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Accueil du site > Actualités > International > Encore un coup d’Etat en Afrique : quel avenir pour la Guinée (...)

Encore un coup d’Etat en Afrique : quel avenir pour la Guinée ?

Après un nouveau coup d’Etat en Afrique qui a vu le capitaine Moussa Dadis Camara prendre le pouvoir en Guinée suite au décès du général-président Lansana Conté le 22 décembre dernier, nous pouvons nous demander comment ce pays pauvre malgré des sols riches en est arrivé là. Et quelles peuvent être les perspectives pour cet Etat ? Le peuple guinéen peut-il croire enfin à un régime démocratique et prospère ?

Le 22 décembre 2008, Lansana Conté, président de la Guinée depuis 24 ans, décède des suites d’une leucémie et d’un diabète aigu à l’âge de 74 ans. Au cours de la nuit suivante, les proches du régime s’affairent pour organiser l’intérim suivant les procédures prévues par la Constitution.

Mais le 23 décembre 2008 au matin, suite à l’annonce du décès de Conté, des dignitaires de l’armée, des officiers se présentant sous le nom de Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) annoncent unilatéralement à la radio, par le biais de son porte-parole le capitaine Moussa Dadis Camara, jusqu’alors inconnu du grand public, la dissolution du gouvernement ainsi que la suspension de la Constitution et de toutes les institutions républicaines. Et le 24 décembre 2008, Moussa Dadis Camara s’auto-proclame président de la République, devenant le troisième président de la république de Guinée. Il prononce alors un discours à caractère social, dénonçant le désespoir profond du peuple de Guinée, la complicité des dignitaires du pouvoir dans le pillage des ressources du pays et leur incapacité à fournir à la population les services de base.

Moussa Dadis Camara, né en 1964 à Nzérékoré, est un officier de l’armée guinéenne avec le grade de capitaine. Il est diplômé en économie et finance de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry et occupait, jusqu’à sa prise de pouvoir, le poste de responsable de l’approvisionnement en carburants de l’armée guinéenne.

Depuis la décolonisation de la deuxième moitié du XXè siècle, l’Afrique est connue pour les nombreux coups d’Etat qui portent à la tête de pays déjà pauvres des dignitaires de l’armée nationale dont le seul objectif est bien souvent de s’enrichir et de pratiquer le népotisme, au détriment de leur peuple qui n’a que trop peu son mot à dire.

Ainsi, depuis 1952, il y a eu soixante-cinq coups d’Etat en Afrique ! Deux se sont produits en Guinée, dont celui du 23 décembre 2008.

Le dernier coup d’État en Afrique est celui, récent, qui a eu lieu en Mauritanie le 6 août 2008. Suite à des changements à la tête de l’armée, de la gendarmerie et de la garde nationale, les deux généraux limogés firent un coup d’État, arrêtant le président mauritanien Sidi Ould Cheikh Abdallahi (premier président démocratiquement élu en mars 2007), le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur. Les putschistes, organisés en conseil d’État, dirigé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, annulent les dernières nominations au sein de l’armée décidées par le président Abdallahi. La junte promit des élections présidentielles libres et transparentes dans une période qui sera la plus courte possible, selon un communiqué lu à la radio nationale.

En Guinée, le dernier coup d’Etat était celui de 1984 qui avait porté au pouvoir Lansana Conté. Le 26 mars 1984, Ahmed Sékou Touré, « père de l’indépendance » de la Guinée, président depuis 1958, décède. L’unique parti de l’époque, le Parti Démocratique de Guinée, sombre dans de violentes querelles de succession, et le pays est au bord de la guerre civile. Le premier ministre d’alors, Louis Lansana Beavogui, assura l’intérim de la présidence de la République. Mais l’intérim fut de courte durée puisque le 3 avril 1984, une semaine après, il fut déposé par un coup d’état militaire dirigé par le colonel Lansana Conté. Le Comité militaire de redressement national (CMRN) porte alors son leader au pouvoir, qui est proclamé président de la République deux jours plus tard, alors que vient d’être instituée la 2e République.

Il s’en suivra une présidence dictatoriale de la part de ce fils d’agriculteur né en 1934, et qui avait fait son service militaire dans l’armée française. Il fut affecté en Algérie pendant la guerre d’indépendance en 1957, puis il retourne en Guinée qui est devenue indépendante de la France le 2 octobre 1958. Il intègre alors la nouvelle armée. Il est élu à l’Assemblée nationale en 1980, sur la liste unique du PDG. Deux ans plus tard, il devient colonel.

