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Démocraties occidentales en crise

Les deux côtés de l’Atlantique ont en commun de partager une double crise. Économique, bien sûr, la plus visible. Démocratique également avec la montée du Tea party aux États-Unis et la résurgence de l’extrême droite sur le vieux continent. Car la financiarisation du capitalisme n’épargne rien. Ni les hommes ni les institutions. Si l’argent, la corruption et les lobbys minent nos démocraties, celles-ci sont écartelées entre la perte de confiance des citoyens et des marchés qui imposent des prises de décisions rapides, dans des délais difficilement compatibles avec le respect des procédures démocratiques.

Corine Lesnes, correspondante du quotidien Le Monde à Washington signait en novembre dernier un papier éclairant : « Ingouvernable Amérique ». La journaliste donnait des chiffres qui interpellent sur la crise de légitimité de la classe politique américaine. 90% des américains déclarent avoir perdu confiance dans leur gouvernement et 75% d’entre eux estiment que l’argent achète les résultats électoraux.

Le poids des lobbys n’y est pas pour rien. La dépendance des parlementaires à l’égard de leurs donateurs est problématique. A un million de dollar en moyenne la campagne d’un candidat à la Chambre des Représentants, on devine le niveau d’exposition aux demandes de contreparties.

Évidemment la France n’en est pas encore là. Mais la corruption rampante des élus locaux, amplifiée par la décentralisation et les absences d’alternance politique, est inquiétante. Tout comme le poids croissant des lobbys auprès des parlementaires et des formations politiques.

La banalisation de la qualification « tous pourris » dans le langage commun ne doit pas être prise à la légère. Elle témoigne d’un doute profond dans le système démocratique confirmé par la hausse continue de l’abstention lors des rendez-vous électoraux.

Le sentiment (exagéré) de corruption généralisée allié à celui d’impuissance des responsables politique à résoudre les problèmes est dévastateur.

Les raisons sont multiples. Tout d’abord la dérive de la démocratie vers la médiocratie. Parce que la représentation nationale porte de plus en plus mal son nom tant du fait de la professionnalisation de la classe politique que par son mode de renouvellement endogène. Les salariés d’élus d’aujourd’hui, qui souvent n’ont jamais connu d’autre expérience professionnelle, constituent désormais le vivier des élus de demain.

Ensuite parce que les procédures longues et complexes de décision sont présentées de plus en plus comme des archaïsmes générateurs de paralysie. A la notion de savant équilibre des pouvoirs formalisée dans la Constitution américaine de 1787, on voit émerger celle de réactivité, de nécessité de pouvoir prendre des décisions rapides dans un monde qui va toujours plus vite.

Les critiques adressées en ce sens à la Constitution américaine, la plus vieille du monde, sont transposables aux traités européens. Le risque naturel consisterait à vouloir simplifier l’architecture institutionnelle au profit d'une concentration des pouvoirs. Plus efficace certes mais surtout, moins démocratique.

A cet égard, le succès du capitalisme « à la chinoise » interpelle. Comme si, outre la régression sociale, la mondialisation devait immanquablement s'accompagner d'une régression démocratique considérée comme une nouvelle condition de la compétitivité économique.

Corine Lesnes fait ainsi état des propos de Peter Orszag, le premier directeur du budget de Barack Obama dans l’hebdomadaire de gauche The Nation « Aussi radical que cela puisse paraître, nous devons répondre à la paralysie de nos institutions politiques en les rendant un peu moins démocratiques  ».

Les propos peuvent paraître choquants mais leur franchise tranche avec l’hypocrisie européenne qui consiste à retirer le contrôle de l'équilibre des budgets aux parlements nationaux non pour le confier au parlement européen mais à des juges.

Aussi bien dans l’ancien monde que dans le nouveau, le XXIème siècle ne se traversera pas sans une refondation démocratique. Se réformer ou disparaître car la démocratie n’est pas un régime éternel.

Le Tea Party (TP) dans un paradoxe dont il a le secret aime à dire que les États-unis sont une république mais pas une démocratie. Une affirmation qui lui permet de réclamer le retour à une autre lecture de la Constitution de 1787, nettement plus défavorable à l’Etat fédéral. Comme le Front National chez nous, le TP pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses. Il reste qu’une décalcification des textes est nécessaire face à un monde qui a beaucoup changé.

Ainsi, d’ores et déjà, la feuille de route européenne pourrait s’inspirer de l’histoire des États-Unis. De ce moment fondateur où à l’issue de la guerre d’indépendance, les 13 colonies britanniques d’Amérique du Nord, plutôt que de faire route à part, choisirent de mutualiser leurs dettes pour fonder une grande nation.


