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Accueil du site > Actualités > International > Egypte : « Le peuple veut la chute du régime »

Egypte : « Le peuple veut la chute du régime »

L’Égypte vit des moments inédits de son histoire et à un rythme d’enfer. Le monde entier a les yeux braqués sur le Caire et attend un scénario Tunisie bis.

Sommet Charm Sheikh

Il y a à peine 2 semaines, au sommet économique arabe à Charm Sheikh, que présidait, ironie du sort, Hosni Moubarak, les discussions ont porté essentiellement sur la révolution tunisienne et la nécessité d’adopter des reformes pour éviter le même scénario. Tous les pays ont à une vitesse éclair réduit les prix des produits de première nécessité. Tous, malgré l’onde de choc tunisien, ont expliqué avec force et conviction que leurs pays sont solides se référant à la liberté d’expression dont jouiraient leurs populations contrairement aux tunisiens avant la chute de Ben Ali. Cependant le monde entier a relevé les similitudes des sociétés arabes et pourtant, le Rais est resté sourd quand les premières immolations se sont produites en Egypte et tardif à réagir quand les évènements se sont précipités.

La révolution tunisienne inspire la rue arabe et c’est réductif de ramener la colère à la dimension d’une baguette de pain. Le monde arabe traverse une crise identitaire multidimensionnelle.

L’Egypte de Nasser

Lorsque Nasser prit le pouvoir en 1956, après avoir renversé Mohammed Naguib 2 ans plus tôt, il a tous les pouvoirs pour mettre en pratique l’idéologie nassérienne et se présenter en leader du monde arabe, qui a inspiré, comme une onde de choc, le colonel kaddafi en Libye pour mener le coup d’état contre la monarchie Idrisside, le FLN algérien pour mener la lutte de libération et instituer un régime militaire à l’image de celui en Egypte. Le Moyen-Orient n’était pas du reste à l’écart de ce mouvement associé au Baath syrien en 1958 par la création de la République Arabe Unie. Mais lc'est a nationalisation de Canal de Suez en 1957, qui lui donne l’aura internationale et la stature du leader arabe du 20 ème siècle. Le Pan Arabisme est mort avec Nasser.

L’Egypte de Moubarak

Avec Hosni Moubarak, l’Egypte vire du camp Est au camp Ouest, justifiant cette rupture par des nécessités économiques et par la real politik. Avec les accords de paix Egypto-israéliens de camps David, connus par les arabes sous les termes peu flatteurs de « paix séparés », l’Egypte reçoit aux termes de ces accords une « aide économique » américaine et entraîne la division au sein des arabes.

Le conflit israélo palestinien que parraine l’Egypte n’est pas résolu, malgré d’éternelles négociations impliquant le Raîs, pire, l’Egypte participe ouvertement au blocus de Gaza en fermant sa frontière et en humiliant les palestiniens en les obligeant à creuser des tunnels souterrains pour se ravitailler. La rue arabe ne comprend pas. Les islamistes trouvent des raisons objectives de se radicaliser. Le match de foot Algérie-Egypte pour la CAN 2010 a déclenché une guerre médiatique entre les 2 pays et les ressentiments sur Internet expriment ces griefs : Nasser a nationalisé le canal, Moubarak a vendu l’Egypte et la Palestine. WikiLeaks n’a fait que confirmer la mise en scène des « pourparlers » et les responsabilités palestiniennes et arabes dans la guerre d’Israël contre Gaza en 2006.

Une situation de non retour.

Moubarak a derrière lui la popularité issue de la guerre d’Octobre 1973. Les Egyptiens le respectent et lui demandent de partir avec honneur afin d’éviter d’avoir un sort similaire à celui de Ben Ali.

La nomination de Omar Souleiman au poste de Vice Président est un avant goût de la volonté de la Maison Blanche d’assurer une transition contrôlée. Depuis le coup d’Etat contre la monarchie en 1952, les successions en Egypte se font de Président à Vice Président. Depuis la destitution du Bey de Tunisie par Habib Bourguiba, les successions se font de Président à Premier Ministre, pour que le changement se fasse en douceur et puisse avoir l’approbation nationale, sachant qu’il est orchestré par les puissances internationales.

La démocratie

Les régimes militaires, qu’ils soit apparents avec une junte ou qu’ils soient dans la peau d’un civil fantoche sont en contradiction avec les règles de la démocratie. La Turquie, dirigée par des Islamistes a eu le courage et l’intelligence de remettre par référendum les militaires à leur place.

La gouvernance à vie est en contradiction avec les règles de la démocratie.

Or, l’Algérie, la Libye, le Yémen, la Mauritanie ont reçu un ultimatum de la rue pour mener les réformes institutionnelles qui s’imposent afin que le scénario effet domino soit évité.

La monarchie absolue est en contradiction avec les règles de la démocratie. Car à quoi sert l’opposition sinon à décorer un paysage politique de mauvais goût et de surcroît qui coûte cher au contribuable et qui dépolitise le citoyen en l’abrutissant par une propagande d’une autre époque.

Mais affirmer comme l’a fait Emmanuel Todd que « la révolution tunisienne prouve que la démocratie n’est pas incompatible avec l’Islam » est insuffisant, voire réducteur : l’Islam, pour les exégèse est d’essence démocratique pourvu qu’il soit pratiqué dans l’esprit et la lettre coraniques et sans procès d’intention. Achchoura coranique n’est autre que l’Assemblée des notables ou en termes latins le parlement d’où le Roi se réfère pour puiser ses décisions. « Elle (la Reine de Saba) dit : Ô notables, donnez moi conseil sur mon affaire, je ne trancherai aucune décision avant que vous ne témoignez. «  Le Coran S27.

Comme dans plusieurs domaines, entre le message divin et la pratique religieuse, il y a un monde où vient se grever 2 siècles de rupture avec l’histoire.

Le modèle économique basé sur le tourisme et la sous-traitance.

Ce modèle imposé par la mondialisation a montré ses limites avec les révolutions en Tunisie et en Egypte : fuite des capitaux, fuite des investisseurs, chute de la bourse. Dans son discours Moubarak déclare « il est dangereux de laisser l’économie entre les mains des seuls économistes » Tous les arabes importent plus de 80 ù% de leurs besoins alimentaires… De quelle indépendance parlons nous ? Le Maroc, avec le Plan Maroc Vert ne s’est que depuis 2 ans attelé à couvrir le déficit par un vaste programme de valorisation agricole…56 ans après l’indépendance et plusieurs ratés.

L’aide économique et militaire

Les médias occidentaux et arabes soulèvent les déclarations sur la « réévaluation » de l’aide militaire américaine à l’Egypte estimée à 1.3 milliards de $, sachant que cette « aide » qui découle des accord de paix de Camps Davis de 1977 avec Israël est le prix d’une soumission qui contribue à alimenter la révolte contre le régime militaire. D’ailleurs, avec 450.000 hommes, l’armée Egyptienne, comme celles de plusieurs pays arabes est pléthorique et budgétivore. La tension au Moyen-Orient est entretenue pour alimenter la course à l’armement et le « recyclage » des pétrodollars.

Egypte-Turquie-Iran

Dans l’échiquier régional, l’Egypte est le pays qui a pris, malgré les taux de croissance officiels affichés, la queue du train de développement. Les Egyptiens sont dans leur majorité pauvres, la bourgeoisie est minoritaire et volatile, le luxe ostentatoire côtoie la misère totale ; aucun peuple n’aurait retenu sa colère aussi longtemps, abreuvé de propagande sur « le Grands Peuple d’Egypte » et ses « nobles origines ». L’islamisme a joué un rôle de soupape sociale indéniable au cours des 30 dernières années.

Le régime islamiste turc séduit la rue arabe par son ouverture à l’Occident et son attachement aux valeurs musulmanes de justice. La position courageuse de Recep Tayp Ordogan dans le conflit israélo-palestinien lui vaut l’estime de la rue arabe et annonce le retour de la Turquie Ottomane sur l’échiquier régional.

Le régime iranien pour sa part a procuré dignité et indépendance ; il séduit par ses réalisations effectuées malgré les sanctions américaines.

La révolution Obamanienne

L’élection d’un Noir à la Maison Blanche a révolutionné les mentalités dans le monde entier. Un Noir, de surcroît africain et probablement musulman - en tout cas musulman pour les musulman quoi qu’il dise ou fasse, son prénom Hussein le rappelle- élu grâce à Internet et Twitter, mode de communication de la jeunesse mondiale, promotrice de la gouvernance mondiale, un Noir, qui a prononcé un discours historique… au Caire pour tendre la main aux arabes et aux musulmans et leur donner un espoir pour des rapports meilleurs.

Dans cette gouvernance mondiale, l’élection de tout chef d’Etat est analysée, débattu, jugée aux quatre coins du monde sur Internet par la jeunesse Facebook, du village mondial.

Les arabes, malgré l’impasse du processus de paix, restent atteints d’Obamanie et l’intervention américaine dans les révolutions tunisiennes et égyptienne, qui aurait été réprouvée avec Bush est accueillie favorablement, voire même sollicitée par la rue arabe pour faire tomber les dictatures. Ces dictatures, qui se sont appuyées sur la doctrine de la lutte contre le terrorisme pour briser toute opposition et se dispenser d’entamer tout processus démocratique. Au contraire, elles ont justifié leur coopération au point de faire croire qu’elles étaient indispensables à la stabilité régionale et aux intérêts américains, ce qui leur a permis de briser toute opposition, de tailler les constitutions à leurs mesures et de se déclarer présidents à vie.

