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Galileo, Soyouz, Arianespace... et le management de projet (international)

Deux satellites Galileo qui se perdent en route, le programme européen n'avait pas besoin de cette nouvelle péripétie ! Heureusement, la perte de deux satellites Galileo, fabriqués en série, donc à faible coût, n'est pas in fine dramatique, d'autant qu'elle ne devrait pas décaler beaucoup la mise en service opérationnelle des services Galileo.

Ce programme est doublement international : européen par son financement, sa gouvernance et ses acteurs industriels, il a aussi une facette russe avec les lancements par Soyouz. Or le management de ces projets complexes souffre souvent au niveau de la "gestion des interfaces" (entre équipes, services, entreprises et agences gouvernementales). Est-ce le cas ici ?

De toute façon la question des responsabilités se pose. Avec peut-être la perspective de clarifier "qui fait quoi" avec les partenaires russes du programme Soyouz, comme après l'échec retentissant de l'explosion en vol d'Ariane 5 en 2002 ?

Et ne s'est-on pas réjoui trop vite à Kourou ?

Quel est le problème, et avec quelles conséquences ?


Comme nous l'avons vu dans le précédent article [1], les deux satellites Galileo lancés récemment par Arianespace avec Soyouz ont été placés sur une mauvaise orbite, qui présente trois défauts majeurs :

  1.  orbite beaucoup plus elliptique que prévue
  2.  trop basse de près de 4000 kilomètres
  3.  et dans un plan incliné de plus de 5° par rapport au plan prévu.

Et si les deux premiers écarts pourraient être compensés, au détriment de la durée de vie de ces satellites, le 3e semble irrémédiable, car les corrections de trajectoires correspondantes sont beaucoup trop consommatrices d'énergie.

"Même lorsqu'il s'agit de corriger une orbite de 1 à 2 degrés, c'est souvent toute une histoire pour la remettre dans le bon plan, et cela demande une très grande quantité d'énergie. Alors corriger plus de 5 degrés... Il faudra se poser la question de savoir si les moteurs le permettent, et si le jeu en vaut la chandelle" analyse Michel Capderou, chercheur au Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD) à l'École Polytechnique, et auteur du livre "Satellites : de Kepler au GPS". [2]

Constellation Galileo - fichier animé, WikipediaLes deux satellites semblent donc bien perdus, sans que cela ne soit dramatique :

  •  ni pour le déroulement du programme Galileo : selonJ ean Yves Le Gall président du Centre National d'Etudes Spatiales, ancien patron d'Arianespace et coordinateur interministériel du programme Galileo, "si l'origine du dysfonctionnement est rapidement identifiée et corrigée, la reprise des vols sera rapide et le retard peu significatif. L'impact pourra être absorbé sur une période de 2 ans sachant que les lancements doivent s'étaler jusqu'en 2017. Par ailleurs, le programme Galileo, au-delà des 24 satellites qui constitueront la constellation, prévoit 6 satellites de secours pour parer à de tels échecs." [3]
  •  ni pour son coût global : les satellites sont fabriqués en série, ce qui fait qu'ils ne coûtent qu'une fraction du prix d'un satellite de recherche scientifique. Et l'ensemble du projet ne dépend pas de ces 2 satellites puisqu'au final, la constellation Galileo en comptera 30. "A mon avis, on va donc rapidement les abandonner et les remplacer par d'autres au fil des nouveaux lancements" selon Michel Capderou.

Mais pourquoi une si mauvaise orbite ?


Une commission d'enquête indépendante a été nommée, qui rendra ses conclusions le 8 septembre.

Maquette de l'étage FregatMais selon Jean-Yves Le Gall,"ce qui est le plus probable, c'est que le dysfonctionnement se situe au niveau du quatrième étage du Soyouz, l'étage supérieur Fregat, qui place les satellites sur leur orbite définitive après deux impulsions consécutives". [4]

" Pour une raison encore inconnue, la deuxième impulsion n'a pas été donnée dans la bonne direction" . Selon lui, "Soyouz n'est pas directement concerné par cet échec. C'est uniquement l'étage supérieur Fregat qui est concerné. Ce module résulte d'un co-développement entre Russes et Européens que nous avons mené à la fin des années 90" et qui 'a fonctionné sans échec plus d'une quarantaine de fois".

