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Egypte : la révolution n’est pas du goût de l’oligarchie américaine

Le clan Moubarak continue de manœuvrer pour étouffer ce que les observateurs s’accordent désormais à qualifier de révolution authentique du peuple égyptien. Après l’échec de la répression des manifestants puis de la stratégie du chaos sécuritaire, l’Égypte s’apprête à vivre la deuxième étape du bras de fer qui oppose le peuple au régime en place.

Si les deux autres protagonistes de ce bras de fer que sont l’armée égyptienne et l’administration US, se sont contentés jusqu’ici d’accompagner la situation, alors qu’ils avaient les moyens de forcer un départ immédiat de Moubarak, le masque est tombé vendredi soir côté américain. L’émissaire d’Obama, l’oligarque Frank Wisner, s’est, en effet, positionné en faveur de son vieil ami Moubarak, en déclarant que le maintien du Raïs était nécessaire pour assurer la transition. L’armée égyptienne, manifestement aux ordres US, s’est aussitôt montrée plus entreprenante en s’employant dés samedi à déloger, en vain, les manifestants de la place Tahrir. Analyse.

"Dieu ne modifie pas un bienfait dont Il a gratifié un peuple avant que celui-ci change ce qui est en lui-même" Coran (Le Butin, s8-v53)

Ce que vit l’Egypte n’est pas une révolte sociale. C’est une véritable révolution

L’Egypte est à un virage crucial de son histoire moderne. Tenu de main de fer par Hosni Moubarak, depuis presque trente ans, le pays est entrain de vivre une révolution populaire authentique. Cette authenticité tient d’abord au fait que ni le régime de Moubarak, avec son million de policiers et autres centaines de milliers d’agents secrets et d’indic, ni les services diplomatiques et de renseignement américains, très présents dans ce pays, n’ont vu venir le soulèvement populaire, sans précédent, qui secoue l’Egypte depuis le 25 janvier dernier. Cette spontanéité du soulèvement, caractéristique première de toute révolution, ont fait que le mouvement s’est très vite étendu à toutes les couches sociales et à tout le territoire.

La deuxième raison de l’authenticité de cette révolution est son caractère global, dans ce sens qu’elle est le vecteur d’un rejet, on ne peut plus franc et massif, du système Moubarak et ce, sans distinction de couche sociale, ni de confession, ni d’ethnie, ni de tendance politique, ni de catégorie socioprofessionnelle, ni de composante de la société civile. Le soulèvement est celui de tous les égyptiens, un mouvement qui fédère toute la société ; autre caractéristique des révolutions.

La troisième raison, enfin, est la plus importante à notre sens. Il ne s’agit pas comme on entend ici et là d’une révolution pour le pain ; Les difficultés économiques ne sont que l’arbre qui cache la forêt, la goutte qui fait déborder le vase. Le peuple égyptien se révolte d’abord contre l’humiliation, l’arbitraire et la dictature ; il est entrain de se battre pour recouvrer ce qu’il y a de plus noble dans la vie humaine : la dignité, la liberté et la justice sociale.

L’attitude trouble de l’administration US

Il est pathétique de constater comment les Etats-Unis, pays qui a à peine deux cents ans d’histoire et qui, plus est, fait de la liberté et des droits de l’homme un outil de pression et de chantage permanents au reste du monde, se permettent sous nos yeux de torpiller la révolution d’un peuple opprimé, à l’histoire et à la civilisation millénaires, au motif qu’un lâchage si rapide du régime Moubarak par l’administration américaine risquerait de nuire à ses relations avec les autres dictateurs au service des intérêts américains, ou de produire une chaîne d’escalades soi disant difficilement maîtrisables dans la région, ou encore de nuire aux intérêts d’Israël.

Oui, il ne faut pas s’y tromper malgré les voix faussement dissonantes des responsables américains. Il semble que l’administration US a décidé finalement de torpiller la révolution du peuple égyptien. Elle le fait, d’abord, en confiant à l’oligarchie, représentée par Frank Wisner qui, plus, est un vieil ami de Moubarak, de s’occuper du casse-tête égyptien. La position de l’émissaire américain indique qu’en coulisses, les USA sont entrain de faire le contraire de ce qu’avait martelé Obama, en juin 2009, lors de son discours du Caire à l’adresse du monde musulman ; supporter la dictature au détriment de la liberté, le règne de l’arbitraire au détriment de la démocratie, un régime voyou contre un peuple pacifique qui n’aspire qu’à recouvrer ses droits humains, les plus basiques.

La position de Wisner traduit celle de l’oligarchie américaine. Elle revient à exiger non pas du président d’être au service du peuple mais du peuple de soutenir le Raïs, dans sa fin de carrière en tant que serviteur des intérêts américains en Egypte et dans la région. Prétendre que Moubarak doit rester pour assurer la transition c’est se moquer de l’intelligence du peuple égyptien ; c’est comme affirmer que Moubarak ne pouvait pas mourir avant d’avoir assuré sa propre transition !

Les stratèges américains savent que la cote de popularité des Etats-Unis est à son plus bas niveau dans la région, après tant de trahisons des causes justes de ses peuples, particulièrement en Palestine, en Irak et en Afghanistan. Cette série de trahisons, qui commença dés la fin de la seconde guerre mondiale avec le renversement en 1953 du gouvernement du nationaliste Mohammad Mossadegh en Iran, n’épargnera sûrement pas l’Egypte.

En se soulevant le 25 janvier, le peuple égyptien a brisé la barrière de la peur et a pris son destin en main pour recouvrer sa liberté et remettre le pays sur le chemin de la renaissance. S’il parvient à empêcher le régime de faire muter sa révolution en un simple mouvement de revendications sociales, en se montrant suffisamment entreprenant et en se tenant prêt à sacrifier, s’il le faut, davantage de vies, pour obtenir le départ du premier responsable de la situation du pays, l’administration américaine et l’armée égyptienne feront vite de lâcher Moubarak.

Dans le cas contraire, les américains, qui ont déjà commencé à "nettoyer" le parti au pouvoir de ses membres trop encombrants, auront tout le temps nécessaire pour préparer la relève de Moubarak, d’ici septembre prochain. L’objectif majeur des Etats-Unis et d’Israël est d’éviter par tous les moyens que le parti des Frères Musulmans, principale force d’opposition en Egypte, ne puisse, à l’instar de l’AKP en Turquie, jouer un quelconque rôle constructif dans le pays et encore moins dans la région.

Ben Khabou (07/02/2011)

par Ben Khabou lundi 7 février 2011 - 11 réactions
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