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Google : 0, Censure : -1

Le 12 janvier, David Drummond, vice-président de Google, publie un billet sur son blog, annonçant la décision de l’entreprise de ne plus respecter les règles de censure du gouvernement chinois, fut-ce au prix de son éviction du marché. Il présente comme casus belli des attaques en provenance de Chine visant notamment des comptes de courriel de dissidents chinois.

Si ce conflit entraîne dans l’immédiat des incertitudes sur l’avenir de la multinationale dans cette moitié de la toile mondiale que représente le marché chinois, il a déjà surtout pour conséquence de défier les certitudes du gouvernement, devant l’opinion publique internationale, mais aussi devant ses propres citoyens.

L’affaire survient dans une Chine complexe, où la presse écrite a pu librement rapporter la plupart des faits, et où la ligne de défense officielle témoigne d’un réel débat interne. Elle permet aux internautes chinois de démontrer à nouveau leur force et leur attachement à la liberté.

Pas de censure sur la censure
 
Le Quotidien légal du soir (法 制晚报) est un journal comme beaucoup d’autres en Chine, loyaliste et s’aventurant rarement sur les débats d’idées. Néanmoins, son édition du 13 affiche en « une » la décision de Google de se retirer de Chine, et fait figurer une photographie des bureaux pékinois de l’entreprise. Malgré quelques circonvolutions alambiquées, mettant d’abord en avant les attaques à « grande échelle » qu’aurait subi Google, venant peut-être de Taiwan, « selon le New York Times », l’article finit par rapporter que la censure chinoise est « la raison principale » de la décision du géant informatique.


Pratiquement toute la presse chinoise a ainsi évoqué la censure. Les titres les plus libéraux, comme le quotidien de Pékin Xin Jing Bao (新京报), se sont aussi fait l’écho de réactions d’internautes se félicitant de la position de Google, qui mettrait ses principes avant les affaires, fidèle en cela au véritable « esprit d’internet ». Presque tous les médias ont également rendu compte des dépôts de gerbes et de messages d’adieu et de solidarité des Pékinois devant les bureaux de Google, par des brèves mais également des photographies.



Le débat a été légèrement calmé dès le 15, la presse libérale ne publiant presque plus d’articles sur le sujet, et la presse loyaliste diffusant des bémols, accréditant notamment l’idée que le retrait de Chine serait « d’abord dû » à de mauvais résultats financiers, se retranchant notamment derrière un article du quotidien britannique Daily Telegraph. Cependant, le Quotidien de la Jeunesse de Pékin (北京青年报) s’est par exemple permis de publier un papier un brin malicieux, rapportant que la direction de Google Chine avait acheté 200 billets de cinéma pour que ses employés venus au bureau malgré leur « chômage technique » puissent aller voir « Avatar » dans une salle du voisinage.

Les clivages de la ligne de défense officielle 

Le fameux Huanqiu Shibao (环球时报), appartenant au groupe du Quotidien du Peuple, est le fer de lance médiatique de la défense du pays face aux critiques de l’étranger. Dans son édition du 14 janvier, alors que la plupart de ses confrères consacraient la plus grande partie de leur « une » au séisme haïtien, il met l’accent sur l’affaire Google, avec un titre très réfléchi : « Google menace de se retirer du marché chinois ».

Très vite, le quotidien dévoile son argumentation principale, sous couvert de la reprise d’une accroche de l’agence Reuters : « Google has embarked on a game of brinkmanship in China », est légèrement sur-interprété en chinois « [Google] joue un jeu de guerre politique de l’abîme » (« 玩战争边缘政策游戏 »). L’article met l’accent sur le fait que la stratégie de Google est éminemment politique, voire de nature à « provoquer une crise entre la Chine et les Etats-Unis ». Il met en parallèle les réactions de soutien quasi-immédiates de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et du Congrès américain avec le silence initial du gouvernement chinois.

Cependant, et c’est un phénomène assez nouveau, le journal donne aussi la parole à des étudiants chinois anonymes, dont l’un affirme s’être rendu immédiatement devant les bureaux de Google Pékin, affolé à l’idée que la firme puisse quitter la Chine.

