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Des services secrets américains de plus en plus privés

Mike McConnell, celui que le président Bush vient de nommer directeur de la National Intelligence à la place de John Negroponte, était vice-président de la firme privée Booz Allen Hamilton. Cette firme est étroitement associée aux services secrets américains, qui comptent de plus en plus sur l’entreprise privée pour accomplir leurs missions.

Au cours des dernières années, McConnel a été impliqué dans des opérations de surveillance controversées, dont le fameux programme Total Information Awereness. Il a derrière lui une carrière militaire dans les forces navales américaines qui l’a mené jusqu’au poste de vice-amiral. De 1992 à 1996, il a dirigé la National Security Agency (NSA). Si le nom de cette agence ne vous dit rien, peut-être celui d’ECHELON vous indiquera-t-il la nature de ses activités.

Le va-et-vient entre le secteur public et le secteur privé est courant aux États-Unis. Toutefois, depuis quelques années, s’est ajoutée une privatisation sans précédent des fonctions de l’armée et des services secrets.

Le journaliste indépendant Tim Shorrock estime que les États-Unis contractent au privé environ la moitié du budget annuel des 16 agences de surveillance, lequel s’élève à quelque 45 milliards US$.

Des militaires de carrière tels McConnell, qui ont eu accès aux plus secrets des secrets d’État, se font offrir de très bons salaires par les firmes les plus actives dans le domaine. Les premiers mots de McConnell à la presse en disent long sur sa vision du service civil : « I plan to continue the strong emphasis on integration of the community to better serve all of our customers . » (Democracy Now ! Mike McConnell, Booz Allen and the Privatization of Intelligence.)

C’est un vieil ami qui a approché McConnell pour le poste de directeur de la National Intelligence, l’agence qui chapeaute toutes les agences de sécurité. Cet ami est lui-même féru de l’art de mélanger intérêt personnel et intérêt public. Il se nomme Dick Cheney.

Selon l’enquête menée par Shorrock, les firmes privées mêlées à la sécurité nationale ont une très mauvaise réputation quand il est question de respect de la vie privée. Mais l’exécutif américain peut, en revanche, compter sur leur totale loyauté. Ce ne sont pas ces firmes qui vont s’opposer à une opération douteuse au nom de l’éthique publique. Le client a toujours raison.

C’est pour faire face aux avancées technologiques de la fin des années 1990 que les agences de sécurité américaines ont fait de plus en plus appel au privé. Elles avaient perdu la longueur d’avance qu’elles avaient toujours eue sur le privé.

Mais un autre phénomène a joué. Les administrations américaines n’ont eu de cesse de réduire le personnel de leurs agences. Il a bien fallu que celles-ci se tournent vers le privé dont une bonne partie du personnel venait du secteur public. Il fut d’autant plus facile d’attirer ce personnel qu’il était moins bien payé par le gouvernement.

Shorrock a pu mettre la main sur une information qui en dit long sur le rôle de Booz Allen. Il a découvert que la firme compte parmi son personnel « more than 10,000 TS/SCI cleared personnel ». TS/CSI est le niveau de sécurité le plus élevé.

McConnell était, avant sa nomination, président de l’Intelligence and National Security Alliance (INSA), l’association représentant les sous-traitants de la NSA et de la CIA (Salon.com The spy who came in from the boardroom).


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8 réactions à cet article    


  • Marie Pierre (---.---.88.48) 30 janvier 2007 16:11

    M. Monette, article très intéressant en même temps que terrifiant.


    • Gnole (---.---.192.187) 30 janvier 2007 22:43

      La question est... est-ce que ça coute moins cher que les agences d’état ?

      Je suppose que ces « entreprises » n’ont pas beaucoup de clients (c’est hors du budget d’une personne privée et trop sensible pour que beaucoup d’entreprise privées ait accès à elles)...

      Je vois pas trop comment « rentabiliser » un employé de ces firmes, son salaire et ses frais sont à la charge (indirecte) du donneur d’ordre (ici l’état) donc c’est l’état américain qui paye et au prix fort (plus les bénéfices que l’entreprise doit faire)...

      J’ai beau chercher, je vois pas l’intéret de l’état dqans ce genre de sous traitance smiley


      • Michel Monette 31 janvier 2007 00:46

        L’intérêt bien servi commence par soi-même. (1) L’État perd l’avance qu’il avait sur le privé parce qu’il ne met plus les sous nécessaires pour la conserver. (2) Le privé lui fournit les technologies de pointe qu’il ne développe plus. (3) Ceux qui font de la sous-traitance avec les agences gouvernementales américaines viennent du public et attirent les meilleurs éléments du public. (5) Les agences publiques sont devenues dépendantes du privé qu’elles alimentent en personnel. Elles sont tellement dépendantes que les carrières vont de l’un à l’autre et à l’un.

        Il se trouve qu’en plus l’idéologie dominante est l’anti-étatisme. Au bout du compte, le privé est comme une grosse verrue qui pousse sur l’État. On a accolé à ce dernier une fausse privatisation qui siphonne les deniers publics et en redistribue une partie, au passage, aux partis politiques. Dire que les États-Unis reprochent aux pays les plus pauvres de ne pas résister à la corruption...


      • Reinette (---.---.152.101) 31 janvier 2007 16:11

        Les Etats-Unis et la France sont les deux pays occidentaux les plus avancés dans ce qui est la tendance politique émergente du 21è siècle : le libéral-fascisme, combinaison du néo-libéralisme et du fascisme.

        Le libéral-fascisme consiste à accorder toujours plus de liberté aux entreprises (base du libéralisme) et toujours moins de liberté aux citoyens (base du fascisme).

        Le libéral-fascisme revient à accorder l’impunité aux élites dirigeantes, et simultanément, à augmenter le contrôle et la répression envers les citoyens ordinaires, en leur appliquant le principe de la « tolérance zéro ».

        Quand le libéralisme conduit au fascisme :

        LA LIBERTE DES ENTREPRISES CONSISTE A POUVOIR POLLUER ET SACCAGER L’ENVIRONNEMENT, à être dispensées du financement de la collectivité par le biais des allègements d’impôts et de charges sociales, et à pouvoir disposer de salariés corvéables à merci, licenciables facilement et payés le moins cher possible. La « liberté » des entreprises est donc susceptible de provoquer une révolte de la population. La réduction des libertés individuelles et l’augmentation de la répression contre les citoyens sont donc le complément indispensable du supplément de liberté accordé aux entreprises.

        Par ailleurs, les conditions économiques de plus en plus difficiles augmentent le nombre des chômeurs, des précaires, et des sans-abris.

        Quant à ceux qui travaillent encore, ils touchent souvent un salaire misérable, insuffisant pour subvenir à leurs besoins compte-tenu du coût du logement et des produits de base.

        Afin de prévenir les réactions violentes ou illégales des pauvres et des exclus, le libéralisme nécessite le renforcement de la répression et l’instauration d’un état policier.

        En France, Nicolas Sarkozy, est presque en tous points aligné sur la politique de Bush et des néo-conservateurs américains :

        1) suppression des libertés au nom de la « sécurité »,

        2) mépris des droits de l’homme,

        3) répression à outrance du moindre délit commis par le citoyen ordinaire,

        4) politique économique ultra-libérale,

        5) communautarisme,

        6) discrimination positive, et

        7) encouragement implicite de l’islamisme afin d’attiser ensuite la peur, la « matière première » indispensable du fascisme.

        (Comprendre le pouvoir de Noam Chomsky, Ed. Aden)


        • Reinette (---.---.152.101) 31 janvier 2007 16:19

          à lire : LA PRIVATISATION DE LA VIOLENCE

          Mercenaires & sociétés militaires privées au service du marché Xavier Renou - Editions Agone - Aden Diffusion - Prix 12 €

          La marchandisation s’étend désormais au domaine de la « violence légitime », un secteur en plein essor qui représenterait déjà un bénéfice annuel de plus de 100 milliards de dollars.

          Fiche :

          Les mercenaires de jadis sont aujourd’hui les employés de « sociétés militaires privées » parfaitement légales qui, renvoyant à un passé révolu l’image sulfureuse des « chiens de guerre », tentent de se construire un rôle respectable dans la fiction d’un marché dispensateur de paix et de démocratie.

          Elles proposent pourtant à leurs clients (États, firmes multinationales, mouvements armés divers) les habituelles prestations d’ordre militaire : opérations de déstabilisation, combat, conseil en stratégie, logistique, etc.

          C’est ainsi, par exemple, qu’une firme dont la mission officielle de « formation à la transition démocratique » conduit au bombardement de civils recevra la bénédiction aussi bien de son client que des instances de contrôle.

          Parce qu’elles font pleinement jouer le mécanisme de circulation entre les secteurs militaires privé et public

          l’une d’elles a recruté successivement :

          a) l’ancien secrétaire à la Défense de Ronald Reagan,

          b) l’ancien secrétaire d’État James Baker et

          c)l’ancien président des États-Unis George Bush père -, l

          es sociétés mercenaires influent de plus en plus sur les politiques de « défense ».

