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Djibouti : les Etats-Unis pointent du doigt l’instabilité du président Guelleh

Sur la scène internationale, les alliances se font et se défont à un rythme souvent bien moins rapide que ce qui se fait en matière de politique intérieure. Le partenariat de raison entre les Etats-Unis et Djibouti, petit pays de la Corne de l’Afrique, constitue un cas intéressant à disséquer. Il est en pleine évolution depuis plusieurs années et laisse présager de relations bien différentes sur le continent africain et entre ces deux pays que tout oppose.

La réélection du président Ismaïl Omar Guelleh à la tête de Djibouti, en avril dernier, avait de quoi satisfaire les nombreux alliés de ce pays. Stabilité politique une fois de plus assurée et croissance économique qui ne se dément pas, Djibouti est, sur le papier, un Etat avec lequel il n’est pas risqué de faire des affaires. Les faits sont toutefois beaucoup plus contrastés ; le président Guelleh poursuit une politique d’alliance tous azimuts qui remet en cause les fondements même de la stratégie internationale d’un Etat au poids considérable en dépit de sa petite taille et de son absence de richesses.

Rentes annuelles

Grand exportateur d’hydrocarbures ? A la tête de réserves de minerais colossales ? Grand hub des nouvelles technologies en Afrique ? Djibouti n’est rien de tout cela. Pourtant ce petit pays, fort uniquement de 900 000 habitants, arrive à attirer plus de 90 millions de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) chaque année. La potion magique ? L’armée et, plus précisément, la location de bases militaires à des Etats étrangers, en commençant par la France et les Etats-Unis. L’ancienne puissance coloniale et la grande puissance globale disposent de facilités militaires qui leur permettent de mener des missions de surveillance et des opérations en Afrique et au Moyen-Orient. Arrivés dans le pays en 2002 en réponse à la menace terroriste et au grand plan de nation building, les Etats-Unis ont tissé des liens économiques et militaires qui ont permis au régime d’Ismaïl Omar Guelleh de se renforcer sur le plan intérieur, tout en profitant de revenus importants liés à la location de bases militaires. On estime à au moins 30 millions de dollars les rentes perçues chaque année par l’Etat djiboutien pour la location de la base militaire « Camp Lemonnier ». Des revenus faciles qui ont fait des petits avec la présence de bases allemande, japonaise et désormais chinoise dans le pays.

Cette stratégie a des effets positifs sur l’économie ; la croissance annuelle moyenne est de l’ordre de 5 % dans une région gangrénée par les conflits et dans un contexte économique mondial morose. Sauf que les richesses tirées de cette politique ne profitent qu’à une petite élite quand plus de 50 % de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté. Une croissance économique plutôt forte, des retombées peu partagées et désormais un allié américain qui prend ses distances. Washington serait-il en désaccord avec la manière dont le président Guelleh dirige Djibouti ? La confiance n’a jamais été de mise entre les deux pays et les fuites Wikileaks ont révélé le peu de considération des Américains pour un président Guelleh considéré comme « corrompu » et peu « fiable ». Le mariage de raison est sur le point de se conclure sous forme de divorce à l’amiable. Les violations répétées du régime dans le domaine des droits de l’homme et surtout la lune de miel entre Pékin et Djibouti ont changé la donne.

« Comportement erratique et anti-démocratique » d’Ismaïl Omar Guelleh

Les grues et pelleteuses travaillent jour et nuit pour livrer une base militaire toute neuve à l’armée chinoise qui sera située sur un quai du nouveau port de Djibouti. Cette dernière devrait être opérationnelle dès la fin de l’année 2017 et vise, selon les officiels chinois et djiboutiens, à lutter contre la piraterie dans le Golfe d’Aden où les attaques se sont multipliées (notamment contre les navires chinois) à partir de la milieu des années 2000. Nouveau grand argentier de l’Afrique, la Chine s’entend bien avec des régimes peu regardant en termes de droits de l’homme comme Djibouti et les affaires connaissent un grand boom grâce à la facilitation de prêts bancaires et des aides au développement. Futur grand rival des Etats-Unis au niveau mondial, la Chine place ses pions sur l’échiquier africain et force les Etats-Unis à revoir leur copie.

C’est ainsi que Washington a signé avec le Sénégal au printemps 2016 un nouvel accord de coopération militaire qui tend à redessiner la stratégie américaine en Afrique. Les Etats-Unis pourront dès lors intervenir au Sénégal – et dans la région – plus facilement, le pays disposant d’une petite base, qui pourrait grossir si la situation internationale l’exigeait. Cette nouvelle stratégie permet aux Etats-Unis de compter une infrastructure militaire à tout moment sans en supporter le coût en cette période plus difficile pour les finances du Pentagone. Le Département d’Etat américain fait d’une pierre deux coups en s’assurant une présence en Afrique tout en s’éloignant d’un régime djiboutien de plus en plus décrié. En mars de cette année, deux sénateurs républicains dénonçaient dans une lettre adressée au Secrétaire d’Etat à la Défense « le comportement erratique et anti-démocratique » d’un président Guelleh perçu une fois encore comme un « partenaire pas fiable ». Des caractéristiques qui poussent le régime djiboutien dans les bras de Pékin. Une grande réflexion est en cours à Washington et les prochains accords militaires et économiques sur le continent africain devraient donner le ton pour les vingt années à suivre. Le résultat de l’élection présidentielle américaine, en novembre 2017, verra un approfondissement de ce mouvement en cas de victoire d’Hilary Clinton (candidate démocrate) et peut-être un renversement complet de la tendance si Donald Trump (candidat républicain) venait à séduire une majorité d’électeurs.


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5 réactions à cet article    


  • Habana Habana 14 octobre 09:14

    Mr Omar Guelleh aurait-il ouvert les yeux sur la vraie nature des Américains ?

    Il ne faut pas pactiser avec le diable cher Monsieur !

    • baleti 14 octobre 11:21

      @Habana


       les chinois on offert se que les américains ne peuvent pas payer

      mais surtouts qu’un voisin chinois sur dans se petit pays, pourrai comprometre,la stratégie américaine .sachant que se voisin, a des capacité de surveillance militaire et civil, qui ne sont plus a démontrer

    • diriyeh (---.---.201.52) 2 novembre 18:07

      Il s’agie pas du président gueulleh. Mais la souveraineté national djiboutien est en danger. Parce que : La machine de destruction des états nationaux mondial souverains fabriqué par la CIA étasunienne occidentaux vise aujourd’hui ce petit pays de la corne d’Afrique : appelé la république de Djibouti.


    • smilodon smilodon 15 octobre 23:15

      @ l’auteur : vaste souvenir, « djibout » !.... Si vous saviez tout !..... Adishatz.

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