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Enjeux stratégiques entre l’OTAN et la Chine

Le Corridor du Wakhan

Bordé au nord par le Tadjikistan, au sud par le Pakistan et à l’est par la Chine, le fin Corridor du Wakhan, une étroite bande de terre qui s’étire sur 350 kilomètres, est situé dans la chaîne du Pâmir dans la province du Badakhchan, au nord-est de la ligne Durand et frontalière à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP). Le Corridor du Wakhan fut créé en 1895, toujours durant la période du Grand Jeu, comme zone de tampon contre une agression potentielle de la Russie tsarique contre l’Inde britannique. 

la chaîne montagneuse du Pamir avec le sommet du Nowshak

Enneigées toute l’année, les chaînes de hautes montagnes du Pâmir et de l’Hindu Koush, avec ses sommets du Nowshak (ou Noshaq) culminant à 7492 mètres et du Tirich Mir à 7690 mètres traversée autrefois par un itinéraire de la mythique Route de la Soie, font partie de l’ensemble montagneux des Himalaya, le plus haut du monde, avec le massif Karakoram, comprennant le K2 culminant à 8611 mètres d’altitude, qui est situé à la frontière du Pakistan, de l’Inde et la Chine. Un très vaste ensemble qui chevauche huit pays et abrite plus de 140 millions de personnes. Barrant l’ascension à plus de 3000 mètres, l’étroite vallée du Nowshak abrite un des nombreux champ de mines anti-personnelles d’Afghanistan (plus d’un million de mines dans le pays) qui ont été placées en 2000 par l’Alliance du Nord, un vestige de la guerre civile entre les Taliban du mollah Omar et les Moudjahidins du commandant Massoud afin d’empêcher toute intrusion des Taliban depuis le Pakistan. Au fond de l’Hindu Koush, rien que l’entrée dans la vallée du Nowshak est protégée par une barrière de 640 mines antipersonnelles. Bien qu’il existe aujourd’hui un projet associatif de déminage parrainé par les Nations Unies, la vallée du Nowshak ne fait pas partie des priorités des démineurs officiels. Les priorités sont les zones urbaines, agricoles et les routes. 

le Corridor de Wakhan

Dans le cadre actuel du conflit afghan, le Corridor du Wakhan est placé sous la surveillance atlantiste de la Bundeswehr (armée allemande), en charge de la province du Badakhchan, qui y ont construit plusieurs ponts pour la logistique de la coalition ISAF mais n’étant pas adaptés au passage des poids lourds. Depuis la ville d’Ishkashim à l’entrée du Corridor du Wakhan, la dangereuse traversée se fait sur de périlleuses pistes le long des principaux cours d’eau que sont le Wakhan-Daria, le Pamir, le Piandj et le Murghab ou par des sentiers de montagne scabreux. En été, seuls les véhicules tout-terrain peuvent se frayer un chemin le long des rivières en crue. 

le Bam-e-Dunya

Malgré qu’il soit relativement épargné par les conflits, le Corridor du Wakhan n’en est pas moins une région isolée, très peu peuplée et aux conditions extrêmes où l’existence y est très difficile : l’hiver dure 8 mois, la température descend jusqu’à -40ºC, 1 enfant sur 2 meurt à la naissance et l’espérance de vie ne dépasse pas 40 ans. Le Corridor du Wakhan abrite deux ethnies qui y cohabitent en harmonie. Les Wakhis, environ 10.000 en Afghanistan (40.000 dans les vallées des alentours au Tadjikistan, au Pakistan et en Chine), vivent entre 2.000 et 3.000 mètres d’altitude, tandis que les Kirghizes, environ 1.200, habitent plus haut et plus loin, leurs campements sont situés entre 4.000 et 4.500 mètres, dans le Pâmir Afghan qu’on appelle aussi « Bam-e-Dunya » ou le « Toit du Monde ». Les Kirghizes ne cultivent pas la terre, impossible au-delà de 4.000 mètres, et vivent grâce à leur bétail. Peuple nomade, ils vivent en yourtes et se déplacent jusqu’à quatre fois par an en fonction des pâturages et de la météo. Pour compléter leur alimentation, les Kirghizes ont recours au troc avec les marchands ambulants et leurs voisins wakhis. Régulièrement, à l’approche de l’hiver, toutes les tribus kirghizes se réunissent et décident de lancer une grande caravane pour aller se ravitailler en denrées vitales : sucre, sel, médicaments et – Afghanistan oblige – en opium. L’électricité, l’eau courante et les télécommunications sont totalement inexistantes. 

Le passage stratégique du Corridor du Wakhan a attiré l’attention de l’OTAN, recherchant de nouveaux passages logistiques pour approvisionner la coalition ISAF dans le but de contourner le Pakistan et ne plus dépendre, au nord, de la terrible route M41 du Tadjikistan qui longe la frontière avec la Chine. La route M41 est la route de tous les trafics, dangereuse et porose, elle avait déjà une sinistre réputation à l’époque soviétique que ni le KGB ni les douanes n’étaient parvenus à contrôler. Après l’effondrement du bloc communiste, la situation s’est encore considérablement dégradée. La partie orientale du Kazakhstan est devenue un véritable cimetière d’armes nucléaires périmées mais dont la matière fissile pouvait encore être reconcentrée à des coûts minimes. Il s’en est écoulé des quantités incalculables dans de nombreuses directions et dans des conditions de transport qui ont souvent coûté la vie aux passeurs. Des douaniers modestement payés 60 euros par mois, la guerre civile qui a fait rage pendant des années entre le mollah Omar et le commandant Massoud sans parler du nouveau conflit afghan, des montagnes de plus de 4.000 mètres où seuls des locaux expérimentés savent circuler, toutes ces conditions ne peuvent que faciliter la libre circulation des personnes et de toutes sortes de marchandises imaginables sur la route M41. Tout au long de la parcelle de route entre le lac Kara et le Pont de l’Amitié, les milliers de mines qui ont été posées n’ont aucunement ralenti les différents commerces d’armes, de drogues, de nourriture et de vêtements.

Et ne plus dépendre non plus, à l’est et à travers les régions tribales du Pachtounistan, de la fameuse Passe de Khyber ou Défilé de Khaïber (district pakistanais du FATA), culminant à 1.072 mètres d’altitude à la ville contrebandière de Landi Kotal. La Passe de Khyber se trouve sur la grande route Peshawar-Jalâlâbâd-Kaboul qui est déjà surchargée dans ses deux voies principales sinueuses, l’une par le trafic motorisé et l’autre par le passage des caravanes traditionnelles. Route d’invasions historiques depuis plus d’une centaine de générations et porte communicante entre le Moyen-Orient en feu et le sous-continent indien en chaleurs depuis Alexandre le Grand à la poursuite de l’assassin de Darius III en 330 avant Jésus-Christ (pbsl) ainsi que les Perses, les Mongols et les Tartares qui l’ont également franchie pour répandre l’Islam en Inde, la Passe de Khyber, longue de 58 kilomètres entre le fort de Jamrud au Pakistan et la ville marchande afghane de Tokham (pile sur la ligne Durand), comporte 34 tunnels et 92 ponts dont son point le plus étroit ne fait que 15,85 mètres de large jusqu’à s’élargir parfois à 1.600 mètres. Dans le contexte de ses investissements dans les mines de cuivre de la vallée d’Aynak, près de Kaboul, le Corridor du Wakhan intéresse également la Chine ayant besoin de voies routières sûres et adaptées au passage de poids lourds reliant la ville d’Ishkashim à sa préfecture de Kashgar dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (appelé aussi le Turkestan oriental ou République islamique du Turkestan oriental). Comme les Britanniques l’ont fait jadis en construisant les ponts et excavant la roche des tunnels de la Passe de Khyber, l’exploitation du Corridor du Wakhan comme voie logistique nécessiterait de longs et coûteux travaux pour permettre le passage de véhicules lourds dans des conditions correctes mais pour le moment, c’est surtout la sécurisation frontalière qui préoccupe la Chine. Des opérations de sécurité qui se poursuivent après les événements violents de juillet 2009 à Urumqi entre les Hans, chinois de souche, et les Ouïghours, musulmans turcophones, qui ont fait, selon Pékin, 197 morts et plus d’un millier de blessés [5]. 

Actuellement, l’unique passage direct entre l’Afghanistan et la Chine se fait par la Passe de Wakhjir qui culmine à 4923 mètres d’altitude, à l’extrémité orientale du Corridor du Wakhan, mais qui est hélas dépourvue de route pratiquable. Après la traversé de la frontière, une piste sommaire permet de rallier, à plus de 80km, la première route majeure de Chine, l’autoroute Karakoram N35/G314.

 


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3 réactions à cet article    


  • ASINUS 25 février 2010 10:13

    un cour magistral ,mais compréhensible que demander de plus...... ?


    ENCORE !

     

     

    asinus


    • charlesmarc 25 février 2010 10:37

      Je ne peux que répéter, merci pour cet article pédagogique et passionant.

      En vous lisant, je ne peux que voir la difficulté de notre présence ’atlantiste’ dans ce pays : une génération qui n’a connu que la guerre, des occidentaux dont la présence coûte plus de 100 fois le salaire mensuel local (voir http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2010/02/afghanistan-lenvoi-de-renforts-aurait-co%C3%BBt%C3%A9-plus-de-150-millions-deuros.html) ... beaucoup de questions ...

      Au plaisir de vous lire encore !


      • Bobby Bobby 25 février 2010 13:43

        Merci bien pour cet instructif article !

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