De plus, les experts cités par le Huanqiu Shibao font plutôt dans la finesse : selon un certain M. Zhang, « le gouvernement veut limiter l’ouverture pour garantir la sécurité de l’information pour se concentrer sur le développement ». Le malentendu avec l’Occident s’expliquerait par le fait que pour les valeurs de la démocratie occidentale, « le contenu des recherches sur internet n’est pas un problème. » Mais, selon Liu Xiaoying, professeur à l’Université de Communication, il l’y aurait un espoir d’une réconciliation entre les deux systèmes de valeur, car l’internet chinois serait « de plus en plus ouvert », et cette tendance « ne pourrait être inversée ».

La conclusion du Huanqiu est amenée de manière logique : si la Chine est elle-même sur la bonne voie, de quel droit Google la juge-t-il et empiète-t-il sur ses droits souverains ?

Un éditorial daté du 15 et signé du pseudonyme « pluie instantanée » s’inscrit dans la même nuance, reconnaissant l’utilité de Google mais discutant de la nécessité de se changer soi-même pour le garder.

Le quotidien ne tombe dans la caricature qu’en essayant d’expliquer laborieusement que le sondage qu’il avait mis en ligne a été piraté, et que ce ne serait pas 70% des internautes chinois qui soutiendraient Google, mais seulement 30%.



Une même prudence doctrinale se dessine dans les réactions de Jiang Yu, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères chinois, qui affirme lors de la conférence de presse du 14 que « l’internet chinois est ouvert », et que « le gouvernement chinois encourage le développement d’internet, s’efforçant de créer un environnement propice au développement sain d’internet », opposé à « tout forme de cyber-attaque ». Elle se défend de tout particularisme chinois, avançant que la gestion de l’internet par la Chine est « conforme aux méthodes internationales en vigueur ». Elle conclue en soulignant que « la Chine est heureuse d’accueillir les activités conformes à la loi des entreprises internet internationales ».

Le Quotidien de la Jeunesse de Pékin choisit délibérément de mettre l’affaire en valeur, avec le titre « 7 questions sur Google en une demi-heure lors de la conférence de presse ». Le Xin Jing Bao se permet quant à lui de relever qu’un journaliste a alors posé une question pour savoir si Youtube était ou non censuré en Chine, et cite la réponse de Jiang Yu « je ne suis pas au courant ». A la sortie de la conférence de presse, un journaliste chinois grommelait en privé : « Pas au courant ! Quels cons ! Ces diplomates font passer les Chinois pour des cons ! »

« Retour à l’âge de la pierre » : Google massivement soutenu par les internautes chinois

Sun Yunfeng, directeur artistique chez Baidu, le concurrent chinois de Google, s’est soudain retrouvé sous les feux de l’actualité pour avoir publié une tribune vilipendant la société californienne sur son blog (il accusait notamment Google de se donner une posture démocratique pour justifier une décision purement économique). Il a rapidement dû fermer les commentaires puis son blog, tellement il recevait d’insultes (copie de l’article ici).



L’écrasante majorité des réactions sur les forums sont favorables à Google : « Google, c’est une bonne entreprise. Chacun doit avoir une éthique », « Google était une lumière dans le noir. Malheureusement, cela n’a pas duré », « Attitude pleine d’honneur de Google ! La liberté ou la mort ! », « Où sommes-nous ? En Corée du Nord ? », « Les valeurs de Google sont aussi les valeurs du peuple chinois. Cela montre le conflit entre les intérêts du parti communiste et du peuple, et non pas entre l’Orient et l’Occident ». Sur les espaces de discussions dédiés à l’informatique, des craintes s’expriment de « retour à l’âge de pierre ». C’est également sur cette métaphore préhistorique que le blogueur Zhang Wen a choisi de terminer son papier.



