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Elections US : la brillante stratégie de Hillary Clinton

Pourquoi Hillary Clinton continue-t-elle sa campagne ? Est-ce une fin de parcours ? Ou a-t-elle un plan ?

« Les grands esprits ont toujours rencontré une opposition farouche des esprits médiocres » disait Einstein. Il aurait sans doute trouvé confirmation dans l’état du parti démocrate aujourd’hui. Voilà une frange de la gauche américaine qui glousse d’envie en contemplant ce qu’elle appelle « la chute de Hillary Clinton » ou son « échec historique ».

Braves idiots. Lorsque l’on s’informe par MoveOn et DailyKos, le jeu politique se résume à des slogans publicitaires, et nul doute que l’on retrouve chez Barack Obama, pur produit marketing, la même ingénuité. C’est la génération 68. Qu’importe la politique, pourvu que jeunesse se passe !

Face à cette masse suant de bêtise se trouve Hillary Clinton. Politicienne d’expérience, elle ne laisse rien au hasard. Si, aujourd’hui, elle continue sa campagne pour la présidentielle de 2008, sous les quolibets, c’est qu’elle a une bonne raison. Comme tout bon joueur d’échec, Hillary a deux coups d’avance sur ses opposants. Le but est clair, les moyens aussi. La stratégie, en tous points, est brillante. Décryptage.

Juin 2004. John Kerry, nominé démocrate pour la course à la Maison-Blanche, prépare la convention démocrate de la fin juillet. Dans l’ombre, son staff s’affaire afin qu’il obtienne le maximum de couverture médiatique. Kerry a bien préparé ses sujets, et pense évacuer les attaques de ses adversaires en s’affichant continuellement dans une presse bienveillante. Mais voilà. Kerry entre dans les plans de Mrs Clinton, qui brigue la Maison-Blanche en 2008. Pas question pour Hillary que le prétendant affable du Massachusetts remporte la mise. Sinon, il se représentera en 2008, et elle ne pourra concourir au poste suprême. Il faut agir. Et pour se faire, elle dispose d’une arme de taille : son mari. En effet, alors que Kerry s’apprête à passer un début d’été sous les projecteurs, Bill Clinton publie son autobiographie, Ma vie. La presse se rue à sa rencontre, et les Démocrates abordent leur convention nationale avec, en bouche, le mot « années Clinton ». Au lendemain de la convention de Boston, Kerry n’a pas progressé dans les sondages, les Démocrates foncent tête baissée vers un nouvel échec en novembre, et Hillary prépare son entrée. Objectif : 2008.

Février 2008. Sa campagne est catastrophique. Hillary, n’ayant pas su anticiper la montée en puissance de l’extrême gauche au sein du parti démocrate, se retrouve à devoir convaincre la frange la moins fiable de son parti. Le calcul est cauchemardesque : satisfaire l’aile gauche des Démocrates, c’est hypothéquer ses chances de gagner l’élection générale. Mais plaire au plus grand nombre, c’est perdre la nomination. Un dilemme perdant-perdant auquel Hillary refuse de se soumettre. Sa décision est prise : 2008 ne sera pas l’année décisive. Elle a attendu huit ans, quatre de plus ne l’effraient pas. D’autant que la situation préoccupante de la gauche américaine exige une réorientation de la « stratégie Clinton ». Il faut non seulement reconquérir la Maison-Blanche, mais également retrouver un parti politiquement viable.

Oui, mesdames et messieurs, oubliez les « superdélégués » et le comptages et recomptages du Michigan et de Floride. Tout ceci n’est que poudre aux yeux. La vraie campagne, elle, se déroule dans l’ombre. Contrairement à ce que l’on pourrait croire en consultant les informations, Hillary fait campagne pour être Présidente... en 2012. Et cette fois-ci, elle veut être sûre de remporter la mise. Aucun détail n’a été laissé au hasard.

Tout d’abord, l’ex-première dame doit réaffirmer son leadership. Depuis les deux mandats de son mari, îlot au milieu d’une période de domination républicaine, les Clinton jouissaient d’une image messianique au sein de leur parti. Depuis, ce mythe s’est trouvé sérieusement écorné par l’extrême gauche, laquelle s’est trouvé d’étonnants supporters dans le seul clan capable de rivaliser avec les Clinton : les Kennedy.

