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En France, une femme meurt tous les trois jours de violence conjugale

« Partout dans le monde, des femmes subissent des actes ou des menaces de violence. C’est une épreuve partagée, au-delà des frontières, de la fortune, de la race ou de la culture. À la maison et dans le milieu où elles vivent, en temps de guerre comme en temps de paix, des femmes sont battues, violées, mutilées en toute impunité », Amnesty International, 2004.

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En France, une femme meurt tous les trois jours de cette violence, selon le centre d’appel national pour les femmes battues, mis en place il y a quatre mois par le gouvernement, et qui traite 80 appels en moyenne par jour. En 2006, 168 personnes (dont 137 femmes) sont décédées en France sous les coups de leur compagnon ou compagne.

Wikipedia reprend une étude du ministère de l’Intérieur (Étude nationale sur les décès au sein du couple - bilan des neuf premiers mois de 2006). Depuis les années 2000, plusieurs enquêtes nationales ont tenté de dresser un bilan statistique des violences conjugales. Les résultats de ces enquêtes sont terrifiants et ne sont que la partie visible de l’iceberg :

  • En France métropolitaine, une femme sur dix est victime de violences conjugales (enquête Enveff menée sur des femmes de 20 à 59 ans victimes au cours de l’année 1999).

  • En France, en moyenne, une femme meurt tous les trois jours des suites de violences au sein du couple.

  • En France, en moyenne, deux enfants meurent chaque jour des suites de violence.

  • Un homme meurt tous les quatorze jours. Dans plus de la moitié des cas, la femme auteur de l’acte subissait des violences de sa part.

  • 13 % de toutes les morts violentes recensées en France et dans lesquelles l’auteur a été identifié ont eu lieu dans le cadre du couple.

  • 41 % des crimes conjugaux sont liés à la séparation (commission par des « ex » ou séparation en cours).

  • 23 % des auteurs d’homicides se sont suicidés après leur acte (97 % d’hommes) ;

  • Dix enfants ont été victimes d’homicide en même temps que l’un de leur parent.

Les écoutantes de Violence conjugale Info, organisme de la Fédération nationale solidarité femmes, ont reçu au total 7 446 appels, soit en moyenne 80 appels par jour, selon les chiffres du ministère du Travail et de la Solidarité.

S’il n’existe aucune étude harmonisée sur les violences conjugales en Europe, Arte propose toutefois quelques données saisissantes sur la question :

  • Dans l’ensemble des pays de l’UE, une femme sur cinq au moins subit au cours de sa vie des violences infligées par son mari ou par son compagnon.

  • En Europe, chaque semaine, une femme est tuée par son conjoint (Commission européenne pour l’égalité des chances - Conseil de l’Europe, juillet 2002).

  • Pour les femmes de 14 à 45 ans, la violence familiale est la première cause de mortalité.

  • Seulement un cas sur vingt est signalé à la police (Enquête Eurobaromètre - 1999).

Au Canada, 7 % des femmes et 6 % des hommes (de nationalité canadienne) déclarent avoir été victimes de violence physique et/ou sexuelle infligée par un partenaire actuel ou ancien entre 1999 et 2004. Pour la même période 18 % des femmes et 17 % des hommes ont signalé avoir été victimes de violence psychologique. Selon l’Enquête sociale générale, 44 % des femmes et 19 % des hommes victimes de violence conjugale entre 1999 et 2004 ont été blessés pendant un incident violent. Environ 13 % des victimes féminines et 2 % des victimes masculines ont nécessité des soins médicaux. Parmi les victimes canadiennes de violence conjugale, plus de femmes que d’hommes disent ressentir de la crainte en raison de la violence (30 % contre 5 %), être déprimées et souffrir d’accès d’anxiété (21 % contre 9 %), avoir des troubles de sommeil (15 % contre 4 %), ressentir de la honte et de la culpabilité (12 % contre 3 %) et craindre pour la sécurité de leurs enfants (9 % contre 2 %).

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Il est important d’établir une remarque liminaire à ces résultats. Comme le déclarait brillamment Elizabeth Badinter, « de tous ces chiffres fastidieux mais nécessaires, il ressort qu’on ne devrait pas parler de "violence de genre", mais de "droit du plus fort". Un seul crime est indiscutablement plus propre aux hommes qu’aux femmes, c’est le viol, aujourd’hui puni en France aussi sévèrement que le meurtre. Reste qu’hommes et femmes, lorsqu’ils sont en position de domination, peuvent déraper dans la violence ».