Détecter les erreurs, quand il en est encore temps...


Mais selon nous une autre question est essentielle : pourquoi l'erreur d'orbite n'a t elle pas été détectée aussitôt ?

Car le domaine spatial regorge d'incidents, ou d'accidents, car le moindre dysfonctionnement peut causer, par exemple, une explosion de fusée -spectaculaire- en vol, très visible, et que les médias ne laissent pas passer !

Et les précédents, nombreux, sont très instructifs. Voici une liste d'événements assez récents, presque un événement par an entre 1999 et 2004 :

  •   Mars Climate Orbiter23 septembre 99, Mars Climate Orbiter, coût 193 millions de dollars. La NASA souhaitait maintenir la sonde à une altitude de 85 à 100 km. Le fournisseur (Lockheed), qui avait converti ces altitudes (la Nasa était passée au système métrique) en miles (53 - 62 miles) ne s'est donc pas inquiété quand la sonde est arrivée à 57 (km)... Mais cette altitude était trop faible, et la sonde s'est écrasée sur Mars
  • 8 septembre 2004 : la sonde spataile Genesis revient sur Terre... mais s'y écrase car son parachute ne s'ouvre pas. En cause : les accéléromètres censés déclencher son ouverture étaient montés à l'envers. "L'anomalie de montage n'avait pas été détectée au cours des trois procédures de vérification prévues avant l'envol car celles-ci avaient été effectuées de manière superficielle. La commission attribua l'anomalie à des problèmes d'organisation dans les services de la Nasa comme du constructeur"
  • 22 février 90 : 101 secondes après son décollage depuis Kourou (Guyane), la fusée Ariane 44L explose. Au sol un technicien avait oublié son chiffon dans une vanne d'alimentation en eau d'un moteur. (en mai 90, Arianespace annonce qu' elle prendra en compte non pas 9 mais 22 des 44 recommandations de la commission d' enquête sur l' échec du Vol 36)
  •   Opportunity2003, moins grave : le spectromètre APXS devant être monté sur 'Opportunity' l'a été sur 'Spirit', et vice versa ! Les capteurs ont été intervertis durant l'assemblage des deux robots, probablement lors de tests où les capteurs étaient présents sur le même banc de test. L'inversion n'aurait eu aucune conséquence si les données de calibration avaient été aussi interverties, ce qui n'a pas été le cas.

Comme le remarquait la NASA, "le problème n'a pas été l'erreur en elle-même, mais l'incapacité à détecter l'erreur". [5].

... donc s'organiser pour détecter ces erreurs en temps utile !


Et ceci peut être redit pour cette mauvaise orbite des satellites Galileo : le dysfonctionnement ne fut constaté que plusieurs heures après le lancement, alors que tous les acteurs s'étaient réjouis d'un nouveau succès ! Ainsi : 5 phases du management d'un projet Cycle de surveillance et maîtrise_ Management de projet

  • la vigilance n'aurait-elle pas commandé que des tests soient faits au moment où il était peut-être encore possible de modifier la trajectoire. ?
  • et la prudence n'aurait-elle pas imposé qu'une surveillance (automatisée) de ces paramètres essentiels, en temps réel, soit planifiée, avec avertissement des responsables dès le moindre écart par rapport à la trajectoire nominale, pour rendre possible une intervention, toujours en temps réel ?

La commission d'enquête indépendante, qui doit remettre ses conclusions le 8 septembre, saura faire apparaître ces manquements, qui semblent patents.

A contrario remarquons d'ailleurs que des vérifications, même tardives, permettent de corriger, brillamment, certains dysfonctionnement majeurs (voir encadré, reprise d'un paragraphe d'une page de Wikipedia). A condition bien sûr que les délais ne soient pas trop contraints, et que de (nombreuses) simulations puissent être faites.

L'anomalie du système de télécommunication de Huygens et Cassini

En février 2000 des tests de performance réalistes simulant les liaisons radio entre Huygens et Cassini mises en œuvre durant la descente vers le sol de Titan, détectent que, dans ces conditions, 90 % des données émises par Huygens sont perdues.

