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Fath el-Islam, un épiphénomène ?

Le Pr Khalifa Chater tente d’analyser ce mouvement insurrectionnel, dans la conjoncture de la crise libanaise. Prenant ses distances par rapport aux lectures partisanes et tendancieuses, il essaie d’appréhender ce mouvement, dont les modes opératoires semblent plus proches des phénomènes de bandes que d’el-Kaïda, dont il semble adopter l’approche doctrinale et la stratégie du pire. La résolution de telles dérives implique, selon le chercheur, le traitement global des questions du Moyen-Orient au profit de l’ensemble de ses habitants.

L’armée libanaise vient d’annoncer le 3 septembre 2007, qu’elle a repris le contrôle de Nahr Al-Bared, fief de djihadistes de Fath al-Islam. La durée des opérations (105 jours de combats), le lourd bilan (tués : 163 militaires libanais, 222 terroristes, 30 civils palestiniens, prisonniers : 202 terroristes), les modes d’action (terrorisme tous azimuts, à l’instar des modes d’action d’el-Kaïda), la composition de la bande (des Libanais, des Syriens, des Saoudiens, des Yéménites, des Tunisiens, des Bangladais, des Palestiniens et autres), ses enjeux (déstabiliser le Liban, développer la fracture populaire) et son objectif in fine (créer un émirat sunnite nécessairement séparatiste au nord du Liban) attestent la gravité de la dissidence. Le conflit s’était déclenché dimanche 20 mai, dans la ville de Tripoli, à une vingtaine de kilomètres au sud du camp palestinien de Nahr el-Bared. Poursuivis par l’armée, les membres de Fath al-Islam investirent le camp, piégeant ainsi les nombreux réfugiés qui y vivaient. A la suite d’une guerre d’usure et en dépit de ses moyens limités, l’armée libanaise a pu prendre le dessus.


Pouvait-on définir la dérive et déchiffrer ses appartenances ou du moins ses alliances, dans un Moyen-Orient compliqué, meurtri et divisé ? L’opération n’est pas aisée. La dissidence de Fath al-Islam a été vécue comme une dure épreuve par le gouvernement libanais et la quasi totalité des régimes. C’est ce qui explique le soutien accordé au gouvernement libanais par l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie et les Emirats arabes unis, outre les Etats-Unis et l’Union européenne (UE). Fait significatif, la dissidence de Fath al-Islam n’a bénéficié d’aucun soutien arabe déclaré. Fut-elle en conflit avec l’Establishment libanais, la Syrie s’abstint d’intervenir et d’instrumentaliser, comme éventuelle alliée objective, la dérive de Nahr el-Bared. Ni la Syrie, ni Hezballah et a fortiori l’Iran, ne sortirent de leur réserve au cours de la crise, en dépit des jeux sous table vraisemblables et des polémiques politiques que l’événement pouvait susciter. En fait, le risque de contagion d’une dérive intégriste, qui a opté pour une stratégie du pire, suscitait des inquiétudes justifiées. Agissant de concert avec el-Kaïda ou se positionnant, en concurrence avec elle et se livrant ainsi à une surenchère sur le terrain, Fath al-Islam élargissait la zone du "pays de poudres" et participait à la fragilisation des pouvoirs établis.


Est-ce à dire qu’il s’agissait d’une naissance spontanée ? La discorde géopolitique arabe, l’impasse des questions palestiniennes et irakiennes et les ressentiments qu’elles suscitent, expliquent cette émergence du phénoméne de bandes/gangs, à la faveur de la fragilité de l’Etat libanais. Cet état de "ni guerre ni paix", avec Israël, donnait l’opportunité aux "citoyens en armes" de fonder et refonder régulièrement des milices, des groupes de résistants, pis encore des bandes érigées en corps d’armées. Le règlement des questions essentielles de l’aire arabo-musulmane, l’éducation lucide de leurs citoyens et la réponse à leurs attentes permettraient d’assécher les sources d’approvisionnement de ces structures d’accueil des desperados venus de divers horizons, qu’il faudrait mettre en situation de hors jeu, par le développement des prérogatives des institutions des Etats nations. Ce qui suppose une mobilisation générale.


Du point de vue libanais, alors que la résistance à l’invasion israélienne a érigé Hezballah, en acteur incontournable, pour la défense de la souveraineté, la lutte contre Fath al-Islam a réhabilité l’armée, lui a redoré le blason et l’a qualifié pour jouer éventuellement un rôle essentiel, au-dessus de la mêlée. Cette habilitation de cette institution permettrait peut-être d’atténuer la crise libanaise et d’imposer une réconciliation générale, assurant la "sanctuarisation" du pays et permettant à ces différents acteurs nationaux de prendre leurs distances par rapport à toutes les velléités d’interventions extérieures.


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1 réactions à cet article    


  • Dr Rached Trimèche Dr Rached Trimèche 11 septembre 2007 11:51

    Bonne approche Très bonne analyse Professeur !

    Puisse rapidement le Liban retrouver le chemin de la Paix et de l’équilibre !

    Une Paix au Liban est de bon augure pour deux autres Etats souverains et voisins : Israël et le vrai-futur Etat de Palestine ! L’un est l’assurance vie de l’Autre ! Amen !

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