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États-Unis : les candidats face aux prescriptions de la campagne

Depuis plusieurs semaines, Barack Obama et Mitt Romney se trouvent soumis aux exigences de la campagne présidentielle. Aux traditionnels swing states s’ajoutent des facteurs électoraux déterminants : le vote compartimenté – racial, religieux, sexuel, socioéconomique, etc. –, la mobilisation partisane et les levées de fonds, qui permettent de financer les déplacements et les espaces publicitaires nécessaires aux candidats. Une certitude : la magistrature suprême passera par leur maîtrise.

Si les derniers sondages accordent leur faveur à Barack Obama, son équipe de campagne ne crie pas pour autant victoire. Une nouvelle crise – géopolitique, économique ou sociale – pourrait venir brouiller les cartes, voire les redistribuer. En outre, malgré de mauvais signaux envoyés par les républicains, les électeurs indépendants se gardent de se prononcer clairement, entretenant le mystère sur leurs intentions de vote. La course à la Maison-Blanche réserve sans doute encore bon nombre de surprises. Et, pour l’emporter en novembre, les deux camps devront tenir compte de plusieurs éléments capitaux.

L’argent, nerf de la guerre

Républicains et démocrates se livrent à une bataille financière sans merci. À la fin de chaque mois, les commentaires vont bon train quant aux levées de fonds des deux candidats. Et, à ce petit jeu, Mitt Romney vient de renverser la vapeur : il prend désormais le dessus sur Barack Obama, pourtant considéré comme un excellent récolteur de fonds. Le parti de l’âne cherche notamment à puiser dans le portefeuille des stars d’Hollywood et à multiplier les petites donations, tandis que le parti de l’éléphant se tourne volontiers vers Wall Street et les hommes d’affaires (Sheldon Adelson en est un bel exemple). Les numéros de charme foisonnent, chacun espérant tirer le meilleur de ses interlocuteurs en vue de financer une campagne qui s’annonce rude. Car, entre l’organisation – le personnel, la logistique, le matériel ou les déplacements – et la promotion pure – les espaces publicitaires essentiellement –, la note risque d’être très salée.

Enfin, les « super-PAC », ces comités d’action politique faussement indépendants, opaques et aux réserves quasi illimitées, répandent des millions de dollars et, surtout, alimentent de vastes campagnes de dénigrement. Véritables machines de guerre au service des candidats, ils ont notamment permis à des républicains très marqués à droite de se maintenir dans les primaires, en dépit de résultats médiocres et grâce à la générosité d’une poignée de riches mécènes peu avisés, contribuant ainsi à fausser le débat, voire à le radicaliser.

Une campagne segmentée, un vote compartimenté

Pour mieux appréhender l’importance du vote religieux, il faut s’intéresser aux récentes déclarations de Mitt Romney lors de son voyage au Proche-Orient. Flattant les nationalistes israéliens, stigmatisant sans ambages – et maladroitement – les Palestiniens, il s’est minutieusement positionné, cherchant à appâter notamment les juifs, les catholiques et les évangélistes américains. Le républicain, mormon, devrait en outre récolter massivement les votes de ses coreligionnaires. Aux États-Unis, le culte et la politique demeurent intimement liés. Et, par ses convictions, Mitt Romney suscite la sympathie de nombreux électeurs dans certains États-clefs : l’Utah, mais surtout le Nevada et le Colorado – deux territoires très disputés.

En réalité, les deux candidats tentent de convaincre différents électorats, tous plus ou moins cloisonnés selon leurs spécificités. Ce vote communautaire et/ou sociologique s’ancre surtout chez les juifs, les musulmans, les chrétiens, les Noirs, les Latinos, les nantis, les modestes ou encore les homosexuels, mais également, dans une moindre mesure, chez les Blancs, les femmes, les jeunes, les ruraux et les urbains. Une situation d’autant plus complexe que certains profils se croisent et se complètent. Dans un registre similaire, les électeurs indépendants nourrissent également les convoitises : les déçus de Barack Obama semblent en effet au centre des attentions républicaines. Cette nécessité de s’adresser individuellement – ou presque – à chaque Américain donne lieu à une campagne extrêmement segmentée, où se multiplient les quêtes d’intérêts particuliers sans que puisse se dessiner clairement un projet d’intérêt général. Et ces messages particuliers, soigneusement calibrés, exigent des candidats de l’habileté et de la psychologie, car leur fonction principale consiste à séduire les uns sans pour autant froisser ou irriter les autres. Un véritable numéro d’équilibriste.

Pour l’heure, Barack Obama mène la danse notamment chez les femmes, les Noirs, les Latinos, les catégories défavorisées, les homosexuels et les juifs. Plus ou moins largement. Sa main tendue à la communauté gay – il s’est déclaré personnellement favorable à leur mariage – et aux Hispaniques – le sursis accordé à des milliers d’enfants d’immigrés illégaux – a fait mouche. Des gestes manifestement intéressés, mais qui, au final, pourraient se révéler très profitables pour le président en exercice. Mitt Romney, quant à lui, cherche à accroître son influence sur les ruraux, les riches, les conservateurs et les chrétiens. Des électeurs traditionnellement acquis aux républicains. Mais sa réputation d’homme d’affaires pragmatique se trouve mise à mal par un parti régulièrement accusé de sectarisme. Défavorable à l’avortement, hésitante quant à la contraception, la droite américaine agace – et inquiète – bon nombre de femmes. Ses positions concernant les aides sociales ou l’immigration contribuent également à rebuter les modérés.

Swing states

Aux États-Unis, les swing states constituent souvent la clef du scrutin présidentiel. La liste de ces États, qui basculent d’un camp à l’autre suivant les élections, a évolué au cours de l’histoire. Aujourd’hui, sur les cinquante États que compte l’Amérique, trente-six semblent promis à l’une des familles politiques – par leur histoire, leur sociologie ou leurs habitudes de vote. Et, sur les quatorze restant, six penchent relativement pour l’un des deux partis. Il ne reste par conséquent que huit États particulièrement disputés : la Virginie, le Colorado, l’Ohio, l’Iowa, la Floride, le Wisconsin, le Nevada et le New Hampshire. Et, parmi eux, la Floride fait incontestablement figure de morceau de choix. Une victoire là-bas pourrait en effet se révéler décisive.

Les républicains devraient l’emporter au sud et au centre du pays, alors que les démocrates partent favoris sur les côtes très peuplées de l’Ouest et du Nord-Est. Mais ce sont les États indécis qui polarisent toutes les attentions. Le système électoral américain offre à ces swing states un poids démesuré. D’ailleurs, la campagne s’y déroulera principalement. Les territoires acquis, eux, ne font pas l’objet de batailles acharnées. Comprenez : les électeurs ne sont pas tous logés à la même enseigne.

Colistier : Paul Ryan, l’option payante ?

Si l’on en croit la presse, Mitt Romney s’est longtemps intéressé à trois personnalités en vue de compléter le ticket présidentiel : Marco Rubio, Rob Portman et Tim Pawlenty. Chacun d’entre eux, par ses caractéristiques, lui permettait de séduire des catégories précieuses d’électeurs. Mais, finalement, le choix du candidat s’est porté sur Paul Ryan, un élu aux allures de gendre idéal qui devrait conforter sa base conservatrice. Homme politique de carrière, déjà investi avant ses trente ans, redoutable orateur et président de la puissante commission du Budget à la Chambre des représentants, il vient renforcer un profil économique minutieusement façonné et apporter son savoir-faire en matière de communication – là où le bât blesse souvent. Paul Ryan jouit d’une influence considérable au sein du Parti républicain et s’est fait un nom en proposant une réforme budgétaire radicale, prévoyant notamment des coupes franches dans les programmes sociaux et une refonte de Medicare, le système d’assurance santé des seniors. À cela, il convient de joindre un double bémol : il devrait éloigner les centristes et ne possède pas la moindre expérience notable en politique étrangère. Alors, on peut légitimement se poser la question : Paul Ryan, en bon colistier, parviendra-t-il à pallier les failles de Mitt Romney et à susciter une large adhésion ?

Une campagne exigeante

Barack Obama se trouve devant un défi de taille. Malgré des sondages flatteurs, il reste sous la menace permanente d’une déconvenue. Car, en face, il y a une machine bien huilée : Mitt Romney lève régulièrement plus de fonds que lui et dispose en outre d’une organisation efficace. Par ailleurs, il devra affiner sa stratégie pour mieux briser son image de « président déportateur », notamment en Floride, et redevenir le champion des minorités qu’il était encore récemment. Mais, entre l’aile gauche du Parti démocrate, qui se méfie de lui, et des républicains coriaces, prompts à la critique, sa liberté de manœuvre semble ténue. Pour obtenir sa reconduction, Barack Obama devra surtout répondre habilement aux diktats de la campagne, tout en espérant que l’opinion ne se retourne pas. Il pourra en tout cas exploiter les innombrables bourdes de son adversaire. Un avantage non négligeable.


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2 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 14 août 2012 12:54

    le président américain n’est qu’une marionette des lobbies , que ce soit l’un ou l’autre ne changera pas grand chose au final ................


    • diverna diverna 15 août 2012 20:09

      @ Le Chat
      Il est incroyable d’écrire que le choix est peu important alors que le sinistre Georges Bush est l’illustration d’un mauvais président aui a pris de mauvaises décisions.
      Franchement : est-ce que notre élection en France a démontré de meilleures qualités ? Les principaux points sur la dette ont été ignorés et de nombreux articles soulignent maintenant que les 2 principaux partis (Hollande et Sarko) sont liés aux traités européens, donc ils ont une marge quasi nulle. 

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