En 1984, devenu chef de l’État, il opte pour un libéralisme économique, après vingt-six ans d’économie centralisée. Alors qu’une vague démocratique touche l’Afrique, il fait adopter une nouvelle constitution, et organise une élection présidentielle pluripartite en décembre 1993. Il l’emporte dès le premier tour de scrutin avec 51,7 % des suffrages. Cette élection est vivement contestée par les partis d’opposition. Dès lors, le régime en place prend un visage plus radical. Lansana Conté renoue peu à peu avec les pratiques autoritaires d’Ahmed Sékou Touré (massacres, tortures...). En novembre 2001, il soumet à la population un référendum prévoyant une modification constitutionnelle afin qu’il puisse briguer un 3e mandat à la tête du pays. Le référendum, adopté par 98,4 % des voix, est considéré comme truqué par les observateurs internationaux. En décembre 2003, il est réélu avec 95,63 % des suffrages face à un seul adversaire, les autres opposants préférant ne pas participer à un scrutin qu’ils estiment joué d’avance.

Le 19 janvier 2005, victime d’une tentative d’assassinat, le président, qui n’a pas été blessé, déclare que « Dieu n’avait pas encore décidé que c’était temps qu’[il] meure. »

Pourtant il est malade : début 2006, alors qu’on lui a diagnostiqué une leucémie et une forme aiguë de diabète quatre ans plus tôt, son état de santé s’aggrave brusquement ; il se rend alors, à plusieurs reprises, à l’étranger pour se faire hospitaliser. De plus, la mauvaise conjoncture économique dans le pays (le prix du riz et du carburant sont au plus haut) et de nombreuses grèves générales sanctionnées par de sanglantes répressions affaiblissent le président guinéen. Mais en octobre 2006, le général Conté annonce qu’il compte demeurer président jusqu’à la fin de son troisième mandat en 2010, tout en précisant qu’il aime son pays et qu’il le protège contre ses ennemis. Il déclare également qu’il est à la recherche d’un successeur « comme [lui], qui a de l’envergure, patriote, pour diriger la Guinée », ce qui n’est pas très démocratique.

Malgré une nouvelle grève générale commencée le 10 janvier 2007, Lansana Conté s’accroche au pouvoir. Lors d’une rencontre avec des responsables syndicaux, le 19 janvier, il leur dit : « Je vais vous tuer tous, tant que vous êtes. Je suis militaire, j’ai déjà tué des gens ». Quelques jours plus tard, alors que plusieurs centaines de milliers de citoyens continuent à manifester et que beaucoup de personnes sont mortes de la répression des forces de l’ordre, le général Conté accepte de nommer un premier ministre de consensus. Mais le 9 février, il choisit de nommer Eugène Camara, un de ses proches. Mécontents de ce choix, les syndicats et la société civile s’embrasent. Le président cède à la pression, et nomme Lansana Kouyaté au poste de premier ministre. Le bilan humain de ce soulèvement est terrible : au moins 186 personnes sont tuées et 1 200 blessées. En mai et juin 2008, des soldats menacent la stabilité du pays en réclamant le paiement des arriérés de leur solde, fragilisant encore un peu plus le régime en place.

Finalement le 23 décembre 2008, Aboubacar Somparé, président de l’Assemblée nationale, annonce à la télévision que le président de la République est décédé la veille, « après une longue maladie ».

Les funérailles de Lansana Conté, qualifiées de « grandioses » par la presse, se déroulèrent le 26 décembre 2008 à Conakry, et rassemblèrent plus de 30 000 personnes, ainsi que plusieurs chefs d’État africains.

Durant sa présidence, le chef de l’État et ses proches ont gardé la haute main sur la vie politique et économique du pays ; à sa mort, la Guinée reste minée par la corruption. Pourtant le sol renferme deux tiers des réserves mondiales de bauxite, d’or et de diamants. De plus, la Guinée est le château d’eau de l’Ouest africain : de ses montagnes jaillissent les fleuves Niger, Sénégal et Gambie. De l’uranium y a été découvert en 2007. Avec ces richesses, le potentiel de développement est important : la Guinée devrait donc être prospère. Au lieu de cela, Lansana Conté laisse donc un pays exsangue. La population de cette ancienne colonie française, qui a célébré ses cinquante ans d’indépendance, figure parmi les plus pauvres de la planète. 53 % des Guinéens vivent sous le seuil de pauvreté (moins d’un dollar par jour), près de 61 % n’ont pas accès aux soins de santé et 38 % à l’eau potable.
Seul aspect positif de cette longue présidence, le général Conté a su maintenir la paix dans son pays, alors que des guerres civiles ravageaient ses voisins.

Le samedi 27 décembre, Moussa Dadis Camara fait son premier discours public, en forme de réquisitoire. Il a été prononcé devant un millier de personnes représentant les partis politiques, syndicats, organisations de la société civile et confessions religieuses du grand pays ouest-africain. Cela serait-il déjà un signe et une preuve d’ouverture ? Traduirait-il une réelle volonté de pluralisme ? La suite des évènements nous le dira...

Camara démarre ainsi : « Je n’ai pas préparé de discours. On n’est plus à l’heure de la démagogie. Tout ce qu’on dit sans écrit vient du fond du cœur. » Puis le nouvel homme fort du pays de justifier encore la prise du pouvoir par son équipe. « J’ai pris le pouvoir, a-t-il dit, à cause de l’irresponsabilité et de l’incapacité notoire de l’Assemblée nationale et du gouvernement à gérer le pays. Ils ont préféré se mettre dans la logique de la guerre de succession. » Par contre, le capitaine Camara a rendu hommage aux leaders politiques pour leur combat. « Je lève mon béret pour vous », s’est-il exclamé en s’adressant aux hommes politiques, sans doute ceux de l’opposition.

Poursuivant ses propos, il a précisé que le programme du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDP) est tourné vers l’action. Il s’articule, entre autres, autour de la lutte contre l’insécurité et la tenue des élections libres, crédibles et transparentes en décembre 2010. Le capitaine a profité de l’occasion pour affirmer qu’il n’était pas assoiffé de pouvoir : « Sinon, on aurait pris le pouvoir depuis la grève de janvier 2007, ou à l’occasion des dernières mutineries, a-t-il expliqué. ». Par la suite, le président Camara a demandé aux leaders politiques et aux partenaires sociaux de faire des propositions de programmes de société. « Je vous confie cette tâche », a-t-il déclaré. Nous pouvons ici nous étonner qu’un homme qui devient chef d’un Etat n’ait pas, lui-même, de projet de société !

L’orateur va également rassurer les partis politiques et les partenaires sociaux en ces termes, « vous pouvez avoir des postes clés au futur gouvernement. » S’agissant de la question lancinante des législatives, le capitaine s’est voulu pragmatique. Il a demandé aux partis politiques, la société civile et les syndicats de se mettre au travail afin de déterminer la date desdites législatives. Il réaffirma aussi sa volonté de nommer un premier ministre civil. Et en effet, le 30 décembre 2008, dans un communiqué lu à la radio nationale, « Est nommé Premier ministre, chef du gouvernement, Kabiné Komara, précédemment à la Banque Africaine d’Import Export en Egypte », précise le texte. Les syndicats à l’origine des grandes manifestations hostiles au président Conté en janvier-février 2007 avaient déjà proposé Kabiné Komara au poste de Premier ministre. Mais le président Conté avait alors choisi Lansana Kouyaté. Kabiné Komara était donc jusque-là fonctionnaire international basé au Caire. Cette désignation civile indique un premier engagement de tenu de la part du nouveau pouvoir.

Parlant du défunt président Lansana Conté, le capitaine a estimé qu’il était bon au départ ; mais que lorsqu’il est tombé malade, son entourage en a profité pour s’enrichir. Camara s’en est pris aux « ministres qui ont pillé ce pays, qui ont fait des buildings, des comptes un peu partout... ». « Au moment où le président était fatigué, tous les gens qui l’ont entouré se sont remplis les poches », a-t-il accusé. Et, à ces mots, la foule de s’exclamer : « poursuivez-les ! ». En réponse, le président a dit toute sa détermination a juger et châtier, devant le peuple, tous ceux qui se rendront coupables de détournement de biens publics. Mais que penser ici du fait que les attaques de Camara ont, étonnamment, épargné l’ancien chef de l’Etat ? Il a même fait observer une minute de silence à sa mémoire. Un vrai démocrate rendrait-il hommage au dictateur qu’était Lansana Conté ? En même temps, un vrai démocrate ne prendrait pas le pouvoir par la force me direz-vous... Mais comment Camara peut-il ignorer toute responsabilité dans la corruption du pays au président Conté ? Ce dernier pouvait-il vraiment ne pas être au courant de ces agissements ? De plus, Camara dit que c’est seulement depuis que le président était malade, c’est-à-dire au début des années 2000, que son entourage en aurait profité pour voler les richesses de la nation. Pourtant, Conté était au pouvoir depuis 1984 et la situation du pays n’était pas meilleure avant sa maladie... Comment donc ne pas s’étonner que le nouveau chef de l’Etat guinéen ne condamne pas un président qui a laissé son pays exsangue ? Si Camara ne condamne pas Lansana Conté, il y a de quoi s’inquiéter sur ses futures politiques...

Des « bravo » ou des « merci » fusèrent du parterre de représentants de la société guinéenne lorsqu’il s’engageait à faire un « audit » des finances publiques ou à lutter contre les trafiquants de drogue. Puis le nouveau président a annoncé la renégociation des contrats miniers, fondamentaux pour le pays. Le chef de la junte a également évoqué la « révision des contrats » du Port autonome de Conakry par des experts et leur éventuelle « annulation ».

Au sortir de ce discours plein de bonnes intentions, des leaders politiques ont exprimé leurs sentiments. Le président du parti libéral Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, a déclaré : « Je suis satisfait des propos du président, puisque c’est ce que nous avons toujours demandé ». Pour sa part, Mouctar Diallo des Nouvelles Forces Démocratiques (NFD), a déclaré : « Ses propos sont bien. Mais souhaitons qu’ils soient traduits dans les faits le plus tôt possible ». Quant à la secrétaire générale de la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), Rabiatou Sera Diallo, figure de la résistance au régime de Conté, elle a souhaité « qu’ici aussi ceux qui ont détourné soient punis, que la lutte contre l’impunité soit une réalité en Guinée ainsi que la lutte contre la drogue, contre la corruption, tout ce qu’il a cité », ajoutant vouloir que « la montagne n’accouche pas d’une souris. Nous souhaitons qu’il fasse comme le capitaine Jerry Rawlings du Ghana », en référence à l’ancien président ghanéen (1981-2000) qui avait sacrifié l’unique fils de sa soeur parce qu’il avait détourné de l’argent !

Le changement à la tête de l’Etat est donc plutôt bien accueilli : à Conakry, quasiment tous les syndicats et partis d’opposition ont « pris acte de la prise effective du pouvoir par les militaires », sans la condamner.

Néanmoins, la légitimité de ce coup d’Etat est mise en cause en Guinée : l’ambassadeur de Guinée de l’Union Africaine, Cheick Amasou Camara, a souligné que le conseil militaire mis en place ne représentait pas la majorité de l’armée. « L’armée est divisée. Et il semble que les institutions fonctionnent en partie malgré leur suspension annoncée ». Il a néanmoins noté qu’« il existe un calme apparent au sein de la population, ce qui est salutaire ». Le président de l’Assemblée nationale de Guinée qui aurait dû assuré l’intérim, Aboubacar Somparé, a quant à lui exhorté mercredi la communauté internationale à tout faire pour empêcher le succès de la tentative de coup d’Etat.


En Afrique et dans le monde, le putsch militaire est loin de faire l’unanimité. La communauté internationale a condamné très fermement cette prise de pouvoir jugée « inconstitutionnelle ». En effet, le commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union Africaine (UA), Ramtane Lamamra a rappelé que, « selon la constitution guinéenne, l’intérim après la vacance de pouvoir devait être assuré par le président de l’Assemblée nationale pendant 60 jours durant lesquels des élections démocratiques devaient être organisées pour élire un nouveau président ». « La Guinée a besoin d’une prise de position ferme de notre part en faveur du maintien de la légalité constitutionnelle », a-t-il précisé. L’UA a suspendu lundi 29 décembre la Guinée des activités de l’organisation continentale, et ce, jusqu’au « retour de l’ordre constitutionnel », a annoncé l’UA.

Même discours pour Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies. Il a pour sa part appelé, mardi, à une transition pacifique et démocratique en Guinée.

Le président français Nicolas Sarkozy a demandé jeudi 25 décembre, dans un communiqué, des « élections libres et transparentes » à « bref délai » en Guinée. « La France, qui a des liens profonds, amicaux et anciens avec la République de Guinée, est vivement préoccupée par la situation dans ce pays à la suite du blocage des institutions après le décès du Président Lansana Conté », affirme le chef de l’Etat. La France « exprime le voeu qu’une transition pacifique ordonnée et démocratique se mette en place en vue de permettre un retour rapide au fonctionnement normal des institutions, par des élections libres et transparentes qui devraient être organisées à bref délai et sous observation internationale », poursuit M. Sarkozy.

