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Hitler et son ami le mufti

Amine Al Husseini est un personnage qui perturbe nos faiseurs d’opinion.
Arabe, musulman, nationaliste victime de la colonisation, maintes fois poursuivi et exilé, il avait tout pour être un "gentil". Manque de chance pour nos humanistes psittacistes, il avait de très mauvaises fréquentations.
Cet homme d’une intelligence rare, mais dépourvu de tout scrupule, a l’air d’un Iznogoud trop retors pour être vrai. Sa trajectoire parait empruntée à un conte barbare des Mille et Une Nuits. Pourtant son parcours sinueux et imprévisible ne doit rien au riche imaginaire d’un conteur oriental. Et deux conflits interminables aujourd’hui résultent de ses actions et de ses choix.
Présentation du personnage pour ceux qui ne le connaîtraient pas :
 
Un religieux pragmatique
 
Né en 1895 dans un milieu aisé, ce fils du mufti de Jerusalem, étudie à l’université du Caire, puis à Istambul. La sublime Porte occupe alors tout le Proche Orient, mais cela ne semble pas gêner le futur dirigeant nationaliste. D’ailleurs, durant la première guerre mondiale, il s’engage dans l’armée turque qui a pourtant colonisé son pays.
Arrivisme ou inconséquence de jeunesse ?
En tout cas, après la victoire des Britanniques sur les Ottomans, il rejoint les bataillons anglais. Servir des chrétiens contre d’autres musulmans n’est pas un problème pour lui.
Il est vrai que "Allah n’aime que les forts !"
 
En 1920, nouveau changement de cap : il devient agitateur professionnel, parcourant les villages pour inciter les Arabes à se révolter pour obtenir des Alliés la création d’un grande Syrie indépendante. Mais l’armée anglaise est trop forte et contrôle trop bien les villes, les routes et les points d’accès.
Il désigne alors un nouvel ennemi fédérateur pour ses coréligionnaires.
Instigateur des émeutes de Nabi Moussa qui font des dizaines de morts et des centaines de blessés parmi les Juifs de la vieille ville de Jerusalem, il est condamné à 10 ans de prison. Mais il échappe à l’arrestation, en fuyant à Damas.
Les Juifs tirent la leçon des évènements en créant la Haganah, ancêtre de tsahal et du mossad.
 
Al Husseini profite des rivalités de la diplomatie anglaise et française, pour être gracié et se présente à l’élection en vue de devenir grand mufti de Jerusalem.
Bien qu’il soit, des 4 candidats, celui qui recueille le moins de voix, il est déclaré élu.
Avec l’appui des Alliés qui croient ainsi le canaliser. Bien à tort. Il a à peine 25 ans.
Accusé plusieurs fois d’avoir fait liquider ses rivaux palestiniens qu’il qualifiait de traîtres, il se maintiendra à ce poste jusqu’en 1948, quand le roi Abdallah de Jordanie décidera de se débarrasser de cet inquiétant personnage en l’exilant.
 
Une cible difficile à atteindre
 
Impliqué en 1929 dans les massacres d’Hébron, il porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle en Palestine.
A Hébron, des policiers palestiniens de cette ville massacrent 70 civils juifs. Et les Anglais débordés n’ont rien pu faire. Les survivants du massacre sont expulsés de la ville, leurs biens saisis et leurs maisons occupées par les Arabes. Les Juifs s’en souviendront.
 
En 1936, le très actif Al Husseini s’autoproclame président du Haut Comité Arabe et l’année suivante, il doit fuir en Irak après avoir été mêlé à l’assassinat du commissaire britannique pour la Galilée lors d’émeutes qui auraient dû préfigurer un soulèvement généralisé mais se résument à quelques pillages.
Poursuivi toute sa vie par des rivaux arabes, des ennemis juifs et des services secrets occidentaux qui tous rêvent de l’occire, Al Husseini survivra à tous les traquenards. Inventant la technique qui sera plus tard la "marque" de son neveu Yasser Arafat : ne jamais dormir deux soirs au même endroit, faire toujours goûter sa nourriture avant de manger, répandre des fausses nouvelles sur sa présence ici ou là, et n’informer de ses déplacements que son chauffeur au dernier moment.
 
Ses nouveaux amis
 
Après l’échec de la révolte, et son deuxième exil, Amine trouve un nouvel ami : Adolf.
En Juillet 1937, le Grand Mufti fait savoir au consul général allemand en Palestine qu’il souhaite créer un parti national-socialiste arabe. Et compte bénéficier de l’appui du troisième reich pour se débarrasser des Juifs.
La réponse d’Hitler est positive. Et quasiment par retour du courrier.
 
Dès le début de la seconde guerre mondiale, le mufti apporte son aide aux nazis : espionnage, destructions diverses, troubles politiques. Peu de choses dans un conflit de cette ampleur. Mais tout ce qui perturbe les Anglais est bon à prendre.
Ces derniers mettent sa tête à prix pour 25.000 livres. Une somme considérable en 1940.
En janvier 1941, l’Allemagne nazie reconnait l’indépendance des nations arabes contre les puissances coloniales britannique et française, ainsi que leur droit à empêcher toute création d’un foyer juif en Palestine.
 
