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Géopolitique du Proche-Orient arabe

Un préalable indispensable à toute opinion étant de connaître les données du problème, cet article se propose d'apporter les éléments objectifs documentés permettant de mieux comprendre la situation actuelle dans le monde arabe au Proche-Orient.

En géopolitique, comme en géostratégie, les données de base sont essentiellement la géographie, l'histoire des pays et de leurs populations, et leur économie. Des cartes sont donc indispensables. Une excellente source est le site gulf2000, émanation de l'université de Columbia (USA), sur lequel différentes cartes thématiques de la région (ethnies, histoire, religions, etc.) sont disponibles.

Géographie

Les frontières naturelles y sont de trois types : maritimes, montagneuses et désertiques.
La Méditerranée, la Mer Rouge, l'Océan indien et le golfe persique en constituent une bonne moitié. On y retrouve naturellement une forte proportion de groupes chassés par les envahisseurs aux limites de la région.
Les montagnes sont aussi intéressantes car elles ont toujours servi de refuge et de protection aux populations persécutées. La chaîne de l'anti-Liban sépare la Syrie musulmane du Liban chrétien ; dans le même axe Nord-Sud, le djebel Ansarieh isole la zone alaouite du nord de la Syrie de la majorité sunnite du pays.
À l'Est de la région arabe, une longue chaîne de hautes montagnes sépare l'Irak de l'Iran.
La frontière nord entre zone arabe et Turquie est souvent constituée de reliefs montagneux, bien que de beaucoup plus basse altitude.
De l'Arabie au Sud jusqu'à la Syrie au Nord, une vaste zone de sable, rochers et steppes semi-désertiques sépare plusieurs pays : Irak à l'Est, Syrie et Jordanie à l'Ouest, péninsule arabique au Sud.
Au centre de l'Arabie, le Nedj – un plateau de moyenne altitude un peu mieux arrosé – a permis la sédentarisation de certaines tribus. C'est là région dans laquelle se trouve Riyad, la capitale de l'Arabie.
Un élément particulièrement vital, surtout dans ces zones inhospitalières, est l'eau : le Tigre et l'Euphrate traversent plusieurs pays dont la Turquie, la Syrie et l'Irak, y jouant le même rôle que le Nil en Égypte. La distribution de ces réserves entre pays a toujours été source de tension.
La carte suivante montre la densité de population correspondant à ces zones géographiques et climatiques. Les zones jaune et orange sont les moins peuplées, les hachurées et noires les plus peuplées. (Cette carte montre aussi les peuplements séparés de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque, en Libye, un facteur expliquant les tentatives de sécession.)



Histoire

Au cours des précédents millénaires, cette région du monde a subi une quantité impressionnante d'invasions, la musulmane étant celle qui l'a le plus marquée. Du XVIIe siècle à la fin de la Première guerre mondiale, elle faisait partie de l'empire ottoman.


C'est pendant cette guerre mondiale que deux accords très importants furent signés.

Anticipant une issue favorable, Anglais et Français signèrent les accords Sykes-Picot en 1916, partageant la région en trois zones d'influence : française au Nord (Syrie et Liban), anglaise dans les régions d'Arabie et du Golfe, arabe ailleurs.


La plupart de ces pays dont on parle beaucoup actuellement n'existaient tout simplement pas : l'Arabie séoudite, par exemple, ne date que de 1932, et le Koweit ne devint indépendant qu'en 1962. Leurs frontières, définies essentiellement par les Anglais et les Français, furent approuvées par la Société des Nations.

