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Accueil du site > Actualités > International > Google Earth ravive les tensions entre la Thaïlande et le Cambodge

Google Earth ravive les tensions entre la Thaïlande et le Cambodge

Le gouvernement cambodgien a envoyé vendredi une lettre peu amène au géant américain de l’Internet Google, pour se plaindre que l’application Google Earth fasse figurer une bonne partie du Temple Khmer de Preah Vihear en Thaïlande.

Cette lettre s’inscrit dans la perspective de la visite probable du temple, ce week-end, du Premier ministre cambodgien Hun Sen. Une visite qui ravive la tension entre les deux pays voisins qui clament tous deux l’appartenance de ce temple du 11ème siècle à leur territoire national. Une discorde à laquelle la France n’est pas totalement étrangère.

Le porte parole du gouvernement cambodgien, Phay Siphan, a déclaré à l’agence de presse allemande DPA qu’il avait envoyé une première lettre à Google il y a trois ans, pour lui demander de remédier au problème, mais qu’il n’avait reçu aucune réponse.

Vendredi, il s’est rappelé au bon souvenir du géant de Mountain View en des termes vigoureux : il appelle ainsi Google à modifier la démarcation de la frontière, jugeant « radicalement trompeur et totalement aberrant » le tracé retenu par Google Earth, qui représente près de la moitié du temple en Thaïlande.

Son territoire ayant été grignoté par le royaume de Siam (ancien nom de la Thaïlande) et le Viêt-Nam, la civilisation Khmer s’était placée au 19ème siècle sous le protectorat de la France, puissance coloniale contrôlant le Viêt-Nam à cette époque.

En 1904, la France et la Thaïlande se réunissaient ainsi pour trouver un accord sur le tracé de la frontière. Les français ont alors déterminé un plan précis suivant la crête du massif montagneux de Dângrêk que les autorités thaïlandaises de l’époque signèrent sans objection.

L’objet de la discorde est que la France a intégré le temple de Preah Vihear au territoire cambodgien alors que celui-ci se situe pour partie sur le versant Thaï du massif.

Lors de la décolonisation, la Thaïlande prend alors possession du temple jusqu’à ce que la Cour internationale de Justice n’attribue le temple au Cambodge en 1962, en s’appuyant sur les plans français, et au motif que la règle de la crête du massif n’était que verbale et destinée à aider au tracé.

Les tensions entre la Thaïlande et le Cambodge auraient pu s’apaiser lorsque les deux pays trouvèrent un compromis, la première reconnaissant l’appartenance du temple au Cambodge pendant que ce-dernier conférait un accès libre aux Thaïs depuis leur versant du massif.

Mais la discorde ressurgit en 2008, lorsque le Cambodge souhaita faire entrer Preah Vihear au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une décision soutenue par le gouvernement Thaï d’alors, encore dévoué à l’ex premier ministre Thaksin Shinawatra, en exil depuis le coup d’état militaire de 2007 et les accusations de corruption qui pesèrent sur lui. Il n’en fallait pas plus aux opposants du Parti Démocrate pour faire peser sur le gouvernement des accusations de corruption et de vente du territoire national.

Coïncidence ou pas, Thaksin Shinawatra, richissime homme d’affaire et politicien mégalomane, a un projet de construction d’une ville nouvelle au Cambodge. C’est ce qui a fait naître dans l’esprit de nombreux Thaïs de soupçons de trahison à l’encontre de l’ex premier ministre. Des doutes renforcés en octobre 2009 lorsque Thaksin revint aux affaires… au Cambodge, où il occupe aujourd’hui un rôle de conseiller économique.

Et Google dans tout ça me direz-vous ? La carte de Google Earth, qui montre la ligne de frontière en jaune passant au milieu du temple, est « contraire à la réalité, fausse, professionnellement
irresponsable, voire prétentieuse » affirme le porte-parole du gouvernement cambodgien.

Dans tous les cas, et après son esclandre chinoise, Google n’en finit plus de faire dans la politique, même s’il faut tempérer en avouant que cette « erreur » de délimitation pourrait n’avoir rien de volontaire.
 
Source : le blog de l’agence Webazia
 

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5 réactions à cet article    


  • khayyam 1er khayyam 1er 6 février 2010 19:46

    Ce n’est pas sur google earth que va se régler les litiges frontaliers. Qu’est ce qui gene à ce point les cambodgiens ? Ou amalgament ils peut etre le trace de google avec la position officiel des etats unis ou de l’Onu.


    • Surya Surya 7 février 2010 15:33

      Comme le dit le titre de l’article, Google Earth ravive les tentions. Et elles sont déjà fortes.

      Preah Vihear a été très clairement reconnu comme appartenant au Cambodge. D’abord le temple se trouve bien au Cambodge, deuxièmement l’architecture est typiquement khmère. Si vous regardez cette carte, vous verrez que la Thaillande ne revendique pas seulement le temple, mais tous les territoires situés autour, autrement dit, carrément une partie du Cambodge.

      La Thailande a été propriétaire durant l’histoire de toute la région d’Angkor (et de la province de Siem Reap où elle se situe), avec ses temples et ses anciennes cités, qui ont été bâtis par les rois khmers. Cela ne signifie pas que cela leur donne le droit de penser non plus qu’Angkor est thailandais. Angkor n’a été rendu au Cambodge qu’en 1907.

      Google Earth n’a pas en soi d’autorité en matière de délimitations de frontières bien sûr, mais dans un contexte de tensions comme celui là qui dure depuis plus d’un an, avec la bourde qu’ils font en ne corrigeant pas leur erreur, ils jettent de l’huile sur le feu.


    • Deneb Deneb 7 février 2010 10:09

      Google sommé d’arbitrer les problèmes de frontières (c’est un peu ça, non ?). Cela démontre surtout l’obsolescence des institutions internationales. Ce qui est fascinant c’est que Google devient un tél agrégateur du Savoir que sa pertinence commence aujourd’hui à modèler le monde. Avant, on avait des cartographes, des géographes, aujourd’hui on a Google Earth.


      • khayyam 1er khayyam 1er 7 février 2010 15:40

        Le probleme c’est cette fixation demesuré sur google. je ne comprend pas pourquoi surya m’instruit sur le contexte historique du litige.

        je dis tout simplement que meme si l’alsace et la lorraine etait marqué territoire allemand sur google earth, ca n’a aucune valeur. Pas meme celle d’un encyclopedie.
        (j’exagere un peu avec l’alsace, mais dans le fond le message est passé je crois).

        • Surya Surya 7 février 2010 16:17

          J’ai bien compris qu’il s’agit du problème de google et que cela n’a aucune valeur juridique, et je n’instruit pas khayyam sur le contexte historique, et je ne prétend pas qu’il ne le connaissait pas.
          Les Cambodgiens que je connais qui vivent à Paris/RP m’ont donné leur sentiment sur la question, et je comprends très bien que cela soit gènant pour le Cambodge que l’on cherche à s’approprier une partie de son territoire.
          Du reste, je pense que le cas de l’Alsace et de la Lorraine n’est pas vraiment comparable. l’exemple de khayyam n’est peut être pas le meilleur.
          De toute façon, je crois que si l’Alsace et la Lorraine étaient marqués territoire allemands sur G.E, la France réagirait immédiatement, même si juridiquement parlant cela n’a aucune valeur. Et ce serait tout à fait normal, car cela relèverait d’un parti pris de Google Earth.

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