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Accueil du site > Actualités > International > Howard Zinn : une histoire populaire des Etats-Unis

Howard Zinn : une histoire populaire des Etats-Unis

        « Qu’advient-il d’un rêve suspendu ? Se dessèche-t-il comme un raisin au soleil ? Ou suinte-t-il comme une plaie avant de disparaître ? Est-ce qu’il pue comme la viande pourrie ? Ou se couvre-t-il d’une croûte sucrée comme un bonbon acidulé ? Il tombe peut-être comme un fardeau trop lourd. Ou bien, explose-t-il ? » - Langston Hugues

***

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Christophe Colomb, Cortès, Pizarro, grands marins génocidaires et pilleurs…

Les Puritains (protestant de la fin du XVIe siècle au début du XVIIe siècle) : intolérance et cruauté…

Colonnes d’Indiens, longues trainées humaines déplacées d’Etat en Etat, toujours plus loin par centaines de milliers pour hâter leur mort – famines, épidémies -, traités bafoués, toutes les paroles aussitôt données sont reprises... le Président Jackson (1767 - 1845) grand propriétaire n'aura jamais assez de terre...

Plus tard, annexion du Texas, Guerre contre le Mexique de1846...

Plus tard encore, McKinley déclare la guerre à l’Espagne : « Entre nous, j’accueillerais avec plaisir n’importe quelle guerre tant il me semble que ce pays en a besoin », écrivait Théodore Roosevelt en 1897.

Après la traite et l'esclavage, Carnegie, Rockefeller, Pullman, Goldman Sachs, tous feront fortune au tournant du XXe siècle grâce au monopole, à l’intimidation de la concurrence, à des salaires les plus bas possibles et à la lutte impitoyable menée contre toute forme d’organisation des travailleurs…

Aujourd’hui, de la Maison Blanche à la Cour suprême, du Sénat, de la Chambre des Représentants aux procureurs, juges, syndicats et conseils municipaux, il n’y a pratiquement plus de cloisons étanches entre ces lieux censés œuvrer pour l’intérêt général et le bien commun dans un esprit de justice et le monde de l’entreprise dans les filières de l’armement, de la sécurité, du renseignement et de l’agroalimentaire. Ces filières entre les mains d’intérêts économiques privés financent toutes les élections américaines, la totalité de la classe politique, du local au national, des cantons aux Etats, des Etats à la Fédération ; tous dépendent de leurs financements pour leur ré-élection, Républicains comme Démocrates.

De ce contexte, c'est la notion même de "conflit d'intérêts" qui sombre corps et biens.

 Zinn s'interroge à propos des Pères fondateurs des États-Unis (the Founding Fathers) qui ont signé la Déclaration d'indépendance ou la Constitution des États-Unis, et ceux qui ont participé à la Révolution américaine comme Patriots : " Etaient-ils des hommes justes et sages cherchant à garantir un juste équilibre ? En fait, ils se souciaient peu d’équilibre, à l’exception peut-être de celui qui permettait de laisser les choses en l’état. C'est-à-dire un équilibre entre les forces dominantes de l’époque. Ils ne souhaitaient certainement pas rééquilibrer les rapports entre maîtres et esclaves, entre possédants et démunis, entre Indiens et Blancs."

L’historien Beard au début du XXe siècle fondera son analyse générale de la Constitution sur l’étude des situations économiques et des opinions politiques des 55 hommes qui l'ont élaborée ; quatre groupes n’étaient pas représentés au sein de la convention rédactrice : les esclaves, les domestiques sous contrat, les femmes et les Indiens.

Zinn reprenant l'analyse de ce même historien  : "La condition sociale inférieure des Noirs, l’exclusion des Indiens, la suprématie assurée des riches sur les pauvres dans la nouvelle société américaine, tout cela existait déjà lorsque la Révolution débuta. Une fois les Anglais chassés, ils ont pu l’inscrire sur le papier, le consolider, le régulariser et même le légitimer dans la lettre même de la Constitution des Etats-Unis, élaborée lors d’une convention réunissant à Philadelphie les chefs révolutionnaires en 1787.

L’esclavage existait dans les Etats africains, et les Européens en prirent parfois prétexte pour justifier leur propre traite des esclaves. Cependant, comme le souligne Davidson dans son ouvrage The African Slave Trade, le statut des « esclaves » en Afrique était très proche de celui des « serfs » européens. Si la condition des esclaves africains était très dure, ils conservaient néanmoins certains droits que les esclaves transportés en Amérique n’avaient plus. Ils étaient à mille lieux du bétail humain qu’on trouvait dans les cales des bateaux de la traite et sur les plantations américaines."

 C’est sous le Président Jackson (1828-1832) que se met en place le système du bipartisme américain : "Dès 1877, on pouvait voir se dessiner certaines tendances qui allaient se confirmer au cours des dernières années du siècle : les Noirs seraient contenus, les grèves chez les travailleurs blancs combattues et les élites politico-industrielles du Nord et du Sud prendraient fermement les commandes du pays pour gérer la plus importante période de développement économique de toute l’histoire de l’humanité. Tout cela se réalisa aux dépens des mains d’œuvre noire, blanche, chinoise, européenne et féminine rétribuées en fonction de la couleur, du sexe, de la nationalité et de la classe sociale. Ce brillant édifice, destiné à stabiliser l’organisation hiérarchique de l’économie du pays, institua divers niveaux d’oppression."

Et, toujours, ce même outil pour noyer le ressentiment de classe sous un flot de slogans d’unité nationale : le patriotisme. Et comme un fait exprès, arrive alors la seconde guerre mondiale puis la victoire des "alliés" (Russie et USA).

Et votre serviteur de rajouter ce qui suit : L'Europe est morte à Yalta à l'heure où les USA qui n'étaient au XIXe siècle que la queue de cette Europe, en prennent la tête ; dès lors, les Etats-Unis ne cesseront plus de la contrôler puis de la diriger en sous-main avec Schuman et Monnet : plan Marshall, guerre froide, Otan et parapluie nucléaire.

Depuis, l'Europe n'a pas cessé de mourir en tant que "projet civilisationnel" pour le plus grand bénéfice d'une puissance pour laquelle les Peuples ne forment qu'un seul et même marché : du temps de cerveau disponible à divertir, des ventres à remplir et des portefeuilles à vider.

 Howard Zinn rétablit la vérité à propos d'un Kennedy qui n’a jamais soutenu, sinon du bout des lèvres, la lutte pour les droits civiques de peur de s’aliéner le vote démocrate des Etats du Sud. Lorsque ce même Kennedy prit ses fonctions en 1961, il approuva un plan secret qui prévoyait diverses interventions militaires (voir les Pentagon Papers) au Vietnam et au Laos.

Carter n’a jamais cessé de financer les dictatures : Salvador, Philippines… déjà sous sa présidence, avant l’arrivée de Reagan, les pauvres subissaient de plein fouet les politiques de restrictions budgétaires entre deux réductions fiscales pour les plus riches : "Comme le souligne William Greider dans son remarquable livre Who will tell the People ? The betrayal of American Democracy... à ceux qui reprochent aux républicains ce qui s’est passé et pensent que le retour des démocrates à la Maison-Blanche restaurera une imposition équitable, il faut rappeler ce fait regrettable : le tournant de la politique fiscale a eu lieu en 1978 quand les démocrates jouissaient de tous les pouvoirs, bien avant l’accession de Reagan à la présidence. »

A propos de la réélection de Reagan : "Pour son second mandat, il fut ré-élu avec 59% des votes exprimés. En tenant compte des abstentions, il n’obtint que 29% des voix de l’électorat total des Etats-Unis."

Aux élections de 1988, la victoire de Bush père avec 54% des votes exprimés ne représentait que 27% de l’électorat global.

Zinn nous rappelle à toutes fins utiles ceci : "Sous Clinton, il existait deux sources de financement possibles pour un programme audacieux de reconstruction sociale : réduire le budget militaire et taxer les riches. Clinton n’en retiendra aucune. Le budget militaire atteignit 300 milliards de dollars. L’imposition des plus riches passa de 34 à 35%." A la fin de l’ère Clinton, l’Amérique pouvait se vanter d’avoir statistiquement la plus importante population carcérale au monde.

***

Cet ouvrage de Howard Zinn de plus de huit cents page rédigé en 1980, ré-édité et complété à plusieurs reprises depuis, se fonde sur le point de vue de ceux que l'Histoire interroge rarement, confrontant les mythes à la réalité des conditions d'existence des classes et des populations qui suèrent sang et eaux et qui habitent ce vaste pays qui n'a jamais cessé de se chercher un destin ; un empire orphelin, privé de civilisation (dans le sens de... "entente spirituelle unanime entre les hommes" - Elie Faure), aujourd'hui... gigantesque outil à la fois d'innovation et de destruction seulement capable d'exporter le chaos : chaos financier en Europe ; chaos guerrier partout ailleurs...

Pour son seul bénéfice, gains à courte vue.


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6 réactions à cet article    


  • Radix Radix 13 décembre 2013 11:37

    Bonjour

    Article intéressant.

    Rien n’illustre mieux le « rêve américain » que la ruée vers l’or.

    Quand les gogos se sont précipités par milliers en Californie pour creuser et tamiser, les petits malins leurs vendaient, à prix d’or, pelles et tamis : devinez lesquels ont fait fortune !

    Radix


    • ZEN ZEN 13 décembre 2013 11:47

      Excellent livre, lu plusieurs fois
      Another face of USA


      • Muslim 13 décembre 2013 13:13

        Je conseille absolument cet ouvrage à tout un chacun, c’est un travail puissant de ré-écriture de l’Histoire des États-Unis, à mettre entre toutes les mains.


        • escoe 13 décembre 2013 18:40

          Un ouvrage indispensable qui aide à franchir le gouffre entre les discours convenus sur les USA et la réalité historique. Je conseille de lire en plus la tout aussi indispensable « Contre-histoire du libéralisme » de Domenico Losurdo.


          • Pepe de Bienvenida (alternatif) 14 décembre 2013 08:06

            Merci Serge,
            je ne connaissais pas Howard Zinn, il a l’air d’être intéressant. La couverture m’a fait penser à Steinbeck, il y a sûrement de ça dans le bouquin.
            On attend impatiemment la critique au bazooka par Werner Laferier, valeureux défenseur de la democrazy made in USA.


            • christophe nicolas christophe nicolas 15 décembre 2013 17:59

              Les états unis sont vraiment un pays dominé par l’argent, paradoxalement la foi y règne mais on a crée une barrière entre la spiritualité et la vie..Pourtant, les miracles changent la donne ainsi, les indiens d’Amérique centrale furent sortis de l’esclavage par la Vierge de Guadalupe. La Tilma, c’est a dire l’étoffe atteste la réalité du ciel. Ce qu’on ne comprend pas bien c’est qu’on entre au Paradis, non pas « au comportement » mais « à la forme intentionnelle de l’esprit ». La bonté est une nécessité et pour ceux doués d’intelligence cela permet de saisir la vérité qui fait s’ulcérer devant les gens vendu à l’argent.

              Saisir le monde avec le gain d’argent comme intention est un suicide de l’âme. Saisir le monde avec des yeux de bonté glorifie l’âme.

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