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Gaz de France partenaire dans une manipulation de l’opinion publique québécoise ?

Le gouvernement du Québec vient de donner le feu vert à la construction d’un terminal méthanier qui va défigurer un ensemble paysager et patrimonial reconnu parmi les plus émouvants du pays et du continent. Or, le projet né d’un consortium formé des entreprises Gaz de France, Gaz Métro et Enbridge ne répond nullement aux besoins énergétiques du Québec.

Le dernier obstacle administratif auquel faisait face le projet, la conformité à la loi sur la protection du territoire agricole québécois, a été levé bien que la commission chargée de veiller à l’application de cette loi ait recommandé de ne pas dézoner les terres où sera construit le terminal.

Dans un document qu’il a fait parvenir au Premier ministre du Québec et à plusieurs médias québécois en septembre dernier, le réputé historien de l’art Michel Lessard, écrit qu’ « amorcer la gangrène industrielle lourde dans un tel site tout à fait en dehors de la trame continue du port de Québec (à 10 km en aval de celui-ci), témoigne de la très grande pauvreté culturelle et du piètre engagement environnemental de nos élites économiques et politiques, à l’heure du développement durable ». Lessard rappelle que le site choisi par les promoteurs fait parti d’un panorama naturel et culturel unique et exceptionnel, nationalement et mondialement reconnu.

Pour Lessard, « implanter une borne d’accostage hideuse, de 600 mètres, en bordure du chenal, pour y recevoir de gros méthaniers ventrus, de 150 000 tonnes, dangereux, bruyants et suréclairés, ériger une usine de gazéification polluante, équipée de torchères hirsutes et de gros réservoirs clinquants et disgracieux de 46 mètres de haut en plein territoire agricole habité depuis une quinzaine de générations (...) apparaît comme une totale aberration et ce, même pour des esprits éclairés favorables au progrès économique ».

Le terminal Rabaska, du nom de l’entreprise formée par le consortium, emploiera tout au plus une trentaine de personnes. Or, le projet aurait très bien pu être installé à Cacouna, en aval de Québec, qui a été aménagé spécialement pour servir de port méthanier à la fin des années soixante. Un projet de partenariat avait même été envisagé avec un autre projet de port méthanier à Cacouna, mais la gourmandise financière d’un des promoteurs du projet Rabaska l’aurait fait échouer.

L’ancien président d’Hydro-Québec, André Caillé, à la tête aujourd’hui d’un organisme international d’évaluation en matière énergétique, a reconnu que le Québec n’a pas besoin de gaz naturel. Les deux ports méthaniers sont construits pour servir ses voisins américains qui ne veulent pas de l’implantation de ces dangereux postes à gaz sur leurs propres littoraux, sinon à plusieurs kilomètres off shore.

Curieusement, au moment où les États américains refusent d’accueillir chez eux, en Californie et sur la côte Atlantique, ces entreprises dangereuses et polluantes, écrit Lessard, les projets de ports méthaniers se multiplient dans les provinces maritimes canadiennes et au Québec.

Pour l’historien de l’art, Gaz de France a joué un rôle déterminant dans la décision du gouvernement du Québec. Cette entreprise de l’État français, maintenant associée à la multinationale Suez, possède les contrats d’approvisionnement en Afrique du Nord. C’est elle qui transportera éventuellement la matière combustible et explosive sous pression dans le Saint-Laurent avec ses méthaniers construits, selon sa technologie, à Saint-Nazaire. C’est elle ensuite qui pompera 40% des profits dans le consortium Rabaska. Suez-Gaz de France possède de gros investissements dans la production d’énergie sur la côte est des États-Unis, du Maine à la Floride. Elle a donc besoin de pouvoir approvisionner les établissements assurant cette production. Pour l’entreprise française, cette aventure dans son ancienne colonie signifie des milliards de dollars de bénéfice, une mine d’or.

