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Accueil du site > Actualités > International > Élections présidentielles au Gabon : état des lieux

Élections présidentielles au Gabon : état des lieux

Les élections présidentielles de la fin de ce mois, au Gabon, mettront aux prises cinq candidats, aux poids et aux moyens très divers. Dans ce reportage, nous nous pencherons d’abord sur les trois ’’poids’’ lourds de la scène politique gabonaise, les deux autres candidats seront évoqués dans un prochain article.

A - Les forces en présence :

· OMAR BONGO ONDIMBA :

Au pouvoir depuis 1967, après avoir succédé constitutionnellement au père de l’indépendance, le défunt Président Léon MBA, il crée le Parti démocratique gabonais (PDG) qui pendant près de trente ans fait office de Parti-État. Il imprime sa vision à la société gabonaise basée sur le triptyque : dialogue - tolérance - paix. C’est lui qui met ce pays sur la voie du développement. Comme de nombreux pays africains, le Gabon n’échappe pas au vent de l’est qui, après la désintégration de l’empire soviétique, s’étend au mur de Berlin, pour finalement s’attaquer aux régimes monolithiques et autocratiques d’Afrique. En 1990, sous la pression de l’opposition en exil, notamment celle du père Mba Abessole, revenu au pays quelques mois plutôt, Oyono ABA’A , Omar Bongo organise la conférence nationale comme le Bénin , le Congo Brazzaville ou, dans une moindre mesure l’ex-Zaïre ; celle-ci aboutit à l’instauration du multipartisme intégral. Omar BONGO comprend que les choses ont changé et qu’il faut s’adapter à la nouvelle donne ; en effet, l’opposition doit être associée à la gestion de la chose publique. Par son concept de ‘’ démocratie apaisée’’, au fil du temps, il fédère autour de lui les opposants jusqu’alors jugés radicaux :

- Paul MBA ABESSOLE, leader du Rassemblement pour le Gabon (RPG), fait son entrée au gouvernement en 2001 ; il détient actuellement le portefeuille de ministre d’État, ministre des transport ; c’est l’un des principaux animateurs de sa campagne, après s’être opposé à lui en 1993 et 1998.

- DIJOB DIVU DIDINGE, leader de l’ADERE, vice-président de la République, après s’être opposé à l’actuel président en 1993 ; c’est une pièce centrale dans la campagne pour sa réélection.

- Pierre Claver MAGA NGA MOUSSAVOU, leader de du Parti social démocrate (PSD), actuel ministre d’État chargé de la refondation, candidat malheureux contre Omar BONGO en 1993 et en 1998, il est l’un des principaux animateurs de sa campagne.

Omar Bongo Ondimba se présente aujourd’hui, candidat à sa propre succession avec près d’une trentaine de partis et associations acquis à sa cause. C’est le favori numéro un de cette élection, . Signe particulier : la main blanche, synonyme de pureté.

· Zacharie MYBOTO :

Longtemps secrétaire administratif du Parti démocratique gabonais (PDG), ministre de la communication, des travaux publics, 25 ans consécutifs au gouvernement , il est un poids lourd de la scène politique gabonaise... En rupture de banc avec ses camarades d’hier, après sa démission du gouvernement en 2001, il a défrayé la chronique il y a quelques mois en créant son parti, l’Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD), alors qu’il était encore député PDG à l’Assemblée nationale gabonaise. En septembre 2005, il se porte candidat à l’élection présidentielle de novembre 2005 en indépendant, son parti n’ayant pas encore reçu son quitus du ministère de l’intérieur. Ses détracteurs l’accusent de trahison, de collaboration et d’ingratitude, alors que ses partisans trouvent en lui l’homme providentiel, capable d’apporter un changement véritable. Outsider séduisant. Signe particulier : le jaune.

· Pierre MAMBOUNDOU : opposant radical, refusant toute compromission, le leader de l’Union des peuples gabonais (UPG) est le deuxième de cette élection en 1998, s’étant payé l’honneur de vaincre l’actuel Président à Port Gentil, capitale économique et deuxième ville du pays. Il est l’actuel maire de Ndendé, dans la province de la Nyanga (sud du Gabon). Ingénieur en télécommunication, en dehors d’un poste occupé à l’ACCT à Paris, il n’a jamais collaboré avec le régime actuel, ce qui le met hors de portée d’une quelconque critique sur la gestion du pays, contrairement aux deux autres candidats précités... Signe particulier : couleur rouge, pour un carton rouge au régime en place.

B - Le show des candidats : L’ouverture de la campagne, le dimanche 13 novembre 2005, a été l’occasion d’un show exceptionnel dans les différents états-majors de campagne, et se poursuivra jusqu’au 26 novembre 2005 avec une pause le 25, pour le vote des militaires et agents des forces de sécurité.

* La majorité présidentielle :

C’est au stade omnisports qui porte son nom que le président Omar Bongo Ondimba, candidat à sa propre succession, a effectué sa première sortie ; plein à craquer, jamais, de mémoire de Librevillois , ce stade, même dans les confrontations footballistiques ou lors des concerts de musiques, n’avait connu pareille effervescence. Drapé des couleurs et slogans d’Omar Bongo Ondimba, le cérémonial était somptueux ; du Parti démocratique gabonais (PDG) en passant par les associations aux partis de la majorité, les représentants venaient faire allégeance et apporter leur soutien au président Omar Bongo. De temps à autre, un ballon géant, tel un poisson volant, survolait les cieux, à l’effigie du président candidat et du message Bongo 2005. Une foule bigarrée, entretenue par des groupes d’animation, scandait des slogans en faveur d’Omar Bongo Ondimba. Ensuite, il a entrepris une tournée provinciale qui l’a conduit dans tous les recoins du Gabon, afin de présenter sa nouvelle vision de la société gabonaise, dans son projet de société ’’mes actes pour le Gabon’’... C’est le seul candidat dont la propagande imagée est si visible un peu partout, à l’exception de certains quartiers acquis à l’opposition, tels de la poste d’Akébé au marché du même nom à Libreville.