Le deuxième accord, dont les répercussions durent jusqu'à nos jours, fut la Déclaration Balfour promettant aux Juifs le « foyer national » qui allait devenir ultérieurement Israël. Les raisons peu connues à l'origine de cette déclaration méritent une explication.
Balfour était le ministre des Affaires étrangères du gouvernement britannique dont Lloyd George était le Premier ministre. Dans ses Memoirs of the Peace Conference, ce dernier explique les raisons et le marchandage qui conduisirent à cette déclaration : l'issue de la guerre était très incertaine, les forces en présence équilibrées, donc toute aide était bienvenue.
En échange de la Déclaration Balfour, les sionistes – qui ne faisaient pas l'unanimité parmi les Juifs de l'époque – s'engageaient à renflouer les coffres vides de l'Entente, à utiliser leur relations avec les révolutionnaires de Russie pour assurer à l'Est le blocus de l'Allemagne, et à hâter l'entrée en guerre des Américains en agissant sur l'opinion publique : « l'opinion publique en Russie et en Amérique jouait un grand rôle, et nous avions toutes les raisons de croire à l'époque que dans ces deux pays, l'amitié ou l'hostilité de la race juive [sic] pourrait faire une différence considérable. »
Lors de sa campagne électorale, le futur président américain Wilson s'était en effet déclaré pour la neutralité de son pays composé essentiellement d'Européens d'origines très variées, et la majorité des Juifs américains était favorable aux Allemands, ennemis de la très haïe Russie.
Cette modification de l'opinion sera gagnée grâce à une intense campagne de propagande, instrument développé par Edward Bernays, un double neveu de Freud :
« Bernays, qui travailla pour l'administration de Woodrow Wilson lors de la Première Guerre mondiale dans le Comité sur l'information publique, fut un influent promoteur de l'idée selon laquelle les efforts de guerre américains visaient principalement à “apporter la démocratie à toute l'Europe”. »
Cette « démocratie » désintéressée est restée un leitmotiv très familier dans les discours occidentaux actuels.
La propagande conçue par Bernays (auteur de Propaganda) s'avéra tellement efficace que certains de ses ouvrages seront retrouvés dans la bibliothèque du plus connu Goebbels.
Lloyd George précisait que la précipitation à signer la Déclaration Balfour venait du fait que les Allemands avaient déjà tenté de s'allier aux sionistes et d'agir – sans succès – sur leurs alliés turcs qui contrôlaient alors la Palestine.
Pour la petite histoire, la Déclaration fut rédigée par Leopold Amery, que l'historien William D. Rubinstein qualifia de « Juif caché », et dont le fils sera exécuté en 1945 pour trahison en faveur des nazis.

Après la IIe Guerre mondiale, la région s'est partagée pour l'essentiel entre monarchies pro-américaines (7 existent encore de nos jours) et quelques pays laïcs partisans du panarabisme alliés de l'URSS : la Syrie des Assad, l'Irak de Saddam Hussein, l'ancien Yémen du Nord et, à proximité, l'Égypte de Nasser.

Peuples

Les pays du Proche-Orient étant très récents, l'allégeance des habitants y est avant tout tribale, clanique, ethnique et religieuse avant d'être nationale. Les frontières tracées par les Français et les Britanniques n'ont pas vraiment tenu compte de ce fait qui s'avère capital. L'absence d'un État kurde et la création de l'Iraq pluri-ethnique sont deux exemples flagrants de cette découpe artificielle.
Bien que le nationalisme arabe contre l'envahisseur ottoman et les Occidentaux se développa dans le cadre de ces frontières, l'importance des divisions ethnico-religieuses est toujours d'actualité : cette carte détaillée montre la répartition ethnique dans une zone plus large s'étendant jusqu'à l'Afghanistan, carte indispensable pour comprendre la stratégie occidentale générale dans l'ensemble de ces pays.
Le Kurdistan (non arabe), s'étendant sur la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran est une ancienne source de conflits, et reste un enjeu très important comme il sera expliqué ultérieurement.

Religions

Cette région majoritairement musulmane se partage pour l'essentiel entre sunnites et chiites, deux courants qui se haïssent avec la même intensité que catholiques et protestants au temps de la Saint Barthélémy : la majorité des attentats commis le sont pour des raisons religieuses.
Cette carte montre la répartition des principales communautés religieuses dans cette région majoritairement sunnite. Les « hérétiques » chiites et les branches alaouite et druze de ce mouvement (en vert foncé sur la carte) ont été repoussés aux extrémités de la zone : Liban, Syrie, Yémen, région de Bahrein, Iran, et sud-Irak. Les chrétiens (en rouge) se sont regroupés à l'abri de l'anti-Liban.