Mardi 30 décembre, les putschistes ont entamé une rencontre avec des représentants de la communauté internationale, notamment les ambassadeurs des pays du G8, représentants de l’ONU ainsi que du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

Suite à la promesse de la junte de tenir des élections en décembre 2010, soit à la fin du mandat du président Conté, la communauté internationale proteste car ce délai est jugé trop long. La France, les Etats-Unis et l’Union européenne ont évoqué un délai de six mois, l’opposition guinéenne d’un an.

Dans cette désapprobation et inquiétude d’une bonne partie du monde, une voix rompt et se démarque : celle du Sénégal. Le président Abdoulaye Wade avait appelé vendredi 26 décembre la communauté internationale à « soutenir » la junte. Il s’agissait du premier soutien exprimé officiellement aux putschistes par un dirigeant étranger. Cela lui a valu d’être critiqué par la presse de son pays : « Wade si près de la junte, si loin de l’Afrique », titrait mardi à la une le journal sénégalais Le Quotidien, selon lequel la « sanction » de l’UA envers les putschistes guinéens constitue aussi un « désaveu » du président sénégalais « qui a joué la carte hors-la-loi ».

Alors faut-il croire les discours plein de promesses du nouveau président ? En effet, pourquoi ce coup d’Etat serait-il différent des autres dans ses conséquences ?

Les putschistes ont voulu témoigner de leur bonne foi en garantissant la tenue d’élections présidentielles. Mais les autorités de ce pays se souviennent trop bien du coup d’Etat militaire de 1984, qui s’était soldé un règne marqué par des répressions sanglantes et des atteintes aux droits de l’Homme. De plus, l’Histoire est là pour nous rappeler des conséquences tragiques des coups d’Etat en Afrique.

Néanmoins, le dernier coup d’Etat est différent des autres dans son essence même : contrairement à la plupart des coups d’Etats africains, celui-ci a eu lieu après la mort du président en place, et non suite à une guerre civile entre deux camps. Ce fut donc un coup d’Etat sans violence et donc sans victime. Contrairement à 1984, un président par intérim n’a même pas eu le temps de s’installer, comme le voulait la constitution, puisque Moussa Dadis Camara fit son coup d’Etat dès le lendemain de la mort de Conté.

Dans l’histoire des coups d’Etat, beaucoup de futurs dictateurs avaient fait des promesses et dénoncé la corruption des gens qu’ils venaient de renverser, pour faire finalement la même chose une fois au pouvoir, ou en tout cas ne rien arranger !

Parmi les exemples malheureux de l’Histoire, nous pouvons en rappeler deux célèbres.
Tout d’abord celui d’Idi Amin Dada, président du Burundi (1971-1979). Son arrivée au pouvoir est, au départ, plutôt bien accueillie par la communauté internationale et par le peuple. Il est d’ailleurs paradoxal de constater qu’à plusieurs reprises ces différents coups d’État reçoivent un accueil bienveillant de la part des populations. Nous pouvons l’expliquer par l’espoir de changement et d’amélioration des conditions de vie que suscite chaque nouveau pouvoir. Malheureusement, ce sont des espoirs trop souvent déçus. Amin Dada promit aussi de tenir des élections dans quelques mois. Finalement, il a laissé dans l’Histoire l’image d’un dictateur fou, violent et sanguinaire.

Parlons aussi de Juvénal Habyarimana, président de la République du Rwanda de 1973 à 1994. De l’ethnie Hutu, Habyarimana soutenu par des officiers Hutu du nord du pays renverse en juillet 1973 le gouvernement civil de Grégoire Kayibanda et se proclame président. Il crée le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), parti unique, en juillet 1975, et nomme, lui aussi, des ministres civils, tout en maintenant des militaires du nord aux postes clés. Toujours réélu, son régime aviva les tensions communautaires et fut critiqué pour ses mesures d’austérité et sa corruption. Son règne se termina sur les tristement célèbres vagues de massacres à l’encontre des Tutsi ainsi que des Hutu modérés (entre 500 000 et un million de morts) en 1994, qualifiées par l’Organisation des Nations unies de génocide.

 Une nouvelle page se tourne dans l’histoire de la Guinée, souhaitons pour le peuple guinéen que ce nouveau coup d’Etat militaire puisse amener enfin la prospérité et le développement à ce pays. Si tel était le cas, le nouveau président auto-proclamé Moussa Dadis Camara rentrerait dans l’Histoire comme l’auteur d’un coup d’Etat qui aurait enfin tenu ses promesses et qui aurait fait d’un pouvoir illégitime une source de prospérité. Mais l’Histoire nous incite à la prudence ; de plus, lui aussi sera confronté à la crise économique mondiale…


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4 réactions à cet article    


  • non666 non666 31 décembre 2008 13:00

    En guinée, un capitaine (qui commande donc l’equivalent d’une compagnie soit une centaine d’hommes , peut reussir un coup d’etat.

