Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Grande bouffe au temps du choléra

Grande bouffe au temps du choléra

Au Venezuela, Chávez ou pas Chávez, révolution ou pas révolution, socialisme ou pas socialisme, certains Vénézuéliens peuvent donc toujours s’offrir tranquillement de grandes bouffes. Même au temps du choléra.

Si vous suivez de près l'actualité vénézuélienne (en suivant par exemple venezueLATINA sur Twitter ou sur Facebook–petite pub maison !), vous savez sans doute déjà qu'une alerte au choléra a été déclenchée dernièrement dans le pays. On a en effet détecté 250 cas de choléra au cours des deux dernières semaines. Vingt-huit personnes ont été hospitalisées. 

Le plus étonnant est la façon dont le choléra est entré au Venezuela. Ce sont en effet 482 personnes de retour de République dominicaine, où ils avaient assisté à un mariage, qui ont importé la funeste bactérie dans le pays. Un mariage ! 482 invités vénézuéliens ! En République dominicaine ! Mince, ce n'est pas n'importe quoi, ni n'importe qui !

Curieusement, la presse nationale –officielle ou privée– n'a guère donné de détails sur l'identité des jeunes mariés, de leur famille, ou des invités. Quelques-uns ont bien soupçonné, entre les lignes, les Cisneros, famille de magnats des médias qui, effectivement, a des intérêts en République dominicaine. Mais rien de vraiment concret : une espèce de silence gênant a plané sur l'information.

Noir mystère

JPEG - 6.4 ko
Logo de Empresas Polar

Une petite recherche nous a quand même permis d'éclaircir quelque peu ce noir mystère. C'est Miguel Salazar, journaliste indépendant bien informé et rédacteur de l'hebdomadaire Las Verdades de Miguel, qui a mené l'enquête la plus approfondie. Il révèle que ce n'est pas la famille Cisneros qui est impliquée dans l'affaire, mais bien l'une de ses rivales, la famille Mendoza, propriétaire de Empresas Polar, la plus grande entreprise agro-alimentaire du Venezuela (17 usines, 30.000 employés, production et distribution de bières, pâtes, farines, huile, riz, etc. sans compter les licences Pepsi-Cola, Frito-Lay, etc.). Du très beau linge, donc. Je reprends ici la description que fait Miguel Salazar de ce qui s'est passé en République dominicaine :

La fête a eu lieu à Vista Chabon 16, maison de campagne de La Romana, à Santo Domingo. C'est là qu'ont été célébrées les noces entre une petite fille de la famille Mendoza et le fils d'un dentiste. C'est Eduardo Borberg (le père de la mariée) qui avait organisé la réception. Ce dernier, pour réduire les frais (faisant preuve d'une pingrerie aussi ancestrale que la croyance en le sang bleu des Mendoza) a loué les services d'une entreprise qui s'est approvisionnée en homards et fruits de mer dans une localité proche de la frontière de Haïti. Au début, on pensait que la fête serait animée par Juan Luis Guerra [célèbre chanteur de merengue dominicain], mais Borberg s'est désisté lorsqu'il a su que le chanteur exigeait 300.000 dollars pour sa participation. Il a donc engagé l'un des nombreux groupes qui pullulent dans les rues de Santo Domingo.
Furent invités à la noce 482 Vénézuéliens qui se sont déplacés moyennant un pont aérien organisé par Empresas Polar (...). Ont défilé les familles Pietri, Jiménez, Azpurua et Quintero, entre autres. Les riches Dominicains n'ont pas été invités, à l'exception du fils d'un ancien président de la République dominicaine et du propriétaire d'un consortium touristique-immobilier. À minuit, le champagne étant épuisé, on est passé au vin, à la vodka et au whisky. Les serveurs se sont multipliés pour offrir les homards infectés sur des plateaux imitation argent. (...). Les noces de l'infante des Mendoza était à peine terminée que les premiers symptômes du choléra se sont manifestés. Ainsi, Morella Pacheco de Pietri (grand-mère de la marieuse) a-t-elle été hospitalisée dans un centre de santé, où elle est restée pendant cinq jours. D'autres membres de la famille ont connu un sort similaire. Les autres sont revenus au Venezuela sans faire part de la situation. Les autorités de notre pays l'ont appris grâce à la diffusion sur Internet d'informations d'origine dominicaine.

Pas de mise en quarantaine

JPEG - 19.2 ko
Lorenzo Mendoza

C'est sans doute cela le plus étonnant : à leur retour au Venezuela, les invités à la noce n'ont pas été mis en quarantaine, comme l'exigent les protocoles sanitaires en pareilles circonstances. Lorenzo Mendoza, l'actuel leader de la famille, n'a été soumis à aucun contrôle médical. Quelques jours après son arrivée au pays, il a même participé à la remise du trophée de baseball à l'équipe des Caribes, la championne nationale, dans un stade qui débordait de supporters. On n'ose imaginer le haut risque sanitaire qu'une telle présence impliquait. Il en est de même du député d'opposition Eduardo Gómez Sigala, qui a lui aussi participé à la noce et s'est réintégré aussitôt aux travaux de l'Assemblée nationale.

Deux poids deux mesures

Au-delà du danger sanitaire proprement dit, l'épisode est révélateur de trois réalités :

  • Les grandes familles sont loin d'être mortes dans le Venezuela bolivarien. Inviter à une grande fête en République dominicaine près de 500 invités vénézuéliens et les transporter en avion privé reste dans l'ordre du possible, pour ne pas dire du normal.
  • Le deux poids deux mesures reste en vigueur, sinon comment expliquer cette impunité dont on bénéficié ces membres des grandes familles à leur retour au pays ?
  • Sauf exception (celle ici de Miguel Salázar), la presse, qu'elle soit privée ou officielle, ne fait pas son nécessaire travail d'investigation, même devant un événement aussi gros que l'importation du choléra par de grandes familles vénézuéliennes parties en goguette à l'étranger. Le silence est d'or...

Chávez ou pas Chávez, révolution ou pas révolution, socialisme ou pas socialisme, certains Vénézuéliens peuvent donc toujours s'offrir tranquillement de grandes bouffes. Même au temps du choléra.

Source : venezueLATINA


Moyenne des avis sur cet article :  4.6/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 8 février 2011 11:46

    et dire que les bacilles viennent surement d’Haiti , pays de crève la faim , juste à coté de la rep Dominicaine....  smiley


    • foufouille foufouille 8 février 2011 13:32

      les libertaryens dans toute leur gloire !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès