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Honni soit qui Mali pense

Au fait, quelqu’un a-t-il songé à prévenir les Maliens qu’ils pouvaient renoncer à leur chère patrie  ? « Un peuple, un but, une foi », la devise était belle et le projet séduisant, mais il s’est en quelque sorte dispersé dans les poussières et les sables charriés par l’Harmattan. Le fier hippopotame a fini par rencontrer plus fort que lui.

La crise malienne se caractérise par une belle brochette d’idiots utiles, qui en jouant à la perfection leur rôle, entretiennent l’espoir, passablement naïf, d’une reconquête de l’unité territoriale du pays. Et les idiots utiles, c’est comme les poupées russes : il y en a toujours un pour cacher l’autre. Le Mali, en soi, est d’ailleurs parmi d’autres un idiot utile de l’Empire, dans sa stratégie actuelle de recomposition des équilibres géopolitiques, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux confins de la Syrie et de l’Iran.

C’est dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, que le capitaine Amadou Haya Sanogo a officiellement démarré sa carrière d’idiot utile, en renversant par un coup d’Etat le président Amadou Toumani Touré. Raison invoquée par les bérets verts putschistes  : le manque de moyens engagés dans le nord du pays pour contrer la progression du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) et des islamistes d’Ansar Dine (les premiers ayant joué dans l’histoire le rôle d’idiots utiles des salafistes !).

Comme à la baballe

Voilà pour le nuage de fumée. Les bérets verts avaient ce soir-là surtout pour objectif de régler leur compte au corps d’élite des bérets rouges. Ce même corps avec lequel, en 1991, le lieutenant-colonel parachutiste Amadou Toumani Touré avait mis un terme à la dictature du général Moussa Traoré. Et ce même corps auquel l’ex-président malien a dû son salut ce soir de mars 2012, quand blessé à la jambe, il fut exfiltré du palais de Koulouba à dos d’homme… de béret rouge, devrait-on dire.

Les verts contre les rouges, comme à la baballe ! La cité-garnison de Kati, sise à une quinzaine de kilomètres au nord de Bamako, contre le camp para de Djicoroni, dans le centre-ville de la capitale malienne. Et dans le rôle du sifflet de l’arbitre, Dioncounda Traoré, qui en acceptant de devenir un idiot utile, le jour où il a été investi président de transition, ignorait probablement qu’il venait aussi de signer pour des grosses mandales, des lourdes et des qui font mal.

Au point de se retrouver hospitalisé en France après avoir été rossé par la foule en colère venue le cueillir dans son bureau, à Bamako, le 21 mai. Ce jour-là, les bérets verts ont semble-t-il trouvé mieux à faire que de protéger le président, qui échappa à une fin certaine grâce… aux bérets rouges, toujours eux, du moins ceux que les bérets verts n’avaient pas encore jeté en prison.

Le putsch de Sanogo a mis au grand jour les graves et profondes divisions qui germaient au sein de l’armée malienne. Une armée malienne qui au lieu de se situer à la pointe de la reconquête, constitue en fait un rempart au retour à l’intégrité territoriale, à cause justement des sévères dissensions qui traversent son rang.

Aujourd’hui, Sanogo persiste à fanfaronner sur l’unité malienne. Une posture pour tenter d’échapper à la méfiance grandissante de nombreux officiers et sous-officiers, prêts à rempiler pour un deuxième coup de force. Plutôt que de laisser le gouvernement ouvrir la porte à une armée étrangère type Cédéao (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) pour aller faire la leçon aux islamistes dans le septentrion.

Charia pour tous !

Quand à peine 24 heures en amont de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE), c’est-à-dire l’ex-junte, accepte le déploiement d’une force ouest-africaine dont le quartier général sera à Bamako, on se pince pour y croire. L’accord arraché in extremis par le gouvernement de transition est au mieux un leurre, au pire une énième perte de temps. Ou bien alors un peu des deux.

Car la mobilisation et le déploiement de cette force africaine va nécessiter du temps, beaucoup de temps, au moins plusieurs mois, peut-être un an ! Il faudra passer par le feu vert du Conseil de sécurité des Nations unies, s’entendre sur le financement, la composition des troupes, qui seront autant de motifs de fâcherie. Sans parler de l’Algérie qui s’accommodera très difficilement de tout ce foin dans la région. Autant dire que les choses sont très mal parties.

Et tandis que la diplomatie s’acharnera à accorder sa partition, les enturbannés du Mujao (Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest) et leurs acolytes à la barbe pointue d’Ansar Dine assureront, à n’en pas douter avec talent, leur job d’idiots utiles de l’Empire. Une petite menotte charcutée par-ci, une lapidation par-là, charia pour tous et les vaches seront bien gardées… Les types savent y faire pour en même temps qu’ils terrorisent le Malien, affoler le bobo à des milliers de kilomètres de distance.

Bobo qui ne pétera même pas de travers le jour où avec la mine grave des cons, on lui annoncera l’envoi de troupes occidentales à Gao, à Tombouctou, et à Kidal. Et la route ne sera pas longue : un important détachement du Commandement des opérations spéciales (COS) a déjà été positionné à Ouagadougou, capitale du Burkina-Faso, avec en ligne de mire une éventuelle intervention pour libérer les sept otages enlevés au Niger, que des sources bien informées localisent désormais dans le nord du Mali.

A suivre…

www.DIKTACRATIE.com




par DIKTACRATIE (son site) vendredi 5 octobre 2012 - 7 réactions
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