    C’est scandaleux.

    En France, un avocat qui a l’amité d’une dizaine d’hommes , possesseurs de tous les medias, peut faire la meme chose en preservant les apparences....

    On comprends donc que sarkozy agite un peu ses membres attrophiés et fasse encore un peu plus de bruit avec sa bouche..

    Les autres ne jouent pas avec les memes outils de triche que lui : c’est scandaleux.


    • TSAKADI Komi TSAKADI 31 décembre 2008 15:05

      Pour completer cet article,lire aussi :
      http://blog.multipol.org/post/2008/12/28/ANALYSE-%3A-Afrique-%3A-la-resurgence-des-coups-dEtat-et-des-tentatives-de-coups-dEtat
      Afrique : la résurgence des coups d’Etat et des tentatives de coups d’Etat
       

      Komi TSAKADI

      Le dernier coup d’Etat militaire en date sur le continent africain, intervenu en Guinée, le 23 décembre dernier au lendemain de la mort du Président Lansana Conté qui avait dirigé le pays durant 24 ans, vient s’ajouter à la longue liste des coups d’Etat et tentatives de coups d’Etat ayant fait du continent africain le lieu privilégié de ce mode d’accession au pouvoir en ce XXIe siècle.

      Définitions du coup d’Etat

      Pour définir le coup d’Etat, nous retiendrons quelques exemples de définitions.

      Pour Paul LEROY, « le coup d’Etat s’analyse en un changement de gouvernement opéré, hors des procédures constitutionnelles en vigueur, par une action entreprise au sein même de l’Etat au niveau de ses dirigeants ou de ses agents. Cette action (…) est soudaine et sollicite généralement la force » (« Le coup d’Etat », in O. DUHAMEL et Y. MENY, Dictionnaire constitutionnel, Paris : P.U.F, 1992, p. 240).

      Pour Jean-Pierre PABANEL, « c’est une pratique volontaire et consciente de l’armée ou d’une partie de celle-ci pour s’emparer des institutions étatiques et occuper le pouvoir d’Etat » (Les coups d’Etat militaires en Afrique noire, Paris : L’Harmattan, 1984, p. 5).

      Pour Issaka SOUARE, c’est « une saisie illégale au plus haut niveau de l’autorité d’un Etat par un nombre restreint des officiers militaires dans une opération discrète qui ne dépasse pas quelques jours » (Guerres et civiles et coups d’Etat en Afrique de l’Ouest : comprendre les causes et identifier des solutions possibles, Paris : L’Harmattan, 2007, p. 55).

      Ces définitions permettent de distinguer le coup d’Etat du conflit armé interne ou de la rébellion.

      En effet, contrairement à un conflit armé interne ou à la rébellion, le coup d’Etat ne dure pas longtemps. Il se caractérise par sa soudaineté, sa brièveté. Le caractère discret du coup d’Etat implique un nombre réduit d’acteurs alors que pour le conflit armé interne, on a besoin d’un grand nombre de personnes.

      Condamnation du coup d’Etat comme mode d’accession de pouvoir en Afrique

      Pendant la période 1960-1990, la seule forme de prise de pouvoir dans les pays africains était le coup d’Etat : 267 coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat ont été dénombrés (1). L’adoption de nouvelles Constitutions instituant le multipartisme par les pays africains dans les années 1990 avait fait croire que la période des coups d’Etat, qui était le seul moyen de prendre le pouvoir auparavant dans un contexte de parti unique, était révolue.

      Mais il continue de ponctuer la vie politique des pays africains. En moyenne, on dénombre par an au moins 3 coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat depuis 1990, à tel point qu’en juillet 1999, lors du 35e sommet à Alger (Algérie) de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) devenue Union africaine (UA), une déclaration condamnant l’usage du coup d’État comme mode d’accession de pouvoir en Afrique a été adoptée.

      Pour autant, il y a lieu de constater que ce texte n’a pas fait baisser cette moyenne. On continue de recenser des coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat sans compter ceux imaginaires ou inventés par certains dirigeants pour détourner l’attention de leurs citoyens sur les vrais problèmes et faire des purges et des exécutions sommaires et extrajudiciaires.

