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Délestages… nucléaires

Les délestages…
Il est rare de se promener dans une ville africaine sans entendre ce mot ou sans en subir ses conséquences. En Afrique, les délestages (et pas seulement d'électricité) vont de pair avec la corruption, bien plus souvent qu'avec des infrastructures vétustes ou non entretenues. Donc rien de neuf sous le soleil. Par contre ce qui peut étonner c'est l'intérêt que portent des journalistes français[1] depuis quelques semaines sur cette calamité, comme si elle était soudaine, ou arrivait à un point critique.

Je me souviens comme si c'était hier de certains après-midi poisseux à Diégo Suarez, il y a près d'une quinzaine d'années de cela[2]. Diégo Suarez est une ville située au nord de Madagascar. Son nom malgache est Antsiranana. Cette ville du bout du monde et d'un autre âge, enfin telle que je m'en souviens (il y a de fortes chances pour que mes souvenirs soient toujours d'actualité, et j'utilise ici sciemment le mot chance, car cette ville m'avait envoûtée), m'a laissée aussi le souvenir de fortes chaleurs et d'un manque cruel d'eau courante.
A l'époque tous les habitants de la ville suivaient avec attention les horaires de coupure d'eau pour remplir quelques seaux, pour la toilette, les toilettes, la cuisine. Et bien que touriste, cette discipline ne m'était pas épargnée. Et je ne suis même pas certain qu'elle l'était à des touristes plus fortunés que moi.
Quoiqu'il en soit, l'heure de la douche était rarement improvisée, et si l'on était distrait, on se trainait parfois toute la journée avec l'odeur un peu salée, caractéristique d'une forte transpiration, fruit d'une nuit éprouvante de chaleur. Bien plus que les matins, les après-midi semblait alors interminables, en attente des fraîcheurs nocturnes toutes relatives.
En ce temps-là l'excuse du nettoyage des cuves était servie toute l'année. Bienheureuses cuves, elles ne semblaient jamais se lasser d'être lavées, sans doute aussi accablées que nous par la chaleur malgache.

D'autre souvenirs bien sûr, plus récents, dans certaines villes du continent africain. A Ouagadougou par exemple, capitale du Burkina Faso.
Là c'était les coupures électriques, ces fameux délestages dont on parle tant actuellement, qui nous transformaient tous en bizarres et gros geckos[3] tout luisant et nous étions alors ridicules à voir, surtout quand la coupure électrique brisait l'élan des ventilateurs et autres climatiseurs de fortune en pleine dégustation de foufou, de riz gras, de riz sauce ou de sauce gombo.

Evidemment le touriste que j'étais ne souffrait pas vraiment de telles mésaventures. Rien de comparable pour l'habitant qui subit toute l'année, quotidiennement et parfois plusieurs fois par jour ces coupures. Les délestages électriques, rarement signalés, ont bien sûr des conséquences et il est inutile de décrire les dégâts autres que domestiques qu'ils causent à des économies par ailleurs fragiles.
L'origine de ces coupures fréquentes étant souvent une corruption à tous les étages d'une administration qui essaie d'imiter le sommet de l'Etat, le début d'une solution pourrait être longue à venir.

Naturellement des possibilités de sortir de ce "fléau" existent en Afrique : L'hydraulique, le solaire, l'éolien.
Mais malheureusement la réalité est coriace. Un exemple d'énergie hydraulique est caricatural : Sur le fleuve Zaïre (ou Congo), en RDC, au niveau des chutes d'Inga, un projet pour la construction d'un nouveau barrage (après deux précédents au même endroit) est en gestation depuis quelques années déjà[4], mais manifestement les financements se font attendre. Inga III est envisagé pour améliorer la puissance totale d'énergie produite, énergie totale qui pourrait alors alimenter en électricité toute la sous-région ouest-africaine. Mais la réalité semble tout autre : La corruption et le manque d'entretien de l'existant, qui, les bons jours, fonctionne à 30% de sa capacité, n'est plus, et depuis bien longtemps, un secret de polichinelle pour les congolais et pas uniquement pour eux[5].

Les barrages d'Inga I, puis II, puis bientôt III ne seraient que des éléphants blancs[6], qui ne bénéficieraient qu'aux investisseurs et politiques en RDC et ailleurs, et il est à parier que cette infrastructure ne sera jamais fonctionnelle[7], sinon pas pour la région[8].

Les délestages sur le continent africain ont sans doute une longue vie devant eux… à moins… à moins peut-être que l'Afrique n'entre dans le progrès et l'énergie nucléaire. Et c'est sans doute l'espoir de nombreux lobbies pro-nucléaires, qui s'affolent un peu depuis la catastrophe japonaise, dont les conséquences tragiques ne sont toujours pas prévisibles. Hormis la France (et Areva), qui fanfaronne encore, de nombreux pays riches risquent de se détourner de cette énergie trop dangereuse, et certains estiment donc qu'il leur faut coûte que coûte conquérir de nouveaux marchés.
L'Afrique et ses délestages ne seraient-ils pas éligibles à cette belle technologie ?
Le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, vient d'y renoncer, mais pour combien de temps ?

Alors ? Ces émissions[9] insistantes actuellement sur certaines ondes ne seraient-elles qu'un hasard ? Triste coïncidence tout de même.

SylvainD.



[3] Les geckos sont ces mignons petits lézards, parfois d'un joli vert tendre, qui se promènent en se collant sur les murs et les plafonds avec leurs gros doigts adhésifs.

[6] On qualifie d'éléphants blancs de grands travaux inutiles, et les chutes d'Inga seraient bien du nombre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Grands_travaux_inutiles#R.C3.A9publique_D.C3.A9mocratique_du_Congo

[8] Certaines mauvaises langues prétendent que ce 3ème barrage a été prévu pour produire de l’énergie pour l’Europe et accessoirement pour les pays africains. A voir ? http://balades.wordpress.com/2009/08/30/delestages-kenyans-et-quelques-absurdites/

[9] Voir renvoi 1 ci-dessus.


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4 réactions à cet article    


  • krolik krolik 26 mai 2011 17:13

    oh, le sujet devient d’actuialité en Europe avec la déclaration il y a deux mois maintenant du Président de « British grid » , le RTE britannique :
    - il va falloir que les gens apprennent à utiliser l’électricité lorsqu’il y en a .

    La messe est dite !
    @+


    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 26 mai 2011 19:56

      bonjour,

      « à moins… à moins peut-être que l’Afrique n’entre dans le progrès et l’énergie nucléaire. » c’est ça ma poule, il faut leur vendre du soleil en boite aux africains et pourquoi pas du sable synthétique et de l’eau en poudre pendant qu’on y est... ?


      • Numero 19 Numero 19 27 mai 2011 00:08

        Attendez, vous pensez fournir à un pays qui n’est pas foutu d’entretenir correctement un barrage les rênes d’une centrale nucléaire ?

        Vous prêteriez votre bolide clinquant à une personne qui roule dans un tacot tout cabossé ?


        • SylvainD 27 mai 2011 09:55

          Je me décide à répondre au moins aux 2 derniers commentaires (sion2 et numero17). Les propositions que je mentionnais pour l’Afrique ne sont pas les miennes, mais celles de tenant du nucléaire à tout crin. C’était de l’ironie de ma part et manifestement certains lecteurs restent au 1er niveau de lecture. C’est triste et pas très encourageant pour les bloggeurs et autres agoravox...

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