Le phénomène le plus remarquable s’observe dans les surnoms en forme de messages personnels communément utilisés dans les messageries instantanées. Au printemps 2008, de très nombreux chinois avaient rajouté la phrase « j’aime la Chine » écrite avec un cœur, en réaction aux attaques des médias internationaux et aux incidents ayant perturbé le parcours de la flamme olympique. Le séisme de Wenchuan en mai 2008 avait également suscité un mouvement similaire. Aujourd’hui, ce genre d’action s’observe pour la troisième fois de l’histoire de l’internet chinois, pour soutenir Google. Ce n’est pas aussi massif qu’en 2008, et les messages sont plus personnels : « Google, tu as des couilles, je ne l’aurais pas cru, je t’aime à nouveau ! », « Google, tu es très cool dernièrement », « Google, si tu pars, comment vais-je faire ? »
 
 

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8 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 18 janvier 2010 13:01

    cela donne effectivement une bonne idee de ce qui peut passer dans les media chinois sur un sujet aussi epineux. le regime central semble jouer la carte du non-evenement style « c’est une decision industrielle privee d’une societe qui ne regarde que Google ».

    Big G se donne le beau role dans l’histoire, mais surtout vis a vis de l’opinion publique occidentale au moment ou il subit d’importantes critiques :
    http://mot-bile.blogspot.com/2010/01/google-in-china-dont-be-evil-anymore.html


    • Renaud de Spens Renaud de Spens 18 janvier 2010 16:48

      Oups, une coquille dans la première phrase  smiley :

      Le 12 janvier, David Drummond, vice-président de Google, publie un billet sur son blog, annonçant la décision de l’entreprise de ne plus respecter les règles de censure du gouvernement chinois, fusse au prix de son éviction du marché.

      Mea maxima culpa.


      • xray 18 janvier 2010 21:16


        Google ne respecte que ses propres règles de sencure. 

        Google, Blog-spot,  Le Post 
        http://lanichechienfaitdelarsistance.blogspot.com/ 



        • HanKuang HanKuang 18 janvier 2010 21:31

          Dans ce cas, DEHORS, allez OUSTE

          La Chine, ce n’est pas la France avec la « racaille » (dixit Nicolas SARKOZY) de ses « zones de non-droit » !

          Les contrevenants peuvent même être executés en cas, par exemple, de traffic de drogue.


        • HanKuang HanKuang 18 janvier 2010 21:28

          (1) Votre titre comporte une erreur : c’est en réalité Google : ZERO, Censure : UN

          (2) Il existe une propension fréquente, chez les Américains et leur factotum, à menacer ceux qui leur tiennent tête, de les ramener « à l’âge de pierre » ! Au Vietnam, cela s’est terminé par la pire des débacles — souvenez-vous des images de Saigon en 1975 !

          (3) Le gouvernement chinois est soutenu à plus de 70 % par ses internautes selon un sondage effectué par Global Times.

          (4) Que Google partes le plus tôt, avant d’en être chassé s’il ne se conforme aux lois en vigueur sur le territoire chinois ! (Ce n’est pas la France avec, dixit son illustre président du moment, M. Nicolas SARKOZY, la « racaille » des « zones de non-droit ».)

          (5) Les chinois sont maîtres chez eux, souvenez-vous en.


          • HanKuang HanKuang 18 janvier 2010 21:30

            Dans ce cas, DEHORS, allez OUSTE

            La Chine, ce n’est pas la France avec la « racaille » (dixit Nicolas SARKOZY) de ses « zones de non-droit » !

            Les contrevenants peuvent même être executés en cas, par exemple, de traffic de drogue.


            • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 18 janvier 2010 21:40

              C’est super : vous préférez la PROPAGANDE GOUVERNEMENTALE à sa CONTESTATION !

              Belle mentalité d’ESCLAVE !

              J’espère que vos MAITRES vous engraissent car vous êtes un esclave motivé !


            • pingveno 19 janvier 2010 14:23

              Les américains sont pour la liberté d’expression... enfin, la leur, en fait.

              Rappelons que Yahoo a signé avec le gouvernement chinois les mêmes règles que Google, tout en refusant de se plier à la loi en France concernant une affaire d’enchères d’objets nazis :
              http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,2061685,00.htm
              Ce qu’ils refusent en France pour « raisons techniques », à savoir s’adapter à la législation locale, ils le font bien en Chine. Cherchez l’erreur.

              Alors pour le coup bravo à Google qui malgré sa grande taille réussit à avoir une démarche cohérente au niveau international.

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