      Causes des coups d’Etat en Afrique

      La déclaration d’Alger ne semble pas avoir mis fin à la pratique des coups d’Etat militaires comme mode de conquête de pouvoir et l’Afrique sera, sans nul doute, en proie dans les mois et les années à venir, à un nombre sans cesse croissant de projets de coups d’État, voire des coups d’État si leurs causes ne sont pas identifiées en vue de les prévenir. Les signes avant-coureurs sont perceptibles dans bon nombre de pays africains.

      En effet, selon beaucoup d’auteurs, « l’environnement sociopolitique » prévalant dans les pays concernés est la cause principale des coups d’Etat. Selon ces auteurs, la faible culture politique, voire son inexistence dans certains pays, rend vulnérables ces pays à l’intervention militaire dans les affaires politiques (2).

      Tout porte à croire que l’Union Africaine et ses partenaires, tels que l’Union Européenne, les Nations Unies, l’Organisation internationale de la Francophonie, pourtant engagés dans la prévention des conflits, n’ont pas encore pris l’ampleur de ce phénomène, se contentant à l’annonce de chaque coup d’État ou tentative de coup d’État déjoué, de condamner sans s’attaquer aux causes sous-jacentes, notamment l’opposition muselée, le refus d’alternance, les élections truquées, le « tripatouillage » des Constitutions pour supprimer la clause de limitation des mandats à deux quinquennats ou pour léguer le pouvoir à qui on veut, le plus souvent au fils du président comme au Togo…

      Ce feuilleton sans fin de coups d’État et de tentatives de coups d’État appelle à une réflexion urgente sur le mécanisme d’accession au pouvoir en Afrique. Pour ce faire, tout comme le bannissement des coups d’État, les fraudes électorales, les missions internationales d’observation électorale dévoyées, les « tripatouillages » des Constitutions doivent être condamnés et sanctionnés.

      Quelle solution ?

      L’Union Africaine, par la déclaration d’Alger de 1999, condamne toute rupture de l’ordre constitutionnel résultant des coups d’État avec des sanctions automatiques contre les auteurs. Mais aucune mesure n’est prévue contre les dirigeants qui usent de manœuvres frauduleuses et du « tripatouillage » des Constitutions pour se maintenir durablement au pouvoir.

      Au risque de voir se proliférer dans les prochaines années, des coups d’État « libérateurs », pour changer de régime et favoriser l’alternance, les signes annonciateurs (bâillonnement de l’opposition, fraudes électorales, « tripatouillage » des Constitutions…) subsistant dans bon nombre de pays, il est impératif pour l’Union Africaine et ses partenaires de repenser la gestion du pouvoir politique dans les pays africains.

      Il convient de renforcer les capacités des acteurs politiques à animer une vie politique apaisée et démocratique en Afrique, ce qui implique l’exigence d’élections libres et transparentes pouvant conduire à des alternances démocratiques.

      A défaut d’élections libres et transparentes qui pourront permettre de voir se succéder aux affaires des hommes et des femmes plus inspirés et animés par l’exigence de résultats, proposant des idées nouvelles et performantes pour sortir résolument les populations de la misère, nous assisterons à la multiplication des coups d’État et des projets de coups d’État avec le « risque jurisprudentiel Bozizé-Guéi » (3), contre les dirigeants africains dont la mauvaise gouvernance et le refus de l’alternance cristallisent nombre de critiques.

      Loin de moi l’idée de défendre ou de justifier les coups d’État ou les projets de coups d’État, même ceux qualifiés de pro-démocratiques car ayant pour objectif de créer les conditions de l’essor de la démocratie. D’ailleurs quelle opposition dans beaucoup de pays sur le continent ne s’en prévaudrait pour souhaiter la même thérapie à son profit ?

      Le risque est grand que la résurgence des coups d’Etat persiste car l’Union Africaine pas plus que ses partenaires, malgré leur condamnation de toute prise de pouvoir par ce biais, ne sont pas en mesure de faire pression sur les dirigeants actuels des pays africains pour garantir des élections libres et transparentes aux populations africaines et un droit de l’opposition à une alternance démocratique, meilleurs antidotes contre les coups d’Etat en Afrique.

       

      (1) T.Y. WANG, « Arms Transfers and Coup d’Etat : A study on Sub-Saharian Africa », Journal of Peace Research, 1998, vol. 35, n° 6, p. 669.

      (2) I. SOUARE, Guerres et civiles et coups d’Etat en Afrique de l’Ouest : comprendre les causes et identifier des solutions possibles, Paris : L’Harmattan, 2007, p. 132.

