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Accueil du site > Actualités > International > Europe de l’Est : veillée d’armes IV

Europe de l’Est : veillée d’armes IV

De Piłsudski à Brzezinski, Tusk and co

Il faudra s'y faire : la continuation de la Pologne par d'autres moyens au sein de l'UE taillée sur mesure ne fait que commencer. L'Europe de l'Atlantique à l'Oural voulue ou rêvée par de Gaulle risque de rester à l'état de chimère. Aujourd'hui le pays qui a le vent en poupe est la Pologne qui fédère un groupe de pays russophobes à l'Est. Objectif : Russie en mode plus ou moins kamikaze c'est selon. 

L'observation concernant l'effacement effrayant de la France en 100 ans peut être presque renversée en ce qui concerne la Pologne. Il y a 100 ans ce pays n'existe plus. Les trois partages du XVIIIème siècle, l'intermède napoléonien et la suppression de l'autonomie en 1830 on fait sortir ce pays millénaire de l'histoire au moins internationale.

Un siècle plus tard, non seulement la Pologne et le peuple polonais sont bien ressuscités mais ce pays occupe même la présidence de l' »Union » européenne. Il bénéficie de la libre circulation, des aides européennes, a sa zone d'influence et sa géopolitique propre en Europe de l'Est. Il joue à fond la carte de l'alliance atlantique et de l'OTAN. Aucune énergie perdue en ligne. Moralement, ce peuple a une psychologie forte de peuple élu (« pan » polski ou polak). Il est sûr de lui, dynamique, « in » comme diraient les anglo-saxons.

Cette Pologne là refuse naturellement de s'associer aux fêtes russes du 70ème anniversaire de la victoire commune contre le nazisme et le fascisme. Elle ne refuse naturellement pas de soutenir la nouvelle Ukraine fasciste pas plus qu'elle n'avait eu de problème à s'allier avec Hitler dans l'entre-deux guerres. Ce pays a le mérite de la cohérence dans la durée.

A part une grosse querelle concernant les exécutions de polonais par les disciples de Bandera (30 000 ??) la Pologne et l'Ukraine sont proches par leur russophobie, leur romantisme historique, leur américanisation très rapide.

Pour notre démonstration, c'est la russophobie qui est le facteur clef. L'empire manquait de troupes : il en a trouvé. De quoi s'occuper de la Russie.

 

I : Piłsudski

Józef Piłsudski est l'homme d’État polonais « à poigne » des années 20 et 30. Le conflit entre polonais et armée rouge et finalement gagné par les polonais après la bataille de Varsovie, a créé dans les années 20 des réflexions qui retrouvent aujourd'hui leur actualité : comment se débarrasser de la Russie comme menace significative ? En effet la Pologne, pays millénaire se retrouve coincée entre l'Allemagne et l'URSS, deux pays bien plus puissants, La Pologne seule est trop faible.

Les deux stratégies prônées sinon encouragées par Piłsudski étaient donc :

  1. La vieille idée d'une grande fédération centre-européenne « d'une mer à l'autre » de la Baltique à la mer Noire pour rendre cet espace invulnérable. Une idée qui reste en changeant de forme selon les époques.

  2. Le projet de Piłsudski était de détacher l'Ukraine et la Lituanie de l'URSS et d'en faire une confédération. Ce projet est resté lettre morte sans être ignoré de Moscou. Après un cheminement quelque-peu phréatique, Il est ressorti après 1991 sous plusieurs avatars : pays du groupe de Visegrad, Intermarum. Quelques cartes permettent de suivre ce cheminement multi-séculaire d'une idée qui continue son petit bonhomme de chemin. Les projets sont légions, parfois fantaisistes, parfois de pures chimères. L'important ici est qu'il rencontre la force américaine qui y voit la « Nouvelle Europe », celle où elle se sent à l'aise, qui partage ses « valeurs » Un vieux concept dont la Pologne est le centre et qui rencontre aujourd'hui leur stratégie anti-russe contemporaine. Cet espace est déjà celui où les troupes de l'OTAN se prépositionnent (pays baltes, Roumanie, Pologne, Ukraine), la Hongrie et la République Tchèque étant beaucoup plus réservées.