Relations régionales

Malgré son rôle important dans cette zone, la Turquie non arabe ne sera pas abordée. Il suffit de rappeler que ce pays, dont la laïcité était garantie par les militaires, a élu un gouvernement islamiste qui s'est empressé d'emprisonner le général Ilker Basbug, ancien chef d'état-major de 2008 à 2010, et une quarantaine d'officiers généraux sous le prétexte d'un complot. (On peut s'attendre à une action similaire en Égypte en se rappelant les paroles du nouveau président Mohamed Morsi la veille de son intronisation : « Se référant aux maux de la période nassérienne, il a dit que les Frères musulmans n'oublieraient jamais les années 1960, phrase que certains ont interprétée comme un vœu de vengeance contre les nassériens. »)

Bien que partageant majoritairement la langue (l'arabe) et la religion (l'islam), les pays de cette région – et ceux du monde musulman en général – ont toujours connu des relations de voisinage pour le moins tendues.

Syrie

Ce pays a toujours revendiqué le Liban, une zone côtière de la « Grande Syrie » (en vert sur la carte) qui englobait entre autres la Palestine, le territoire actuel d'Israël, la Jordanie et l'Irak.



Un éphémère royaume de Grande Syrie vit le jour en 1920, mais la menace française le fit rapidement disparaître.

Malgré une amélioration ces dernières années, les relations de la Syrie avec ses voisins ont été généralement mauvaises : problème de territoire avec les Turcs (région d'Alexandrette annexée par la Turquie), de relations avec Israël (Golan et Palestiniens), et de choix du camp politique : les Turcs étaient alliés de l'Otan quand les Syriens l'étaient avec les Russes.
Le partage des eaux (en particulier celle de l’Euphrate), élément vital pour la Syrie, a conduit à des tensions très vives.
Pour couronner le tout, la Syrie apporta une aide importante au PKK kurde et à son leader Ocalan : « C’est cependant le soutien de la Syrie au PKK qui portera les deux pays au bord de la guerre civile en 1998. »
Les relations de la Syrie avec l'Irak ont conduit les deux pays au bord de la guerre en 1975. Les relations sont restées très mauvaises par la suite malgré quelques accords temporaires.
Avec la Jordanie, les relations ne sont pas brillantes : Abdullah I bin al-Hussein, roi de Jordanie après la création de ce pays, considérait que la Syrie faisait partie de son royaume. À la fin des années 1960, les tensions s'aggravèrent quand la Jordanie combattit l'OLP. Les traités entre Jordaniens et Israël n'ont pas amélioré la situation, mais les relations entre les deux pays se sont améliorées par la signature d'un traité après la première guerre du Golfe.
Dans le climat actuel de tensions religieuses exacerbées, il n'est guère étonnant que les seules bonnes relations du gouvernement alaouite actuel soient ses coreligionnaires chiites du Sud-Liban et ceux du gouvernement iranien.

Jordanie

L'hostilité de ce pays envers l'Irak date du renversement de la monarchie hachémite par des officiers irakiens mécontents de l'emprise occidentale favorisée par le roi sur leur pays.
Le coup d'État du 14 juillet 1958 se traduisit par l'assassinat de ce roi, cousin du roi Hussein de Jordanie. Malgré cette ancienne animosité, la Jordanie signa un traité avec l'Irak et refusa de participer à la guerre américaine.
Vis-à-vis de l'Arabie séoudite, il subsiste une ancienne hostilité : les Hachémites – un clan de la célèbre tribu des Quraych – ont été gardiens de la Mecque pendant plus d'un millénaire. L'arrière-grand-père du roi Hussein de Jordanie était encore Chérif de la Mecque et roi du Hedjaz jusqu'en 1921. En 1924, il se déclara calife, mais fut défait par Abdul Aziz al Saud, dont la descendance est toujours au pouvoir. Les intérêts économiques de la Jordanie l'incitent cependant à conserver de bonnes relations avec ses voisins.
Ce pays doit jongler entre son amitié avec les USA et Israël, une forte population de réfugiés palestiniens, les islamistes, et ses indispensables relations économiques avec les pays pétroliers.

