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Des photos d’otages brandies par des élus pendant l’investiture d’Uribe

C’est dans une capitale sous haute surveillance que le président colombien Alvaro Uribe a prêté serment, hier après-midi, pour son second mandat consécutif. Près de 30 000 policiers et soldats ont investi depuis le week-end les rues et les hauteurs de Bogotá, des blindés se sont positionnés sur les principales artères et les hélicoptères vrombissent en permanence au-dessus de la ville pour éviter tout attentat de la guérilla d’extrême gauche des Farc.

Pendant la cérémonie d’investiture, plusieurs congressistes colombiens ont brandi des photos d’otages, dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, pendant le discours d’investiture du président Uribe en présence de 11 chefs d’État et de 63 délégations étrangères. Parmi eux les parlementaires de gauche Gustavo Petro et Wilson Borja, membres du Pôle démocratique.

Le président Uribe a affirmé dans son discours qu’il était disposé à mettre fin à la guerre civile en Colombie, mais a demandé aux groupes armés de "prendre des mesures irréversibles" qui prouvent leur volonté de négocier et a indiqué qu’il ne permettrait pas de "paix trompeuse".

Face au risque d’enlisement, quelques gestes avaient fait croire que le président réélu allait désormais chercher l’ouverture de négociations. Il s’est ainsi attaché les services d’un de ses anciens ennemis politiques, Fabio Valencio Cossio, connu pour avoir établi de bons contacts personnels avec les chefs de la guérilla lors du dernier dialogue avorté, entre 1999 et 2002. Sa nomination a fait espérer un assouplissement aux proches des 58 otages politiques et militaires des Farc, dont Ingrid Betancourt, détenus dans la jungle depuis parfois plus de huit ans. Le groupe armé exige la libération de ses combattants prisonniers de l’Etat contre celle des otages, et ne veut négocier l’échange que dans deux municipalités montagneuses du sud-ouest du pays, zones d’où se retirerait l’armée colombienne.

La fermeté de la guérilla, comme du pouvoir, lequel n’accepterait de démilitariser que le quart du territoire exigé, a empêché tout dialogue direct depuis quatre ans. Les familles d’otages maintiennent malgré tout leurs espoirs en l’Eglise et en une commission européenne menée par la Suisse et la France pour établir des ponts avec les Farc.

Mais le discours d’investiture d’Uribe, très attendu hier après-midi, devrait maintenir le cap de la guerre. Selon le quotidien national El Tiempo, le Président craint que "la recherche de la paix [au milieu des combats] démotive l’armée". Sur ces bases, calcule un proche des tractations, il faudrait "un an et demi à deux ans" pour obtenir une libération négociée des otages.

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Le dilemme du président colombien face à la question des otages

Alvaro Uribe avait promis d’écraser la guérilla. Élu pour un deuxième mandat, il dispose de pouvoirs accrus, mais ses méthodes et ses "milices" inquiètent Washington.

Quatre ans de plus pour régler les problèmes du pays : c’est le sursis demandé par le président colombien Alvaro Uribe à ses compatriotes. Ils lui ont volontiers accordé ce second mandat, presque sacrilège, dans un pays où la réélection présidentielle était interdite avant que l’homme fort du pays andin ne modifie la Constitution. Confortablement réélu, fin mai, au premier tour avec 62% des voix, Uribe prêtera serment aujourd’hui devant une maigre assistance, dans un climat alourdi par la crainte de nouveaux attentats des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (Farc).

Signe de l’isolement de la Colombie, dernier allié inconditionnel de Washington sur un continent majoritairement à gauche, peu de chefs d’État importants assisteront à l’investiture d’Uribe. Ni le président brésilien "Lula" Da Silva, ni le Vénézuélien Hugo Chavez et pas davantage le secrétaire d’État américain, Condoleezza Rice.

En 2002, le mandat d’Alvaro Uribe était clair : écraser la guérilla. Sa politique de "sécurité démocratique" affiche aujourd’hui quelques résultats significatifs. La militarisation des principaux axes routiers a permis aux Colombiens de redécouvrir leur pays. Le tourisme et la confiance des investisseurs étrangers augmentent. L’offensive contre les Farc s’est soldée par un repli de la guérilla et une nette diminution des enlèvements.

Nette diminution des homicides

Surtout, les négociations avec les paramilitaires d’extrême droite, ces milices antiguérilla responsables de la majorité des atrocités commises en Colombie ces vingt dernières années, ont permis la démobilisation de 35 000 combattants et une nette diminution des homicides : 18 000 en 2005, contre plus de 28 000 en 2002, selon les chiffres officiels.

Mais le pouvoir accru de cette mafia classée "terroriste" par Washington, et l’impunité dont s’apprêtent à bénéficier les chefs "paras" accusés de crimes contre l’humanité inquiètent. Une série de scandales d’une gravité rare impliquant des hommes de confiance du président Uribe a récemment mis en évidence l’enkystement dans l’appareil d’État colombien des paramilitaires et autres narcotrafiquants.

La guerre antidrogue, d’ailleurs, piétine : malgré l’aide militaire américaine, la Colombie produit aujourd’hui plus de cocaïne qu’il y a quatre ans : 776 tonnes en 2005, selon l’ONU. Quant à la situation humanitaire, elle reste désastreuse : 3 millions de déplacés, une violence politique constante et des combats quotidiens dans des campagnes infestées par les mines antipersonnel.

Pour son second mandat, le président Uribe bénéficie d’un pouvoir accru : une popularité qui semble perméable à tous les scandales, une confortable majorité parlementaire, des organismes de contrôle aux mains des "uribistes" et des médias acquis à sa cause. La grande inconnue reste sa politique envers les Farc. Les Colombiens savent les limites d’une réponse strictement militaire à ce conflit vieux de quarante ans, aux origines sociales et historiques complexes et dopé par l’économie de la drogue. Son discours d’investiture sera anxieusement suivi par les familles des 59 otages "politiques" que les Farc prétendent échanger contre leurs hommes emprisonnés. Le président fera-t-il une annonce concrète visant à débloquer l’introuvable "échange humanitaire" ? C’est aujourd’hui le dilemme d’Alvaro Uribe : chercher à engager des négociations avec les Farc ou persister dans la voie militaire, un choix délicat. Selon l’analyste politique d’El Tiempo, Carlos Fernando Galan, "Uribe court le risque de ne parvenir ni à défaire les Farc, ni à négocier la paix."


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1 réactions à cet article    


  • Francis Mercier (---.---.0.33) 10 août 2006 10:30

    J’adhère pleinement à ce combat pour la libération d’ingrid et des autres...

    « DANS LA JUNGLE », une très belle initiative... et chanson de Renaud à écouter :

    http://www.betancourt.info/Fr/Chanson-Renaud.htm

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