancien magazine Actuel, elle collabore régulièrement aux Inrockuptibles et s’est spécialisée dans le monde arabo-musulman. Aujourd’hui, elle revient de six mois passés au Caire et prépare un livre sur la révolution : Place Tahrir, la révolution de l’an 1, à paraître en juin.

Occupés par notre calendrier électoral, les médias français ont peu relayé les différents événements qui ont secoué le Caire à l’approche de la présidentielle égyptienne. Retour sur deux faits récents.

Vendredi 4 mai, des salafistes ont organisé une manifestation devant le ministère de la Défense. Un mouvement rejoint par les révolutionnaires de Tahrir. Sur place, la situation a dégénéré lorsque des hommes habillés en civils et armés ont attaqué les manifestants. Le bilan fait état d’au moins 130 blessés et trois morts dont un militaire.

L’armée a répliqué par l’arrestation arbitraire de plus de 310 personnes, selon un collectif d’avocats, dont 19 journalistes. Cinq d’entre eux sont toujours incarcérés selon Reporters sans Frontières.

Le groupe de manifestants qui a été arrêté risque gros. « Ça peut aller de un à sept ans de prison. Ceux qui sont accusés d’homicides de soldats risquent la peine maximale » comme le confiait dans le Figaro, Heba Morayef, un responsable de Human Rights Watch en Egypte.

Mardi, la militante pro-démocratie, Asmaa Mahfouz, qui est actuellement aux USA, vient d’être condamnée par contumace à un an de prison. Elle serait coupable d’avoir agressé un témoin dans le procès sur les violences entre l’armée et les chrétiens. Une accusation qu’elle dément catégoriquement.

© i3atef – Creative Commons

 

Cette condamnation est considérée par l’Arabic Network for Human Right (ANHRI), association égyptienne des droits de l’homme, comme un retour aux anciennes méthodes de condamnations politisées contre les militants de l’opposition sous l’ère Moubarak.

Décorée par le parlement européen du prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, Asmaa Mahfouz avait déjà été inquiétée par la justice militaire qui l’accusait d’avoir diffamé sur les réseaux sociaux le Conseil suprême des forces armées (CSFA).

Un CSFA qui pourtant, ne cesse de marteler qu’il laissera bien les pouvoirs au nouveau président fin juin. Quel rôle jouera le prochain président égyptien ? C’est la question qu’il faut se poser. Rabha Attaf nous livre quelques éléments de réponses…

Damien Isoard

Retrouvez également note vidéo sur News of Marseille


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2 réactions à cet article    


  • Cocasse Cocasse 10 mai 2012 10:07

    Pour comprendre en profondeur ces évènements, se reporter aux interventions de Thierry Meyssan.
    En substance, si l’axe Usa-Israel ne s’impose pas en Syrie, il pouvait opter pour l’Egypte en remplacement. Enième phénomène de révolution « colorée ».
    Allez voir les interviews de Meyssan, je ne suis pas qualifié pour parler de cela avec précision.


    • Analis 17 mai 2012 13:27
        Un article très intéressant dans ce contexte. Il examine comment afin de perpétuer le système Moubarak, le Conseil militaire de transition a fait dégénérer la situation afin d’enliser la révolution égyptienne, de favoriser le mécontentement et la victoire des islamistes. Manifestement, les militaires préfèrent avoir face à eux des barbus que des démocrates, ce qui pourrait justifier de prendre plus tard des mesures répressives. 

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      Pourquoi Al-Baradei ne sera pas président
      Pour l’écrivain Alaa Al-Aswani, le Prix Nobel de la paix s’est retiré de la course à la présidentielle pour ne pas cautionner une démocratie de façade. Il est vrai que dans le pays rien n’a changé.

      26.01.2012 | Alaa Al-Aswani | Al-Masri Al-Youm

      [......]

      Les sources d’exaspération 

      Premier constat : normalement, une révolution qui réussit à faire chuter le régime entraîne automatiquement l’abrogation de la Constitution, puis l’élection d’une assemblée constituante afin d’en élaborer une nouvelle. Or en Egypte, le Conseil suprême des forces militaires [qui gouverne le pays depuis la révolution] a refusé un tel scénario. Il a au contraire opté pour une simple réforme constitutionnelle, idée qui remonte à Moubarak lui-même. Celle-ci a été adoptée par référendum… avant que ce même Conseil ne l’annule pour imposer une Constitution transitoire, cette fois sans consultation populaire. 

