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Accueil du site > Actualités > International > Et si la guerre avait déjà commencé ?

Et si la guerre avait déjà commencé ?

Pour qu'une guerre ait lieu, il faut qu'il y ait deux camps opposés. Il faut également des tiers impliqués, des combats, des victimes, et deux idéologies qui s'affrontent.

Depuis le 11 septembre 2001, tous ces éléments sont réunis, et l'invasion de l'Afghanistan puis de l'Irak se trouvent être “de facto” le début de l'invasion du « Monde Arabe », invasion qui n'a jamais cessé depuis. Si vous regardez les cartes du Maghreb et du Moyen-Orient d'aujourd'hui, vous constaterez par vous-même que tout gravite autour d'un seul et même point central, Israël. Il n'est pas anodin qu'au moment même où le capitalisme se retourne, où les Palestiniens obtiennent le soutien de nombreux Etats émergents (émergés ?) et où les pouvoirs de l'Europe et des Etats-Unis déclinent avec la crise, des révolutions éclatent tout autour de ce point central, et permettent à ces pays (UE et EU) qui n'ont plus les moyens de leurs ambitions (le pouvoir et l'argent) de reconquérir ceux-ci au moyen de la guerre, la force pure, la seule possibilité qu'il leur reste.

Car Peu à peu les choses s'éclaircissent, et les camps se forment : parallèlement à la mobilisation grandissante des peuples oppressés par leurs gouvernants se mettent en place les rouages d'une grosse machinerie qui nous conduit peu à peu vers une confrontation majeure, avec le monde Arabe. Cette confrontation est sans doute le seul moyen qu'ont trouvé nos gouvernants (bien peu imaginatifs somme toute) pour faire repartir une économie en panne et conserver leur pouvoir sur des milliards d'êtres humains. Que cette confrontation soit le fruit d'un préparation minutieuse ou d'un enchainement malheureux importe finalement peu car la situation est déjà bien engagée. il suffit pour s'en convaincre de regarder les faits, car ils expliquent d'eux-mêmes pourquoi le monde arabe est la cible choisie : c'est le bloc économique le plus faible du grand échiquier géostratégique.
Face à ce grand « Monopoly » qui se joue loin des caméras et aux ambitions chinoises qui achètent des terres partout, face aux ambitions de l'Amérique latine dont les ressources sont gigantesques ou celles de la Russie qui veut encore elle aussi jouer son coup, les Etats-Unis et l'Europe n'ont d'autre choix que de se soumettre ou de se défendre… en attaquant plus faible qu'eux. Protégés jusqu'à ce jour par leurs ressources et leurs régimes politiques, protégés jusqu'à ce jour par la corruption et les subsides européens et étasuniens, le Maghreb et le Moyen-Orient sont le seul “ennemi” encore à la portée des Etats-Unis et de l'Europe : une bonne petite guerre officiellement déclarée ne nuirait sans doute pas à leurs affaires.

L'islamophobie grandissante à l'intérieur de ces deux imposants candidats est le vecteur « psychologique » choisi pour distinguer les « gentils » des « méchants ». Ajoutez à cela la crise économique qui a permis la révolte des peuples oppressés là-bas avec l'aide de l'Europe et des Etats-Unis, révoltes dont ces mêmes Etats veulent aujourd'hui profiter pour se poser en défenseurs de la démocratie, et vous aurez tous les ingrédients pour fabriquer une grosse bombe dont l'étincelle s'enflammerait… à Jérusalem ?.

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, et alors que la crise touchait durement les économies les plus fragiles, la Tunisie, l'Egypte, la Syrie, la Lybie étaient des alliés proches des gouvernements européens (ce qui devrait nous interroger sur l'acuité de ces derniers en matière de politique étrangère ?). Les dictateurs étaient de très bons hôtes, et personne n'y trouvait rien à redire. Nous leur vendions des armes, y installions nos usines, et y faisions commerce constructif.
C'est que les entreprises européennes y étaient très bien traitées, et les dictatures copieusement arrosées par nos soins. Mais avec la crise et le ralentissement de l'économie mondiale, ce sont comme toujours “les sous-traitants” qui trinquent en premier : les « colonies financières » dont les dirigeants sont des pantins déguisés en vice-rois, ont du rogner encore un peu plus sur les droits et salaires déjà limites de leurs populations, entrainant ainsi “émeutes de la faim” et révoltes violentes.

