François Hollande a décidé sans concertation avec nos partenaires et alliés européens d’une intervention armée de la France dans son ancienne colonie du Mali. Après que la droite ait formellement soutenu l’initiative présidentielle, celle-ci commence à s’inquiéter d’une action militaire fort aventureuse. On peut s’étonner qu’alors qu’on nous a expliqués qu’il fallait pratiquer une sévère rigueur budgétaire de manière à réduire drastiquement la dette, le gouvernement s’engage dans un conflit nécessairement très coûteux. Les raisons sont donc autres, et en tout cas très éloignées des préoccupations réelles des Français.
Les états africains issus des anciens empires coloniaux sont découpés de manière arbitraire et nous sommes face à deux lignes de partage au cœur de cette partie du continent. La première division est celle entre les Arabo-berbères au nord et les populations nigéro-africaines au sud. Même si ce conflit s’est teinté d’islamisme, ce qui n’était pas la caractéristique du mouvement national touareg (MNLA), il s’agit avant tout d’une opposition ethnique entre deux populations bien différentes. La seconde division, qui ne concerne pas directement le Mali, mais en revanche la Côte d’Ivoire, c’est la vague islamique qui déferle vers le sud chrétien. C’est notamment le cas au Nigéria où s’affrontent musulmans et chrétiens, mais aussi en Côte d’Ivoire, le candidat de la France y étant du côté musulman d’ailleurs.
Au cœur de cet effondrement d’un état post-colonial plus qu’artificiel, la France a choisi d’intervenir pour protéger la route du sud, qui mène à la capitale Bamako, contre la tentative d’infiltration des éléments les plus durs de l’islamisme touareg, ceux-ci bénéficiant d’un armement glané notamment dans les anciennes armureries d’état de la Libye de feu Kadhafi. 6000 combattants islamiques, cela peut paraître peu, mais il s’agit de troupes bien entraînées, galvanisées par leur idéologie fanatique, et qui connaissent parfaitement le terrain. La crainte que les troupes françaises s’enlisent comme les Russes en Afghanistan est justifiée et réelle.
François Hollande affirme que cette intervention française n’a pas seulement pour but de protéger Bamako mais de rétablir l’unité territoriale du Mali. Cela impliquerait donc de mener une action jusqu’au cœur de l’Azawad, du pays touareg et arabe, c'est-à-dire de prendre de gros risques dans un environnement hostile. Alors que le président évoquait une intervention limitée dans le temps, avec la volonté de ne pas rester dans le pays, il est revenu sur ses propos, affirmant que la France restera là bas autant de temps que nécessaire.
En outre, la France est seule, ce qui est logique, puisqu’elle a décidé de manière unilatérale d’envoyer des troupes. Les britanniques et les allemands peuvent a posteriori prétendre soutenir l’action de Paris mais ils n’envoient pas de troupes et ont a priori peu d’intention de le faire. Seule la Russie poutinienne envoie à nos côtés des conseillers militaires. Ce ne sont pas les autres troupes africaines, renfort bancal, qui pourront combler l’absence des autres européens. Cela donne même l’image d’une France devenue un pays africain, à la tête d’une coalition de pays de l’Union Africaine.
Les raisons véritables de cette entreprise militaire sont nombreuses et variées. La plus évidente est la volonté d’un président de la république fraîchement élu de rehausser sa cote de popularité, dans un contexte où le chômage explose, où les entreprises les plus emblématiques du pays (Peugeot, Renault) licencient alors même qu’elles continuent d’engranger des bénéfices, et délocalisent, et où l’insécurité est grandissante dans nos rues. Hollande s’entête par ailleurs à vouloir imposer le « mariage pour tous » à une société française partagée sur la question et majoritairement opposée à l’adoption d’enfants par des homosexuels. Après avoir renoncé à tout son programme social, et s’être rangé du côté de la finance qu’il prétendait vouloir mettre au pas, il est bien obligé d’appliquer son programme sociétal en faveur de lobbies communautaires qui ont eu un rôle clé dans son élection.
Gelezinis Vilkas

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35 ans, historien et politologue. Tendance politique : euro-socialiste.
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