Une investigation menée par une commission comportant des représentants de l'ESA, de la NASA et des industriels concernés - Alenia Spazio en tant que concepteur du système de télécommunications et Alcatel ex-Aerospatiale en tant qu'intégrateur - permet de déterminer que les changements intervenus dans la conception de Cassini ont induit un certain flou dans le cahier des charges du système de télécommunications de Huygens. Il en résulte que les données sont transmises par Huygens dans une plage de fréquence située pratiquement à l'extérieur des capacités du récepteur de Cassini après application de l'effet Doppler induit par les mouvement relatifs des deux engins spatiaux.

Cassini - HuygensPour contourner cette anomalie une modification majeure de la trajectoire de l'orbiteur et du scénario de séparation des deux engins est décidée en juillet 2001. Pour limiter l'effet Doppler la distance entre l'orbiteur et l'atterrisseur au moment de l'arrivée de ce dernier sur Titan est portée de 1 200 km à 65 000 km ce qui diminue fortement la vitesse relative d'un engin par rapport à l'autre. Mais pour obtenir ce résultat il est nécessaire de réduire la première orbite autour de Saturne de 148 à 116 jours ce qui diminue d'un quart à un tiers la quantité d'ergols disponible pour la suite de la mission. Celle-ci s'en trouve potentiellement raccourcie de 8 à 10 mois.

Autre question pour la Commission d'enquête : vers plus de professionalisme des lancements Soyouz ?

Soyouz Galileo - 2011Une autre question à laquelle devra répondre la Commission d'enquête est relative à l'évolution dans les lancements Soyouz à Kourou : est-on allé vers de plus en plus de professionalisme ? Ou a t on constaté un relâchement, même léger ?

Puisque tous les lancements de Soyouz depuis Kourou ont été des succès, y compris le premier qui consistait justement à mettre sur orbite des satellites Galileo [6], a-t-on fait preuve de la même vigilance ? A t on appliqué les mêmes procédures ?

Un indice intéressant sera de savoir si l'on s'est réjoui aussi vite que cette fois, dans la salle de contrôle de Kourou, lors des premiers lancements des satellites Galileo, et avant de disposer de données réelles sur les trajectoires des satellites. Puisque ce sont les seules données permettant de juger du succès du lancement (il ne s'agit pas du succès total, qui lui est subordonné à une batterie de tests, à réaliser sur le satellite lui-même).

Et qu'en est-il des responsabilités respectives ?


Même si le recours aux industriels russes (de Soyouz) pose des questions spécifiques, il est utile de rappeler que les dysfonctionnements cités plus haut, dans le domaine spatial, sont aussi liés à des questions organisationnelles, à des problèmes de communication, entre deux équipes (système métrique versus 'impérial') ou deux services d'une même agence (la Nasa ici), ainsi qu'à une mauvaise organisation (des tests sur le banc de test).

Il s'git de non-conformités, bien connues par les responsables "qualité" dans une entreprise. Dont une bonne partie sont liées à la "gestion des interfaces" entre les différentes entreprises ou rganisations, entre les différents services ou équipes.

Avec la lancinante question des responsabilités, sous-jacente. "Nous avons demandé des explications aux industriels russes RKTs Progress etr NPO Lavotchkine, partenaires du programme Soyouz", assurait au JDD le patron d'Arianespace Stéphane Israël. [7]

Logo ArianespaceCar si Jean Yves Le Gall concluait : «  Est-ce que c'est lié à un élément mal programmé ou un équipement défectueux ? La commission d'enquête devra le dire. », dans ces deux cas la responsabilité d'Arianespace semble engagée :

  • dans le premier cas, par une mauvaise programmation, ou par un contrôle insuffisant de la programmation faite par d'autres
  • dans le deuxième cas, par des tests insuffisants de l'équipement en question, même si le fournisseur (russe ?) est évidemment responsable également.

L'hypothèse d'un sabotage ne peut d'ailleurs être selon nous complètement écartée, étant donnés les aspects éminemment stratégiques du programme Galmileo, qui concurrencera à la fois le GPS américain, le GLONASS russe et le BEIDU chinois. Mais même dans ce cas la responsabilité d'Arianespace resterait, in fine, engagée.