Lorsque Rachid Ali al Gaylani prend le pouvoir en Irak, Al Husseini devient l’ambassadeur plénipotentiaire de l’Axe auprès du nouveau dictateur dont il obtient qu’il mette le pétrole de son pays à la disposition exclusive des Allemands. Pour faire bon poids, Al Husseini émet une fatwa appelant les musulmans au djihad contre les Anglais et reçoit des nazis des fonds afin de préparer un soulèvement en Palestine. Sans grand succès.
 
La défaite des Irakiens contre les Anglais l’oblige à fuir à nouveau. Cette fois en Iran.
Mais une armée anglo-soviétique envahit l’Iran peu après. Al Husseini reprend alors sa nomadisation forcée qui le conduit en Italie. Le 27 octobre 1941, Mussolini le reçoit avec tous les égards dus à un allié de marque et lui aménage une entrevue avec le führer. Enfin la gloire !
 
Amine et Adolf
 
La première rencontre du Grand Mufti avec Adolf Hitler a lieu le 28 novembre 1941.
Les deux hommes se comprennent parfaitement. Et Hitler est impressionné par le charisme de son visiteur. Après lui avoir assuré que l’heure de la libération des Arabes sonnerait dès que la Wehrmacht aurait atteint le sud du Caucase, le dictateur nazi promet à Al Husseini qu’en plus d’une aide militaire, les nazis participeront bien volontiers à l’extermination de tous les Juifs du proche et du moyen orient.
Le grand mufti est conquis. Enfin un associé sur qui il peut compter !

Pour ne pas être en reste, Adolf en fait un "Aryen d’honneur" !
Sans trop triturer ses principes et alors que les Aryens historiques sont les Iraniens, Adolf clame : "Il a les cheveux blonds et les yeux bleus, le visage émacié. Il doit avoir plus d’un ancêtre aryen. Il n’est pas impossible que le meilleur sang européen soit à l’origine de sa lignée."
L’histoire ne dit pas si le mufti fut flatté d’apprendre que ses grand-mères avaient fauté.
Mais le plus grand compliment du führer pour son nouvel ami tient en quelques mots :
"Cet homme est comme moi. Il sait ce qu’il veut et ne fait pas de sentiment."
 
Depuis l’unique mosquée de Berlin, Al Husseini incite dans des prêches radiodiffusés les musulmans Indiens et d’Asie centrale à s’engager à côté des nazis.
Début 1942, Adolf Eichmann lui révèle la Solution finale.
Pour se faire une idée, le grand mufti envoie une délégation visiter le camp de concentration d’Oranienburg à l’été 1942. Il trouve que c’est bien, mais que ça pourrait être "mieux".
Himmler le rassure en 1943 : "Nous en avons déjà liquidé trois millions".
 
Les waffen S.S musulmans
Amine va alors commettre une nouvelle ignominie dans sa vie tortueuse qui n’en manque pas : profiter de son prestige quelque peu usurpé de "savant religieux" pour créer début 1943 dans les Balkans une division de waffen SS musulmans, la Handschar. Du nom du cimeterre turc traditionnel. L’emblème de cette armée sera d’ailleurs le sabre courbe des Ottomans au dessus d’une croix gammée.
Composée de musulmans bosniaques et albanais (par référence aux frontières actuelles) cette unité d’élite dérange les théoriciens racistes du reich. Qu’à cela ne tienne, Himmler en fait des descendants des Goths ! Le reste n’est que folklore à ses yeux : les officiers imams ou mollahs, le coran à la place de "mein kampf", le fez sur la tête, et sur le col la handschar remplaçant les sieg runes.
Il est vrai que les Allemands connaissent des défaites militaires et tout allié est bon à prendre.
 
Ces combattants seront déployés sur divers fronts, d’abord dans le centre et le Sud de la France, contre les Résistants. Puis en Autriche et en Europe centrale. Mais le manque d’égards des nazis purs et durs envers ces drôles d’aryens sera à l’origine de désertions et de mutineries. On les renvoie donc sur un terrain qui leur est plus familier.
 
Retour dans les Balkans.
Durant toute l’année 1944 et le début de 1945, la 13 ème division SS Handschar à laquelle s’ajoutera la 21 ème division SS kossovare Skanderbeg feront régner la terreur dans ce qui deviendra la Yougoslavie. Réglant de vieux comptes tribaux ou mafieux, des vendetta séculaires, brûlant églises et monastères et massacrant des chrétiens. En grande majorité des Serbes, partisans de Tito, et résistants particulièrement pugnaces contre les Allemands.
La situation actuelle dans ces pays résulte en partie des haines recuites liées à cette page d’histoire que nos média se sont ingéniés à occulter "pour la bonne cause".
 
Une fin d’histoire incroyable !
 