En Egypte le challenge pour l’administration américaine est de respecter la volonté du peuple tout en garantissant leurs intérêts, notamment ceux liés à la sécurité d’Israël et au respect des accords de paix. C’est l’armée Egyptienne qui restera garante de ces intérêts et c’est elle qui in fine conduira le changement. Aucun candidat ne pourra prétendre conduire la transition démocratique sans la cooptation de l’armée, à moins d’un coup d’Etat de palais mené par de jeunes officiers « révolutionnaires » appuyés par les Usa et qui se présenteront comme issus du peuple et de sa révolution.

Al Fassade

Le mot arabe « Al Fassade » est traduit par corruption, or, en réalité il n’a pas d’équivalent en français, car il exprime à la fois la corruption, le détournement de fonds publics, l’injustice, la perversion, la mauvaise gouvernance et le mal dans son sens le plus large. Si les slogans des manifestants sont Dégage et Get Out, en arabe le slogan « Kafa Fassade » « Assez de Mal » résume à lui seul l’état des lieux et le degré de révolte.

Al Fassade est répandue dans l’ensemble du monde arabe et est érigée en système de gouvernance institutionnalisé par les défaillances constitutionnelles bouclant toute opposition démocratique.

Le Mur de Berlin Arabe

L’immolation du jeune Mohammed Bouazizi correspond à la chute du Mur de Berlin qui a pulvérisé les dictatures des pays ex Urss. Les pays arabes ne pourront rentrer de nouveau dans l’histoire qu’une fois libérés du joug qui les maintient dans l’ignorance et l’obscurantisme.

Aujourd’hui le monde entier a du mal à comprendre comment l’Egypte, celle de la civilisation des pharaons, des merveilles des pyramides et des momies a pu se laisser tomber aussi bas dans la misère et Al Fassade tout en restant impuissante et hermétique au changement qui affecte le monde entier et qui mène à la dignité humaine et au développement économique dans le cadre d’un projet politique approuvé par le peuple. Mais la grande Egypte ne peut sortir qu’agrandie de cette révolution historique.


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8 réactions à cet article    


  • Yvance77 2 février 2011 11:10

    Salut,

    Aux dernières nouvelles, l’armée lance un appel aux manifestants afin que ceux-ci rentrent chez eux.
    Cela va se jouer maintenant et jusqu’à vendredi après la prière.

    Ou le peuple lâche la rampe, ou il va au bout et, dans ce cas, Moubarak aura le droit à un aller simple comme son compère de dictature Ben Ali.

    Tout dépend des militaires désormais, eux qui n’ont pas eu encore la main trop lourde au pays de Pharaons.

    Espérons, qu’ils gardent les balles dans leurs armes.


    • Alpo47 Alpo47 2 février 2011 11:53

      Et les militaires ne peuvent pas laisser s’installer une « vraie démocratie », qui se substituerait à leur pouvoir et ... mettrait à jour leurs combines.

      Par conséquent, rien n’est joué, loin de là. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant, on ne peut pas attendre de voir tout un système s’effondrer et disparaitre, simplement parce qu’il y a quelques milliers de personnes dans la rue.

      Davantage de luttes, il faudra ...


      • le journal de personne le journal de personne 2 février 2011 13:29

        Quand la justice est à l’étroit
        La force devient le droit
        Plus de secret pour personne
        Il est temps de changer la donne
        Egypte ! Cause promise…
        Aiguise ton couteau pour égorger celui qui te divise
        Le malin qui avait sur toi la main mise
        Dévore-toi toi-même s’il te répète encore une fois
        Que c’est toi qui récolte, quand c’est lui qui sème…
        Ce qui fleurit sans toi le matin, le soir doit mourir.
        Ce qui meurt avec toi le soir, le matin, doit refleurir.
        Parce que ton destin t’appartient
        Réécris-le avec ta propre main
        Et chasse du pouvoir
        Celui qui t’a empêché d’entrevoir
        Le grand soir…
        Tu ne peux pas laver l’affront
        En deux temps, trois soulèvements
        Il faut continuer d’aller de l’avant
        Jusqu’à triompher de tous tes démons
        Parce que tu as envie de vivre une vraie vie,
        Tu ne crains ni la mort,
        Ni la loi du plus fort…
        Reprends les rennes, ma reine !
        Et épargne à tes enfants mille et unes peines…
        http://www.lejournaldepersonne.com/2011/02/pharaonique/


        • worf worf 2 février 2011 14:19

          Suite aux derniers événements, les 2 allocations télévisées, le pouvoir en place et l’armée ont donné leur réponse aux manifestants ; oui, nous vous avons entendu !
          Moubarak ne se représentera pas en septembre, aux prochaines élections et l’armée soutient cela. Moubarak accepte en fait de partir mais pas comme un malpropre, la tête haute à la différence d’un certain président tunisien. Il ne partira qu’à la fin de son mandat. Il semble que c’est le maximum qu’ils puissent accepter offrir à la révolte.

