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Elections législatives en Ukraine : premiers résultats : la démocratie ne se porte pas si mal merci

A l'occasion des élections législatives ukrainiennes, le système médiatique continue ses mensonges et son « agression douce » envers des états souverains.

Il fut un temps où le Monde était un journal de référence et où s'abonner avait un sens. Il est devenu progressivement un 20 minutes pour élites dont la fonction est de leur distiller la vérité, la Pravda à la mode système. C'est flagrant concernant les sujets touchant à la « narrative » occidentale des droits de l'Homme dans les pays de l'Est. Ironisons un peu : le « front de démocratisation » des valeurs bénies de la démocratie et de l'économie de marché se situe aujourd'hui de l'Ukraine à la Géorgie. Les pays baltes ont été définitivement gagnés et vivent heureux sous le soleil radieux de la démocratie tandis que la Russie et plus encore la Biélorussie refusent le progrès à cause de l'autocratie, une population endoctrinée et la censure.

Notre cher Monde-Pravda couvre de son aile les élections ukrainiennes avec en gros titre : legislatives-en-ukraine-la-democratie-en-peril

Il faut s'abonner à ce journal pour avoir le droit de dire qu'il s'agit de pure propagande et plus du tout d'information. Les journalistes grassement payés ont-ils un reste de conscience et d'éthique ?

Faisons donc le travail à leur place.
 