En effet, le duel Obama-Clinton s’affirme bien plus qu’une lutte entre deux idéaux : il s’agit une lutte entre deux pouvoirs. Le vieux mythe de JFK contre le nouveau mythe de Bill Clinton. Au final, l’issue de cette guerre interne déterminera le futur du parti. Hillary le sait. Le soudain élan politique de Barack Obama prouve la résurgence des Kennedy dans la politique américaine, et les Clinton comptent bien mater cette rébellion. Sans pitié.

Le meilleur moyen d’y réussir reste de lancer Obama dans la course à la Maison-Blanche tout en le poignardant dans le dos. La technique est vieille comme le monde, et si elle a pu défaire un Kerry plutôt expérimenté, elle ne devrait avoir aucun mal à détruire un politicien néophyte comme Barack Obama qui, d’ailleurs, aggrave son cas par une collection impressionnante de casseroles rédhibitoires. Le sénateur afro-américain représente aux yeux des Clinton un simple cas d’école : il faut au préalable détruire son image. Puis diviser l’électorat démocrate. Finalement, emmener Obama et le clan Kennedy en novembre 2008, les aider à foncer droit dans le mur à grande vitesse, et espérer leur infliger un échec si cinglant qu’ils disparaîtront corps et bien de la vie politique du pays.

La logique fera le reste : au milieu de la vague de dépression qui suivra, à gauche, la sixième défaite présidentielle en huit scrutins, Hillary pourra s’affirmer comme seule détentrice de la recette miracle. « Mon mari a pu gagner deux fois, personne d’autre n’a réussi un tel exploit. Ecoutez-moi, soutenez-moi ! » clamera-t-elle sous tous les cieux. Que lui répondront les électeurs ? « Vous avez une image déplorable chez les Américains, et les Républicains vous détestent ! Vous ne pouvez gagner ! » Et c’est là qu’Hillary assènera sa seconde carte, préparée de longue date. Tortueuse. Machiavélique. Brillantissime.

Comment gagner la Maison-Blanche lorsque l’on est démocrate, en ce début du XXIe siècle ? le parti a prouvé son incapacité à produire une ligne idéologique claire et s’empêtre dans ses contradictions. Ses succès législatifs ne servent à rien s’ils ne sont pas accompagnés du levier exécutif. Chez les Clinton, le pouvoir ne saurait être plaisant s’il n’est pas suprême. Et pour le réclamer, Hillary a trouvé un moyen qu’on estimait impensable il y a encore quelques mois : elle va, simplement, le demander aux Républicains.

La stratégie clintonienne s’appuie en effet sur un axiome très simple : l’extrême gauche ne dérange pas seulement l’aile modérée des Démocrates. Elle inquiète profondément les Républicains. Si les Etats-Unis sont un pays aux multiples courants idéologiques, le fond de commerce assurant une victoire électorale sur l’ensemble du pays est, fondamentalement, conservateur : patriotisme, valeur, respect de l’armée, économie. La plupart des candidats républicains se positionnent aujourd’hui au centre-droit. Pour rester politiquement viable, Hillary doit s’affirmer centre-gauche. Or l’aile militante de son parti l’en empêche. Les Clinton ont trouvé la parade : les élections de 2008 doivent être perdues par l’axe Obama-Kennedy. Voilà un point sur lequel Hillary et les Républicains s’entendent parfaitement. Pourquoi ne pas construire une alliance de circonstances avec la droite ?

Hillary promet au GOP d’affaiblir l’extrême gauche et Obama ; elle offre la victoire à McCain comme elle l’avait donnée, naguère, à George W. Bush. En contrepartie, les Républicains, incapables de représenter un McCain trop vieux en 2012, conscients qu’ils ne peuvent gagner quatre mandats consécutifs, lanceront un candidat de paille et ouvriront la Maison-Blanche aux Clinton. Pour s’assurer de la bonne marche du contrat tacite, McCain promet de rester centre-droit. Hillary peut avancer qu’elle cherche principalement la concordance, comme son mari avant elle, et ne baissera ni les impôts ni les dépenses militaires. L’essentiel, pour les deux partis, est que l’extrême gauche, hostile au système, soit marginalisée de la vie politique et, à terme, dissoute.

Comment voit-on ce rapprochement Hillary-GOP ? Hillary affirme être prête à « rayer l’Iran de la carte ». Elle diffuse une publicité plus martiale que les spots de Marines, puis s’en prend violemment aux internautes de MoveOn. A la télévision, son premier conseiller loue « l’impartialité de Fox News » et rappelle les joies de ces temps où le parti démocrate attirait encore les religieux, les classes moyennes et le Vieux Sud.