      Deuxième remarque : l’objectif de la révolution était de permettre aux Egyptiens de vivre dignement. Il s’agissait entre autres d’obtenir l’abolition de la Sécurité d’Etat, une sorte de boucherie organisée pour torturer les Egyptiens par milliers. Or le Conseil militaire a insisté pour la maintenir et s’est contenté d’en changer le nom. La révolution voulait également que la police soit épurée de ses dirigeants responsables de la mort des martyrs de la révolution. [Quelque 850 personnes ont été tuées.] Mais ces responsables ont conservé leurs postes, voire ont été promus au sein de leur hiérarchie. De même, le Conseil militaire est resté indifférent au problème de l’insécurité galopante provoquée par le refus de la police de faire son travail ordinaire de maintien de l’ordre. Certes, la police militaire réprime brutalement les manifestations, mais elle reste les bras croisés face à une poignée de gens qui occupent, parfois pendant une semaine entière, les voies de chemins de fer. Comme si les autorités faisaient exprès de multiplier les sources d’exaspération, comptant que les citoyens finiront par tenir la révolution pour responsable de leurs problèmes. 

      Troisième remarque : le Conseil militaire a maintenu la plupart des hauts fonctionnaires. Ce qui explique qu’il règne un état d’esprit inchangé depuis l’époque de Hosni Moubarak. Ainsi, le Premier ministre, Kamal Al-Ganzouri, promet de protéger les manifestants campant devant le siège du Conseil des ministres mais ne cille pas quand ces mêmes manifestants se font tuer [par l’armée], traîner par terre et tabasser, y compris les filles. Il parle d’une grave crise économique mais n’a pas l’air embarrassé par le fait que la Banque centrale ait mis de côté 55 milliards de livres [environ 7 milliards d’euros] au nom de Hosni Moubarak. On se moque du monde, exactement comme on le faisait sous l’ancien régime. Comme si la révolution n’avait pas eu lieu. 

      Quatrième remarque : même si la plupart des juges sont des gens respectables, la justice en tant qu’institution n’est pas indépendante. Elle demeure aux ordres d’une administration dont le président est nommé par le ministre de Tutelle, lui-même nommé par le président… La révolution avait exigé le renvoi des juges ayant participé au trucage des élections, mais le Conseil militaire les a maintenus. Nous en voyons la conséquence : aucun procès contre les responsables de la répression n’a eu lieu, malgré trois tueries successives [en octobre, devant le siège de la radio-télévision d’Etat, ainsi qu’à la fin du mois de novembre, puis mi-décembre autour de la place Tahrir]. Quatre-vingt-quatre martyrs y ont laissé la vie, écrasés par des blindés, asphyxiés par du gaz lacrymogène ou fauchés par des tirs à balles réelles, sans parler des milliers de blessés, de ceux qui ont perdu un œil ou du nombre de jeunes filles humiliées. Au lieu d’inquiéter les responsables, ce sont de jeunes révolutionnaires qui ont été accablés. Le blogueur Ahmed Douma a été arrêté, l’éditorialiste Nawara Negm inculpée pour avoir “fait croire à l’opinion publique que la corruption existait toujours” [le 18 janvier, elle a été tabassée en pleine rue], des militants interdits de voyage… Et pendant ce temps, le numéro deux de l’ancien régime, Omar Souleyman, voyage librement, à bord de jets privés, et rencontre les grands de ce monde. 

      Une même dictature 

      Cinquième remarque : le Conseil militaire a organisé des élections inéquitables et offert la majorité parlementaire aux forces de l’islam politique. Il leur a permis de créer des partis à base religieuse, en infraction flagrante avec l’article 4 de la Constitution provisoire qu’il a lui-même proclamée. Ensuite, la commission électorale instaurée par ses propres soins a fermé les yeux sur toutes les infractions commises par ces partis, telles que la propagande politique à travers les mosquées, la présence de militants devant et dans les bureaux de vote et jusqu’à l’achat de voix. Il n’a pas non plus enquêté sur la provenance des millions de livres dépensés par ces partis au cours de la campagne. Ce genre de questions, le Conseil ne les pose qu’à ceux qui se montrent critiques à son égard. 

      En dehors des poursuites judiciaires contre Hosni Moubarak – avec toutes les réserves qui peuvent être formulées quant à au sérieux de son procès –, la révolution n’a atteint aucun de ses objectifs. Le fait est que le Conseil militaire a transformé la révolution en coup d’Etat. Au lieu d’instaurer une démocratie, il s’est contenté d’un changement de façade. Une dictature a succédé à une autre. Si les choses continuent ainsi, nous aurons [en juin prochain] un nouveau président, élu certes, mais élu selon les grâces dudit Conseil. Et celui-ci continuera de tirer les ficelles en coulisse. C’est pour toutes ces raisons que Mohamed Al-Baradei a annoncé son retrait de la campagne électorale. 

      Il faut lui savoir gré d’avoir refusé de servir de feuille de vigne pour une démocratie de façade. Qui peut imaginer que la campagne sera honnête alors que les médias officiels font feu de tout bois contre la révolution, que les forces de l’ordre harcèlent l’opposition et que des dizaines de milliers de baltaguis [voyous devenus indics de police] sont disponibles pour être lancés contre toute personne ou rassemblement susceptible de déranger le régime ?
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