Péninsule arabe

Les pays de cette région se caractérisent par le wahhabisme, une tendance islamique « pure et dure » pratiquement indiscernable du salafisme revendiqué par tous les factions violentes affichant le label Al-Qaeda.
En opposition totale à cette tendance extrémiste, plusieurs pays pétroliers ont depuis longtemps signé des accords de « protection » avec les très mécréants Américains et Britanniques. Le Pacte du Quincy, par exemple, entérinait en 1945 leur protection des Séoudiens en échange de l'accès au pétrole.
La carte des religions montre une forte concentration chiite dans l'Est du pays, dans les émirats et au Yémen.

Arabie séoudite

Il est inutile de rappeler la haine de ce pays envers l'Irak de Saddam Hussein et l'Iran, deux gros pays que les Saud craignaient et craignent toujours. Saddam Hussein semblait ne s'intéresser qu'au seul Koweit, et l'Iran est haï pour deux raisons : sa religion chiite et le mauvais exemple qu'une révolution populaire pourrait donner aux sujets de ces peu démocrates monarques.

Qatar

Ce petit pays richissime est un très actif soutien financier des Salafistes et des Frères Musulmans. Il entretient des relations tendues avec son grand voisin l'Arabie. C'est par un coup d'État que l'actuel émir du Qatar avait déposé son père soutenu par les Saud, et des incidents de frontières ont causé la mort de 3 soldats séoudiens. Certaines sources évoquent même une tentative d'assassinat de l'émir par des comploteurs financés par l'Arabie. Les relations aussi ambigües qu'hypocrites du Qatar avec l'Iran, avec lequel il partage une zone d'hydrocarbures, n'ont pas amélioré la situation. On note cependant une amélioration récente, particulièrement visible dans le curieux soutien de ces monarchies aux révolutions « démocratiques ».

Yemen

Cette importante zone de conflit contient une forte population chiite. L'unification du Yémen du Sud marxiste et sunnite, et de l'ancienne République arabe du Yémen chiite (Yémen du Nord) ne date que de 1990. Contrairement à ses voisins du Nord, le Yémen est l'un des pays les plus pauvres de la planète.

Économie

Basée essentiellement sur les hydrocarbures, elle sera abordée dans l'article suivant.
Il est toutefois important de signaler que la grande sècheresse de 2008-2010 dans le Croissant fertile entraina un exode massif (estimé à près d'un million) de paysans syriens ruinés vers les villes. Ce problème social s'ajoute aux autres facteurs de la révolution syrienne, d'autant que nombre de Kurdes sont concernés : « la crise agricole est une vulnérabilité supplémentaire en partie parce qu'elle a lieu dans la région où réside l'indocile minorité kurde. »

Un article ultérieur abordera les stratégies, en particulier celle des gouvernements occidentaux qui soutiennent dans cette région les djihadistes qu'ils combattent chez eux.


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Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • Gonzague Gonzague 8 août 2012 12:43

    Merci pour cette article. J’espère que vous développerez dans votre prochain opus la question de la sécheresse (et ses répercussions) abordée en filigranes dans le dernier « chapitre ».

    L’aspect climatique est bien souvent considéré comme trivial dans les analyses géopolitiques, alors qu’il est tout ce qu’il y a de plus central. 

    • Gonzague Gonzague 8 août 2012 13:40

      Il fallait bien sûr lire « cet article » ou « cette tribune » mais non pas « cette article ». 

      Mea culpum, maxima culpurum. 

    • wawa wawa 8 août 2012 13:00

      clair et concis. j’attends la suite avec impatience


      • dawei dawei 8 août 2012 13:49

        bravo pour votre article clair, concis, instructif et honnête,
        je relève une subtile fausse naïveté sur la phrase,
        "On note cependant une amélioration récente, particulièrement visible dans le curieux soutien de ces monarchies aux révolutions « démocratiques »" smiley
        j’espère sereinement que vos prochains développements déniaiseront ce point crucial ! smiley


        • Marc Bruxman 8 août 2012 16:44

          La CIA voulait depuis longtemps faire tomber certains de ces régimes pour pouvoir controler ce qui l’intéresse dans la région. Elles ont réussi en mode low cost avec peu de frais à atteindre leur objectif.

          Avant :
          Un dictateur opresse un peuple et empéche les occidentaux de se servir en pétrole comme ils le souhaiteraient. (Traduire, à pas cher).