Ces mouvements de contestation auraient très bien pu être réprimés dans le sang sans n'intéresser personne, si internet et le formidable appétit de liberté de ses utilisateurs n'avaient pas étalé au grand jour les massacres perpétrés par les désormais dictateurs.

Après avoir proposé leur aide à ces dictateurs « amis », ils on voulu faire mine de ne pas comprendre, mais après les nombreuses “bourdes” ( ou scandales si vous préférez) fortement médiatisées (qui ont peut-être au passage empêché de plus grands massacres avec l'envoi des forces de “sécurisation”), les gouvernants européens ont décidé de “soutenir” les partisans de la révolution. Mais pas n'importe comment : en soutenant les manifestants, les gouvernements réclameront bien sûr des compensations : les millions d'euros dépensés pour la “reconstruction”, pour les interventions de “sécurisation” ou de “protection des civils” ne seront certainement pas versés en vain. D'une manière ou d'une autre, ils seront récupérés.

Et puis pourquoi ne pas profiter de ces évènements pour aller plus loin ? Partant du principe que les dictateurs sont à mettre dehors, alors pourquoi ne pas aider “tous” leurs peuples à se libérer ? Ce serait là l'aboutissement du très fumeux concept de “guerre préventive” : en s'accordant sur le fait que tous les dirigeants arabes sont susceptibles de massacrer leurs populations si elles se révoltent, alors pourquoi ne pas les faire « dégager » dès maintenant ?

Car en protégeant ainsi les révolutionnaires, les Etats-Unis et l'Europe s'accordent un futur droit de regard sur l'installation des nouveaux dirigeants. Et cela même si les révolutions sont justes et légitimes, et partent d'une véritable prise de conscience démocratique de la part des peuples opprimés : elles sont organisées et développées par des Etats qui ne mènent en réalité rien d'autre qu'une guerre d'invasion du Monde Arabe, en attendant la déclaration de guerre officielle.

Si on rapproche maintenant cette situation du problème israélo-palestinien, on voit bien à quel point la nouvelle politique des Palestiniens pousse les Etats-Unis et leurs alliés à des prises de position radicales : l'aveu public d'un soutien sans faille à Israël face aux revendications indépendantistes des Palestiniens à l'ONU signifierait pour le Monde Arabe une déclaration d'hostilité considérée comme injustifiée, et même injuste. De quoi mettre le feu aux poudres.
La guerre a donc sans doute déjà commencé, mais comme nous sommes les envahisseurs, nous n'en subissons pas encore les effets. Mais les pays envahis le savent eux, il n'y a qu'à regarder les effets des “libérations” Irakienne ou Afghane : Des malformations anormalement élevées chez les enfants nés après la “libération”, en Afrique des maladies liées aux récoltes de minerais dans des conditions quasi esclavagistes…

La guerre a commencé, et personne ne veut encore nous la montrer : on se bat en sous-main pour la direction du FMI, on achète le maximum de terres en Afrique ou ailleurs, on se bat pour l'eau et le pétrole, on envahit peu à peu tous les espaces possibles pour préparer à la “grande confrontation ultime”, celle que tous attendent en la redoutant, celle qu'ils préparent pour l'éviter tout en la provoquant.

En accueillant pas les immigrés qu'on dit par ailleurs défendre, en stigmatisant les Arabes et tous les Musulmans depuis le 11 septembre, tous les pays du monde se sont engagés dans une guerre qui ne dit pas son nom. Les nouvelles technologies de l'information sont en passe de devenir un enjeu majeur pour la liberté, et la vérité. Seuls relais des horreurs réelles et véritables d'une guerre qui a déjà fait des dizaines de milliers de victimes, internet et ses réseaux ne doivent pas tomber sous le contrôle des futurs tyrans. Une fois transformés en « télécrans », nous deviendrons alors incapables de distinguer le vrai du faux : la guerre continuelle tant redoutée par Orwell sera alors possible.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr


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20 réactions à cet article    


  • Digger 14 juin 2011 14:07

    D’accord avec le début de votre commentaire mais la fin est d’un rare cynisme pour dire le mieux.

