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Hongrie : Le choix “Gordon Bajnai” face au grondement de la rue

Gordon Bajnai, 41 ans, sans étiquette et actuel ministre de l’économie, a donc été élu par le congrès extraordinaire du MSZP, qui se tenait dimanche 5 avril à Budapest, candidat à la succession de Ferenc Gyurcsany. Une motion de censure, dite constructive,  devait être présentée au Parlement lundi 6 avril, pour un vote prévu le 14 avril. Si la motion réunit les 193 votes requis, alors Gordon Bajnai deviendra officiellement premier ministre de Hongrie. 25 000 personnes ont défile dans les rues de Budapest pour s’opposer à ce processus en réclamant la dissolution du Parlement élu et des élections anticipées.

Les socialistes et les libéraux du SZDSZ veulent éviter des élections anticipées
 
Pour la majorité actuelle, ce contexte n’est, il faut le reconnaitre, pas favorable du tout. La Hongrie a été le premier état membre de l’union européenne à recevoir une aide financière, nécessaire pour éviter la faillite. Le forint est en 2009 la monnaie la moins performante parmi les 26 monnaies des pays émergents suivies par Bloomberg. Les nombreux ménages dont les emprunts sont indexés sur l’euro ou le franc suisse voient leur capacité de remboursement menacée. Cela ne bénéficie même pas aux exportations qui sont réduites en raison du contexte économique global, crise qui bloque le crédit et les investissements. Or l’économie hongroise depend, comme chacun sait, beaucoup des investissements directs étrangers. Si l’on rajoute l’impopularité de Ferenc Gyurcsanyi, les difficultés de positionnement du SZDSZ dont les figures de proue battent elles aussi des records d’impopularité, pour la majorite, le moment n’est pas le meilleur pour affronter le verdict des urnes.
 
Cependant, ce choix de motion de censure constructive, qui permet justement d’éviter des élections, risque, après l’épisode des émeutes de 2006 et le maintien de Ferenc Gyurcsany au pouvoir, d’attiser encore la colère des hongrois.
 
Les annonces de Gordon Bajnai
 
Le premier message de Gordon Bajnai est simple. Lui qui affirme n’avoir aucune ambition politique et se moquer de sa côte de popularité a donc déclaré : "Mon programme va faire mal". Le ministre des finances, Janos Veres, un autre habitué des records d’impopularité (il serait quatrième du classement des hommes politiques les plus impopulaires de Hongrie, selon un récent sondage de Szonda Ipsos, derriere Ferenc Gyurcsany, Janos Koka ,SZDSZ, et Tibor Draskovics, ministre de la Justice et de l’Interieur), a pu donc annoncer début avril que la récession de l’économie hongroise sera supérieure aux 3.5% de régression prévus officiellement pour 2009. Le chiffre de 6% est évoqué. Ceci explique les annonces de Gordon Bajnai, qui prévoit un plan d’austérité qui reduira les dépenses du gouvernement de l’ordre de 1 milliard d’euros. Le futur premier ministre veut donc geler les salaires de la fonction publique pendant les 2 années à venir, supprimer le treizième mois versé aux fonctionnaires et aux retraités à partir de 2010, réduire la période de support post-natal de 3 à 2 ans, suspendre les aides au logement, supprimer progressivement les subventions pour le gaz à partir de 2010, et réduire les financements accordés à la compagnie nationale de chemins de fer, aux média publics et à l’agriculture.
 
L’objectif, c’est l’introduction de l’euro en Hongrie. Le déficit budgétaire atteignait près de 10% du PIB en 2006, il est tombé a 3,4% à la fin 2008 et il devrait passer en dessous des 3% d’ici la fin 2009. Comme l’a rappelé Gordon Barnai aux députés, la réduction du déficit dans les limites définies par l’Union Européenne est la clé pour accéder à l’euro, pour bénéficier des financements européens et des investissements étrangers.
 
M. Bajnai a mis une condition pour accepter sa nomination : que les groupes parlementaires MSZP et SZDSZ garantissent leurs votes en faveur des mesures d’austerité qu’il proposera. Et ceci par écrit.
 
Comment les hongrois vont-ils réagir ?
 
Nous en avons eu une première idée dimanche 5 avril. Les drapeaux hongrois étaient de sortie, avec une foule qui s’est réunie autour de la place des Héros à Budapest, à l’appel de plus de 500 associations. Tous demandent la dissolution du parlement et des élections anticipées.
 
Bien entendu, les opposants traditionnels étaient présents avec les manifestants réguliers des partis de droite et d’extrême-droite. La question est de savoir si, comme le mentionne Imre Makovecs, le célèbre architecte organique, le mouvement aura la capacité de s’amplifier pour que des élections anticipées soient organisées.
 
Pendant ce temps, le MSZP élisait un nouveau leader, en remplacement de Gyurcsany démissionnaire. Il s’agit de Ildiko Lendvai, qui devient la première femme à diriger le parti. Cette nouveauté ne doit pas masquer un retour de la vieille garde à la direction du parti, qui en dit long sur les espérances électorales du MSZP. Si les mesures que souhaite mettre en place Gordon Bajnai vont faire mal, elles vont faire plus mal encore à l’électorat traditionnel du MSZP.
 
En fait, dans l’hypothèse où la pression de la rue ne sera pas suffisamment forte pour provoquer des élections anticipées, un double constat est possible.
D’une part, ceux qui ont le plus à gagner dans l’accord MSZP-SZDSZ sont les libéraux du SZDSZ. Le parti évite sans doute une déroute lors d’élections anticipées, les mesures de Gordon Bajnai correspondent mieux aux attentes de son électorat, et il pourrait bénéficier d’un report d’électeurs traditionnels MSZP réticents à voter FIDESZ.
 
D’autre part, Gordon Bajnai serait dans une position idéale pour appliquer rapidement les réformes nécessaires . Pas d’ambition personnelle, une resignation du parti qui le soutient devant les prochaines échéances électorales, en somme les ingrédients pincipaux pour faire preuve de courage politique.
 
Paradoxalement, cette motion de censure "constructive" impopulaire peut, si elle s’accompagne d’une forme de "résignation constructive", aider le peuple hongrois à sortir du cercle vicieux dans lequel il a été entrainé. 

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1 réactions à cet article    


  • Torvald 13 avril 2009 15:14


    Espérons que les Hongrois ne se prendront pas un coup de « Barre » sur la tête

    même si la procédure est adoucie par Mme B.

    Torvald, visiteur impénitent de Budapest. (lien)

     

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