          Pendant :
          Le peuple se révolte contre le dictateur, les occidentaux encouragent ce peuple à affaiblir le dictateur puis s’insurge que le peuple se prend des bombes sur la geule. On leur fait envoyer quelques kalachnikov pour qu’ils fassent la guerre pour nous et on fournit un appui aérien ce qui est une option « low cost ».

          Après :
          Le dictateur est renversé, c’est le bordel. Les occidentaux signent des deals pétroliers mais comme il faut tout reconstruire (des entreprises occidentales le feront), on baisse le prix d’achat du pétrole. On file quelques cacawetes au nouveau gouvernement local pour qu’ils protégent les installations pétroliéres. Quand le peuple se révoltera le nouveau gouvernement s’en occupera, mais on ne le verra pas à la tv.

          En Syrie, c’est encore plus low cost et moins cher (pas de pétrole) mais le but est de démilitariser complétement la région. Les saoudiens et quataris ont tord de kiffer l’élimination de leurs ennemis régionaux. Leur tour viendra. 


        • Marc Bruxman 8 août 2012 16:38

          Bon article,

          Effectivement le moyen orient est une poudriére du fait de nos actions passées à l’époque ou nous n’étions pas autant dépendent de leurs hydrocarbures. Les politiques passées ont foutues un beau bordel, la plus déstabilisante étant la création d’Israel. Mais cela nous arrangeait. Non seulement comme vous le dites ils nous ont aidés, mais en créant Israel on a d’une certaine façon espéré régler le problème de l’antisémitisme en permettant à cette population de rentrer chez elle. Ce choix fut funeste.

          Demain, l’occident va refaire ses choix et c’est le pétrole qui va guider ses choix car il en a besoin. Les révolutions arabes ont permis de déstabiliser des zones géographiques entiéres ce qui est un cadeau inespéré pour l’occident. A défaut de gouvernement fort, on va pouvoir se servir sans avoir à faire la guerre, quitte à militariser les points de production (mais on le fait très bien au Nigéria). Les drones vont permettre une occupation à faible coût.

          Le message est clair : Tout état qui fera obstacle à l’exploitation du pétrole par l’occident sera éliminé quel qu’en soit le coût. Si Israel aide à remplir cet objectif, cet état sera aidé, dans le cas contraire il sera sacrifié sans hésiter et une seconde tragédie s’ensuivra. Malheureusement il y en eut beaucoup à Jérusalem et les gens s’étripent dans cette ville depuis des millénaires.

          Puis un jour, il y aura moins besoin de pétrole, nous utiliserons d’autres énergies. On partira alors de ses régions et peut être pourront elles se reconstruire. On leur exportera notre culture et on se dira que cela fait des débouchés commerciaux. Les jeunes trouveront ca bien. Après tant de guerre et d’horreurs, leur culture sera prête pour un « reset ».

          Cela vous parait trash ? Oui mais notre mode de vie n’est possible que grâce à ces horreurs. Nous sommes dépendents du pétrole et en conséquence, nous ferons les pires horreurs pour le conserver.


          • Traroth Traroth 8 août 2012 18:31

            Un point dont le développement me parait intéressant, c’est la situation dans les régions qui font interface avec le reste du monde : Turquie, Inde, Iran, Sahel, Soudan, Caucase, Israël...


            • Alex Alex 8 août 2012 19:14

              J’ai oublié de donner un lien pour une lecture en ligne du livre de Lloyd George.
              Le voici.

              Une nouvelle du jour pour corroborer l’animosité entre militaires et islamistes en Égypte : le gouvernement a profité de la récente attaque dans le Sinaï pour limoger quelques militaires, dont Mourad Mouafi, chef du renseignement militaire égyptien,  « l’un des piliers de l’ancien régime ».

              @ Traroth

              J’aborderai peut-être certains de ces sujets, mais je préfère traiter en premier ce qui est prouvé et documenté avant d’aborder le domaine plus subjectif des hypothèses.
              Certains auteurs d’Agoravox, spécialistes des services secrets, de la CIA, d’Al Qaeda et de Ben Laden, pourront sans doute mieux vous informer.