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6 réactions à cet article    


  • Scual 27 décembre 2011 14:03

    Il n’y a pas de crise économique, il y a seulement une crise politique.

    Nous ne somme plus dans des démocraties mais dans des ploutocraties et la pauvreté n’est pas due à un manque d’argent mais à l’accaparement du capital par les ploutocrates.

    Mettez un seul démocrate à la tête d’un de nos États et on verra la situation s’améliorer de façon spectaculaire. Bien sur c’est presque impossible, y a qu’à voir comment les démocrates sont traités dans les médias ploutocratiques pour le comprendre...


    • _Ulysse_ _Ulysse_ 27 décembre 2011 14:29

      C’est clair que le contrôle de l’information est primordiale dans la guerre moderne.
      La guerre moderne allie la politique, la propagande avec le contrôle des médias et la guerre financière. Quand on voit le succès grandissant d’Asselineau sur le web politique alors qu’il est totalement boycotté par les médias...

      http://resultatselections-2012.over-blog.fr/


      • Richard Schneider Richard Schneider 27 décembre 2011 18:19

        @ l’auteur :

        De votre article, j’ai retenu surtout ce passage :« A cet égard, le succès du capitalisme « à la chinoise » interpelle. Comme si, outre la régression sociale, la mondialisation devait immanquablement s’accompagner d’une régression démocratique considérée comme une nouvelle condition de la compétitivité économique ».
        C’est exactement le projet ultime de la « mondialisation heureuse ». Le crise économique qui sévit aussi bien aux USA qu’en Europe est le prétexte qui permet à la « World Company » de mettre au pas tous les peuples réticents à une médiocratie qui s’installe peu à peu dans le monde. C’est pourquoi, je défends depuis un certain temps la thèse d’une crise économique majeure aboutissant inévitablement à une crise politique majeure : la fin de la France issue de la Libération, par exemple, est programmée depuis longtemps déjà. Jusqu’à présent, les gouvernement de droite et de gauche ont le plus souvent recherché l’équilibre entre les aspirations des citoyens et la réalité du monde. Avec Sarkozy, les aspirations du peuple sont gommées au profit de la Finance et des Grandes Entreprises mondialisées. Le peuple est bien entendu perdant à tous les coups - voir ce qui se passe en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie etc ...
        L’avenir de la « vieille Europe » est bien sombre. La pieuvre libérale (économique) aura la peau de la démocratie libérale (parlementaire). C’est les Becker, Friedman qui doivent bien se marrer dans leurs tombes.

        • christian pène 27 décembre 2011 21:31

          Vous n’avez donc pas compris que la démocratie relève de l’absurde ? ou comment mettre le foutoir dans une société.....puisque les dirigeants et élus cherhent d’abord à se faire boien voir en vue d’une réélection : ils sont pour cela prêts à tout , dont nous saigner aux quatre veines pour arriver à leurs fins : les tentacules de la pieuvre ont pour nom : mensonge , vol , corruption, etc.....truquages électoraux par des lois scélérates .....


          • Jean 27 décembre 2011 23:52

            @l’ auteur,
            Vous vous entêtez à nommer démocratie ce qui n’ est qu’ oligarchie.

            Une autre vision de la société : la démocratie et non un ersatz.
            (en démocratie, dépenses -30%, impôts -30%, endettement -50%)

            Le tirage au sort à étudier sérieusement :
            en finir avec les partis donc les lobbies, groupes de pression sur le législateur.

            Depuis des siècles nous sommes conditionnés à être dominés par des chefs de clan, féodaux, rois, ... ; et aujourd’ hui par l’ oligarchie.

            On se fait croire à nous-même, qu’ il n’ y a pas d’ autre solution, encouragés en cela par l’ oligarchie. Des exemples contraires existent qui fonctionnent bien, démocratie même partielles. Vidéos : voir Etienne Chouard
            http://www.dailymotion.com/video/xlz6kr_debat-entre-etienne-chouard-et-yvan-blot-sur-la-democratie-reelle_news

            Une association : http://www.democratiedirecte.fr/

            Et un parti, à voir : http://www.lepf.fr/

            Avantages : Une démocratie par tirages au sort, élimine le pouvoir des partis donc des lobbies, assure les parités, en particulier hommes/femmes, fait de nous des citoyens (pas qu’ au bureau de vote), élimine l’ aberration de la professionnalisation de la Politique, qui appartient à tous, réduit la délinquance (tous deviennent des citoyens, responsables...), rétablit le naturel instinct de solidarité dans les rues, les quartiers, entre voisins, etc.


            • restezgroupir44 restezgroupir44 28 décembre 2011 10:46

              Vous oubliez d’écrire que les E.U se sont construits sur un Ethnocide ,peut-on construire une démocratie avec les mains pleines de sang ?

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