Clarifier les responsabilités respectives, comme pour Ariane 5 ECA en 2002 ?


Enfin, ne serait-il pas nécessaire de faire le même travail de clarification des responsabilités, qu'après l'échec cuisant, le 11 décembre 2002, du lancement d'une Ariane 5 ECA ? La fusée européenne était alors détruite en vol à la suite de la défaillance d'une tuyère du moteur.

Ce retentissant échec avait été finalement salutaire, car les 10 pays membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) se réunirent et trouvèrent un accord industriel et financier. Un nouveau partage du travail est réalisé entre EADS Astrium, le fabricant de la fusée, Safran, celui du moteur Vulcain, et Arianespace, la société de marketing et de commercialisation.

Astrium devint le maître d'oeuvre et fut le seul habilité à passer les contrats auprès des 86 sous-traitants du lanceur. «  Auparavant, chaque pays membre de l'ESA passait des contrats à plusieurs fournisseurs. Désormais, Astrium est le patron d'une fusée complète », insistait Alain Charmeau. De son côté, Arianespace devint l'acheteur des fusées, le négociateur avec les opérateurs de satellites (qui lui achètent un tir et une orbite) et celui qui achève la pose finale du satellite sur la fusée à Kourou.

Ariane 5 ES, ATV-4Et le lanceur Ariane 5 connut une nouvelle vie depuis 2003. Auparavant, "14 lancements et 4 échecs. Depuis, 23 lancements, autant de succès, qui proviennent", notamment, "d'une simplification de l'organisation industrielle, avec la fabrication du lanceur confiée à un seul responsable, Astrium, tandis qu'Arianespace s'occupe des lancements, de la signature des contrats à la livraison du satellite en orbite. [8] Faut-il rappeler que ces succès ont été largement étendus, avec les brillants 60 tirs réussis d'affilée d'Ariane 5, depuis cette date ?

Car cette clarification n'a probablement pas été faite aussi bien par rapport aux fournisseurs russes, qui, au vu de leurs déboires actuels (par exemple 6 échecs en 6 ans pour Proton) pourraient également bénéficier de cette démarche salutaire !

Et pour en revenir aux satellites Galileo, dont plusieurs dizaines doivent être lancés, par 2 avec Soyouz (c'était en tout cas ce qui était prévu) et par 4 avec Ariane 5, cette nouvelle clarification ne pourra être que bénéfique pour Arianespace, ne serait-ce qu'avec la perspective de la future Ariane 5 ME et/ou Ariane 6.

[1] Agoravox, 25 août 2014 "Deux satellites Galileo pas nés sous une bonne orbite !"

[2] Sciences et Avenir, 1er septembre 2014 "Galileo : Les satellites vont sans doute être abandonnés"

[3] "L'Usine Nouvelle, 28 août 2014 "L'échec de Galileo est lié à un problème de production pas de conception", affirme Jean-Yves Le Gall"

[4] La Tribune, 29 août 2014,« Échec de la mission Galileo : 'un problème de production, pas de conception'. »

[5] "en manchette sur le Net", 4 octobre 1999, "La bêtise est humaine"

[6] Europe Agenda 2010, 22 octobre 2011 "Les deux premiers satellites Galileo lancés par une fusée Soyouz, depuis Kourou"

[7] Challenges, 25 août 2014 "Galileo : que s'est-il vraiment passé ?"

[8] Europe Agenda 2010, 1er mai 2008, "Ariane 5, ses succès et la concurrence internationale"


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19 réactions à cet article    


  • Aldous Aldous 2 septembre 2014 16:49

    Peut être aussi n’était-ce pas une bonne idée d’agacer les Russes en decretant des sanction pour soutenir un régime farouchement russophobe à Kiev, juste au moment où ils mettaient en orbite notre systeme GPS.


    Ca pas bonne orbite ? Da... Nous désolé. Pas chance. 

    • Laurent Simon 2 septembre 2014 17:09

      « n’était-ce pas une bonne idée d’agacer les Russes ? »
      C’est une possibilité, certes, mais dans ces échanges Russie - UE les deux sont gagnants, normalement, et si le contrat avec Soyouz s’arrêtait, cela serait une sérieuse perte pour la Russie. Donc je ne pense pas que ce soit une volonté délibérée de la Russie.