* Dans le camp de l’opposition :

- Pierre MAMBOUDOU de l’UPG :

Il a inauguré sa campagne par une marche de près de quatre kilomètres qui l’a conduit à la tête de près de dix mille militants et sympathisants de l’Église sainte-Marie , première mission catholique à s’implanter au Gabon au XIXe siècle, au célèbre carrefour Rio, lieu du meeting de lancement de sa campagne. Tous ses supporters étaient vêtus de tee-shirts rouges ou d’écharpes rouges, comme autant de cartons rouges au régime actuel. Après un réquisitoire sévère contre le régime en place, il a annoncé les grandes lignes de son projet de société, qui se résument à un accent particulier sur le social, notamment , la gratuité de la scolarité, des consultations et de certaines pathologies de base (grippe, paludisme), l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), la vulgarisation des allocations familiales, la relance économique. Chose particulière, le leader de l’UPG n’a pas d’affiche de campagne, ne donne pas de tee-shirt à ses militants, se contente du message qu’il véhicule, et qui soulève et galvanise ses sympathisants. Après les différents quartiers de la capitale, tel un arbitre avec son carton rouge , pour sa première sortie provinciale, il s’est rendu le samedi 19 novembre 2005, à Port Gentil dans le moyen Ogooué, bastion traditionnel de l’opposition où, en 1998, il avait été premier de cette élection. Les militants de l’UPG, appuyés par ceux des partis amis tel le Parti gabonais du progrès de feu maître Agondjo, du Congrès pour la démocratie et la justice, du MESP et du RNB, avec au premier plan le maire de Port Gentil, Me Séraphin Ndaot. Lambaréné a été sa seconde sortie provinciale ; il est à noter que chacun de ses meetings, à Libreville comme à l’intérieur du pays, est précédé d’une marche à la tête de ses partisans. L’effet MAMBOUDOU est réel et palpable... Faisant, à chaque fois, une critique acerbe contre le pouvoir en place, il ne doute pas un seul instant d’être élu au soir du 27 novembre. N’ayant confectionné aucun tee -shirt de campagne, ni affiches, tous ses militants se débrouillent pour trouver un tee-shirt rouge ou une échappe rouge, ce qui n’empêche nullement de nombreuses personnes d’arborer des tee-shirts rouges. N’ayant pas de dons à faire aux populations, chose singulière pour un homme politique à cette période de ’’vendanges’’, il demande à ses partisans de prendre tout ce que leur donnent ses adversaires, notamment le Président Bongo, mais de ne pas perdre la tête, ni la cible, le dimanche 27 novembre 2005.

· Zacharie MYBOTO :

Son meeting d’ouverture de campagne s’est tenu au rond point de Nzeng Ayong, dans le sixième arrondissement de Libreville ; devant une foule de partisans et de sympathisants estimée à près d’un millier, il a expoxé les grands axes de son projet de société, basé sur sept points : les infrastructures, l’agriculture, l’éducation, la santé, la lutte contre le chômage, le logement et la sécurité ; de même, il envisage de donner à tous les Gabonais une meilleure couverture maladie. Il mène une campagne de proximité dans divers quartiers de Libreville et à l’intérieur du pays ; on l’a vu, le week-end dernier, à Lambaréné, dans le Moyen Ogooué, exhorter les populations à se rendre massivement aux votes, les 25 et 27 novembre, ’’pour voter utile et non voter les promesses’’ ; Ses tee-shirts sont un peu partout, mais pas les affiches, qu’on a de la peine à voir. Contrairement à ce que beaucoup d’observateurs pensaient, ses moyens financiers ne se font pas sentir, même si de temps à autre, on le signale à certains endroits offrant des dons, comme dernièrement au quartier Nombakélé, à la communauté musulmane.

LES VENDANGES POLITIQUES :

L’avènement de la démocratie en Afrique dans les années 1990 a fait naître des emplois saisonniers d’un type nouveau, dont la durée varie, de l’annonce d’une candidature d’un homme politique à une élection , au jour du vote ; ainsi, sont nés les spécialistes en créations d’associations à vocation électoraliste, des colleurs d’affiches, des spécialistes en animation de campagne... Certains s’en mettent plein les poches, mais à en croire beaucoup, cette année a été la plus difficile, très loin de 1993 et de 1998.

Si la majorité présidentielle dispose d’assez de moyens pour conduire sa politique, le partage de la manne électorale, aux dires de beaucoup, ne s’est pas effectué comme voulu et souhaité ; ainsi, il n’est pas rare de rencontrer certains responsables crier leur ras-le-bol, n’ayant même pas de tee-shirts pour leurs membres, encore moins de gadgets et d’enveloppes, alors que ces accessoires de campagne sont bien visibles entre les mains de nombreuses personnes. Pour les colleurs d’affiches, pas de problème, il y a eu assez de travail, et on est recompensé...

Dans le camp de l’opposition, c’est la disette... Les vignes n’ont pas produit les raisins de la joie. Pas de tee-shirts, pas d’affiches, peut-être des enveloppes pour galvaniser et entretenir les ’’troupes’’, difficile de le savoir...

Toutes choses faites, le Gabon connaîtra, à la suite du vote des 25 et 27 novembre 2005, et au plus tard le 19 janvier 2006, date de la fin du mandat du Président actuel, l’homme qui présidera, durant les sept années à venir, aux destinées de ce pays ’’béni’’ du Golfe de Guinée, dont les perspectives minières sont des plus prometteuses.

Bonne chance


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