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Dérive dictatoriale

La révolution française avait introduit la notion de « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Cette notion a manifestement fait florès au vingtième siècle, mais elle a connu son apogée avec le droit d’ingérence si cher au docteur Kouchner. Quelque peuple que ce soit peut dès lors demander à disposer de lui-même et faire appel, via par exemple et encore une fois le docteur Kouchner, à l’ONU ou autre « machin » ayant des prérogatives plus ou moins équivalentes.

Néanmoins, si l’on peut sentir quelque raison profonde dans la volonté d’un peuple à prendre son destin en main, le problème majeur reste dans les définitions des limites que l’on met en œuvre. A partir de quand un groupe de personnes forme-t-il un peuple ? Par ailleurs, les défenseurs de la thèse kouchnérienne sont bien en peine d’expliquer pourquoi, en Afrique notamment, ils s’opposent depuis maintenant des décennies à la remise en cause de frontières qui sont, pour l’essentiel, issues de la colonisation et font fi des peuples qu’elles englobent quand encore elles les englobent et ne les partagent pas, ce qui est bien souvent, hélas, le cas. Une forme de paix forcée occidentale s’impose donc à divers protagonistes non occidentaux et qui fait fi des peuples réels malgré le discours ambiant.

A titre d’exemple, la Côte d’Ivoire que l’on sait partagée ethniquement depuis des lustres entre nord et sud aurait davantage eu vocation à une partition politique qui aurait épousé la réalité géographique et humaine de cette zone. Mais l’Occident semble avoir ses propres démons à refuser de voir une réalité qui pourtant est claire. Combien de temps encore durera le château de cartes ivoirien ? Quelles interventions et compromissions les occidentaux accepteront-ils encore et au nom de quelle morale pour conserver la structure de ce territoire ?

Mais la dérive dans la pensée occidentale a accompli un pas encore plus significatif avec le cas libyen. En effet, après une période de flottement (Kadhafi va-t-il gagner ?) les sphères politiques, probablement mal renseignées et surtout incultes quant à la situation là-bas, estiment les chances des insurgés plutôt bonnes. La main que l’on baisait hier, celle de Kadhafi, invité avec sa tente en grande pompe en France il y a peu, devient alors bien gênante ; mais, semble-t-il, on n’a guère de honte aujourd’hui dans la France de 2011 à trahir ses alliés d’hier. Le malotru qu’il n’a en réalité jamais cessé d’être est alors voué aux gémonies et il est sommé séance tenante de vider les lieux. Mais, horreur, il reprend de sa superbe et s’efface alors l’espoir d’un changement de régime à Tripoli. Il est alors bien clair que voilà notre pays et ses séides dans une posture politique bien délicate. On a quelque peu vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué. On convoque alors le conseil de sécurité de l’ONU et on arrache deux résolutions que l’on s’arrange à détourner pour, au final, avoir raison : nous avons dit que Kadhafi doit partir et il va partir ! Au passage, nous défendons soi-disant un peuple dont on ne connaît rien des aspirations réelles. Y a-t-il seulement une vraie diaspora libyenne qui a un programme alternatif à celui de Kadhafi ? Et nous avons de plus appris que la majorité des combattants seraient membres d’Al Qaeda ; un vrai programme démocratique et de libertés assurées, surtout pour les femmes. Ces dernières apprécieront.

Il semble ainsi en aller de la démocratie comme de toutes les idéologies qui ont traversé l’Histoire à ce jour. Au début, elles sont persécutées, puis, quand elles deviennent majoritaires, elles persécutent à leur tour. Les exemples ne manquent hélas pas. Ce qu’il y a d’intéressant à vivre l’époque actuelle, c’est que nous venons d’assister, France en tête, à ce tournant, à ce basculement, de l’imposition par la force d’une idéologie, cette dernière, ne nous leurrons pas, n’étant qu’un prétexte à la défense d’intérêts inavouable ; cela aussi et hélas, est une constante dans l’histoire du monde. Alors, au lieu de nous prendre pour des abrutis, si le gouvernement français nous disait, pour une fois, la vérité ? Qu’allons-nous faire en Libye ? Pourquoi ces quelques kilomètres carrés de sable valent-ils que nous perpétrions des crimes, car, malheureusement, même s’ils sont des ennemis, ceux qui meurent sous nos bombes n’en restent pas moins des hommes.


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2 réactions à cet article    


  • enréfléchissant 19 avril 2011 16:38

    Il est dûr d’analyser les guerres et ce qui est juste de faire.


    En effet les guerres sont le fruit des intérêts des classes dirigeantes et des classes capitalistes.
    A partir de là il faut combattre et dénoncer toute guerre, guerre qui est dans tous les cas opposée aux intérêts du peuple.
    On apperçoit comme en Lybie des guerres ou il semblerait que la cause de la guerre soit juste, c’est une révolte du peuple. La seule chose que nous devrions faire c’est d’aider les insurgés à battre l’ennemi, mais en lui laissant le commandement.
    Tout en répetant que le guerre est le fruit des gouvernances des peuples et le fruit de l’instabilité causée par la hiérarchie.

    • ung do 20 avril 2011 03:41

      Bon article écrit dans un français excellent , agréableà lire

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