On croirait revenir en 2005, quand on faisait brûler les voitures dans les banlieues nord parisiennes. Mais on rigole moins en Angleterre, les citoyens sont sous le choc : s’attaquer à des quartiers tel Hackney ou autour de Brixton, réputés « chauds », passe encore. Mais quand on touche à l’ouest et au sud de Londres, comme à Ealing bordé de parcs et de résidences paisibles, la ville entière se sent menacée.
On se croirait pendant une guerre civile. Ambiance étrange pour un soir d’été sans pluie. On entend les sirènes de flics depuis nos chambres, les employés ont été renvoyés tôt chez eux dans une sorte de couvre feu non officiel. Et les rues sont vides, entourées des boutiques en fermeture exceptionnelles qui ont barricadé comme ils pouvaient leurs devantures, car les premières cibles ce sont eux.
On pouvait croiser des bandes en grand nombre dimanche dernier à Kensington, quartier le plus cher de la capitale. Moyenne d’âge de 12 ans, certains encagoulés, qui déambulaient et se donnaient des airs menaçants sans faire attention aux rares passants. Ainsi, quand la BBC montre deux jours après des monuments immenses sous les flammes, on se demande comment ils ont pu en arriver là.
Les politiques mettent cela sous le compte d’une colère due au chômage, au racisme ou en réaction au meurtre du jeune père de famille Mark Duggan jeudi dernier. Nous pouvons douter de ces mobiles, surtout à en juger l’âge de ceux qui détruisent pour mieux se vanter après de leurs butins pillés dans les grands magasins. C’est comme ces gamins qui mettent le feu aux rideaux du salon pour emmerder les parents et leur rappeler qu’ils existent. Avec des justifications aussi primaires, médias et politiciens leur apportent ce qu’ils veulent : une reconnaissance, de l’importance, une publicité. Car plus que le chômage et les différences face à l’emploi – qui sont plutôt avantageuses en Angleterre - c’est surtout l’ennui qui les pousse à terroriser toute une capitale.
Entre ces émeutes gratuites qui ne veulent revendiquer rien d’autre que « Regarder-moi » et les manifestations molles des étudiants et lycéens bien pensants qui, au final, ne se mouillent pas vraiment, on se demande où est aujourd’hui la vraie rébellion.
Asia
Londres

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