              • morice morice 17 avril 2013 09:33

                Certains auteurs d’Agoravox, spécialistes des services secrets, de la CIA, d’Al Qaeda et de Ben Laden, pourront sans doute mieux vous informer.


                provoc de schpountz

              • easy easy 13 août 2012 10:53


                Ce genre de synthèse est très occidentaliste. En quelques mots, quelques dessins on donne l’impression d’avoir tout cerner, pesé, emballé.

                D’un point de vue français, votre paquet est parfait.


                Il peut très bien suffire aux Français et voisins co-culturels pour acquérir une « idée sur la chose » puis, du coup, d’en parler doctement, donc d’en juger ou d’arbitrer.

                Pendant le siècle des Croisades, pendant celui de la colonisation machiniste, les Français et leurs camarades de classe culturelle ont fait ce genre de tableau, portrait, bourré d’évidences trop évidentes. On ne peint pas le sacre de Napoléon en cadrant sur les bas-côtés de Notre-Dame n’est-ce pas. On cadre plein pot sur ce que l’on veut passer au stabilo.

                C’est amplement suffisant pour se donner une impression de savoir.
                C’est amplement suffisant pour en discuter entre camarades de classe.
                C’est donc amplement suffisant pour se voir un bon droit d’agir.

                Je sais la chose donc je peux agir dessus, j’ai le droit d’agir dessus. Et comme je la sais mieux que les embrouillés qui se savent pas en dire des choses aussi marquantes, j’ai certainement le droit d’agir dessus.
                Savoir classer permet d’agir sur le classement, permet d’ordonner 


                Oui, la Syrie (ce n’est qu’un exemple), ou plus exactement les autorités institutionnelles syriennes peuvent utiliser la même terminologie que celle des classificateurs. Oui, ils utilisent le mot « pays » en soulignant sa définition selon la grammaire des classificateurs, donc par les frontières, au mètre près.

                Mais comment un aborigène d’Australie n’ayant jamais entendu parler de frontière pourrait-il dire son non frontiérisme ? Comment pourrait-il parler de quelque chose dont il n’a pas le concept ?
                A force de coups de fouets et de fusils, il finira par piger ce concept (ainsi que celui de propriété) il en viendra lui aussi à utiliser cette terminologie étrangère mais de quoi parlera-t-il alors ?
                Même en tant que résistant ou protestataire anti frontières, il contribuera malgré lui à prononcer le mot frontière. En disant je suis opposé aux frontières, il reconnaît déjà le concept de frontière et il est donc fondamentalement écrasé, aculturé, dépossédé de sa vision originelle.

                Et l’introduction dans sa vision originelle du mot frontière, va, par effet de domino, ébranler, dé-cohérencer toute sa Vision originelle. Il est colonisé déjà par le mot, par le concept nouveau qui s’introduit en lui et les siens en sorte de cheval de Troie culturel.


                Avant Vauban, le mot pays existait et incluait des tas de faits mais pas celui de frontière précise. Ca voulait dire zone d’un point de vue géo politique
                Les Français n’ont compris le mot pays avec la notion de frontière au mètre près que récemment et l’ont imposée au Monde entier. Le dessin précis, la cartographie précise que vous adorez a tout chamboulé.

                Il n’y a pas que le mot pays en sa nouvelle acception qui a foutu le boxon.



                Voici ce que le gouvernement britannique a répondu à Hussein en 1918, après avoir découvert que dans le dos des Arabes qui modus vivendisaient avec les Turcs, les Français et les Anglais fomentaient le dépeçage de l’empire Ottoman et que sur leur carte-projet Syke -Picot que vous nous exposez, il n’apparaissait pas de pays arabe indépendant (En dépit de ce que Lawrence voulait et promettait)

                « Le Gouvernement de sa Majesté et ses alliés n’ont pas abandonné leur politique qui consiste à apporter leur concours le plus entier à tous les mouvements qui luttent pour la libération des Nations opprimées. En vertu de ce principe, ils sont plus que jamais résolus à soutenir les peuples arabes dans leur effort pour instaurer un Monde arabe dans lequel la loi remplacera l’arbitraire ottoman et où l’unité prévaudra sur les rivalités artificiellement provoquées par les intrigues des administrations turques.