      (3) Il s’agit des militaires qui prennent le pouvoir et qui, à la suite de la transition, décident de se présenter aux élections, contrairement au président Toumani Touré qui ne s’est pas présenté aux élections après avoir conduit la transition au Mali.

       

      Biographie sommaire

      Moustapha BENCHENANE, Les coups d’Etat en Afrique, Paris : Publisud, 1983.

      Edouard N. LUTTWAK, Coup d’Etat, mode d’emploi, Paris : Odile Jacob-Opus, 1996.

      Jean-Pierre PABANEL, Les coups d’Etat militaires en Afrique noire, Paris : L’Harmattan, 1984.

      Issaka SOUARE, Guerre civiles et coups d’Etat en Afrique de l’Ouest, Paris : L’Harmattan, 2007.

       

      Coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat en Afrique depuis 1999

      1999
      9 avril, Niger, coup d’Etat
      30 avril, Comores, coup d’Etat
      24 décembre, Cote d’Ivoire, coup d’Etat
       

      2001
      8 janvier, Cote d’Ivoire, tentative de coup d’Etat
      16 janvier, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat
      22-23 juillet, Burundi, tentative de coup d’Etat
      28 mai, Centrafrique, tentative de coup d’Etat
      19 décembre, Comores, tentative de coup d’Etat
      2-3 décembre, Guinée-Bissau, tentative de coup d’Etat
       

      2002
      19 septembre, Cote d’Ivoire, tentative de coup d’Etat
      5 août, Niger, tentative de coup d’Etat
      25 octobre, Centrafrique, tentative de coup d’Etat
       

      2003
      15 mars, Centrafrique, coup d’Etat
      7-8 juin, Mauritanie, tentative de coup d’Etat
      9 juin, Liberia, tentative de coup d’Etat
      16 juillet, Sao Tomé e Principe, tentative de coup d’Etat
      14 septembre, Guinée-Bissau, coup d’Etat
      Fin septembre, Burkina Faso, tentative de coup d’Etat
       

      2004
      Mars, Guinée-Equatoriale, tentative de coup d’Etat
      28 mars, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat
      11 juin, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat
      9 août, Mauritanie, tentative de coup d’Etat
      28 septembre, Mauritanie, tentative de coup d’Etat
       

      2005
      5 février, Togo, coup d’Etat
      3 août, Mauritanie, coup d’Etat
       

      2006
      22 mars, Gambie, tentative de coup d’Etat
      13 avril, Tchad, tentative de coup d’Etat
      Août, Burundi, tentative de coup d’Etat
       

      2007
      19 juillet, Liberia, tentative de coup d’Etat
       

      2008
      6 août, Mauritanie, coup d’Etat
      22 novembre, Guinée-Bissau, tentative de coup d’Etat
      23 décembre, Guinée, coup d’Etat
       


      • Marcel Chapoutier Marcel Chapoutier 31 décembre 2008 18:47

        Bon exposé plutôt complet, sauf pour ce qui est des circonstances et conditions de l’indépendance de 1958.

        Le 28 septembre 1958, les Guinéens votent « Non » à l’occasion du référendum sur le projet de Constitution proposé par le général Charles de Gaulle, pour l’établissement d’une Communauté franco-africaine (en fait une indépendance bidon, rien ne change par rapport à la colonisation, exploitation et pillage des ressources comme avant, à part bien sûr les apparences). Sékou Touré le futur 1er président déclare « Il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage » ce à quoi de Gaulle vexé (ces nègres quel culot !) avait répondu : « L’indépendance est à la disposition de la Guinée mais la France en tirera les "conséquences" »...

        Et effectivement il en a tiré les conséquences, tout les bâtiments administratifs ont été dynamités, les français sur le départ n’ont rien laissé debout, ils ont brulé tout les documents administratifs, les choses ont été très loin jusqu’à la volonté délibérée de détruire l’économie Guinéenne par la fabrication de fausse monnaie. Saint De Gaulle priez pour nous !


        • Schweitzer 1er janvier 2009 12:17

          «  Il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage »

          Ca, c’était envoyé ! Et pour une fois qu’un chef d’Etat tient ses promesses, on devrait lui élever une statue au palais de Manhattan à ce Sékou Touré... Question pauvreté, ils ont été servi les Guinéens !

          Mais l’histoire ne dit pas jusqu’à quel point ledit Touré a lui-même payé de sa personne, ni comment il se situait question richesse (personnelle).

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