      Mais rien n’empêche une action d’un individu, par exemple, « bien placé » pour écrire de mauvaises données dans le logiciel...


      • pat520 pat520 3 septembre 2014 09:03

        oui
        puis les américain ne doivent pas très pressé non plus de voir arriver un concurrent au GPS.

        reste aussi que l erreur est humaine.
        A suivre


        • Doume65 3 septembre 2014 10:32

          Galileo n’est pas le seul concurrents au GPS. Il existe également :
          - GlONASS, russe (renait de ces cendres en 2010)
          - Beidou (COMPASS), chinois
          - IRNSS, indien (régional)


        • Laurent Simon 3 septembre 2014 12:46

          « Glonass, Beidu... » ben oui, voir l’article. Et le système indien, mais qui effectivement est seulement régional, raison pour laquelle je n’en ai pas parlé (concurrence très limitée).


        • Laurent Simon 3 septembre 2014 12:50

          « l erreur est humaine. »... Oui, mais l’approche Qualité totale consiste justement à éviter les erreurs, même humaines, et à faire en sorte que quand il y a erreur elle puisse être corrigée à moindres coût et conséquences. Là le moindre qu’on puisse dire est qu’il y a bien une faille.


        • Doume65 3 septembre 2014 15:34

          « Glonass, Beidu... » ben oui, voir l’article »


          Mon message s’adressait à Pat520, comme le montre l’arborescence.

        • Doume65 3 septembre 2014 10:33

          de ses cendres, pardon !


          • Laurent Simon 3 septembre 2014 15:14

            Complément à l’article (Futura sciences, 3 sept.) : "...les deux premiers satellites Galileo de la phase opérationnelle seront tout de même utiles à la constellation. Ils ne pourront pas servir au fonctionnement même de la constellation Galileo, donc au positionnement, la fonction de ce GPS européen, mais seront utilisés à des fins de validation et de test.«   »Les satellites Galileo égarés seront utiles à la constellation" :
            ... s’ils ne sont pas les premiers satellites Galileo en orbite, ces deux-là sont les premiers dits opérationnels et font partie d’une série construite à la chaîne par OHB. Les précédents satellites déjà en l’air, les Giove et IOV, ont eux été construits par Airbus Espace et Thales Alenia Space.

            Il est donc très important de s’assurer que la série d’OHB fonctionne correctement. C’est pourquoi la recette de ces deux satellites sera faite et les charges utiles testées. Et pour l’Esa, réaliser ces deux phases, la LEOP et la recette, est un succès qui sauve une grande partie de la mission.


            • HELIOS HELIOS 3 septembre 2014 15:46

              Cet article ne fait que répéter et mettre a la connaissance des lecteurs Avox la TERRIBLE perte de compétence et de qualité de ce que nous faisons TOUS.


              ...plus de professionnels, plus de responsables, plus que des employés partout qui, même si en debut de carrière sont pleins d’enthousiasme, rejoignent rapidement la cohorte des robots humains.
              Même leurs chefs directs ne sont rien !

              Le règne du commercial chapeauté par le controleur de gestion lui-même souvent incompétent est soumis a la politique financière de l’entreprise a effacé toute reussite. Ce n’est même plus un monde industriel que nous croyons habiter, c’est un monde qui a tout perdu... ni orientation commerciale, ni orientation technique, ni societale... rien, du vide, juste du chiffre d’affaire pour alimenter les flux des « banques » et ce qui est produit n’est devenu, a la limite, que du residu d’activité.

              Et c’est pour cela que nous connaissons « l’obsolescence programmeé » car il faut que les flux continuent. Les plus mauvaises de ces entreprises sont en concurrence, d’autres ont résolu le probleme en etant monopolistiques sur un maximum de domaines.
              Tout ce petit monde se met d’accord pour que plus rien n’ait d’importance, le seul et unique objectif est de faire du flux financier, car c’est a ce niveau que se manifeste la survie des grands de ce monde.