    Par ailleurs les Celtes ne vivaient pas qu’en Gaule mais également en Italie au contact des Romains avec lesquels ils eurent toujours des échanges. C’était une civilisation technologiquement très avancée qui inventa la cotte de maille et le tonneau. Les chars de guerre celtes étaient déjà équipés de roues alors que les Romains n’étaient encore qu’un petit peuple de paysans.


  • Kalki Kalki 14 juin 2011 18:16

    Hé ho les petits lecheurs idiots et auto suicidaire : il y a pas d’avenir

    et la guerre : elle est entre les superrches et tous les autres

    petits cons de « droite » tu va y passer également


  • Digger 14 juin 2011 14:11

    Je me disais aussi qu’il y avait comme une incohérence dans le propos. excusez.


  • Kalki Kalki 14 juin 2011 18:18

    resalut suceur : est ce que tu connais les 220 dernière année de lutte sociale impitoyable et surtout vois tu comment cela se termine dans un monde sans travail ?


  • caramico 14 juin 2011 11:21

    Je suis étonné par la passivité (complicité ?) des Chinois et des Russes.


    • Hermes Hermes 14 juin 2011 12:58

      Pasivité ? Il se passe d’autres choses dans d’autres parties du monde. Et le retrait annoncé d’afghanistan dessine peut-être un nouveau partage du monde entre les blocs.


    • Bovinus Bovinus 14 juin 2011 16:27

      Hermès :
      Pasivité ? Il se passe d’autres choses dans d’autres parties du monde. Et le retrait annoncé d’afghanistan dessine peut-être un nouveau partage du monde entre les blocs.

      Il se passe même beaucoup de choses dans d’autres parties du monde. Il suffit de voir l’intense activité diplomatique en Eurasie ces derniers temps. Pendant qu’on s’acharne sur Khadafi et Assad, Hamid Karzaï en est à son troisième entretien officiel avec Medvedev de l’année, le Pakistan se met sous protection chinoise, dans quinze jours, l’union douanière Russie - Kazakhstan - Biélorussie entre en vigueur, de nouveaux armements chinois et russes deviennent opérationnels, des alliances se forment et des traités se signent et se raffermissent. Rien que du côté de la Russie, il commence à y en avoir quelques-uns : CEI (avec, à présent, une clause de défense mutuelle), Communauté Économique Eurasienne, OTSC. L’URSS est en train d’être reconstituée, sous d’autres noms et une forme différente, l’idéologie en moins, mais toujours avec le même objectif : perpétuer l’empire des tsars, l’étendre si possible. Et ce coup-ci, on ne peut même plus dire qu’il s’agit d’ « impérialisme » russe, puisque il n’y a pas eu de menace ou d’usage de la force. Poutine s’est servi de l’outil économique et surtout, énergétique, pour ramener les brebis égarées dans l’orbite de Moscou.

      Enfin, l’Organisation de Coopération de Shanghaï regroupe la plupart des ex-républiques soviétiques, la Russie, et surtout, la Chine. L’Iran et l’Afghanistan (!) seraient des candidats « pressentis ». Pour la Russie, l’objectif prioritaire est surtout la « récupération » de l’Ukraine, par l’intégration de celle-ci au sein de toutes ces structures économiques, politiques et militaires. Elle y parviendra forcément, la question est simplement de savoir quand et à quel prix.

      En réalité, la « guerre » contre le monde arabe n’est qu’une pantomime de ce qui avait foiré en Asie centrale au milieu des années 2000-2010 (vague de révolutions « colorées », arrivée de pouvoirs pro-occidentaux, arrivée de troupes occidentales). Les USA ont tenté d’y prendre pied dès la fin de l’URSS, mais ont finalement été virés grâce à une politique russo-chinoise déterminée et efficace. Ils sont en train d’y solder leurs positions, et se redirigent vers un autre théâtre d’opérations, qui est logiquement le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette zone est en train de devenir le lieu du prochain round de la confrontation globale Occident - Eurasie. Difficile de dire comment cela va se terminer, mais probablement très mal. Ce qui est inquiétant, c’est surtout que dans l’inconscient local, ce sont nous qui y avons le rôle du « méchant ». À force de trop abuser de la propagande pro-démocratique, nous avons totalement dilapidé son potentiel séducteur (y compris chez nous), si bien que plus personne n’y croit plus, si ce n’est quelques imbéciles ou quelques larbins payés pour faire semblant d’y croire.

      En adoptant une attitude arrogante et néo-colonialiste au Moyen-Orient, en faisant le choix de la confrontation avec l’Eurasie (élargissement perpétuel de l’OTAN, ridicule bouclier anti-missile...), l’Occident est en train de creuser sa propre tombe. En nous faisant complices de cette politique prédatrice et suicidaire, en négligeant de s’y intéresser et de protester bruyamment, nous nous faisons complices de notre propre enterrement. Nous ne sommes plus les plus riches, nous ne sommes plus les plus forts et notre avance technologique est de plus en plus précaire. Nos interventions militaristes des 20 dernières années, de l’Irak à la Libye, en n’oubliant pas le démembrement de la Yougoslavie, ont, de plus, sérieusement compromis la légitimité de l’ONU, devenu une sorte de chambre d’enregistrement de la politique étrangère occidentale.

      Quand le dollar et l’euro finiront par s’effondrer pour de bon (ce qui ne devrait pas trop tarder à se produire), on aura l’air très con. L’Eurasie va-t-elle nous faire crédit ? Le groupe BRICS va-t-il renflouer nos banques ? Rien n’est moins sûr.


    • Ariane Walter Ariane Walter 14 juin 2011 14:54

      Super article Caleb. Rien à jeter en effet. Et je pense que laisser le japon se dépatouiller dans un malheur qui l’anéantira est aussi une autre campagne. Il suffit de laisser faire et surtout de ne toucher à rien. Qu’ils grillent !
      Jamais les dominations, les menaces, les mensonges n’ont été aussi terribles.
      Nous connaissons cela.
      Quel rôle pouvons-nous, devons-nous jouer ?


      • Ariane Walter Ariane Walter 14 juin 2011 16:30

        Kerjean,
        Où est le rv ????


      • kéké02360 14 juin 2011 18:06

        Les baleines préfèrent sans doute l’irradiation au harpon !!!!!! smiley


      • calimero 14 juin 2011 15:00

        L’axe stratégique parait clair : neutraliser la Lybie, puis nettoyer la Syrie et écraser l’Iran. Mettre la Lybie sous coupe réglée verouillera durablement l’Afrique dans les circuits financiers internationaux, sous contrôle de leurs instruments de prédation habituels : FMI, Banque Mondiale et compagnie. Fini les véléités d’indépendance, les projets de fonds monétaire et de banque centrale africaine. On entendra plus parler de système monétaire indépendant dans ce coin du monde.

        Sur l’échiquier on a les impérialistes - comment les appeller autrement ? - contre les insoumis, ceux qui refusent l’inféodation à l’empire, représenté sur le terrain par l’Otan. Dans les tribunes des observateurs : les Brics principalement.

        Comment tout cela va t’il tourrner ? Option : l’Otan gagne en tuant Kadhafi, Africom s’installe à Tripoli et on lance l’offensive sur la Syrie après une petite préparation d’artillerie médiatique. Les Etats unis téléguident une petite guerre Colombie - Vénézuela au passage pour nettoyer de l’autre coté. Rendu à ce point est ce que la Russie va continuer à se la fermer pour la Syrie ? Pas sûr, c’est un de leur alliés historiques. Est ce que les chinois ne diront rien si on attaque l’Iran ? Ils y ont des intérêts, et quelques moyens pour les défendre.
        Ou alors les lybiens résistent et on s’installe dans un bourbier à l’afghane. Je doute que les américains et leur amis repartent ou soient rejetés à la mer s’ils débarquent. En tout cas cette guerre est importante pour la suite des évènements géostratégiques à l’échelle mondiale. Un nouveau Vietnam changerait bien des choses.


        • Ariane Walter Ariane Walter 14 juin 2011 16:29

          je me demande si la Russie et la Chine ne sont pas de grosses nouilles déjà bouffées par les Américains. Les brics ont une économie boustée par les entreprises américaines. Les termites sont en place.
          oui, observer, c’est ce qu’ils peuvent faire. En pensant qu’ils sont des observateurs et non des clients !


        • Bovinus Bovinus 14 juin 2011 19:04

          @ Ariane Walter

          S’agiter, vociférer, balancer des bombes partout n’est pas forcément synonyme d’efficacité. Ce serait même plutôt le signe le plus sûr de notre impuissance.

          Concernant la Chine, sa situation est grosso-modo celle-ci : elle a besoin d’un marché (de débouchés commerciaux, si vous préférez) et de ressources. L’Occident est ce marché, quant aux ressources, c’est compliqué, et elle est forcée d’aller les chercher un peu partout : Russie, Asie Centrale (c’est à dire, Russie), Iran, Afrique, Moyen-Orient. De plus, la Chine est détentrice d’un stock de dollars et d’obligations du Trésor US énorme, ce qui en soi, ne représente que dalle. Si elle les lâche sur le marché, elle achève le dollar, qui est déjà en phase terminale sans cela, mais si elle les garde, ce pouvoir d’achat sera s’épuise rapidement, du fait de la plongée du dollar. Pour cette raison, la Chine essaye d’acheter toutes sortes d’actifs tant qu’elle le peut : or, capital industriel, concessions d’hydrocarbures, matériel de défense, etc. Son objectif majeur est surtout de parvenir à se garantir des sources d’approvisionnement fiables, et de réorienter sa production vers son marché intérieur, que l’Occident essaye désespérément de conquérir. Elle est loin d’avoir la force de frappe de son voisin russe, mais convoite ses ressources ; cela, et l’attitude agressive de l’Occident ces dernières années, ont produit ce qui devait logiquement finir par se produire un jour ou l’autre : le rapprochement russo-chinois, qui pourrait bien éventuellement intéresser également l’Inde, éternellement en quête d’indépendance. Ou, du moins, la dissuader d’adopter une attitude hostile. Sa position, coincée entre la Chine, la Russie, l’Iran et le Pakistan n’est pas des plus confortables ; l’Occident pourrait chercher à en faire une tête de pont dans la région, ou s’en servir à des fins de déstabilisation, mais il est peu probable que l’inde y consente.

          La situation de la Russie est différente. Ses atouts principaux sont sa puissance militaire et technologique, sa richesse en ressources et en énergie, une diplomatie assez efficace et un très haut degré d’autonomie. Boudée par l’Occident jusqu’à une période assez récente, dotée d’une industrie peu adaptée à l’exportation, même si ça commence à venir, elle jouit d’une indépendance et d’une autonomie extrêmement élevées, y compris sur le plan alimentaire : en déficit chronique depuis la révolution de 1917, l’industrie agro-alimentaire russe est redevenue excédentaire il y a 5 ou 6 ans seulement. Elle est même à présent 3e exportatrice mondiale de blé. À la différence des économies « globalisées » de consommation, l’économie russe a toujours misé sur les fondamentaux : agro-alimentaire, industrie lourde, militaire, espace, aéronautique. Cela pourrait bien s’avérer payant dans le monde « déglobalisé » qui semble se profiler à l’horizon. De par sa position économique, sa diplomatie persévérante, et son aptitude à préférer le dialogue à la violence (à moins qu’on ne l’y oblige, comme ce fut le cas avec la Géorgie et auparavant, la Tchétchénie), elle est devenue un interlocuteur très apprécié par des tas de pays : Asie Centrale, Chine, Inde, Iran, Moyen-Orient en général, Amérique Latine. Il n’y a qu’en Afrique où elle n’est guère présente, mais même là, elle peut trouver des oreilles attentives (Algérie, Afrique du Sud et... Lybie).

          La question de savoir ce que la Chine ou la Russie peuvent « faire » pour la Libye est en fait sans intérêt : le mieux à faire est de ne rien faire du tout, en tout cas, sur le plan militaire. Ce serait donner le bâton pour se faire taper dessus. En fait, en s’impliquant sur un plan strictement diplomatique, la Russie agit assez intelligemment : il lui faut profiter de l’occasion pour discréditer l’OTAN autant que possible, et en profiter pour avancer ses pions en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Afghanistan, dans le Caucase et en Ukraine, voire, peut-être, au Liban. N’oublions pas qu’il y a deux ou trois semaines, les factions rivales palestiniennes (Hamas, Fatah et deux autres, minoritaires) se sont officiellement réconciliées grâce à l’intercession de l’Égypte. Et quelques jours après, les représentants palestiniens étaient en visite officielle à... Moscou. Que sont-ils allés y faire ? On devrait le savoir assez vite : une demande de reconnaissance de l’État palestinien est en train d’être déposée à l’ONU et sera votée en septembre. C’est un événement géopolitique majeur, et un immense espoir pour le peuple palestinien.

          Quelques jours après ladite visite, Obama déclarait qu’il était favorable à une reconnaissance de l’État palestinien dans les frontières de 1967, pour tenter de sauver le peu de crédibilité qu’il lui reste. Si la Libye tient bon d’ici septembre, quel effet pensez-vous que va avoir l’éternel veto américain sur le monde arabe ? Vous l’avez compris : celui d’une bombe atomique. L’Occident est coincé : il va tenter à tout prix de faire tomber la Libye (d’ailleurs, il n’est pas dit qu’elle va cesser le combat après une éventuelle élimination de Khadafi), et de légitimer une éventuelle implication militaire en Syrie. De son côté, la Russie n’a qu’a guetter les erreurs, les incohérences et les mensonges occidentaux et de lancer une offensive diplomatique d’envergure au bon moment, en se faisant le porte-parole du monde arabe, de l’Eurasie et des non-alignés. L’Occident, de son côté, pourrait bien perdre beaucoup d’appuis et sera acculé : soit il acquiesce à tout ce que le Kremlin exigera, soit il continue de faire la sourde oreille et s’obstine sur la voie de l’escalade. Le monde entier verra alors qui nous sommes réellement : des pillards, des assassins et des menteurs. Cela risque de ne pas plaire... Profitons bien de l’été, car la rentrée risque d’être très mouvementée.


        • kéké02360 14 juin 2011 18:59

          Et si nous étions déjà engagés à l’insu de notre plein gré dans plusieurs guerres ........

          comme celles ci :

          http://www.blauen-institut.ch/pg_blu/pg/pg11/a_gf.html puis cliquez sur : gentech-news


          • easy easy 14 juin 2011 20:10

            Si par guerre vous entendez ce qui se passe depuis toujours de manière sourde ou froide, ça n’a pas commencé puisque ça remonte à la nuit des temps.
            Ca fait des siècles qu’il ne se passe pas une journée sans que la France ou l’Angleterre ne forcent quelqu’un quelque part.

            Si vous dites que cette guerre pourrait maintenant passer plus formelle à la manière de la guerre du Golfe, je n’y crois pas.

            Il est possible d’inventer de l’argent mais pas les matériaux nécessaires à une guerre plus ouverte et plus généralisée.

            Les Romains avaient besoin par exemple de bois. Nous, nous avons désormais besoin par exemple de tungstène. Sans lui, pas de possibilité de fabriquer des métaux supportant les hautes températures et même un bête canon, si l’on désire qu’il tire et retire aussitôt, doit comporter du tungstène.

            Sur les 26 000 T de production mondiale de tungstène, la Chine en produit 20 000, la Russie 3000, l’Autriche 1200, le Portugal 700, les autres que dalle.

            D’autres minerais peuvent remplacer le tungstène dans les applications militaires
            le molybdène mais la France n’en produit pas. Idem pour le chrome, le cobalt, le vanadium. Il n’y a que pour le nickel que nous avons des ressources propres, mais aux antipodes.

            En résumé, sous notre hexagone, il n’y a rien qui permette de faire une guerre d’ampleur.



            Laissons là les considérations techniques.

            A notre époque, le machin a pris énormément d’importance. Le machin n’est plus seulement l’ONU ni le WTO qui sont la face officielle du mondialisme. Le machin d’aujourd’hui est diffus et présent sous mille et une formes dont les ONG, le commerce équitable, Wikileaks, le Net et les manifestations.
            Il y a 12 ans, quand l’OMC-WTO avait voulu se tenir à Seattle, des milliers de manifestants n’ayant pourtant pas du tout l’allure de Somaliens affamés, avaient foutu le boxon avec la visée de protéger les faibles du Monde de cette organisation bien trop libérale. C’était la première bataille où les manifestants s’étaient organisés avec le Net.

            A moins d’en être à crever la gueule ouverte par manque de ressources naturelles qui existent en zone arabe, les Occidentaux ne seront jamais unanimes pour coloniser cette zone de façon franche. Seul le néocolonialisme hypocrite tel qu’il est pratiquée depuis la fin du colonialisme nous est supportable. 


            Plutôt qu’une sorte de guerre du Golfe de plus grande ampleur, nous irions plutôt à des opérations ponctuelles.

            Depuis 30 ans, il s’est formé une situation assez singulière en Somalie. Ce pays autrefois très doux et attirant sous la férule d’un dictateur, est devenu corrompu puis un véritable bordel et n’est maintenant plus qu’une ruine.
            De cet endroit où des bandits font la loi, il émerge une piraterie qui pèse lourd sur nos budgets de protection des navires marchands.

            Or en plus d’être suezement bien placé, ce pays regorge d’uranimum, de bauxite, de fer et de cuivre.
             
            Et cela pendant que ce pays ne constitue le temple ou la Mecque d’aucune obédience.
            On n’y trouve que des pirates et une population musulmane qui n’en peut plus. La Somalie n’est pas symbolique, bien moins que le Tibet ; le Vietnam, Cuba ou Israël

            Les Ricains s’y étaient cassés les becs de leur noirs faucons contre les bandits. Mais l’armée éthiopienne a très bien réussi à les chasser un temps de Mogadiscio. Alors si l’on proposait de mettre le paquet pour redresser ce plat pays de 10 millions d’habitants (sans grottes ni ravins) pratiquant certes un néotribalisme de pirates mais dont une partie de la population est convaincue par la démocratie, je ne vois pas quel machin trouverait l’idée scandaleuse étant donné le délabrement total actuel. Et si les machins sont d’accord, l’opération réussira et tout le monde y gagnerait.


            Le mainstream mondial n’accepte d’interventions militaires que dans les pays en chaos, pas dans ceux qui sont en état de marche (ce qui revient souvent mais pas toujours au principe bushien de Global War On Terrorism, car un pays en chaos n’est pas forcément lit de terrorisme).

            Et exception faite de la troisième guerre du Golfe, 2003, où le monde s’est laissé enfumer par Blair Bush après la sidération provoquée par le WTC.

            Car en ce qui concerne la seconde guerre du Golfe, Saddam avait attaqué un Koweit en ordre de marche, y avait fait pour 20 milliards de dollars de dégâts et avait plutôt semblé fabriquer du chaos. Sur ce coup là, le Monde n’avait donc pas trouvé choquant qu’on aille lui mettre la fessée.

            C’est ce qui fait que le mainstream international ne proteste ni contre notre intervention en Libye, ni contre celle en Côte d’Ivoire. Au-delà de son acceptation du début d’intervention, l’opinion internationale attend de voir ce qu’il en résulte pour énoncer ses conclusions. Et pour l’instant, selon les diverses opérations menées au MO depuis 20 ans, les conclusions vont plutôt à la déception. 
             


            • Quitterie Turlac-Roth 14 juin 2011 23:05

              Comme disait le Professeur Choron : en France on ne produit pas de tungstène mais on a AgoraVox qui produit des idées.


            • pierrot123 14 juin 2011 21:25

              @ Bovinus :
              Analyse très lucide de la situation.
              Je souscris sans réserve à cette « vue panoramique » des enjeux internationaux en cours.

              Un site (mondialisation.ca) donne aussi la piste d’un « montage » des USA en vue de provoquer un affrontement Inde/Chine (éventuellement nucléaire), à propos de la question Pakistanaise.
              Ne pas oublier que le Pakistan donne à la Chine un très précieux accès à l’ultra-stratégique Détroit d’Ormuz...
              Il n’y a qu’à se reporter aux déclarations chinoises (17 Mai dernier) en forme de mise en garde solennelle envers quiconque, usa inclus, voudrait s’en prendre au Pakistan.
              (et même, on a parlé d’ultimatum, affront que les Usa n’ont pas connu depuis 1962...)

              Après quoi, la Russie, isolée, ne pèserait plus très lourd, et ce serait reparti comme en 14 pour un tour de domination US...

              J’avoue que je ne sais plus trop ce qu’il convient de souhaiter dans l’indescriptible qui s’annonce, qui se forge jour après jour, sous nos yeux effarés...


              • Bovinus Bovinus 14 juin 2011 23:24

                Merci pour les compliments, ça fait toujours plaisir de voir qu’il y en a qui savent déchiffrer l’actu au delà de l’affaire DSK...

