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Fukushima, tournée mondiale

A l’instar de ces vedettes négligées en France et qui font leur show en Russie, ou au Japon, la centrale la plus célèbre du monde entame, elle aussi, une tournée mondiale dont les retombées, hélas peu populaires, commencent à se faire connaitre.

Pour le lancement de cette tournée, 100 000 japonais sont attendus le 11 septembre à Tokyo afin de manifester.

A Paris, c’était le 31 aout (lien) et dans la région Lyonnaise, la centrale du Bugey recevra le 15 octobre la visite de quelques milliers de citoyens indignés par la volonté du gouvernement de prolonger la vie de vieille cette centrale de dix ans.

Mais avant de faire le tour du monde, la centrale de Fukushima s’est d’abord rodée au Japon.

6 quartiers de la ville comptent plus de 1,48 millions de becquerels de césium 137/m2, ce qui n’est une surprise pour personne (lien) et s’il faut en croire le docteur Kodama, directeur de radio-isotope Center de l’université de Tokyo, cette dernière n’a pas été épargnée puisqu’il y a mesuré au mois de mars 5 micro Sv/h. vidéo.

Au-delà de Tokyo, Olivier Gaurin, français vivant au Japon, annonce sur son blog diverses mesures comme à Minami Soma entre 0,88 à 48,18 millisieverts, Tamura, de 1,75 à 35,04 millisieverts, à Kawauchi-Mura de 1,75 à 41,17 millisieverts, à Hirono de 2,63 à 15,77 millisieverts, et à Naraha de 5,26 à 14,02 millisieverts. lien

135 000 japonais ont été déplacés et attendent depuis de longs mois qu’une solution leur soit proposée, car on sait aujourd’hui qu’ils ne pourront pas retourner dans leur foyer au moins avant 20 ans.

C’est un journal japonais, le « Tokyo Shimbun », qui nous l’apprend : Les rejets de césium 137 à Fukushima sont déjà 168 fois plus importants qu’à Hiroshima : bien sur, si la bombe lancée par les USA a tué immédiatement 140 000 personnes, il n’en va pas de même pour la catastrophe de Fukushima, et le macabre décompte des morts se fera au moins pendant ¼ de siècle. lien

Mais déjà, on a appris qu’après avoir travaillé une semaine en août dans la centrale, un ouvrier vient de mourir d’une leucémie aigüe, mais Tepco n’hésite pas à affirmer que cette mort n’a pas été provoquée par les radiations. lien

La carte la radioactivité du Japon est maintenant définie, même si, tant que le problème ne sera pas réglé, la pollution va continuer au fil des mois à augmenter, et toucher de nouveaux secteurs.

On peut la découvrir sur ce lien

D’autre part, la chaine alimentaire est maintenant clairement polluée : de nombreux aliments japonais ont d’une part, soit échappé au contrôle, soit ont étés volontairement distribués aux Japonais.

Le 25 aout 2011, on a appris que de la viande de bœuf contaminée au césium avait été distribuée dans 16 écoles à Kanagawa.

Bien évidemment les autorités japonaises en reconnaissant l’erreur commise, affirment que, vu la quantité ingérée par les enfants, leur santé n’est pas menacée. lien

Ohtsuka, le ministre japonais de la santé ne disait pas autre chose, le 4 juillet dernier, reconnaissant que de la nourriture contaminée avait été malheureusement distribuée, les contrôles n’ayant pu être effectués à temps. lien

Ce n’est pas un cas isolé, on sait aujourd’hui que pour la seule ville de Yokohama, 84 000 étudiants ont été forcés de consommer de la nourriture contaminée.

Dans le journal « Fukushima Diary » des japonais ont lancé un véritable « S.O.S » : ils constestent la décision du ministre de la Pêche lequel lancé un slogan « soutenons le Japon nord en consommant leurs produits agricoles » (Fukushima y compris) sans envisager un contrôle de ces produits « promotionnés ».

Certaines chaines de restaurant se flattent même de proposer de la nourriture non contrôlée.

En attendant à Fukushima ça fume de plus belle comme on peut le voir sur cette vidéo du 2 septembre 2011.

Mais au-delà de ces contaminations plus ou moins volontaires, ce serait oublier qu’il existe des courants marins, et que les poissons ne s’arrêtent pas aux frontières des pays.

L’un des responsables du déplacement de la radioactivité est le Kouroshio  : Ce courant marin se déplace à 1,7 m/s et se prolonge par la dérive Nord Pacifique, baignant les cotes de la Colombie Britannique, après avoir longé les cotes chinoises. lien

Un autre, courant issu du Kouroshio, est le Contre Equatorial Nord qui lui vient visiter les cotes Californiennes. lien

Dans cette course sans fin, ils apportent régulièrement les 76 trillons de becquerels de plutonium déjà déversés dans l’océan par la centrale de Fukushima. lien

Les cotes de la Colombie Britannique, au Canada en savent quelque chose, puisque des saumons ont été mesurés à des taux de radioactivité largement supérieurs à la norme.

