Nicolas Sarkozy et David Cameron ont tenté hier de persuader leurs collègues européens d’intervenir pour briser la reconquête de la Libye par les troupes du colonel Kadhafi. Et comment ne pas les comprendre ? Cependant, une telle intervention n’est pas sans poser de lourds problèmes.

L’humanisme commande d’intervenir
Il n’y a pas besoin d’être un néoconservateur interventionniste et impérialiste pour vouloir intervenir en Libye. En effet, comment ne pas avoir envie d’aider les révolutionnaires de Libye à se débarrasser d’un dictateur sanguinaire qui n’a pas hésité à faire tirer sur des manifestants ? Mieux, il semble évident que quelques raids bien placés pourraient définitivement régler son sort à ce régime dictatorial, alors justement que le régime reprend le dessus sur ses opposants.
En effet, comment rester sourd aux appels des insurgés qui demandent désormais clairement l’aide de la communauté internationale ? Aujourd’hui, il semble malheureusement probable qu’en l’absence de notre intervention, la rébellion pourrait bien être matée, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir. Après tout, si le peuple libre de Libye, en conflit ouvert avec un dictateur, nous demande d’intervenir, n’avons-nous pas le devoir de le faire ?
En outre, le sort de la Libye ne sera pas sans impact sur l’ensemble des pays arabes. Il est évident que si Kadhafi tombe, malgré sa répression sanglante, alors, le vent de la liberté et de la démocratie reprendra de plus belle, contraignant les autocrates à libérer leurs peuples ou provoquant leur destitution. En revanche, si le régime de Tripoli renverse la situation, alors, cela représentera un formidable encouragement pour les dictateurs à choisir la voie de la fermeté, fût-elle celle de la terreur et du sang. Bref, c’est une partie très importante qui se joue sous nos yeux.
Une intervention qui n’est pas si simple
Malheureusement, tout n’est pas si simple. En effet, il n’y a pas de consensus au niveau international pour agir. Il ne sera sans doute pas possible d’intervenir sous couvert des Nations Unies, du fait de l’opposition probable de la Chine et de la Russie. La ligue arabe n’accepte qu’une zone d’exclusion militaire. Faut-il alors passer outre et intervenir à quelques pays, malgré l’absence d’accord international, un peu comme en Irak, même si, ici, les principes sont clairement plus nobles et désintéressés ?
Faut-il s’immiscer dans les affaires Libyennes et peser de tout notre poids en faveur des rebelles ? En effet, il ne s’agit pas de renverser un régime autoritaire stable, mais d’aider la partie de la population qui s’est rebellée à faire tomber définitivement un dictateur qui résiste. En même temps, si nous intervenions en Libye, ce serait uniquement parce que ce pays est suffisamment faible et que nous sommes plus forts que lui. En réalité, il y a deux poids et deux mesures.
Nous ne nous poserions même pas la question si ce qui arrivait en Libye arrivait en Chine ou en Russie. Et cela pose un double problème. Pour paraphraser Jacques Sapir, cela montre bien que l’ingérence est toujours celle du fort sur le faible, ce qui pose problème. En outre, cela ne risque-t-il pas de pousser plus encore les dictateurs de la planète à être toujours plus forts (et, par exemple chercher à avoir l’arme nucléaire) pour ne pas pouvoir être menacé dans de telles circonstances ?
Malgré toutes ces limites, le contexte d’une population qui se révolte contre un tyran qui semble pouvoir mater la rébellion par la force incite à vouloir intervenir, par-delà toutes les convenances. Mais dans quel cadre et comment le faire assez vite tout en étant acceptable ?

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