              Le GPS ou Galileo ce n’est qu’une activité comme une autre, un satellite, deux, dix peu importe, et si le systeme prend dix ans de retard, ce n’est absolument pas un probleme, les licences de puces GPS (americain) continuent a générer leurs flux, et ce sont les mêmes consortium/entreprises/groupes qui vont fabriquer les puces GPS (Galileo) qui seront dans les prochains smartphone de fabrication chinoise.

              Alors, le technicien qui a oublié son chiffon, celui qui a inversé un appareil, ils ont bossés sans conscience professionnelle et le soir ils sont rentrés chez eux sans même imaginer les consequences de leurs actes.... pour les salaires qu’ils ont reçu et le respect qu’on leur demontre dans l’entreprise, pourquoi auraient ils dû s’en faire ???

              • Laurent Simon 3 septembre 2014 16:00

                @ Helios : « pour les salaires qu’ils ont reçu et le respect qu’on leur démontre dans l’entreprise, pourquoi auraient ils dû s’en faire ? » Je ne crois pas qu’on puisse dire ceci, en tout cas dans le domaine spatial. De plus la démarche Qualité consiste à ne pas accuser le lampiste (qui a oublié son chiffon, etc.), mais à chercher à créer les conditions les meilleures pour que même si une erreur se produit, elle ne dure pas longtemps et puisse être corrigée quand il en est encore temps.

                SVP, ne parachutez pas des lieux communs, des considérations du genre « café du commerce » ! Non, il n’est pas vrai que « Le GPS ou Galileo ce n’est qu’une activité comme une autre »


              • HELIOS HELIOS 3 septembre 2014 23:04

                ... je vous parle, hélas, d’experience !


                Je me suis appliqué, toute ma carriere durant, a mettre en oeuvre des demarches methodologiques qui prenaient en charge une demarche qualité.
                Au dela des bonnes intentions, la qualité reste chevillée au corps des acteurs qui la mettent en oeuvre, et s’il n’y a pas de volonté, il n’y a pas de qualité.

                Parmi quelques uns des contrats les plus technologiques que j’ai suivi, dans des environnements hautements technologiques, ceux par exemple associes a l’espace, je dois vous avouer que j’ai rencontré les mêmes personnes, partout, indubitablement irresponsables, blasés et dont le quotidien se limite a l’execution sans le moindre brin d’intelligence des taches qu’on leur confie. Toute anomalie, toute erreur n’est absolument pas relevée et lorsqu’elle l’est, c’est uniquement dans le but de se liberer plus rapidement de la mission confiée.

                Quel que soit le niveau, quel que soient les acteurs, professionnels, chercheurs, scientifiques, fournisseurs... tout le monde a quelques rares exception agit comme un marmiton et suit la recette sans rien comprendre et surtout sans rien vouloir comprendre.

                Alors pour une vraie personne ayant une conscience professionnelle ou une passion pour son boulot, combien se comportent en executant decervelé ? les lieux communs ? voyons, je ne sais pas ce que vous faites dans la vie, ce que je vous raconte, c’est du vecu, encore aujourd’hui.

                cette discussion, je l’ai eu il y a encore quelques heures alors que quelques collegues et moi devisions. Vous vous souvenez l’accident du vol Rio-Paris d’Air France ? vous avez eu dans cet avion des pilotes qui illustrent parfaitement ce que je vous dis. des gens, avec diplome, corsetés dans leur simulateur de vol qui ne connaissent que le protocole decrit dans le manuel de vol. Ce n’etaient plus des pilotes, c’etaient des executants, des « professionnels » dont la performance s’est limitée a avoir la qualification sur leur petit carnet de vol. Ils pilotaient avec le manuel de procedure. Sorti de l’epure, plus de salut !

                Sauf qu’il en sont morts entrainant avec eux plus de 200 passagers. Ils ne savaient pas piloter, les instruments une fois defaillants, il n’y avait plus personne aux commandes. C’est dur a entendre pour les passager, c’est helas la triste realité.

                Alors, le chiffon dans le lanceur, ou l’instrument interverti, ce n’est rien, cela ne coute qu’aux assurances en fait, en cela n’empeche personne de dormir.