Au printemps 1945, Al Husseini qui a passé les dernières années de guerre à Berlin s’échappe en Suisse mais les Helvètes lui refusent l’asile politique et le renvoient en Allemagne.
Le 15 mai 1945, il est localisé et arrêté par l’armée française dans la région de Constance. Normalement, comme tous les dirigeants importants des SS, il devrait être cité au procès de Nuremberg et promis à la potence.
Mais une semaine plus tôt, il y a eu la révolte de Sétif en Algérie... La France passe alors un marché de dupes avec le grand mufti des SS. Celui-ci s’engage à calmer les émeutiers, et à éviter qu’ils ne fassent des émules. En échange de quoi, il bénéficie le 19 mai d’un sauf-conduit qui lui permet de séjourner librement en France. En attendant que la situation se calme.

Mais la Yougoslavie, la Grande-Bretagne, les Etats Unis réclament avec insistance son arrestation et son extradition. De leur côté, les Juifs font pression pour qu’il figure sur la liste des criminels de guerre du troisième reich.
Pour la première fois de sa vie, le mufti craint sérieusement pour sa vie. Des activistes sionistes le ratent de peu. Mais il est protégé par la police et déménage plusieurs fois à son habitude. La désorganisation générale lui permet de se fondre dans l’anonymat, grâce à des prête-noms.

Après une année de cache-cache avec divers services secrets, la France se débarrasse de cet hôte encombrant en le laissant partir pour l’Egypte avec un vrai-faux passeport. Dernier pied de nez à l’Histoire, il traverse la Méditerranée à bord d’un avion de la compagnie américaine TWA.
Jusqu’à sa mort au Liban en 1974, il agitera les masses musulmanes autant contre Israél que contre les pays arabes qu’il juge tièdes, mais son influence ira en décroissant. Certes il est devenu intouchable du fait de sa notoriété et de son prestige. Mais sachant de quoi il est capable, les régimes autoritaires qui l’hébergent veillent surtout à ce qu’il ne leur nuise pas.
 
 
 
 
par Christian Navis (son site) vendredi 8 janvier 2010 - 298 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par beuhrète 2 (xxx.xxx.xxx.121) 8 janvier 2010 10:59

    Changement d’époque, qui se comporte comme les nazis maintenant ?

    Qui envoie des bombes au phosphore sur des civils ?femmes,enfants......

    Sinon le peuple élu.

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.104) 8 janvier 2010 13:23
    ZEN

    Mcm
    Toujours la même soupe :
    l’antisionisme est le nouveau masque de l’antisémitisme.
    Entretenir l’amalgame, toujours...
    Comment expliquer que tant de Juifs critiquent le sionisme sous sa forme ancienne ou contemporaine : colonisation-expansion ?

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 8 janvier 2010 11:20
    LE CHAT

    merci pour ce " détail de l’histoire " comme dirait JMLP , c’est une page d’histoire méconnue très interessante .

  • Par balthasar1er (xxx.xxx.xxx.189) 8 janvier 2010 11:09

    Ce texte est une véritable honte agoravox continue sur sa lancée,la diabolisation croissante des musulmans.
    Faut il vous rappeler monsieur le passif du terrorisme sioniste.
    L’Hôtel King David - 1946 .

    Jérusalem, le 22 juillet 1946. Une camionnette se dirige vers l’hôtel King David. Arrivé à hauteur de l’entrée, deux hommes sortent du véhicule, maîtrisent la sentinelle et enferment toutes les personnes présentes. Le commando place 350 kilos de dynamite avant de battre en retraite sous le feu de la police. À 12h37, une formidable explosion secoue l’édifice dont l’aile sud s’effondre. Le bilan est lourd  : 91 morts. L’hôtel abritait le QG de l’administrateur civil et militaire britannique en Palestine. Les membres du commando, déguisés en Arabes, font partie de l’Irgoun, une milice sioniste de droite dirigée par Menahem Begin , futur premier ministre d’Israël !

    La mort du Conte Folke Bernadotte - 1948 . 
    Jérusalem, le 17 septembre 1948. Un convoi de l’ONU est arrêté à un barrage de l’armée israélienne. Soudain un homme surgit et ouvre le feu sur l’une des voitures du convoi. Deux personnes sont tuées : un colonel français et le comte Folke Bernadotte, médiateur suédois de l’ONU. Sauveur de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, ce dernier était l’auteur d’un plan destiné à régler le problème entre Juifs et Arabes .
    Bernadotte vient d’être assassiné par des membres du Lehi, mouvement constitué des disciples d’Abraham Stern et dissident de l’Irgoun.
    L’un des triumvirs du Lehi n’est autre que Itzhak Shamir, un autre futur premier ministre d’Israël ; l’assassin du comte Bernadotte deviendra le garde du corps de Ben Gourion , le premier chef du gouvernement israélien

    Les massacres de Deir Yasin en avril 1948, 200 personnes femmes et enfants compris massacrés pour créer la psychose et mettre en œuvre le nettoyage ethnique de la Palestine.

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