  1. Législatives en Ukraine. Aujourd'hui 28 octobre 2012, 36,6 millions d'électeurs enregistrés devront élire 450 législateurs du parlement (Verkhovna Rada). Exact. Impossible de savoir dans l'article les modalités du scrutin. Scrutin par circonscriptions, à la proportionnelle, à un tour, à deux, faut-il un minimum de voix pour siéger. Y a-t-il une chambre, deux ? Rien. Pour être informé, il faudra chercher ailleurs. Pourtant si la démocratie est en péril, c'est qu'elle existe et qu'il à a donc des formes qui définissent les règles du jeu électoral. Quelles sont ces règles du jeu en Ukraine. Le lecteur du Monde ne le saura pas. L'élection du 28 octobre en Ukraine se fait dans un scrutin à un tour selon un mode mixe par circonscription et proportionnel. Dans la moité des 33 000 bureaux de vote, seront élus les députés au scrutin uninominal à un tour et dans l'autre moitié à la proportionnelle. Il n'y a pas d'équivalent de sénat. Une assemblée et une seule. Il faut 5 % des voix pour être représenté au parlement. Merci au Monde de ne pas nous avoir informé.
  2. Démocratie en péril. On va pleurer quand on sait le sort des grecs et des espagnols dans la vertueuse UE. Enfin citons le Monde, l'Alpha et l'Omega de l'information système en France pour décérébrés consentants et fiers de l'être : « Dans une tribune publiée par le New York Times, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, et la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, pointent des "tendances préoccupantes" : le manque de représentation de certaines formations politiques, l'utilisation de ressources administratives au bénéfice du Parti des régions (PR, majoritaire) ou l'achat de votes par l'octroi d'avantages financiers. ».Commentaire : Le Monde ne trouve pas « préoccupant » pour la démocratie que l'équivalente du ministre des affaires étrangères des États-Unis ou que la baronne Ashton pour l'UE (que personne n'a élu) s'autorisent à pré-juger d'un scrutin dans un pays indépendant. Dans tous les pays occidentaux le parti au pouvoir utilise les ressources administratives à son bénéfice et la France n'est pas en reste. Obama achèterait des voix ; des entreprises soutenant Romney menaceraient les électeurs d'êtres virés s'ils ne votent pas bien. Les démocraties se portent à merveille à l'Ouest ; Tout va très bien. . Par contre le Monde se garde bien de faire connaître à ses lecteurs que 3.797 personnes de 28 pays étrangers et de 37 organisations internationales vont surveiller la régularité des élections et que les bureaux seront monitorés par caméras vidéo et webcams : mensonge par omission. On voudrait bien que 3.797 personnes de 28 pays étrangers et de 37 organisations internationales aillent vérifier un peu les machines à voter de l'Ohio aux États-Unis où la complexité du scrutin semble être faite pour qu'on y comprenne rien. On se souvient d'une élection « gagnée » par un certain Georges Bush en Floride de façon très suspecte en 2000 par 537 voix.
  3. Démocratie en péril en Ukraine ? Aucun pays n'est parfait mais on est loin de la dictature : 5 partis principaux se présentent aux suffrages des électeurs ; L'élection est ouverte et la victoire de l'un ou de l'autre signifierait des choix politiques différents :
  • Le parti des régions (parti sortant. Viktor Ianoukovitch). 22 % des voix (on est loin de 99,9%). Sa base géographique est Donetsk et le Dombass dans le sud-est du pays. Sa politique prudente ou ambiguë selon les appréciations ménage la chèvre et le chou entre Russie et Union Européenne internationalement , à l'intérieur entre oligarques VIP/super VIP/hommes d'affaire d'une part et ouvriers d'autre part, entre nationalisme ukrainien et langue russe enfin. La loi sur l'usage des langues minoritaires dans l'administration (c'est l'UE qui devait être contente) a provoqué une fronde dans les provinces de l'Ouest (L'viv et Ivano-Frankivsk qui ont refusé de la ratifier). On s'est battu comme des chiffonniers à l'assemblée lors du vote. Ce sujet déchaîne les passions. Passions aussi mais chez les russophones quand le gouvernement autorise des navires de l'Otan à faire escale à Sevastopol. La démocratie se porte assez bien merci en Ukraine même si elle est est très passionnelle. L'assemblée nationale n'est pas vide et lénifiante comme le Palais Bourbon.
  •  Patrie (Principal parti d'opposition. Ioulia Timochenko). 25,6 %.. Parti pro-européen (donc bon, juste, progès) et contre la Russie (mal, mauvais, caca). On remarque que sur nombre de cartes de l'Empire de l'UE, l'Ukraine, la Biélorussie et la Turquie sont déjà en bleu foncé : le cauchemar fait programmatiquement tâche d'huile. L'agenda est fixé avec les moyens maintenant bien analysés par les adversaires de l' »agression douce » et des « révolutions de couleur ». Joulia Timochenko dirige son parti de prison où plusieurs tribunaux différents l'ont envoyé pour 7 ans pour mauvaise gestion des fonds publics, abus de pouvoir, outrages répétés à la cour, tentative de détournement de fonds, dissimulation de revenus, détournement de fonds budgétaires, évasion fiscale. Les gouvernements occidentaux qui pour beaucoup pourraient être jugés pour les mêmes délits se sont émus. La dictature de Ianoukovitch a encore frappé. Le passé pour le moins sulfureux de Timochenko partie de rien pour faire une petite fortune personnelle dans le secteur hautement corrompu de l'énergie aux côtés de Pavel Lazarenko, ne fait rien à l'affaire. Pro-UE et femme, elle est innocente par définition et les juges à la solde du pouvoir. Soyons juste : la vie politique en Ukraine est un match de boxe et ce n'est pas qu'en France qu'on pend ses adversaires au croc du boucher. On remarque que le partie Patrie est plus important que le parti des régions qui doit gouverner avec l'aide d'autres partis. Une dictature stalinienne sans doute. Le Monde ne dira pas ces informations.
  •     Le parti communiste (Petr Simonenko) ; 7,6 %. Il recrute chez les retraités qui ont été les grands sacrifiés de la « transition vers la démocratie ». La démocratie pour eux n'est pas un discours de bobos qui lisent le Monde mais la possibilité de se loger, manger, se chauffer. Ils comprennent très bien la distinction entre libertés formelles et libertés réelles. La politique populiste du parti des régions lui permet d'obtenir l'appoint en votes du parti communiste même si celui-ci reste indépendant.
  •   L’Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme (Vitali Klitchko champion de boxe – ça promet). 8 à 9 %. Pro-européen. On ne peut pas dire grand-chose car ce parti nouveau n'est jamais rentré au parlement. Prendra-t-il les voix de Patrie ou du parti des régions ? Avec qui collaborera-t-il ? L'incertitude n'est-elle pas la marque d'une vraie démocratie ? En Ukraine on en est pas encore à la démocratie bonnet blanc et blanc bonnet et des peuples à qui on fait revoter jusqu'à ce qu'ils votent bien, stade ultime de la démocratie.
  • Svoboda : Union pan-ukrainienne Liberté (Région de L'viv). 3 à 4 % (il faut 5 % pour être représenté au parlement). Liberté que ne fait-on pas en ton nom ? Profondément russophobe, c'est lui qui interdit essaie d'interdire aux anciens combattants ou les familles de se recueillir le 9 mai sur les tombes de leurs proches, qui regroupe les nostalgiques des deux occupations allemandes de 1918 et 1941. Pour l'instant les forces de l'ordre gardent la situation en main mais pour combien de temps ? Certains disent à tort ou à raison que la Pologne joue un jeu dangereux dans l'ouest de l'Ukraine tandis qu'elle financerait l'opposition Biélorusse. D'autres accusent le président Ianoukovitch de donner du mou à Svoboda pour faire peur à la population (moi ou le chaos). L'Union Européenne reste étrangement silencieuse à ce sujet.
Démocratie en péril en Ukraine ? Un peu peut-être. On a tendance à y changer les règles du jeu. Certains connaissent la loi des apparentements votée en 1951 (en France et pas en Corée-du-Nord) permettant par un tour de magie électorale de rendre majoritaires des partis minoritaires. Comme le redécoupage de la carte électorale avant les élections pour obtenir un effet recherché, ces pratiques sont manifestement contraires à l'esprit démocratique d'une règle du jeu fixe qui ne change pas avant la partie. La règle du jeu en Ukraine était que des partis pouvaient s'apparenter. C'est maintenant interdit ce qui ne permet plus à de petits partis d'accéder au parlement.
 