                Le Gouvernement de Sa Majesté confirme ses promesses antérieures concernant la libération des peuples arabes. »


                C’est un paradigme de discours bourré de termes flous (alors qu’Hussein exigeait une réponse hyper claire) tous issus de la classe franco-britannique et son articulation fondamentale se fait sur le triangle de Karpman.
                Je suis l’Archange (occidental). Je détecte une Victime (l’Arabe). Je détecte son Bourreau (le Turc). ALORS (parce que j’ai été capable de ce travail intellectuel) Je peux juger et je peux condamner le Bourreau, défaire le modus vivendi qu’il avait avec sa Victime (mais Je n’utiliserai pas le terme modus vivendi, bien entendu, J’utiliserai le terme de sujétion, de soumission) et Installer l’Ordre que Je sais être le meilleur. Je suis héroïque.


                Et Hussein se retrouve emberlificoté par cette rhétorique d’araignée


                Votre style, parfait d’un point de vue franco-anglais, permet, à quiconque le trouve séduisant, de se sentir le droit de juger, le droit de condamner, le droit de trancher.
                C’est la meilleure manière de ne comprendre les autres qu’à travers sa propre grille de lecture.


                Vous auriez 20/20 à Saint Cyr, aussi bien avant qu’après Dien Bien Phu




                • Alex Alex 13 août 2012 14:40

                  « Votre style, parfait d’un point de vue franco-anglais, permet, à quiconque le trouve séduisant, de se sentir le droit de juger, le droit de condamner, le droit de trancher.
                  C’est la meilleure manière de ne comprendre les autres qu’à travers sa propre grille de lecture. »

                  Merci pour ce long commentaire.
                  Je ne prétends détenir ni la vérité, ni toutes les informations dans ce domaine : j’attendais des corrections et ajouts qui m’auraient intéressé. Mon but n’était pas de juger (de quel droit le ferais-je ?), mais de faire une synthèse la plus objective possible.

                  Il me semble avoir précisé que ces frontières en grande partie tracées par les Français étaient souvent artificielles. J’aurais pu évoquer le cas de l’ancienne AOF découpée suivant des contours Nord-Sud alors que les répartitions ethnique et religieuse sont plus souvent Est-Ouest.
                  L’un de mes buts était de ne pas surcharger le texte pour le rendre plus lisible : il est donc simplificateur.

                  Certains aspects importants n’ont pas encore été abordés : ils le seront dans le prochain article sur les composantes arabo-musulmanes de la région, replacées dans un contexte historique.


                  • easy easy 13 août 2012 15:36

                    «  »«  »«  La plupart de ces pays dont on parle beaucoup actuellement n’existaient tout simplement pas : l’Arabie séoudite, par exemple, ne date que de 1932, et le Koweit ne devint indépendant qu’en 1962. Leurs frontières, définies essentiellement par les Anglais et les Français, furent approuvées par la Société des Nations. »«  »«  »

                    C’est vrai.

                    C’est saintcyriennement vrai.

                    Ca expose que ces pays ne sont des pays que grâce voire à cause à la France et ses camarades.

                    Cela alors qu’on sait que les autorités de ces pays s’accrochent à cette définition pour se défendre d’une redéfinition occidentaliste.

                    Cela pendant qu’on sait tous, dans ce coin du monde et implicitement, que quiconque a créé un jouet a le bon droit de le détruire. C’est la définition même de l’abrahamisme.



                    Le recours à la grammaire française, l’emploi du mot pays, est très délicat. Il serait déjà plus facile de l’employer avec un rappel objectif en « Attention, pays est un mot français et redéfini après Vauban »

                    Alors que là, on se retrouve avec une définition française récupérée, validée par les pouvoirs en place. Ces pouvoirs considérant que du moment qu’ils validaient les tracès Blancs, ils avaient moins de soucis avec eux et pouvaient donc traiter leurs populations otages comme ils le veulent.

                    Cette extrême difficulté à dire l’artificialité du mot pays, car les Occidentaux y tiennent et parce que les pouvoirs en place y tiennent aussi, conduit, pour qui voudrait vraiment s’attaquer à cette sémantique, à ne pas l’utiliser.
                    On peut bien entendu utiliser tout de même ce mot pour parler de monnaies, de tourisme, de choses légères mais au moment où, comme vous le faites ici, on parle de géopolitique, on doit s’en abstenir et dire pourquoi ou au moins poser un préambule tout en prudence.

