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Élections au pays du bonheur national brut

Le 24 mars 2008, le royaume himalayen du Bhoutan a voté pour la première fois de son histoire. Suite à ce scrutin législatif, la monarchie absolue fait place à la monarchie constitutionnelle.

À l’heure où tous les regards sont braqués sur la Chine, son petit voisin, le Bhoutan, est entré dans une nouvelle ère. Le 24 mars 2008, le pays a voté pour la première fois de son histoire. Le Parti unifié, dirigé par Jigmi Thinley (56 ans), formé aux États-Unis, a raflé 44 des 47 sièges de la chambre basse du Parlement. Pour Sangay Ngedup et le Parti démocratique du peuple, l’échec est cuisant.

Jigmi Thinley a déjà occupé le poste de Premier ministre du Bhoutan par le passé. Il devrait devenir le premier chef du gouvernement démocratiquement élu.

Le vote des Bhoutanais tend à démontrer que le peuple est réfractaire au changement. Le Parti unifié constitue un gage de stabilité, de statu quo. Élire la première Assemblée nationale de son histoire ne semblait pas ravir le Bhoutan. À choisir, le peuple aurait gardé la monarchie, en place depuis un siècle. Preuve d’un manque d’intérêt flagrant : les candidats eux-mêmes ne se montraient guère enthousiastes à l’idée de mettre en place ces élections. Ils ont accepté le scrutin par respect pour le roi, Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, fervent défenseur de la monarchie constitutionnelle.

Dorénavant, le pouvoir du roi est restreint. Il ne peut pas influer sur les organes législatif et exécutif. D’autres domaines, l’humanitaire par exemple, devraient attirer son attention et remplir son agenda. En revanche, l’ancien roi, Jigme Singye Wangchuck, très apprécié, continuera, selon toute vraisemblance, à jouer un rôle d’arbitre.

Inquiétudes

Les Bhoutanais, attachés à la monarchie, semblent craindre le nouveau paysage, démocratique. Aux yeux du peuple, ce changement politique pourrait être synonyme de corruption et de violence. Le Parti démocratique est pointé du doigt ; selon les Bhoutanais, il est constitué d’affairistes. C’est pourtant le roi lui-même qui a plaidé en faveur du scrutin, convaincu que la transition vers la démocratie est une nécessité.

Bonheur national brut

Jigmi Thinley, probable futur Premier ministre, a été l’avocat d’un concept imaginé par le souverain Jigme Singye Wangchuck : le « bonheur national brut ». Cela lui a offert un certain crédit politique. Au rang des préoccupations, le bien-être du peuple devance la croissance économique. Il y a en réalité quatre piliers : le développement économique et social, la protection de l’environnement, la promotion du patrimoine culturel et la bonne gouvernance. Au Bhoutan, un sourire vaut plus qu’un billet. C’est sans doute pour accroître la « satisfaction nationale » que le tourisme est soumis à des taxes et des frais de séjour.

Une situation particulière

Au Bhoutan, routes, téléphones ou encore écoles ne sont pas apparus avant les années 1960. Le pays possède une des économies les moins développées du monde, fondée essentiellement sur l’agriculture, l’exploitation forestière et la vente d’électricité d’origine hydrodynamique. 40 % de la population bhoutanaise est constituée de réfugiés népalais, lesquels fuient la dictature et la guérilla maoïste. Les Bhoutanais n’ont découvert la télévision et internet qu’en 1999 ! Sur les 85 chaînes diffusées au départ, 53 ont été censurées, notamment MTV, jugée « trop pornographique ». La presse privée n’est présente sur le territoire que depuis 2006. Dans ce pays où le revenu moyen ne dépasse pas les 1 000 euros par an, les systèmes éducatif et de santé sont gratuits, tandis que la corruption n’existe pratiquement pas. La qualité de l’administration est étonnante. La préservation de l’environnement pourrait être une source d’enseignements pour l’Occident. Bien que le port de l’habit traditionnel soit imposé et que la vente du tabac soit interdite depuis 2004 - une première mondiale -, les jeunes s’habillent à l’occidentale sans être inquiétés et fumer devant des policiers n’est pas un problème. Le taux d’analphabétisme frôle les 40 %.


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3 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 8 avril 2008 13:19

    Ce qui se passe au Bhoutan est la chose la plus importante au monde. Personne ne s’en occupe parce que c’est un petit pays, mais c’est que nous oublions que dans l’Antiquité ce qui était important n’était pas à Rome mais dans une toute petite ville Bethlehem.


    • Dalziel 9 avril 2008 00:49

      "C’est pourtant le roi lui-même qui a plaidé en faveur du scrutin, convaincu que la transition vers la démocratie est une nécessité."

      On se demande vraiment pourquoi ?

      Si le bulletin de vote faisait le bonheur des peuples, il y a bien longtemps que ça se saurait !


      • Icopas 13 avril 2008 02:56

        ".../... Élections au pays du bonheur national brut, ..../...."

         

        brut, mais net ?

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