Parallèlement, l’image de Hillary devient angélique chez les Républicains. On salue son courage. On la soutient dans les shows télévisés et sur les programmes radio. La polémiste Ann Coulter, qui a bâti son succès sur sa critique des Clinton, annonce soudainement qu’elle serait prête à voter pour Hillary. Au sein de la droite, mieux vaut encourager la droite traditionnelle et anéantir l’extrême gauche. Tout le monde y trouve son compte.

Voilà pourquoi Hillary Rodham Clinton continue sa campagne. Les meetings en Pennsylvanie servent à lui assurer une défaite digne en 2008, et un triomphe quatre ans plus tard. Les grands points de la stratégie qui lui offrira la Maison-Blanche ont déjà été pesés, analysés, affinés. Sans doute y apportera-t-elle quelques retouches avant la campagne décisive de 2012 qui, sans difficultés, lui permettra de devenir la femme la plus puissante du monde.


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14 réactions à cet article    


  • frédéric lyon 26 avril 2008 16:59

    Il est de plus en plus clair qu’Hillary tient l’investiture dans sa main à présent. Barrak Obama n’est qu’une création médiatique et il ne péserait pas lourd face à McCain, de la même façon que Ségolène n’a pas fait le poids face à Sarkozy.

    Un ticket Clinton -Obama semble être une sortie élégante pour un Parti Démocrate qui ne pourrait pas se permettre une nouvelle défaite présidentielle, après deux victoires consécutives de George Bush. On voit bien qu’en France le PS est très mal en point après trois défaites consécutives.


    • Rage Rage 26 avril 2008 23:37

      Bonsoir,

      Hola oui, quelle brillante stratégie que l’on résumera à "à force de perdre, cela finira bien par être mon tour et puisque c’est comme ça, autant flinguer mes amis pour aider mes ennemis".

      Du grand art. 8 ans de Bush cela ne suffisait déjà pas ?

      L’ego de Mme Clinton l’aveugle au point de faire perdre les démocrates et de propulser McCain au pouvoir.

      Les petits meurtres entre amis, surtout quand en face on fait bloc quitte à s’entretuer après, c’est la loose assurée.

      Cela me rappelle des caciques truandant S.Royal dans le dos. Bilan : 5 ans de Sarkozy.

      Qui rame ? Eux, non. Les peuples, oui.

      Ce n’est pas une stratégie brillante, c’est plutôt la fuite en avant dans le mur....


    • stephanemot stephanemot 27 avril 2008 08:53

      Hillary a parfaitement mené sa barque jusqu’à la fin 2007. Sa stratégie se résume depuis à la destruction aveugle de son concurrent démocrate. Elle n’était tout simplement pas programmée pour avoir une opposition interne, et Billary considère que sa nomination est un dû, presque de droit divin.

      Sa campagne est digne de Karl Rove.


    • morice morice 26 avril 2008 17:21

       Sa brillante stratégie résumée : je fous une pub de Ben Laden, vu que c’est mon mari qui l’a laissé devenir ce qu’ll est, je décide de ratiboiser l’Iran dès que possible et à part ça ça va, je ne suis plus cocue. Y’a que drzz pour chanter ses louanges aujourd’hui. Si la droite extême s’y met, s’est bien qu’elle a fanchi le pas depuis longtemps... 


      • brieli67 26 avril 2008 18:41

        Faut lire un peu ...... Les Mémoires de Bill par exemple

        et tu tomberas des nues ! Je ne croyais pas mes yeux !

        Historiquement d’avant la Guerre de Sécession les Démocrates sont "esclavagistes" et continuent d’être racistes ! 

         

         

         

         

        La Hillary a largement participé aux deux présidences de son mari. Le ratage de la réforme dec la Secsoc c’est elle.... Kyoto non signé c’est elle. Elle a complètement déstabilisé Al Gore qui a du se faire suivre par des confrères psy... 

         

         

         

         

        Cette sangsue ... a quelques casserolles aux fesses dans l’immobilier dont le Bill ne savait strictement rien.

        En cherchant un peu on tombe sur qqs épisodes croustillants chez les Rodham

        http://www.philly.com/philly/news/20080308_LAKE_WINOLA__Pa__-_Ice_still_covers_the_lake__Shades_NO_HEAD_SPECIFIED.html?text=xlg

         

         

         

         


      • ju 26 avril 2008 18:34

        Monsieur DRZZZZ semble être un sacré néocon lobbyste pro Israel.

        Ce n’est pas ce genre de con qui fera avancer la paix !