Selon le ministère de la Justice du Canada, il est difficile d’obtenir une image complète de l’étendue globale de la violence conjugale, car elle reste souvent cachée. La victime peut supporter la violence pendant longtemps avant de solliciter de l’aide. Certaines victimes n’en parlent jamais à personne. La victime peut se montrer réticente - ou incapable - de parler ou de signaler la violence pour des raisons différentes.

Au Québec, le site Educaloi définit en ces termes la « violence conjugale » : « La violence conjugale se caractérise par une série d’actes répétitifs qui se produisent généralement selon une courbe ascendante appelée "escalade de la violence". L’agresseur suit un cycle défini par des phases successives marquées par la montée, la tension, l’agression, la déresponsabilisation, la rémission et la réconciliation. À ces phases correspondent chez la victime la peur, la colère, le sentiment qu’elle est responsable de la violence et, enfin, l’espoir que la situation va s’améliorer. Toutes les phases ne sont pas toujours présentes et ne se succèdent pas toujours dans cet ordre [...] La violence conjugale comprend les agressions psychologiques, verbales, physiques et sexuelles ainsi que les actes de domination sur le plan économique. Elle ne résulte pas d’une perte de contrôle mais constitue, au contraire, un moyen choisi pour dominer l’autre personne et affirmer son pouvoir sur elle. Elle peut être vécue dans une relation maritale, extramaritale ou amoureuse à tous les âges de la vie. »

Le psychologue américain, Michael P. Johnson (2000) différencie deux types de violences conjugales : le « terrorisme conjugal » et la « violence situationnelle ». La violence grave s’effectue dans un « contexte de terrorisme conjugal » et se manifeste par la volonté d’annihiler le conjoint, de toutes les manières, psychologiquement et physiquement. La « violence situationnelle  » renvoie pour sa part soit à l’autodéfense de la femme, soit à la violence réciproque, soit à la lutte pour le pouvoir des deux conjoints. Ces distinctions importantes sont reprises dans l’analyse des données statistiques canadiennes et québécoises et dans la formulation des résultats qui en découlent. Nul ne doit ignorer le fait que la violence conjugale n’est pas le seul fait de l’homme. Il arrive aux femmes d’exercer une violence lorsqu’elles sont en position de domination physique ou psychique.

Selon une enquête sociale générale sur la victimisation [ESG], 1999, du ministère de la Justice du Canada, qui a interrogé presque 26 000 femmes et hommes au Canada sur leur expérience de la violence, y compris leur expérience de la violence et de l’agression psychologique dans leurs mariages actuels ou passés ou dans leur relation de droit commun, les femmes et les hommes vivent des taux similaires de violence et de violence psychologique dans leurs relations. Toutefois, la violence vécue par les femmes tend à être plus sévère - et plus souvent répétée - que la violence dont les hommes font l’objet.

L’enquête montre que, comparées aux hommes, les femmes ont :

  • six fois plus de chances de signaler avoir été agressées sexuellement ;
  • cinq fois plus de chances de signaler avoir été étouffées ;
  • cinq fois plus de chances d’avoir besoin de soins médicaux, suite à une agression ;
  • trois fois plus de chances de souffrir de blessures physiques suite à une agression ;
  • plus de deux fois plus de chances de signaler avoir été battues ;
  • presque deux fois plus de chances de signaler avoir été menacées d’une arme ou d’un couteau ;
  • beaucoup plus de chances de craindre pour leur vie, ou de craindre pour leurs enfants par suite de l’agression ;
  • plus de chances de souffrir de problèmes de sommeil, de dépression et de crises d’anxiété, ou d’avoir une estime de soi diminuée à la suite de l’agression ;
  • plus de chances de signaler une victimisation répétée.

Les statistiques récentes montrent qu’il existe un nombre de facteurs qui, seuls ou en combinaison, sont associés à un risque accru de violence. Par exemple, voici certains facteurs de risque pour les femmes et les hommes :

  • être jeune ;
  • vivre dans une union de fait ;
  • avoir un partenaire qui boit beaucoup périodiquement ;
  • vivre une situation de violence psychologique dans la relation (moyen important de prédiction de violence physique) ;
  • vivre une séparation conjugale (le risque d’être tuée est plus grand pour la femme après la séparation).

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Il est de plus en plus admis que la vulnérabilité d’une personne à la violence peut être exacerbée par des facteurs comme le déplacement, la colonisation, le racisme, l’homophobie, l’infirmité, la pauvreté et l’isolement. Les femmes autochtones par exemple ont plus de chances de signaler avoir été agressées sexuellement par le conjoint. L’absence d’accès aux services et soutien communautaires, et au système de justice pénale, peuvent augmenter la vulnérabilité d’une personne à la violence - ou combiner les effets de la violence.

Étudier la violence conjugale parmi les populations immigrantes est plus complexe. Le Canada n’est pas insensible à cette question. Comme le note le Conseil canadien de développement social, « la violence conjugale existe dans toutes les sociétés et cultures. Répondre à ce problème, qui affecte les communautés immigrantes et des minorités visibles, c’est aussi reconnaître qu’elles représentent un segment croissant de la population canadienne. [...] Au Canada, près d’une femme sur trois est victime de violence à son propre domicile. Selon une enquête de Statistique Canada en 1999, les taux victimisation parmi les femmes immigrantes et des minorités visibles étaient un peu plus bas que les taux pour les autres femmes (10,5 % des femmes immigrantes et des minorités visibles étaient victimes de violence émotionnelle ou financière, par rapport à 14% des autres femmes ; 4,2 % indiquaient une violence physique ou sexuelle, par rapport à 6,2 % des autres femmes). Cependant, l’étude fait remarquer, qu’étant donné que l’enquête n’a été menée exclusivement qu’en anglais ou en français, elle n’était pas représentative des femmes qui ne parlaient couramment aucune de ces langues officielles ».

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Elizabeth Badinter (déjà citée) en venait à la conclusion suivante : « On devrait s’interroger sur notre incapacité de plus en plus grande à supporter les frustrations et à maîtriser notre agressivité. C’est notre éducation qui est en cause, et non nos principes. C’est elle qu’il faut changer. Depuis une trentaine d’années, l’épanouissement individuel et la satisfaction de nos désirs ont pris le pas sur le respect de l’autre et de la loi commune. Cela concerne tant les hommes que les femmes et n’a rien à voir avec ce qui se passe dans d’autres régions du monde où, à l’opposé, la loi est un carcan et où l’épanouissement individuel n’a tout simplement pas de sens. En vérité, nos sociétés ont autant besoin de réapprendre la notion de devoir que les autres, de réclamer leurs droits. En voulant à tout prix confondre les deux contextes, on se condamne non seulement à l’impuissance, mais aussi à l’injustice. »

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par Pierre R. Chantelois (son site) vendredi 27 juillet 2007 - 65 réactions
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  • Par Pierre R. - Montréal (---.---.146.99) 27 juillet 2007 11:12
    Pierre R. Chantelois

    Publié dans MidiLibre.com

    Aynour B., une mère de famille, d’origine turque, victime de violences conjugales qui s’était réfugiée, dans un foyer, auprès d’une association avec ses enfants, à l’insu de son mari, a été condamnée hier à trois mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Dunkerque (Nord). La mère, qui était poursuivie par son mari, devra verser 800 € de dommages-intérêts pour ne pas avoir communiqué au père sa nouvelle adresse lorsqu’elle avait été recueillie du 1er janvier au 4 août 2004 par l’association Sedire à Dunkerque. Poursuivies, elles aussi, pour « soustraction d’enfants », l’association et sa présidente au moment des faits sont relaxées. Le jugement a été dénoncé par la Fédération nationale Solidarité femmes. « Cela me choque profondément, l’histoire est complètement renversée », juge sa vice-présidente Germaine Watine, rappelant qu’il y avait « des constats » et « des faits précis », les pompiers ayant secouru la femme battue et ses trois enfants à son domicile.

    Pierre R.

  • Par Pierre R. - Montréal (---.---.146.99) 27 juillet 2007 14:50
    Pierre R. Chantelois

    @ Toutes et à tous

    Je prie le lecteur d’être indulgent. Ma démarche a démarré avec un simple fait divers. Ce fait m’a paru suffisamment important pour le traiter plus en profondeur. Mon intention n’était pas de présenter un article de compétition entre la France et l’Europe ou la France et le Canada. Les données statistiques (lisez bien Élizabeth Badinter) ne doivent pas servir à des clivages ou des interprétations excessives sur la violence des hommes ou la violence des femmes. Il y a violence, c’est indiscutable. J’ai voulu montrer qu’elle était présente, à travers quelques données statistiques, incluant le Canada, en raison de ma citoyenneté, afin d’éviter justement ce jeu des compétitions malsaines.

    Il est particulièrement difficile de réunir les chiffres les plus exacts possibles sur des tendances en la matière. Aucune statistique harmonisée ne donne une image exacte de la tendance pays par pays. Y a-t-il plus de violence aux États-Unis qu’en France ou en Angleterre ? Là n’était pas le but recherché de cet article.

    Il est bien évident que si de tels chiffres avaient été accessibles ou réunis, je les aurais présentés en priorité. La méthodologie actuelle est bien faible. J’en conviens. Puisse-t-elle simplement éclairer les esprits et éveiller les consciences. Cela sera déjà un objectif atteint.

    Je vous remercie de votre compréhension et comprenez bien que vous n’avez pas devant un statisticien chevronné mais un rédacteur curieux et attristé par le sujet qu’il a traité.

    Pierre R.

  • Par Cosmic Dancer (---.---.174.77) 27 juillet 2007 15:26
    Cosmic Dancer

    @ Léon

    Merci pour cette référence. J’ai fait un saut sur le site en question. J’ai lu « Fausse Route » d’Elisabeth Badinter, et je me suis reconnue dans ce qu’elle dénonce de déviations d’un certain féminisme pour lequel les hommes sont des ennemis, féminisme dont certaines conséquences sur l’état actuel de notre société sont monstrueuses.

    Je travaille depuis quelque temps, quand je prends le temps, sur ces questions, mettant en parallèle les excès d’un féminisme autocentré et un mouvement de pensée très en vogue, en réaction à celui-ci, nommé par plusieurs auteurs « féminisation de la société », diagnostiquant de vrais malaises mais jouant habilement des causes pour prôner une guerre des sexes tout aussi néfaste que celle des Chiennes de Garde.

    Mais nous nous éloignons un peu du sujet. Un article un de ces jours, peut-être...

    Bien cordialement.

  • Par seigneur_canard (---.---.232.178) 27 juillet 2007 20:51
    seigneur_canard

    L’éducation. Je reste profondément persuadé que c’est par elle qu’on en finira avec la violence conjugale (ou envers les plus faibles). Inculquer des valeurs de respect de l’autre, D’égalité entre les sexes etc... Tout cela doit être une mission prioritaire. Surtout si, à la maison, les enfants sont confrontés à une vision autre des rapports humains. Il faut leur comprendre que cette dernière n’est pas la normalité. Mais, je crains que dans ce domaine, on assiste, depuis ces 15 dernières années à un fort recul de la notion d’empathie, de la capacité de se mettre à la place de l’autre, de comprendre la souffrance qu’on peut lui infliger. On « chosifie » de plus en plus l’autre. Je suis choqué de voir des gamins de 13-15 ans parler des filles non plus sous le vocable de « nana », « gonzesse », « filles » ou autre mots plus ou moins argotique (oui, on ne parle pas comme dans les salons littéraires dans les cours de récré), mais sous des dénomination connotées tel « pétasse » (ou son équivalent en verlan), « pute », « chienne », « salope » etc. J’ai beau chercher dans ma mémoire, dans mes souvenirs d’adolescents boutonneux, je ne me souviens pas avoir entendu mes camarades(issus de divers milieux socio-culturels) de l’époque s’exprimer ainsi. Surtout en parlant de quelqu’un pour lesquels ils avaient une affection plus ou moins sincère. La violence commence avec l’idée que l’autre ne vaut rien. Qu’il n’est qu’un objet soumis a ses désirs. Qu’il doit obéissance du part son infériorité de fait. Il faudrait donc s’interroger sur les origines de ce retour du machisme triomphant. L’individualisme, la course à la « performance », la stigmatisation des plus faibles, ne sont peut être pas étrangers à cette violence envers ces derniers.

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