Evo Morales, 1er président aymara de l’histoire, est réélu à la tête de la Bolivie pour 5 ans. Ancien syndicaliste cocalero, il est arrivé au pouvoir en 2006, après avoir été porté par 54 % des voix dès le premier tour - score inédit en Bolivie- et conforté dans son action politique grâce à un référendum révocatoire de mi-mandat, où il fut appelé à rester avec 67 % des voix. Depuis son arrivée au pouvoir, Morales s’est fait l’allié des défavorisés ruraux et des laissés-pour-compte urbains de la société bolivienne...
La Bolivie est aujourd’hui divisée en deux zones socio-économiques et ethniques bien distinctes : d’une part la media luna - qui regroupe cinq départements sécessionnistes de l’Est - représentant les basses terres, véritable poumon économique du pays, et d’autre part la partie andine, concentrée en populations indigènes soumises à une grande pauvreté. Cette forte division sociale et ethnique du pays, ancrée au coeur d’une intense discrimination qui a frôlé la guerre civile en 2008, se traduit au niveau politique par la dichotomie entre le discours du MAS (Movimiento al Socialismo), appuyant Morales, partisan d’une plus forte visibilité politique des indigènes, et l’opposition ultra-libérale, qui défend les intérêts de l’élite « blanche » bolivienne.
Dans le discours actuel, le MAS appuie son action sociale envers les plus démunis, notamment à travers l’octroi de bons pour l’éducation ou encore en faveur des personnes âgées.
La campagne de l’opposition, très agressive, s’est plutôt concentrée sur les dénonciations en tout genre, et focalisée sur la figure de Morales, qu’elle accuse de vouloir se perpétuer à la présidence.
De nouveaux éléments déterminants pour ces élections
Par exemple, la nouvelle liste électorale basée sur le dernier recensement. C’était un point central pour l’opposition, qui accusait le gouvernement d’utiliser une liste erronée et non fiable. Au total, on compte donc plus de 5 millions de votants, ce qui représente une hausse exceptionnelle par rapport à la liste électorale de janvier 2009 où il y en avait moins de 4 millions, soit 30 % d’électeurs en plus. Cette augmentation substantielle introduisait bien évidemment un élément d’incertitude et de surprise potentielle pour ces résultats.
Le vote migrant était une autre donnée cruciale de ces élections : pour la première fois les émigrés boliviens ont pu voter, ce qui irrite l’opposition au MAS. En effet, l’état possède de nombreux appuis concentrés dans les secteurs les moins favorisés de la société bolivienne, notamment représentée par l’émigration économique, en Espagne, Argentine, Brésil et Etats-Unis. On comprend alors pourquoi le MAS a tout fait pour impulser la possibilité de vote depuis l’extérieur. Le vote migrant n’est pas à prendre à la légère dans un pays où l’émigration est estimée à 2 millions de personnes sur une population totale de 9 millions. En ce qui concerne ces comices, le vote migrant représente 3,4 % des votants, une importance fondamentale pour les partisans d’Evo Morales.
Quels enjeux ?
Pour Morales, l’enjeu était de se faire élire dès le 1er tour, et d’obtenir quelques appuis additionnels dans l’Oriente, zone d’opposition affichée, afin d’atteindre la majorité non seulement au Congrès, déjà acquis à la cause du MAS, mais surtout au Sénat, où l’opposition lui restait hostile. L’augmentation du nombre de sénateurs par région, qui passe de 3 à 4, a sûrement joué un rôle pour aider Morales à remplir son pari : il est finalement élu dès le 1er tour avec plus de 63 % des voix, et a remporté la majorité au Sénat (25 sièges sur 36). En gagnant les deux-tiers des sièges de la prochaine assemblée législative plurinationale, Morales se laisse le champ libre pour appliquer sa constitution socialiste sans blocage possible de la droite. Il faudra voir si l’opposition reste silencieuse lors des prochaines réformes, en respectant la décision populaire nationale.
Afin de mieux s’implanter dans l’Oriente, le MAS a mis en œuvre une nouvelle stratégie politique visant à organiser un régionalisme favorable au gouvernement national, par exemple en remplaçant le préfet de Pando par un gouverneur militaire sensible à l’idéologie moraliste. Dans la même logique, de nombreuses terres du Chaco ont été concédées à des émigrés de la zone andine, pro-MAS. Malgré ces efforts, Morales n’a pas remporté l’adhésion du peuple dans les trois régions les plus conservatrices, Beni, Pando, et surtout Santa Cruz, où il a été battu par la droite.
Il reste néanmoins l’idole du peuple dans les Andes, où il a été élu haut la main, comme à la Paz, où son score atteint les 77 %.

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