Toronto doit aussi se prévenir maintenant de pluies radioactives et l’on peut découvrir dans cette vidéo du 24 aout les taux importants de radioactivité qui ont été mesurés.

Les Etats-Unis ne sont pas à l’abri :

Dès le 18 mars, des taux de plutonium 238, et 239 , respectivement 43 fois et 11 fois plus élevé que la norme répertorié durant les 20 dernières années, on été mesurés en Californie et à Hawaï. lien

Grâce à une carte de simulation réalisée par le CEREA concernant les dépôts de césium 137 (demi-vie ou période de 30 ans) on a maintenant la confirmation que les Etats Unis ont été plus polluée par Fukushima que l’Ouest du Japon et que la Sibérie Russe et l’Alaska n’ont pas été épargnés. lien

En Australie, des taux de plutonium non négligeables en provenance de Fukushima on été mesurés. lien

La Chine dénonce à son tour la pollution qu’elle subit, et qu’elle va subir encore pendant de longues années.

L’administration chinoise estime que l’Océan Pacifique à été clairement pollué par les rejets de Fukushima  : du strontium 90 (29 plus que la norme) a été découvert dans un calamar.

D’autre part, du césium 134 a été découvert dans des organismes vivants le long des cotes de la Chine. lien

Mais la pollution arrive aussi par les airs, et l’on se souvient que le panache radioactif avait touché la France une première fois à partir du 23 mars 2011. Bien sur les autorités ont affirmé qu’il n’y avait rien à craindre, et que s’il est vrai que des particules radioactives avaient bien été mesurées, elles ne représentaient pas de danger à ce moment. lien

Sauf que depuis près de 6 mois, la centrale japonaise n’a cessé de cracher césium et plutonium, et que logiquement, la densité dans l’air de ces pollutions augmente au fil du temps qui passe.

Comme le dit ACRO (association pour le contrôle radioactivité dans l’ouest) : « cette contamination aussi faible soit-elle n’est pas normale et ne doit pas être banalisée. En effet, avant la catastrophe de Fukushima, on ne trouvait ni iode 131, ni césium 134, ni césium 137 dans l’herbe, en France ». lien

La Criirad (commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) est aussi à l’œuvre, et l’on peut sur ce lien constater la présence des rejets radioactifs rejetés par la centrale japonaise grâce à un réseau de balises bien plus fines que celles proposées par l’IRSN.

Une pétition a été lancée pour une transparence totale sur la radioactivité de l’air que nous respirons. lien

Une carte du monde pollué par la catastrophe vient d’être établie. vidéo

Peut-être aurions-nous du réfléchir au discours prononcé par Oppenheimer, le père de la bombe atomique, après l’explosion de celle-ci en 1945 : « Nous savions que le monde ne serait plus jamais le même, quelques personnes riaient, quelques personnes pleuraient, la plupart des gens étaient silencieux, je me suis souvenu d’une ligne des écritures hindoues, la Bhagavad-Gita : Vishnou tente de persuader le Prince qu’il devrait faire son devoir et pour l’impressionner prend une forme aux armes multiples et dit : « maintenant, je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes ». Je suppose que nous pensions tous cela d’une façon ou d’une autre ». lien

On comprend mieux la récente déclaration d’Eva Joly qui veut en finir avec les armes nucléaires, rappelant que 4 milliards d’euros sont dépensés annuellement pour les entretenir. lien

En France, non content de continuer le programme nucléaire comme si de rien n’était, on est en train d’installer un terminal géant méthanier pour 1,5 milliards d’euros à quelques encablures de la centrale nucléaire de Gravelines, complété par 3 réservoir de gaz de 190 000 m3 chacun. lien

Le « fleuron » de notre industrie nucléaire, l’EPR, connait quelques défaillances : des trous béants laissant apparaitre la structure métallique du béton armé ont été constatés. lien

Ca ne semble pas émouvoir l’autocrate présidentiel qui continue de croire au programme nucléaire français, dur comme fer.

Car comme dit le chat de mon vieil ami africain :

« Dans le passé, il y avait plus de futur que maintenant ».

L’image illustrant l’article provient de « alterinfo.net »




par olivier cabanel (son site) samedi 3 septembre 2011 - 546 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par jandelarche (---.---.---.24) 3 septembre 2011 07:05
    jandelarche

    bonjour
    toute la chaine alimentaire mondiale sera contaminée d’ici deux ans ! 99% des gens s’en foutent royalement, ils viennent de passer deux mois au soleil ( enfin presque) à bouffer des saucisses merguez et ce qui les inquietent en ce moment, c’est le choix de la meilleur marque de vétements pour habiller leurs gosses.
    silence total assourdissant dans tous les merdias sur le sujet, lamentable !
    sinon, bravo pour ce billet (comme tous les autres d’ailleurs) heureusement qu’il y a des personnes comme vous pour prendre du temps a nous informer des vrais problemes cruciaux.
    merci

