Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Idriss Déby initie un rapprochement militaire entre la Turquie et le (...)

Idriss Déby initie un rapprochement militaire entre la Turquie et le Tchad

Le projet de coopération militaire intervient un an après l’accord sur l’industrie de défense, signé en 2014 entre les deux Etats à l’initiative du président Idriss Déby. Ce dernier a fait de la politique de défense et de sécurisation de son pays, ainsi que de la région, l’un des enjeux majeurs de son mandat, devenant par ailleurs l’un des principaux acteurs dans la guerre contre le terrorisme sur le continent, que ce soit Boko Haram à la frontière Nigériane ou les islamistes qui sèment le chaos entre la Lybie et le Mali.

Serdar Cengiz, ambassadeur turc au Tchad, a indiqué qu’Ankara « envisage d'amplifier des accords de défense avec le Tchad », après la main tendue par le président tchadien Idriss Déby en ce sens. L’initiative a été très favorablement accueillie en Turquie, et le pays a envoyé Semsettin Eray, l’attaché militaire préposé à l’Algérie et au Tchad, afin d’éclairer ces échanges de sa connaissance accrue des activités de défense turques. Arrivé à la mi-décembre à N'Djamena, il a pu assister à de nombreuses réunions, dont une rencontre avec le chef d'état-major général particulier du Ministère de la défense au Tchad. Ces nouvelles raviront la présidence tchadienne, qui a multiplié les initiatives afin de renforcer son statut de puissance militaire régionale de premier ordre. En se tournant vers Ankara, le Tchad s’associe à un acteur géostratégique majeur, tant par l’emplacement de son territoire, sorte de pont entre le Moyen-Orient et l’Europe, que par l’importance de ses capacités militaires (il s’agit de la deuxième armée en effectifs de l’OTAN après l’armée américaine et la sixième armée du monde en effectifs au niveau mondial).

Une coopération pour appuyer le Tchad engagé contre Boko Haram

La coopération stratégique entre ces deux Etats n’est pas neuve. En effet, dès le forum Turquie-Afrique de 2014 tenu à Malabo (Guinée équiatoriale), le Tchad avait signifié son désir de rapprochement avec la république turque. « Nous souhaitons poursuivre notre approche multidimensionnelle en direction de l’Afrique », expliquait à l’époque Mevlüt Çavusoglu, le ministre turc des Affaires étrangères. Les liens entre la Turquie et le continent africain n’ont pas fait l’objet de la même attention médiatique que les rapports avec des partenaires plus traditionnels européens, ou les nouveaux poids lourds que sont la Chine, l’Inde ou le Brésil. Pourtant, la Turquie fait partie des cinq économies émergentes ayant le plus important volume d’échanges avec l’Afrique. Depuis quelques années, la Turquie a orienté sa politique étrangère vers la coopération militaire, pour faire front commun contre les menaces dans la région. Ankara se proposait alors en outre de jouer un rôle actif dans « le règlement des conflits et des différends », à l’instar de ce qui a déjà été accompli en Somalie. Et c’est à cette occasion que la position maitresse assumée par le Tchad dans la sécurisation su Sahel a attiré son attention. Quelques semaines plus tard, la visite du Premier ministre tchadien Kalzeubé Payimi Deubet dans la capitale turque avait permis d’élaborer trois accords de coopération, dont un se rapportant à l'industrie de défense.

Cette coopération va largement bénéficier au Tchad, très engagé dans la lutte contre les forces terroristes dans la région, avec en premier lieu la guerre contre la secte islamiste nigériane Boko Haram. Qui, à l’instar de l’Etat islamique, a tenté d’instituer un califat au nord-est du pays, dans une vaste zone située à cheval sur le Nigéria, le Cameroun et Niger, allant même jusqu’au lac Tchad. Malgré une histoire diplomatique tendue avec son voisin nigérian, Idriss Déby a en effet accepté de se joindre à une coalition régionale formée pour arrêter l’expansion du groupe terroriste, envoyant même les Forces armées tchadiennes d’intervention au Cameroun (FATIC), un effectif de 1500 combattants, sécuriser la frontière de son voisin et faire barrage à la menace terroriste. Cette opération d’envergure a été couronnée par un coup d’éclat majeur avant le retrait de la FATIC : la libération fin novembre de 900 otages et la mort d’une centaine de terroristes. Boko Haram, qui il y a encore un an continuait de gagner du terrain et défaire l’armée nigériane, est désormais en déroute, et s’est vu contraint d’engager une stratégie de guérilla et d’attaques à la bombe, évitant soigneusement toute confrontation directe avec les forces militaires déployées.

Malgré le repli de la FATIC, l’effort de N'Djamena n’est pas terminé. Après avoir chassé les djihadistes de la plupart de leurs fiefs nigérians, elle participe en effet largement à la collation régionale (Nigeria, Tchad, Cameroun, Niger, avec le soutien de l’Union Africaine), dont le Quartier Général est justement situé dans la capitale tchadienne. Chef naturel de cette force, le président tchadien a néanmoins tenu à marquer sa volonté de dépersonnaliser la guerre contre Boko Haram. Il considère notamment l’éventualité de lâcher les rênes du pouvoir si la situation est opportune : « Vingt-cinq ans, c’est long. Si j’avais la possibilité de m’assurer que le pays marchera après moi, je quitterai aujourd’hui même le pouvoir. Si mon départ pouvait renforcer la paix, la sécurité et la concorde, j’aurai pris mes vacances. »


Moyenne des avis sur cet article :  2.67/5   (3 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 24 décembre 2015 18:04

    @l’auteur.
    Très bonne analyse.
    Le cirque continue son voyage avec de nouveaux numéros à venir en Afrique subsaharienne et en Libye.
    A suivre.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès