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Éthiopie en danger - chronique d’une blogueuse

Pendant que vous lisez ces lignes, des milliers d’opposants politiques sont arrêtés en Éthiopie, tandis que d’autres sont recherchés ou exécutés par le régime de Meles Zenawi. Ces événements se produisent alors que le régime reçoit des financements substantiels de la part des pays occidentaux. Ce dévoiement de l’aide au développement nous rend complices de ces événements et exige des réactions.

L’Éthiopie est un pays de 70 millions d’habitants situé à l’est de l’Afrique. Longtemps sous l’emprise d’un brutal régime marxiste, le pays a vu le dictateur Mengistu être renversé par l’EPRDF en 1991. Depuis lors, Meles Zenawi, le leader de l’EPRDF, dirige d’une main de fer un pays qui a connu une guerre avec l’Érythrée, qui a causé la mort de 60 000 Éthiopiens, et d’innombrables abus.

Confronté à des difficultés économiques graves, le pays vit sous perfusion d’aides au développement (1,1 milliard d’euros par an, dont 400 millions de la part de l’UE).

Le régime actuel s’est régulièrement rendu coupable d’une répression brutale, sans que cela affecte l’attitude bienveillante des pays occidentaux. Ainsi, par exemple, en 2002, des manifestations pacifiques ont été réprimées dans le sang, causant la mort de plus de 200 personnes. En même temps, des journalistes sont emprisonnés ou contraints à l’exil.

Obligé de maintenir au moins l’apparence d’une vie démocratique, le régime a tenu des élections législatives, le 15 mai de cette année. Les élections ont été l’objet de manipulations massives, qui ont permis au régime en place d’obtenir la majorité. Ces irrégularités ont été constatées et relevées par les observateurs internationaux, et ont donné lieu à des manifestations de protestation, qui ont été violemment réprimées, causant la mort de 40 personnes.

De façon incompréhensible, ces événements n’ont pas empêché les leaders occidentaux d’accepter le “succès” électoral de Meles Zenawi, de maintenir leur appui au régime.

Depuis cette date, le pays vit sous une oppression constante. À la fin d’octobre, les parlementaires de l’opposition ont refusé de siéger au parlement lorsque leur immunité parlementaire a été levée par le régime.

Le 1er novembre, des manifestations contre les fraudes électorales ont été réprimées dans le sang, causant la mort de 40 personnes. Plus de 4000 personnes ont été arrêtées et envoyées dans des camps, tandis que 24 dirigeants de l’opposition étaient incarcérés. La police a aussi lancé une chasse à l’homme contre 58 politiciens et activistes.

Les services diplomatiques américains et européens ont réagi cyniquement en demandant une réouverture du dialogue entre le régime et l’opposition, comme si un dialogue était possible si l’opposition est en prison !

Le 9 Novembre, le régime relâchait 2000 personnes, tandis que les dirigeants politiques d’opposition étaient inculpés de trahison, charges passibles de la peine de mort.

Le régime actuel est visiblement aux abois, et prêt à tout pour liquider l’opposition. L’énumération froide des événements ne permet pas de transmettre la souffrance qu’endurent chaque jour les Éthiopiens sous cette pseudo-démocratie soutenue par les occidentaux.

Une blogueuse française, habitant Addis Abeba, tient un blog sur la situation politique sous le nom de plume de Addis Ferengi. Non seulement elle réunit des informations sur les événements, mais elle a enregistré des interviews avec des politiciens d’opposition et des activistes de la société civile, donnant un visage humain aux acteurs de cette tragédie.

Je recommande chaudement la lecture de son blog, et la remercie de son engagement non dénué de danger.

Le régime semble se préparer à une escalade de la violence. Étant donné l’influence économique des pays donneurs, je voudrais encourager chacun à écrire aux responsables politiques de la France, du Canada, de la Belgique et du Luxembourg sur la question éthiopienne, afin de contribuer à une prise de conscience de la situation. Il serait inacceptable de voir le pays dériver vers une situation similaire à celle du Rwanda il y a dix ans, ou du Darfour actuellement.

La France et les autres pays occidentaux ont prouvé qu’ils pouvaient faire pression sur les régimes par des diplomates, comme lors du retrait de la Syrie du Liban. Il est grand temps que l’appui dont bénéficie Meles Zenawi soit retiré, et que l’État de droit soit rétabli dans ce pays meurtri.

Liens

Blog d’Addis Ferengi
Interviews de dissidents
Deux portraits qui m’ont particulièrement marquée : celui de Bisrat et celui de Alemayhu
Rapports d’Amnesty international
Photos


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