              • Laurent Simon 4 septembre 2014 01:25

                @ Helios : Merci pour ce témoignage, même s’il n’est pas réjouissant... j’espère simplement qu’il n’est pas la règle. De mon côté, je sais que des démarches Qualité peuvent aboutir à des aberrations, quand elles sont menées par des « ayatollahs de la qualité », qui oublient l’esprit, et appliquent la lettre, en dépit du bon sens. Avec des dérives bureaucratiques, qui ne sont vraiment pas recherchées normalement !

                 Mais je sais aussi qu’il y a pas mal d’entreprises où ces démarches ont permis des succès spectaculaires. Par exemple chez Renault, au moins pendant certaines années (je ne sais pas où ils en sont maintenant).

                Pour le spatial, je ne peux pas croire que les résultats exceptionnels obtenus par Arianespace (aucun échec en 12 ans, même partiel, environ 70 lancements réussis d’affilée) aient pu l’être sans une démarche Qualité authentique.


              • HELIOS HELIOS 5 septembre 2014 02:19

                Merci Laurent d’avoir répondu.


                En fait, il y a non pas une, mais des démarches qualités, qui quelquefois se chevauchent. je parlent de démarche qualité, même lorsque ce ne sont que des approches limitées a des sous ensembles comme CMMI... et c’est sûr, cela diminue sensiblement la pagaille....

                Le seul projet qui m’a vraiment impressionné, en terme de qualité, c’est le projet ALMA - collaboration de L’ESO et des américains - ces derniers n’étant pas des plaisantins pour une fois.

                Pour répondre a votre analyse sur le spatial, sans rentrer dans les détails, j’ai plusieurs explications, ni suffisantes mais pas irréalistes hélas.

                Dans ce domaine donc, contrairement a ce qu’on peut croire, la majorité de la performance est due essentiellement a la précision des équipements et des calculs. ce qui échappe en grande partie aux contrôles de qualités globaux. Il y a une proximité intrinsèque, une consanguinité entre la démarche qualité et les démarches utilisées en recherches fondamentales, ce qui diminue les impact négatifs.

                Le spatial se compose d’éléments industriels simples et souvent très en deçà des capacités physiques exigées. Comme cela autorise une marge importante, l’erreur possible reste souvent a l’intérieur de l’espace de tolérance.
                En contrepartie, je répète le paragraphe précédent, les calculs et les outils nécessaires sont eux extraordinairement précis.

                Le dernier exemple du lancement des deux sat de Galileo est une confirmation.. regardez bien, le lancement a eu lieu, les calculs, les télémesures etc démontrent parfaitement la maitrise des satellites et pour une fois, leur orbites s’est trouvée en dehors de l’espace de tolérance, la correction complète étant impossible. 

                Sur les 72 lancements d’Ariane, combien ont été défaillants mais restés a l’intérieur de l’espace de tolérance ?
                Je ne peux pas vous répondre, mais les relations que j’ai eu avec certains membres de l’ESA me font accepter l’idée que la cata n’est pas passée bien loin, plusieurs fois....

                Apres tout, c’est le resultat qui compte, hein... sont-ils meilleurs les « autres » ???







              • Laurent Simon 5 septembre 2014 07:47

                @ Helios : Merci pour cette réponse, très complète et extrêmement intéressante. Votre explication sur les marges d’erreur est intéressante, et semble correspondre à au moins un lancement d’Ariane, le premier et peut-être le deuxième, si ma mémoire ne me fait pas défaut.

                Il a été constaté, par la suite, qu’un échec complet aurait été possible, et qu’on est passé tout près (je parle bien d’Ariane 1, mais il est effectivement tout à fait possible que la même chose s’est reproduite plus tard).

                Mais dans ce cas précis, il y a bien autre chose, et il semble même que les données transmises de Sibérie, en temps réel, laissaient entendre que les paramètres étaient ceux attendus, alors qu’on s’aperçoit plus tard que les paramètres des orbites étaient loin d’être nominaux ... Si c’est vraiment le cas, cela accréditerait l’idée d’un sabotage, très bien fait... et qui pourrait tout autant être réalisé par un service russe que par un (ou plutôt plusieurs) agent(s) double(s) très bien placé(s) chez les agences ou entreprises russes... (il faut au moins une personne pour programmer anormalement l’étage Fregat, et une (autre ?) pour transmettre (en temps réel) des données « nominales » mais qui ne correspondent pas aux mesures faites...) De l’excellent travail assurément (si c’est le cas bien sûr) !