     
    L'image suivante tirée d'un blog polonais est intéressante par ce qu'elle exprime peut-être tout haut ce que beaucoup pensent tout bas là-bas (et ici parmi la bourgeoisie). Il définit l'Intermarum+ par les pays européens blancs peu islamisés, une sorte d'Europe "idéale" et romantique. Une analyse géopolitique n'est pas faite pour être politiquement correcte si ça conduit à enlever un terme à une équation pour la rendre incompréhensible. On sait ce que pense l'auteur de tout ça :   Mis à part les emporiums (places commerciales) qui par definition sont réfractaires à tout racisme qui nuit aux échanges commerciaux, c'est tout le continent qui est habité à des degrés divers par le démon Hitler. Les "valeurs européennes" étaient d'après elles, censées le combattre. On ne le pense plus du tout depuis que Poroshenko/Yatseniuk sont invités par Hollande ou Tusk et qu'en plus on leur donne de l'argent. Que n'avait pas subie l'Autriche quand le FPÖ de Heider était rentré dans le gouvernement ? Et que surtout on accuse pas l'auteur de donner des leçons aux polonais : ce qui se dit tout haut et presque ingénument dans ces pays se pense simplement tout bas ici, réprimé par une pensée unique qui pense résoudre un problème en interdisant son expression et même la possibilité de sa formulation. C'est créer de toutes pièces une pathologie sociale. Les européens de l'ouest ont juste apris à être hypocrites. L'important pour cet article est que cet intermarum qui n'a pas pu se faire dans le passé par la Pologne seule peut se faire sous la protection américaine. 
  3. Le prométhéisme : mouvement littéraire, romantique, poétique avant que d'être politique. Dans son acception politique qui nous intéresse ici le prométhéisme est une « action par laquelle un état suscite soit au travers de ses propres services de renseignement ou agences soit au travers de " proxys " comme les Organisations Non Gouvernementales des troubles séparatistes au sein d'un autre état en jouant sur la diversité culturelle , éthnique ou religieuse de ce dernier » (source) . Selon Latsa c'est à partir de 1924 qu'est adopté par la Pologne nouvellement indépendante « l’idée de  de lancer un mouvement des « indigènes » de Russie et d’aider ces peuples à obtenir leur indépendance. … En 1926,[...] c’est Pilsudksi qui prend le pouvoir en Pologne et se fera le chantre de la protection des « peuples » contre l’URSS” (source)
  4. Face à la menace soviétique, Pilsudski favorise la création de mouvements sécessionnistes en URSS dans le Caucase et autres régions. Le but étant la la dislocation de cet état dangereux et puissant en entités plus petites. Selon Latsa, cette politique est reprise après 1945 via le recyclage des nationalistes ukrainiens nazis aux États-Unis par la CIA (source)

 

II : Brzezinski

Après la guerre ces idées finissent par se retrouver dans le « grand échiquer » 1997 pour devenir doctrine de politique étrangère américaine : casser l'Urss (1975-1990) puis la Russie en ses constituants premiers : dés-intégration / dislocation. (Tentative ratée en Tchétchénie via groupes militaires transitant par la Turquie avec financement en pétrodollars venant de l'arabie séoudite). Le Caucase toujours comme pied d'argile du colosse russe. On comprend l'inquiétude russe concernant l’État islamique que les occidentaux ont laissé se créer et leur rapprochement avec l'Iran et la Turquie.

Ces deux concepts polonais mais qui plaisent aux États-Unis (ce qui leur donne leur force et leur actualité) font de la Pologne le pivot stratégique de cette stratégie, flattent l'égo de Pan Polski/polak (polak=polonais en polonais) qui peut refaire enfin son entrée dans la grande histoire. Se dégagent les grands traits de la guerre qui vient.

 

III : George Friedman et l'Empire décomplexé

George Friedman est créateur et directeur de la STRATFOR, groupe privé de renseignement pour les puissants de ce monde, via lettres confidentielles et expertise. Qualifié parfois de CIA secrète ses interventions sont attendues.

Dans sa dernière intervention au Chicago Council of Global Affairs (attention quand il y a “global” c'est une signature), il n'y va pas par 4 chemins, avec le dos de la cuiller, de main morte enfin parle sans langue de bois, il dit ce qu'il pense : les Etats-Unis feraient bien de devenir un empire adulte et de s'assumer comme tel, de diviser pour régner, de ne pas se soucier de moralité, de faire se battre les autres à sa place. Bref d'être un empire un peu sérieux et adulte.

On retrouve dans son intervention ce projet Pilsudski repris presque à la lettre : fédérer les pays russophobes contre la Russie et empêcher l'Allemagne de se brancher sérieusement sur les immenses ressources russes.

Tusk, Pilsudski, Brzezinski, Friedman sont les élément d'un puzzle qui permettent de commencer à comprendre la stratégie américaine :

  1. Dans un premier temps : tir de barrage médiatique visant à diaboliser le dirigeant. Ça on sait faire depuis longtemps, c'est en cours, c'est fait.