          Du côté des manifestants, leur révolte à provoquer 2 réactions de Moubarak, la première a été la nomination d’un vice-président, la seconde, son allocution d’hier annoncant son départ en septembre. Cela est toujours insuffisant pour eux et ayant déjà obtenu 2 « avantages », les manifestants vont continuer à pousser jusqu’au départ anticipé de Moubarak.

          Les prochains jours vont être déterminants car la révolte risque de se radicaliser surtout s’il a des affrontements entre pro & anti Moubarak. Ensuite l’armée va devoir prendre un décision devant la détermination des manifestants : soit elle empêche toutes nouvelles révoltes par les armes s’il le faut soit elle ne s’oppose pas aux manifestations et tacitement les soutienne, faisant leur jeu.
          La pression internationale surtout venant des USA peut jouer un rôle mais sera-t-il déterminant ?


          • BA 2 février 2011 14:20

            Egypte : violents heurts entre anti et pro-Moubarak au Caire.

            14 heures.

            Des hommes à dos de cheval ou de chameaux remontent la place, chargeant la foule. Il semblerait qu’il s’agisse de manifestants pro-Moubarak.

            13h50.

            La confusion la plus totale règne sur la place Tahrir. On assiste à des mouvements de foule dans toutes les directions.

            13h45.

            Selon l’AFP, les heurts entre manifestants auraient fait des blessés.

            13h40.

            Sur les images diffusées en direct on aperçoit des colonnes de fumée, sans pouvoir distinguer s’il s’agit de gaz lacrymogène ou de début d’incendie. L’armée est très discrète.

            13h30.

            Selon des images diffusées par la télévision AL-Jazeera, de violents accrochages se produisent entre les deux clans sur la place.

            13h25.

            Armés de bâtons, les pro-Moubarak repoussent avec violence les anti-régime et sont entrés en force place Tahrir qu’ils tentent d’occuper. Il s’agirait, selon les manifestants, de policiers en civil.


            http://www.leparisien.fr/crise-egypte/en-direct-egypte-violents-heurts-entre-anti-et-pro-moubarak-au-caire-02-02-2011-1296691.php


            • worf worf 2 février 2011 14:49

              j’ai oublié de tenir compte d’un élément : la police. Ayant dû céder la place à l’armée pour assurer la sécurité, elle risque, en reprenant son rôle de maintient de l’ordre, de se venger des manifestants qui ont bafoué leur honneur soit ouvertement, soit déguisé en civils pro-Moubarak. Mais là aussi la position de l’armée sera déterminant !


              • kemilein 3 février 2011 09:06

                je fais juste le parallèle avec les manif réforme des retraites..
                si y’avait pas eut ces syndicaux, 1,2 ou 3 millions du peuple marchant sur l’élysée...
                ou, quand le mouvement contestataire est canalisé pour servir des intérêts particuliers on se sens tous abusé. (l’intérêt des syndicaux n’est pas l’intérêt des travailleurs, même s’ils en sont les « avocats » leur intérêt diverge (et dix verges c’est beaucoup))

                on jour, bientôt ca pètera, SI (!) les pauvres s’appauvrissent encore. Car ce qui tien le système au delà du consentement c’est qu’on maintient (et c’est voulu)le système en offrant juste assez au gens pour pas qu’ils meurent de faim, une fois ces besoin basique remplis il n’a aucune envie de se rebeller.

                donne a manger aux hommes ceux si te serviront sans poser de question.

                la Faim est la clé de voute du système, retirer le pain de la bouche des gens et la grogne montera.


                • Albar Albar 6 février 2011 11:31

                   « Si un peuple veut un jour vivre, il se doit de répondre à son destin 

                   Il faudra bien que la nuit se retire et que les chaines se brisent »  A.Echabi

                  La seule façon de se libérer du joug des despotes, il ne sera possible que par le prix du sang, mourir pour que vive la liberté. Je ne comprend pas pourquoi AV n’arrive toujours pas a faire publier mon article « La fin d’un despote » du 15/01/2011

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