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5. Géopolitique du pétrole en Amérique Latine : des faits et des hommes

 Le risque de voir l’espace latino-américain, se marginaliser par rapport aux flux énergétiques mondiaux est réel. Les raisons sont multiples. Tout d’abord, certains secteurs liés à l’économie de l’énergie les Etats-Unis, malgré l’évidence, acceptent mal le fait qu’ils ne peuvent plus jouer un rôle central et selon leurs intérêts à la « stabilisation » du sous-continent. Paradoxalement, ils sont relayés sur place par un discours d’émancipation issu des forces et des milieux les plus « antiaméricains », qui (et cela est compréhensible), font l’amalgame entre l’ouverture du marché (globalisation) et l’interventionnisme nord-américain. Ce qui est, au moins, une faute tactique. En effet, l’ouverture du marché a permis l’entrée en force de pays comme la Chine, le Japon ou la France dont les intérêts peuvent difficilement être « combattus » de manière expéditive par Washington.

Si les grands pays historiquement producteurs (Mexique, Venezuela, Brésil mais aussi l’Argentine) semblent avoir intégré cette donnée du problème, il n’en est pas de même pour le reste de l’Amérique Latine.

Parallèlement, ces quatre pays, dans leur nouveau statut « d’émancipés », - sans pour autant éradiquer leur propre instabilité -, ont tendance à jouer un rôle interventionniste qui devient une gêne supplémentaire pour les autres pays du sous-continent. Il est évident que ces points, et même si les possibilités d’un retour en arrière sont limités, deviennent des moyens d’action de la part des Etats-Unis qui cultivent et nourrissent cette guerre verbale avec les dirigeants des pays comme le Venezuela ou la Bolivie, soulignent exagérément l’instabilité politique, proposent au sein de holdings des contrats en apparence meilleurs que ceux des pays émergeant.

Cette frilosité par rapport à une réalité (en fait bien plus apaisée qu’elle en a l’air), relayée par les organismes financiers, freine les investissements rationnels et ouvre grande la porte à d’autres, issus de la finance offshore et du marché obligataire qui le sont beaucoup moins. Ils seront, (sans que des actions concrètes ne les combattent), eux aussi, montrés du doigt comme une source supplémentaire de « l’instabilité latino-américaine ».

C’est un cercle vicieux. Mais c’est lui, essentiellement, qui comporte le plus de risques. Entre réalité et phantasmes, entre arrières pensées des uns et populisme maximaliste des autres, entre statuts fiscaux particuliers et investissements douteux, se dessine un processus d’instabilité qui mine et minera dans le futur, l’Amérique Latine. 

La main mise sur l’économie pétrochimique par les secteurs les plus douteux et controversés de la finance internationale, liés à des pratiques de blanchiment ou de malversations financières de grande envergure intègre l’Amérique Latine au sein de montages paradoxaux concernant non seulement les capitaux eux-mêmes mais des milieux sensés étanches les uns par rapport aux autres : le crime organisé, la finance, les services secrets et le terrorisme. Ainsi, le scandale de la Banque de New York (scandale « Araignée »), celui de « pétrole contre nourriture », toute une série de projets immobiliers, sont en fait liés par leurs propres protagonistes. Ces derniers sont par ailleurs très actifs aussi bien en Amérique Latine (investissements pétroliers) qu’au sein de l’espace caraïbe (Compagnies fiduciaires, pétrochimiques, d’immobilier, etc.), mais aussi dans leurs pays d’origine (Etats-Unis, Russie, Turquie, Italie, France -Corse en particulier-, Pays-Bas, etc, …). 

Ce qui est étonnant, c’est qu’il s’agit souvent d’individus au passé très lourd (comme R. Spadaro à Saint Martin), de protagonistes de scandales (comme Marc Rich gracié par le président Clinton), ou Oscar Wyatt, un des quatre inculpés pour le scandale « pétrole contre nourriture » aux Etats-Unis. Certains -toutefois très actifs aux Caraïbes et en Amérique Latine (comme le marchand d’armes Bout) - sont sur les listes de recherche d’ Interpol, du FBI ou de le DEA depuis longtemps. D’autres (comme le turc Deniz Oscan, patron de casinos aux Caraïbes), ont un dossier policier chargé dans leurs pays respectifs.

Face a l’hétérogénéité des acteurs et de leurs stratégies, la frontière entre le respect du Droit et le respect des allégeances politiques et économiques devient de plus en plus conflictuel, posant parfois de graves problèmes à certains et ouvrant des perspectives aux autres. Pour donner un exemple, Oscar Wyatt a été un des rares hommes d’affaires aux Etats-Unis à avoir déclaré son opposition à la famille Bush). Les états d’incertitude ainsi créés ont entraîné la création de situations personnelles, corporatistes et politiques favorables au développement de comportements corrupteurs et criminogènes, et recentrées sur des alliances fortes concentrées autour de groupes restreints, et des alliances à géométrie variable portées sur les groupes extérieurs. Pratiquement tous les individus précités sont « des vieilles lunes », ayant agit en Iraq, en Afrique du sud (lors de l’embargo), et en Afghanistan, comme le marchand d’armes russe Mogilevitch, qui passe sans cesse du statut de « compagnon de route » (Afghanistan, Libéria, Angola) à celui « d’ennemi public no 1 ».

Les autorités de la Grande Caïman pour faire face à des critiques de gestion grise et de place offshore douteuse a rétorqué qu’elle gérait quasi exclusivement des avoirs institutionnels. Comme ceux de « l’Etat Fujimori » par exemple, ou du Mexique de Salinas de Gottari. C’est bien là la conclusion essentielle : les risques précités ont engendré des « Etats sous influence » où l’institutionnel et le privé, le formel et l’informel se rejoignent pour créer des perspectives d’un développement économique hautement irrationnel et criminogène. 


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2 réactions à cet article    


  • jean 26 juin 2009 18:44

    Merci
    pour votre article (suite de....) je pense que votre vision synthétisée sur le dernier paragraphe est la plus correcte et participe à la globalisation.


    • Anakin Skywalker 28 juin 2009 01:00

      Bel article, bien construit et dense, avec pas mal d’informations.

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