              • Laurent Simon 5 septembre 2014 13:35

                 en + du post précédent, si c’est du sabotage.

                Il se pourrait que les « données de télémétrie venant de Sibérie », selon Arianespace, venaient en fait d’ailleurs (ou de Sibérie, mais pas de l’endroit officiel) ; ou que tout simlplement il y ait eu ’hacking’ du système d’information d’Arianespace, avec fourniture de données fausses, en temps réel, au moins au début des opérations Fregat.

                Dans ce cas, il suffisait d’une personne pour programmer anormalement l’étage Fregat, et d’une infrastruccture pour faire ce hacking, très ’professionnel’ du système d’information d’Arianespace.


              • Laurent Simon 10 septembre 2014 13:55

                à la fin du mois de septembre, seulement, au lieu du 8 septembre, les conclusions de la commission d’enquête indépendante. « Soyouz : l’enquête se poursuit après le raté de Galileo »

                La presse fait état « de la faiblesse des informations transmises pour l’instant par Moscou » . Pour le PDG d’Arianespace, c’est la partie russe « qui a la clé naturellement de cette défaillance, c’est elle qui va pouvoir nous dire ce qui s’est passé »


                • Laurent Simon 8 octobre 2014 15:49

                  La Commission d’enquête vient de rendre ses conclusions.

                  Cf ce qui était paru il y a une semaine : « Échec des satellites Galileo : deux thèses s’affrontent » (pb de conception, ou de fabrication (russe) avec pb de mauvais contrôle qualité)

                  aujourd’hui, la Commission a tranché : "L’échec Galileo : pas une erreur humaine mais une erreur de conception selon la commission d’enquête"  ; par sous-estimation des transferts thermiques (via le pont thermique que constituait une même bride pour fixer les deux tuyaux, à des températures très différentes).

                  Cependant, il reste étrange selon moi que ce problème de conception n’ait pas eu d’autre conséquence, pour les vols précédents de Soyouz utilisant le même étage Fregat.

                  S’agirait-il d’une conclusion « politique », faisant le moins de vagues possibles, pour ne pas trop impacter les relations avec la Russie (s’il s’agit d’un problème de qualité), ou avec un autre pays s’il s’agit de sabotage ?
                  Comme par exemple lorsqu’il y avait eu jusqu’en 2007 espionnage avéré (russe en l’occurrence) sur l’hélicoptère Tigre, et pour lequel l’espion (disposant de l’immunité diplomatique) avait été libéré par l’Autriche : « L’Autriche libère l’espion russe qui s’intéressait au »Tigre« d’Eurocopter » avant d’être interrogé par les services allemands...


                  • Laurent Simon 10 octobre 2014 11:33

                    Le communiqué d’Arianespace : http://bit.ly/1scdvg9

                    Ce communiqué se termine avec une déclaration du PDG d’Arianespace « La résolution de cette anomalie permettra de consolider la fiabilité du Fregat, qui a connu 45 succès consécutifs jusqu’à cette mission ».

                    En fait, d’après Wikipedia, Soyouz a connu deux échecs et un succès partiel, péripéties dont il faut croire qu’elles ne sont pas liées à l’étage Fregat (qui d’ailleurs avait « démontré, au cours d’un des deux vols (en 2000), sa capacité à rattraper une défaillance partielle du troisième étage du lanceur » Soyouz), selon la page Wikipedi sur l’étage Fregat
                    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fregat#L.27.C3.A9chec_du_lancement_du_22_ao.C3.BBt_2014.

                    Cette page Wikipedia (8 octobre, 15h19) mentionne aussi que :
                    "La commission a constaté que la conduite d’hélium était fixée par une bride non pas à la structure de l’étage comme prévu mais à la conduite d’hydrazine créant un pont thermique entre les deux. Cette erreur de montage aurait déjà été commise sur des étages Fregat ayant volé précédemment mais une utilisation différente de la propulsion aurait permis d’éviter la même défaillance". (Stefan Barensky, « Bruxelles chamboule le calendrier », Air & Cosmos, no 2423,‎ 3 octobre 2014, p. 48)

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