                Je suis lecteur régulier et assidu de mondialisation.ca (ainsi que globalresearch.ca , qui est la même chose en anglais, donc plus documenté). J’ai lu le papier sur une éventuelle confrontation Inde / Chine fomentée depuis Washington. C’est une piste évidemment intéressante pour les US, mais les chances de succès sont faibles, à mon humble avis.

                Le truc est que la Russie et la Chine ont besoin l’une de l’autre, autant sur le plan économique que stratégique et militaire. Le Pakistan irrite l’Inde, mais les Russes n’ont rien contre le Pakistan, ni d’ailleurs, contre l’Inde (excellent client et partenaire stratégique). En fait, à part les éternels Londres, Tokyo, Varsovie et Washington, la Russie n’a plus d’ennemis. Elle fera tout pour empêcher que ça ne dégénère, et l’Inde ne prendra pas le risque que cela dégénère, car elle est totalement à la merci des quelques 2000 missiles nucléaires que peut aligner Moscou, qui a d’excellentes relations avec Beijing. À titre de comparaison, les US en ont le double au moins (notamment parce qu’ils ne respectent pas leurs obligations de désarmement et qu’ils sont paranos), et la Chine, quelque chose comme 60-70. Ça donne une idée des ordres de grandeur.

                Toute la stratégie américaine depuis Reagan contre l’URSS et la Russie reposait justement sur l’idée de l’encerclement et de l’isolement, avant de passer au dépeçage. Les deux premières phases du plan avaient pas trop mal marché, mais un sursaut s’est produit au cours de la troisième phase, et tout ou presque est à recommencer : a présent, la Russie a reconstitué la plus grande partie des alliances centre-asiatiques perdues, s’est trouvé des tas d’amis, a recommencé à produire du matos de guerre (et à l’exporter). C’est l’Occident qui paraîtrait presque isolé, maintenant.

                Ce qui est ironique dans l’histoire, c’est que contrairement aux Russes, les Occidentaux n’ont tiré aucune leçon de la guerre froide. Au contraire, on s’acharne à perpétuer les anciens clichés, à appliquer les mêmes méthodes, à persister dans une idéologie qui n’a plus de sens. On a même réussi à refaire la connerie d’envahir l’Afghanistan. La seule voie possible pour en sortir, pour nous, c’est d’arrêter de jouer aux caïds. Personne ne nous menace, personne ne cherche à nous envahir ou à nous asservir. En persistant dans cette posture agressive et impérialiste, on se condamne à une éternelle fuite en avant, à la surenchère, et, au final, à l’autodestruction. Nul n’y a intérêt.


              • Mugiwara 19 juin 2011 03:06

                il n’y aura pas de guerre, parce que ça ne concerne que les riches, il faut que les peuples du monde entier désavoue leurs dirigeants, que tous refusent de se battre pour leurs pays respectifs et rien que ça. il faut comprendre que les riches et puissants veulent qu’on s’entretue tous entre nous, sans qu’ils aient à se laver les mains eux mêmes, et il faut esclavagiser les riches pour qu’ils travaillent pour les peuples. que les peuples ne leur paye pas un centime parce qu’ils se disent spéciaux, alors, ils feront ce qu’on attend d’eux, en échange, on leur offrira un beau chateau s’ils le veulent, mais rien de plus. on leur apportera juste de quoi bouffer et c tout. le reste, leurs talents seront mis à contribution pour les peuples. que ces riches et puissants soient les prochains esclaves de tous les peuples. 


                • LeKamikaze LeKamikaze 19 juin 2011 13:51

                  Pour qu’il y’ait une guerre il faut que les deux camps soient à peu près équilibrés.

                  Or là c’est déloyal : les « gentils » judéo-chrétiens sont armés jusqu’aux dents, et les « méchants » musulmans n’ont que quelques pétoires ( achetées à leur propre ennemi, tellement qu’ils sont en position de faiblesse ).

                  Quand un fort écrabouille un faible, ça ne s’appelle pas une guerre, mais une guérilla.

                  Et l’histoire a prouvé que dans ces cas, c’est, à long terme, le faible qui gagne ( exemples : vietnam, irlande ), parce que la détermination de la faible victime sera toujours plus forte que la saloperie du lâche agresseur.

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