        • Thierry LEITZ 26 avril 2008 23:24

          Ce que décrit Drzz dans son article est bien possible... Voyage dans la tête d’Hillary !

          Mais se réjouit-il de ce scénario ? Veut-il le maintien du GOP et son idéologie aux EU ? Pour toujours ? Parti unique, quoi, comme en Chine, et tout le monde marche au pas, ou crève... Et reprenons de plus belle la surenchère militaro-industrielle à crédit financée sans permission par l’épargne internationale ! Jusqu’où ? Et pourquoi ?

          J’attends....

          Affligeant ces politiques dont la seule conviction est d’être les meilleurs pour le "job"...

          Pour y parvenir, aucune basse manoeuvre ne les rebute...

          Cette démocratie américaine est une honte, enfin si c’est ainsi que ça se passe, oui, honte pour l’humanité !


          • drzz drzz 26 avril 2008 23:33

            J’écris justement que Hillary Clinton va savonner le parcours d’Obama et aider le GOP pour, en retour, obtenir la Maison-Blanche en 2012.

            Je ne vois donc pas où j’ai écris que je souhaitais une hégémonie éternelle du GOP... ?

             


          • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 27 avril 2008 05:31

            @ l’auteur : difficile de vous prendre au sérieux quend vous parlez d’une "extreme gauche" américaine...

            PJCA


          • Thierry LEITZ 27 avril 2008 00:31

            Cher Drzz,

            J’ai écris : "le maintien du GOP et de son idéologie", laquelle semble portée par Mrs Clinton aussi bien que par les candidats GOP "originaux".

            Les têtes et étiquettes, c’est une chose. Mais quelle ligne suit-on ? Quelles convictions défend-t-on ? Là est la question.

            Si Hillary fait un peu de social à l’intérieur mais poursuit dans les faits et budgets sur la ligne des néocons, c’est comme si le GOP restait au pouvoir, au grand détriment du "rest of the world", sur lequel l’ex avocate semble prête à s’asseoir...

            Inquiétant, non ?


            • drzz drzz 27 avril 2008 00:42

              La politique étrangère portée par "le néoconservatisme" ne sera pas changée, quoiqu’en dise les médias.

              Les candidats n’ont pas d’alternative. Croyez-vous qu’Obama puisse retirer les troupes d’Irak, comme ça, du jour au lendemain, sans bousiller sa présidence avant même qu’elle n’ait commencée ?

              Bertrand Badie, professeur à Sciences-Po Paris,Le Monde , 20 février 2008

              "A ces deux remarques préalables, j’en ajoute d’entrée de jeu une autre : le néoconservatisme a joué un tel rôle dans la structuration de la politique étrangère américaine au fil des deux mandats précédents qu’on constate qu’encore aujourd’hui, tous les candidats, républicains et mêmes démocrates, sont amenés à se définir par rapport à lui. "

              http://leblogdrzz.over-blog.com/article-17080818.html

               

               


            • bernard29 candidat 007 27 avril 2008 08:11

              les pseudo- tacticiens à la Drzz enfilent des perles et des lieux communs. Il vient de découvrir qu’Hillary savonne la planche de Barak Obama, ce qui lui permet de se rassurer pour la victoire de son poulain ; Mac Cain.

              aucun intérêt.


              • Stone 30 avril 2008 21:13

                Quoi qu’il qu’il en soit et malgré le "coup médiatique" Obama, il n’en reste pas moins qu’il peut malgré tout être bon an mal an, le seul espoir d’avoir un interlocuteur valable et réfléchi entre l’Europe et les Etats-Unis.

                Je ne pense pas qu’il faille enterrer Obama si vite, car n’oublions pas les désastres subit par la population américaine suite a presque une décénie Bush.

                Toutes ces erreurs ne seront pas oubliés de sitôt et la course démocrates arrivent bientôt à son terme avec encore son avantage.

                Quand on niveau uniquement marketing et l’inexpérience : Peut être est-ce justement la force,

                Lorsque l’on souhaite autre chose, un autre leader, si on a peur de tomber sur une pomme pourrie, aller la chercher directement sur l’arbre.


                • Yannick Mireur Yannick Mireur 3 juin 2008 14:25
                  Je partage, comme de très nombreux analystes américains (cf. résultats de la requête « Hillary 2012 » sur Google), ce point de vue, que j’ai déjà soumis sur mon blog (voir Hillary en 2012 ?).
                  Ceci me pousse plus encore à espèrer une victoire d’Obama, que je pense pourtant très improbable.

                   

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