                    Mieux que le seul refus du mot pays (en son acception pot Vauban) il conviendrait, surtout quand on prétend à l’objectiivé, de ressusciter l’acception précédente.

                    Ce serait là un exercice des plus difficiles tant on manquerait de grammaire vierge de tout esprit cadre-ligne-tracé, de notre tendance cataphatique toute en Existe Vs N’existe pas.
                    C’est hyper difficile, mais c’est la seule chose qui vaille d’être faite.


                    Car soit on est très content de la situation actuelle, très content de croire qu’on peut arranger un truc en intervenant dessus, tout ça comme sur un moteur de bagnole et on n’a aucune raison de changer de grammaire.
                    Soit on convient que nous n’allons que de Charybde en Scylla, que nos interventions provoquent bien trop de chocs ingérables (car l’homme parvient à gérer des chocs mais pas des avalanches), et on doit faire le très grand effort de renoncer même et d’abord à notre grammaire choquiste. 

                    C’est du jour au lendemain que des gens se sont retrouvés séparés par une « frontière ». Du jour au lendemain. Ils auraient pu gérer un concept de frontière se construisant sur des siècles, comme ça s’est passé en France. Mais ils ne peuvent pas gérer le choc d’une frontière décrétée du jour au lendemain.

                    Or, pour ces gens, non seulement ils se sont retrouvés très brutalement frontiarisés mais le pire c’est que le a-frontière qui était le leur n’avait même pas été conceptualisé. Le concept a-frontière n’existait pas. Ils n’y avaient jamais pensé. Ils ne s’étaient jamais dit « Nous refusons les frontières ». Ils n’avaient aucune grammaire ni frontière ni anti frontière.
                    De sorte qu’à un vide apophatique, à une chose incogniscible, il s’est susbsitué de force une chose énorme, très concrète et portant un nom très défini.

                    Contre le concept de frontière, il n’y a que le rien de l’apophatique.





                     
                    Je veux bien qu’un saintcyrien expose un topo tout en « pays », avec de belles cartes, dans un contexte aujourd’hui-aujourd’hui
                    Mais quand je vois un savant faire un topo d’une région qui a été très paysée par les Occidentaux en racontant l’avant, le pendant et l’après, sans se départir de la grammaire saintcyrienne, je le vois saintcyrien, rien de plus rien de moins.


                    Contre exemple : Lawrence. Voilà un type qui, quoique siantcyrien de culture et même de devoir, même de mission, a vécu et écrit la chose d’une manière non saintcyrienne. Il a su, parce qu’il s’était vraiment imprégné de l’esprit des nomades, des ignorants de la frontière, nous en parler de sorte à nous faire entendre la pensée de ces non cartésiens, de ces non cartographes.

                    (l’art Déco tout en règle et compas, a surgi au moment où l’Occident à placé ces intruments sur le Globe)



                  • Alex Alex 13 août 2012 20:16

                    « Mieux que le seul refus du mot pays (en son acception pot Vauban) il conviendrait, surtout quand on prétend à l’objectivité, de ressusciter l’acception précédente. »

                    Les noms actuels permettent de situer des zones géographiques.
                    Quelle que soit leur origine, les frontières actuelles délimitent des régions contrôlées par des gouvernements. En dehors des zones litigieuses (Irak-Kurdistan), je ne suis pas sûr que la majorité des habitants les remettent en cause.
                    Je reconnais avoir été un peu bref sur la définition de ces frontières et des pays créés : elles correspondent pour beaucoup à des limites naturelles ou historiques. Il suffit de regarder les modifications en Europe au cours des 150 dernières années pour constater que cette région n’est pas la seule à avoir été concernée.

                    « Ce serait là un exercice des plus difficiles tant on manquerait de grammaire vierge de tout esprit cadre-ligne-tracé... C’est hyper difficile, mais c’est la seule chose qui vaille d’être faite. »

                    En appliquant vos principes, on n’écrirait plus rien sans un long préambule.

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