Par exemple le parti : « front pour le changement de Arseni Iatseniouk se trouve contraint de fusionner avec « Patrie » de Timochenko pour continuer d'exister. Ce processus de disparition des petits partis (les candidats n'ayant pu obtenir les 500 signatures aux élections présidentielles en France sans parler des Etats-Unis) semble être plus le signe d'une tendance inéluctable quoique inquiétante de la démocratie que d'un péril. Voter en Ukraine signifie encore quelque chose.
 
 
Conclusion  : Le choix des électeurs ukrainiens qui ne se limite pas à des querelles linguistiques ou de personnes sera démocratique. Ce sera principalement un vote positif pour une politique et pas seulement un vote négatif contre l'équipe précédente. L'Ukraine est un immense pays potentiellement très riche et qui a la chance de ne pas avoir une pression démographique importante. Entre l'UE et la Russie, le choix exclusif de l'un ou l'autre serait dangereux pour l'intégrité régionale. Un grand pays neutre source de stabilité régionale, l'appartenance aux deux zones de libre échange, européenne et russe, une démocratie qui semble bien vivante quoique encore dans un stade d'enfance brouillonne, des capacités de développement économique presque illimitées si la richesse créée ne fuit pas constamment le pays, voici un scénario optimiste pour l'Ukraine.Pour tous les partis qui parviendraient au pouvoir, la lutte n°1 sera celle de la sécurité juridique des biens et des personnes, de la lutte contre la corruption, de la pérennité des investissements. Trop souvent l'insécurité juridique est recherchée en elle-même pour favoriser la corruption. Un pays européen est un pays dans lequel un acteur quel qu’il soit peut dire « j'ai le droit » et faire effectivement appliquer ce droit par la force publique
 
La teneur de ces droits est du ressort des ukrainiens eux-même et personne ni les États-Unis, ni la Russie, ni l'UE ne devrait s'autoriser à dire ce que les députés de la Rada (le parlement) sauront bien définir eux-mêmes.
 
Annexe :
 
Les tout premiers résultats du 28 oct 2012 (estimations portant sur 25 % des suffrages exprimés)

  1. Le Parti des régions (Viktor Ianoukovitch) = 37,09%
  2. L'alliance Batkivchtchina (Ioulia Timochenko + Arseni Iatseniouk) :20,79%
  3. Parti communiste (15,39%)
  4. Vitali Klitschko (12,49 %)
  5. Svoboda (extrème droite)  : 7,35 %

 

 

Commentaire : La crise économique favorise les extrèmes (communistes et extrème droite qui rentre au parlement). Le parti des régions bien que vainqueur n'a pas de majorité absolue et devra trouver des alliés, au moins de circonstance. Les pro-UE/Otan sont amoindris mais les nationaliste très russophobes entrent au parlement. Radicalisation. Les communistes qui doublent leur score de 2010 se trouvent en position de mieux se faire entendre et devraient faire pression pour du gaz, de la nourriture bon marché et de l'emploi pour tous. L'extrème droite qui rentre au parlement y trouve la tribune pour ses idées. Le gaz russe deviendra plus que jamais nécessaire dans un pays où ne pas se chauffer c'est mourir de froid. Une attitude géopolitique de confrontation hostile avec la Russie est donc peu probable. La démocratie ukrainienne (parfois sur un style "pugilat en direct dans l'hémicycle" ) a de beaux jours devant elle. 