          Parce qu’elles se mettent au service des multinationales qui exploitent les pays du Sud dotés en ressources minières, ces sociétés agissent comme les gardiens d’un ordre économique qui maintient dans la plus grande dépendance des pays en principe libérés depuis plusieurs décennies du joug colonial.

          Les sociétés militaires privées seraient-elles l’instrument privilégié du retour de l’impérialisme ?


        • Yves (---.---.15.126) 6 février 2007 00:45

          Bonsoir ,

          Oui , et pour illustrer vos propos sur l’Externalisation des fonctions de défense aux ETATS UNIS ... , sur fond d’irresponsabilité et de magouilles ( notamment dénoncées par des officiers de l’armée américaine qui reprochent l’absence de toute forme d’unité de commandement et de contrôle , et de procédures standardisées de recrutement du personnel des S.M.P. ) :
          http://www.monde-diplomatique.fr/2004/11/MAKKI/11663
          - des sociétés de mercenaires américaines ( en contrat avec le Gouvernement ... ) et anglaises qui se partagent un business très juteux ...
          http://www.lefigaro.fr/magazine/20061215.MAG000000297__cerbres_de_l_enfer_e n_irak.html

          A noter que , lorsque des mercenaires de l’une de ces S.M.P. ( Blackwater ) se font buter en IRAK ... , l’ambassadeur américain Zalmay KHALIZAD ( membre du P.N.A.C. ) fait un communiqué selon lequel :
          - « ... L’ambassade américaine est profondément attristée par la perte tragique de 5 employés de Blackwater ... » ( http://fr.news.yahoo.com/25012007/202/irak-5-employes-d-une-agence-de-securite-tues-mardi.html
          - Mais lorsqu’il s’agit de simples soldats fédéraux ... ( quelques 3067 morts selon bilan au 28 janvier 2007 : http://fr.news.yahoo.com/28012007/290/sept-soldats-americains-tues-en-trois-jours-en-irak.html )
          - les mafiosis de l’Administration BUSH restent totalement indifférents ... et muets ...


        • minijack minijack 5 février 2007 14:24

          Après les milices privées voici l’avénement des services de renseignements et des services spéciaux privés... Bougrement inquiétant. Et c’est ça le modèle que Sarko veut prendre comme exemple de démocratie ?

           smiley


          • non666 (---.---.7.210) 12 février 2007 14:59

            Une autre vision de cette « privatisation » serait que celle ci serait un fusible pratique en cas d’echec, s’il fallait rendre des comptes sur certaines methodes.

            Les techniques d’interogatoires d’abou grahib ressemblent furieusement a celles de l’armée israelienne. Avec les arabes , peuple plutot macho, meprisant les femmes, la mise en position de victime sexuelle humiliée est une methode pour « briser » les prisonniers.

            Les photos sont prises pour servir de moyen de chantage (on va les montrer a ta femme et a tes amis...).

            Or il est evident que ces methodes n’ont pu etre validé par l’etat major US, extremement puritain. La CIA a donc sous-traité le renseignement militaire, entre autres, a de fausses compagnies « privées ». Sur le site du Pentagone, vous trouverez des rapports ahurissant sur les « sexual abuse »

            En cas d’echec de l’operation ( ce qui est le cas aujourd’hui...), les dervives sont imputables a des soustraitant qui n’ont pas les normes morales des marines et tout le monde s’en tire bien.

            Car qui d’autre dans le monde a deja sous-traité son renseignement militaire et ses interrogatoires de prisonniers ?

            Le pire n’est pas la. Le pire est que les auteurs de science fiction, qui inventaient il y a 20 ans les guerres privées dans des univers ou des « corpo » organisaient et faisaient des guerres a leur compte, sont en passe d’etre rejoint par la realité...

            Le seul batiment public a ne pas avoir été bombardé en Irak et le premier a avoir été « sécurisé » est le ministere du petrole. Toute la documentation technique (type de gisement, profondeur, qualité du petrole) a été confisqué.

            En Afghanistan, le seul interet de Karzai a été de signer le traité qui garantissait la creation et la surveillance du pipeline qui doit traverser le Pays. Or Karzai et Bush avait travaillé ensemble sur ce projet quand il travaillait tout deux dans le petrole... De plus ce traité autorise les etats unis a « revenir » si l’oleoduc est menacé. La souveraineté nationale est definitivement abolie pour les vaincus...

            Bref, la guerre privée, on en est pas forcement encore la , mais la guerre au profit d’interets privés, avec des moyens privés, au coté des moyens public, c’est bien le sujet.

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