Certains financiers majeurs du Québec ont investi dans Suez-Gaz de France, notamment la famille Desmarais comme le signalait avec précision Le Canard enchaîné, édition du 5 septembre 2007. Monsieur Desmarais était présent à la fête privée qui a suivi l’élection du président Sarkosy et il est de notoriété publique qu’il fait partie du cercle des intimes du président de la France.

Lessard n’est pas tendre envers le président français : « il a dû sourire d’aise, monsieur Sarkozy, grand ami des Desmarais, quand on lui a annoncé, à ce repas privé, que le Québec s’inclinait devant les desiderata de nos cousins français et de certains bailleurs de fonds de son élection à la présidence. Le cadeau de la France pour le 400e anniversaire de Québec, comme plusieurs l’ont souligné avec un brin d’humour triste... »

S’il se réjouit du dynamisme de nos gens d’affaires qui contribuent à notre prospérité et notre qualité de vie, Michel Lessard leur reproche leur très grande pauvreté culturelle. Rabaska est pour lui le dernier exemple en ligne au Québec d’une longue liste de gâchis où toutes les fonctions sont brassées dans des alignements et des architectures gênants et honteux. Il faut dire que le Québec n’a ni politique de protection des paysages et des littoraux, ni politique du patrimoine.

Le GIRAM, un groupe régional de sensibilisation en écologie et en patrimoine, a découvert que la plupart des mémoires favorables au projet Rabaska présentés devant le Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE), un organisme public chargé d’examiner les projets économiques qui peuvent avoir un impact sur l’environnement qui avait accepté le projet Rabaska, étaient en grande partie des textes copiés-collés rédigés par des agences de communication au service du projet. Les citoyens n’avaient qu’à signer et les remettre à un messager qui se chargeait de les acheminer à la commission du BAPE. Certains de ces mémoires auraient même été signés par des citoyens bidons.

Il semble que le consortium a dépensé d’importantes sommes d’argent dans une vaste opération de relations publiques visant à donner l’impression que la population de la région était favorable au projet.

Par ailleurs, le BAPE n’a pas tenu compte de la dimension patrimoniale du projet et la Commission des biens culturels du Québec, un organisme public chargé de conseiller le gouvernement du Québec, n’a pas été invitée à émettre un avis.

La première levée de terre du projet Rabaska aura lieu en juin 2008, si tout va bien. Le directeur de Rabaska inc, Glenn Kel­ly, a en effet admis que cer­tains ­ports méthaniers ne ver­ront ja­mais le ­jour, par­ce qu’ils n’au­ront pas ac­cès au gaz dis­po­ni­ble. On se demande bien dans ce cas pourquoi avoir choisi, comme emplacement d’un de ces projets de ports méthaniers, un lieu patrimonial unique au monde.


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5 réactions à cet article    


  • JL JL 29 octobre 2007 10:17

    bonjour, j’ai lu avec intérêt cet article. Cependant je déplore que votre conclusion commence par : «  »La première levée de terre du projet Rabaska aura lieu en juin 2008, si tout va bien.«  »

    N’auriez-vous pas du écrire pour rester cohérent : « si tout va mal » ?

    Je sais ce que vous allez répondre, et je suis d’accord, vous avez voulu dire : « si tout va bien pour eux ». Mais je vous répondrai que les gens qui font de la Com ne font pas ce genre de faute.


    • faxtronic faxtronic 29 octobre 2007 11:47

      Lessard n’est pas tendre envers le président français : « il a dû sourire d’aise, monsieur Sarkozy, grand ami des Desmarais, quand on lui a annoncé, à ce repas privé, que le Québec s’inclinait devant les desiderata de nos cousins français et de certains bailleurs de fonds de son élection à la présidence. Le cadeau de la France pour le 400e anniversaire de Québec, comme plusieurs l’ont souligné avec un brin d’humour triste... »

      C’est toujours sympa, de pisser sur la France, alors que ce sont des interets privés en jeu, pour le bien-etre du Quebec.

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