 
 
Résultat des élections de 2010 (par circonscription). En bleu : Yanukovych. En rouge : Tymoshenko
 
 
Résultat de 2010 (Parlement. Par groupe parlementaire)
 
 

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5 réactions à cet article    


  • Anaxandre Anaxandre 29 octobre 2012 16:59

     Bon article dans lequel j’ai particulièrement apprécié la critique du journal Le Monde, ce torchon pseudo objectif pour lequel la parole démocratique et citoyenne se monnaye au prix de l’abonnement, et encore quand la censure ne fait son tri dans les commentaires de certains « cochons de payeurs » !

     Que dire de plus sinon répéter après l’auteur que tout pays peu ou pas (encore) totalement soumis à l’Empire Atlantiste ne peut tout bonnement pas être qualifié de Démocratique au même titre que les USA ou les provinces (les anciens États-Nations) de l’UE. Et que les pays « hésitants » encore à rallier la grande et belle cause des Démocraties (Représentatives d’Opinion Contrôlée) n’oublient pas ce mot dont certains ont déjà fait les frais : « vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous »...


    • sirocco sirocco 29 octobre 2012 21:26

      Sur le sujet, TV-Isra... heu... ARTE en a évidemment remis une couche puisque son rôle, loin de tout professionnalisme journalistique, consiste à abrutir les téléspectateurs en disant toujours beaucoup de mal des mêmes Etats ou des mêmes mouvements politiques, et toujours du bien des autres à savoir ceux de l’« axe occidental ».


      • Fab81 30 octobre 2012 12:23

        La plupart des observateurs dressent un bilan plutôt nuancé des conditions dans lesquelles se sont tenues ces élections. Ils portent des critiques, parfois sévères, mais tous indiquent que l’élection a été globalement démocratique. Et comme par hasard, la plupart des médias ne retiennent que les critiques, et nous présentent l’Ukraine comme un régime semi-autoritaire, à l’image du grand frère russe !

        Je me demande si on est ici en présence d’une désinformation délibérée ou d’une simple paresse intellectuelle... Mais peut-être nos journalistes prennent-ils simplement leurs lecteurs pour des crétins congénitaux rétifs à toute complexité. Pour faire comprendre la politique internationale à ces imbéciles de lecteur, il faut des méchants bien méchants et des gentils bien gentils, comme dans les contes pour petits enfants. Méchant Ianoukivitch contre gentille Timochenko. Méchants russophones contre gentils pro-occidentaux.

        Et peut importe si la réalité est un plus complexe... On ne nous dira pas que Timochenko est au moins aussi corrompue que ses adversaires, ce qui n’est pas peu dire. On ne nous dira pas qu’elle est alliée avec des gens qui feraient passer Marine Le Pen pour une douce humaniste. Et ainsi de suite... Comment s’étonner que tant de gens versent dans la théorie du complot et le « tous pourris » avec de tels journalistes ?


        • Olivier Perriet Olivier Perriet 30 octobre 2012 14:27

          À propos du Monde, et pour abonder dans le sens de l’article, j’ai en mémoire un fameux article, après l’arrivée au pouvoir de Sakaachvili en Géorgie, où le journaliste se félicitait de son élection « à 98% » comme président de la république.

          Venant après la période obscure de Chevernadze, dépeint en autocrate pro-russe, et qui atteignait à peine les 40 % de voix aux législatives.


          • le moine du côté obscur 31 octobre 2012 08:03

            Je pense que si les pays occidentaux étaient des démocraties ça se saurait, Dieu merci leur masque hypocrite est sérieusement en train de s’effacer et à présent seuls les aveugles refusent de voir. Sans doute le système ukrainien n’est pas parfait mais comme toujours on dit que s’il existe un système parfait, j’aimerais que l’on me montre où. 

            Concernant Joulia Timochenko que voulez-vous ? Les « dirigeants » occidentaux doivent défendre une personne qui leur ressemble. Pour leur ressembler il faut être pourri, corrompu, prostitué et trempé dans les immondices jusqu’au coup. L’hypocrisie est leur mode de fonctionnement, le bruit des casseroles que traînent les dirigeants occidentaux est assourdissant mais curieusement les journaleux comme le monde n’ont pas trop tendance à s’y attarder, ni cette bouche de merde d’Apathie drôlement apathique sur le sujet pour le coup. Non il faut chercher la petite bête chez les dirigeants de pays où la démocratie me semble plus vivante que celle zombifiée des pays occidentaux. La vérité se dévoile à celui qui la cherche et bientôt tous les artifices des dirigeants occidentaux auront du mal à la masquer même s’il faut avouer que le nombre invraisemblable de zombies à de quoi faire peur ! 

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