  • Par Cassino (---.---.---.251) 3 septembre 2011 09:17
    Cassino

    Sauf que le vrai danger potentiel c’est Monju et non Fukushima. Depuis le 26 août 2010, le Japon ne maîtrise plus rien pour le surgénérateur de Monju. Ce jour là, au cours d’une opération de transfert, un couvercle de plus de 3 tonnes est tombé dans le réacteur. Le 27 août l’autorité de sûreté nucléaire a décidé de mettre le surgénérateur en stand by. Il est impossible d’intervenir pendant une durée de 10 ans en raison du sodium (qui prend feu en contact avec l’air). Pendant 10 ans le surgénérateur doit rester en surveillance constante sans produire un Kw d’électricité.
    Au mois de février 2011, le responsable de l’opération de transfert s’est suicidé. Monju est situé sur une faille sismique très importante (non connu lors de la construction de la centrale) avec un potentiel de tremblement de terre de force 8 sur l’échelle de Richter.
    Quand on sait que c’est un décalage de quelques millimètres qui avait provoqué la fuite de près d’une tonne de sodium en 1995 (la centrale fut arrêté pendant 15 ans), on mesure le cataclysme que serait un tremblement de terre dans la région de Monju. Si on regarde un croquis en coupe d’un surgénérateur, on observe un nombre très important de tuyauteries, qui ne manqueront pas de céder en cas de séisme important. Entre l’incendie provoqué par les tonnes de sodium et la fuite du plutonium du surgénérateur, le Japon sera rayé de la carte.
    A part ça tout va bien, souhaitons qu’aucun séisme ne se produise dans cette région dans les 10 prochaines années.

  • Par olivier cabanel (---.---.---.235) 3 septembre 2011 10:38
    olivier cabanel

    Gaijin

    ce qui est étonnant, c’est que malgré les 2 catastrophes nucléaires, il y ait encore des pays qui n’aient pas compris qu’il était temps d’arrêter les conneries !
     smiley
  • Par Indépendance des Chercheurs (---.---.---.161) 3 septembre 2011 15:44
    Indépendance des Chercheurs

    A noter que la situation en France et dans d’autres pays est tout aussi inquiétante. Voir notre article :

    http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/09/02/danger-nucleaire-analyses-de-la-criirad-viii.html

    Danger nucléaire : analyses de la CRIIRAD (VIII)

    Le 2 septembre, Le Parisien écrit : « Du Japon, Lepage appelle à un débat sur la sortie du nucléaire », se référant à une visite de l’ancienne ministre Corinne Lepage sur le site de Fukushima. De son côté, Le Télégramme rapporte « Japon. Le nouveau gouvernement confirme l’arrêt du développement nucléaire », mais signale aussi que le gouvernement japonais se déclare en même temps « favorable à la réactivation des unités stoppées ». Les prétendus « impératifs économiques », malgré les risques ? Ou tout simplement, le monopole du nucléaire aurait-il transformé certains pays en otages qui ne parviennent pas à sortir du cercle vicieux ? Au même moment, France Culture annonce pour samedi matin (7h05 - 8h) une émission de son programme Terre à terre intitulée «  Les associations de protection de la nature et de l’environnement rentrent de vacances... » avec la participation prévue de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), du Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF), du Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets (CNIID), de l’association Inf’OGM, du Réseau Environnement Santé (RES)... Le 2 septembre, avec le titre «  Décharge nucléaire : « Genève doit se réveiller » », la Tribune

    de Genève fait état de l’inquiétude suscitée par l’autorisation en France, au Bugey (Ain), à 70 kilomètres de Genève, d’un dépôt de déchets nucléaires. De même, avec le titre « EPR de Penly : Robin des bois demande le report de l’enquête publique », Romandie News diffuse une dépêche AFP sur la demande de l’association Robin des Bois tendant à ce que l’enquête publique sur le projet de réacteur EPR de Penly en Seine-Maritime soit reporté dans l’attente des résultats des tests d’effort prévus pour l’ensemble du parc nucléaire français. Un autre EPR en difficulté est celui de Flamanville, sur lequel 24 heures commente « Un futur réacteur nucléaire « plein de trous béants » », évoquant des appréciations que l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) aurait adressées à Electricité de France (EDF). Il y serait question de centaines de failles. Où va le nucléaire français ?

    [la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/09/02/danger-nucleaire-analyses-de-la-criirad-viii.html ]

    Mais le pire dans ce type de situations est la dégénérescence des débats de « spécialistes ». Qu’il s’agisse du nucléaire où le tant vanté « esprit de groupe » verrouille tout, ou du climat où le lobbying se substitue au travail scientifique et les échanges de noms d’oiseaux sont franchement dégoutants. Voir, à ce sujet, nos articles :

    CERN : les données de l’expérience CLOUD

    Al Gore, GIEC, Prix Nobel et... « Bullshit ! »


    Cordialement

    Le Collectif Indépendance des Chercheurs
    http://science21.blogs.courrierinternational.com/
    http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia

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