  2. Tusk président de la glu européenne empèche les occidentaux de l'ouest de réagir.

  3. La Pologne prend la tête des russophobes réarmés dans l'OTAN ou hors OTAN chef de file d'une "intermarum" déclarée ou non

  4. Le groupe Europe Intermarum est lancé contre la Russie tandis que l'Europe de l'Ouest s'enfonce dans les luttes entre communautés.

  5. Les musulmans extrémistes sont lancés via la Turquie, Syrie, Libye au Daguestan et dans le Caucase (Prométhéisme). La Russie est saignée à blanc mais sans que la puissance instigatrice soit impliquée officiellement (comme en 1905 pour l'Empire britannique). La Pologne joue le rôle de la France d'avant 1914 manipulée par l'Angleterre via Clémenceau.

  6. Les États-Unis premiers exportateurs mondiaux d'armes feront tourner les entreprises restantes aux États-Unis et créeront les « jobs » dont dépend la stabilité sociale et monétaire.

  7. La Russie étant affaiblie, casser ou distendre les liens entre les pays du groupe de Shanghai (Asie Centrale selon les opportunités -révolutions de couleur-).

  8. Arriver à la fin comme arbitres et dicter les conditions au moindre coût. Se payer même peut-être le luxe de débarquer en sauveurs.

  9. On ne veut pas se poser la question de savoir quels types d'armes seront utilisées (pas de place ici). Il suffit de savoir qu'elles seront hautement létales et, exemple du Donbass ou de Gaza abondant dans ce sens, qu'elles seront utilisées contre les populations civiles sans état d'âme.

  10. De notre point de vue cette guerre a déjà commencé et montera en intensité d'année en année jusqu'au moment où le peuple français ne pourra plus l'ignorer. Cette guerre va lui coûter très cher et ce dans un état d'impréparation inquiétant. Il faut s'attendre à un PIB divisé par deux et le retour à la France des années de l'occupation : plus d'essence (ou strictement rationnée), le couvre-feu, la police politique etc … En 1943 on se retrouve avec une économie résiduelle faite de semelles en bois, de vente de cheveux ou de taxis à pédales ! L'essence disparaît. On retrouve les « joies » de la bicyclette. Le Mistral n'est qu'un amuse-gueule, qu'une mise en bouche (il serait question de le couler en haute mer).

    On est étonné de l'absence d'exercices réguliers de défense civile. Encore une fois, quelle différence d'avec la Suisse ! La préparation aux situations d'urgence peut-elle réellement se faire dans l'urgence ?

Demain : denière partie : que faire ? Des pistes pour les éveillés.


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8 réactions à cet article    


  • Lonzine 12 mai 2015 20:33

    encore une pseudo de fabien, quel engeance


    • Renaud Delaporte Renaud Delaporte 12 mai 2015 22:47

      Très lucide.


      • Jelena 13 mai 2015 11:00

        Assimiler Brzezinski ou Tusk à l’ensemble des polonais, ce serait un peu comme assimiler BHL ou Fabius à l’ensemble des français...
         
        Sinon c’est un candidat eurosceptique qui est en tête du premier tour de la présidentielle et il a fait sa campagne en misant sur le ras le bol de la russophobie du gouvernement actuel.


        • Mefrange Méfrange 14 mai 2015 18:47

          @Jelena
          Cet article n’assimile pas l’ensemble des polonais à tel ou tel dirigeant. Quelle drôle d’idée ! Ceci ne serait possible que dans un pays strictement totalitaire. Il reste naturellement que les décisions prises le sont par les gouvernements en place. Ceci s’appelle le pouvoir dont vous semblez découvrir l’existence.
          Quand un autre candidat sera au pouvoir en Pologne et fera des décisions contraires à celles prises en gros depuis la mort accidentelle sur une petite route du regrété Geremek, on verra. En attendant il n’en est pas ainsi.
          En attendant rien ne vous empêche d’écrire un article sur la représentativité des élections en Pologne. Je vous modèrerai favorablemen t pour que vous ayez accès à la libre opinion. Vous voyez moi aussi je suis Charlie. Je vous fait remarquer en passant que vous n’avez jamais écrit d’article donc rien prouvé. http://www.agoravox.fr/auteur/jelena-xcii
          Si c’est pour pondre des truismes du genre « tout le monde ne soutient pas la politique suivie par les dirigeants dans un pays » allez perdre votre temps ailleurs. Merci infiniment de votre compréhension. Un élève de 9 ans ferait mieux.


        • Jelena 14 mai 2015 21:13

          >> vous n’avez jamais écrit d’article donc rien prouvé.
           
          Parce que celui qui écrit un article détient la sainte vérité ?
           
          >> la Pologne et l’Ukraine sont proches par leur russophobie, (...), leur américanisation très rapide.
           
          Je vous expliquerai bien pourquoi je ne suis pas d’accord avec cette phrase, mais vu le ton employé, je vais effectivement « aller perdre mon temps ailleurs ».


        • antyreac 13 mai 2015 11:23

          La Pologne est un pays très lucide sur la situation en Ukraine et en Russie

          Elle ne se fait pas d’illusions sur le comportement politique de la Russie



          • 65beve 13 mai 2015 16:59

            Bonjour l’auteur et merci pour cette analyse.

            Cependant, l’ « inter marum » risque d’avoir du plomb dans l’aile si je puis m’exprimer ainsi.
            En effet, les polonais détestent autant les russes que les ukrainiens et ne s’offusqueraient pas du tout que les russes prennent l’est de l’Ukraine à condition qu’eux-mêmes récupèrent l’ouest perdu pendant les années 40.
            cdlt.



            • sls0 sls0 13 mai 2015 19:33

              Avoir une stratégie et avoir une vision stratégique.
              Les USA ont une stratégie qui fonctionne depuis 1912. Ils sont assez puissants, elle a fonctionné.

              La vision stratégique fait qu’une stratégie peut évoluer assez vite en fonction des éléments. C’est une qualité assez rare, il est difficile de trouver dans l’histoire un pays qui en ait eu toute la finesse.
              Si je prend le cas de la France, sa vision stratégique c’est les anciens ennemies historiques l’Angleterre et l’Allemagne auquel on peut rajouter les USA. Ce n’est pas trop globale.
              La Chine c’est l’empire du milieu, sa vision stratégique reste assez centrée sur cette vision.
              Les USA c’est assez bulliste, la vision stratégique c’est pas trop la mode quand on a les moyens de s’en passer.
              l’URSS, il avait une vision mais dire qu’elle était stratégique ??

              Il y a des habitudes historiques et je rejoints assez Todd quand il fait son parallèle entre la la façon d’agir et de réagir en fonction du modèle familial (souche, communautaire, nucléaire....)
              En fonction de son modèle familiale la vision que l’on a est différente et l’autre est différent.
              Il y a longtemps il y en a un qui a dit :
              Si tu te connais et si tu connait ton ennemi, tu es presque sûr de gagner.
              Si tu te connais mais que tu connais pas ton ennemi c’est du 50-50.
              Si tu ne te connais pas et que tu ne connais pas ton ennemie, tu l’as dans l’os.

              Oui il y a des stratégies, pour la vision stratégique c’est pas le top.

              Poutine tout en étant influencé par son habitus, par son passé et sa formation voit l’autre, connait l’autre, a minima c’est du 50-50 par rapport au ’’tu l’as dans l’os’’ pour la plupart.
              J’ai l’impression que Poutine a cette vision stratégique, quand je dis Poutine, ça englobe pas mal de personne autour de lui.

              Il y a des stratégies (pour certaines assez âgées) pour embêter un pays qui commence a avoir une vision stratégique. Il faudra pas mal de moyens et de forces supplémentaires pour contrebalancer cette vision stratégique.

              Quand je me projette un peu dans le futur coté énergétique qui est l’essence du style de vie, la Russie n’a pas trop à s’inquiéter, coté US et Europe guerrière je ne peux pas dire la même chose.
              La Russie doit défendre ce quel sait bien faire et son équipement est top. Le status quo lui suffit plus qu’assez.
              Les autres c’est presque l’attaque qui est obligatoire, pour celui qui à fait de l’aïkido c’est un position pas trop confortable. S’il ne veulent pas trop souffrir, le status quo c’est pas mal comme solution. Le budget militaire US employé à d’autres choses plus utiles c’est pas idiot pour améliorer leur avenir.

              Pour un changement de vision il faut un choc assez fort, la Russie dans les années 90 s’est prise une de ses baffes de celles qui font sérieusement réfléchir, les autres pas trop, ils sont resté dans une paresse coté stratégie. L’évolution se fait souvent sous la contrainte.

              La Russie qui a un profil toddien d’autoritaire/égalitaire a un président qui correspond au profil demandé et en plus ce n’est pas une buse coté vision stratégique.
              Pour ceux qui n’ont pas le profil autoritaire/égalitaire, c’est pas leur président ça ne devrait pas poser de problème normalement d’autant plus que Poutine n’a aucune visée expansionniste.

              Je comprends que ce coté égalitaire doit franchement déranger coté Wall street, c’est pas trop le modèle qu’il ont prévu. Avec l’argent et la puissance que ça donne ils ont un sacré pouvoir de nuisance. S’ils disent que Poutine c’est l’horreur c’est pas les moyens qui manquent pour faire passer le message. En face il n’y a que l’esprit critique à opposer, c’est aussi une qualité très mal distribuée.

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