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Accueil du site > Actualités > International > Il y a 50 ans, sur le toit du monde

Il y a 50 ans, sur le toit du monde

Le mois de mars, pour les tibétains, demeure une période qui suscite toujours inquiétudes et ressentiments puisqu’il rappelle à la mémoire collective les événements douloureux vécus en cette année 1959. Il en va de même pour le régime de Pékin qui doit faire face cette année à deux anniversaires hautement symboliques qui incarnent puissamment la révolte face à son pouvoir central encore largement autocratique. Ainsi, le 10 mars est la date retenue pour commémorer le 50e anniversaire du soulèvement du peuple tibétain à l’encontre du géant envahissant, alors que le 17 mars 1959 était organisée la fuite du jeune dalaï-lama (24 ans à l’époque) vers l’Inde voisine. En outre, à partir du mois d’avril, le peuple chinois ne pourra que se souvenir en silence de la révolte de Tienanmen, ce mouvement courageux qui appelait à plus de démocratie pour l’empire du milieu.

Si 1989 fut une année de profonde révolte au Tibet à l’occasion de la date anniversaire de la fuite du dalaï-lama, l’année dernière, et le monde entier s’en souvient, « le toit du monde » fut, une fois encore, secoué par un mouvement de rébellion violente à l’encontre du régime de Pékin, civils et moines s’en prenant notamment aux commerçants chinois installés à Lhassa. 2008 fut une année olympique et le mouvement tibétain pour l’autonomie entendait bien profiter de cette fenêtre afin de relancer son audience auprès de la communauté internationale toute entière. On se rappelle parfaitement des agitations diverses organisées autour du trajet de la flamme olympique, notamment en France où le parcours parisien du symbole olympien aura été particulièrement ébranlé, avec les conséquences diplomatiques que l’on connaît. Puis les jeux auront fini par se dérouler hors tout fracas, la Chine affichant à la face du monde sa prospérité triomphante, alors que le peuple et les médias internationaux étaient savamment contenus. Depuis, force est de constater que l’intérêt pour le Tibet et sa population a fortement décru, laissant place à une crise financière et économique internationale qui désormais accapare logiquement l’ensemble des esprits humains, vampirise l’actualité, focalise quantité d’énergies pensantes et militantes.

Entre temps, le dalaï-lama, accompagné de « toute sa clique », maintient sagement la position dite de la voie moyenne quant aux revendications fondamentales, même s’il a pu émettre quelques doutes légitimes par rapport à cette doctrine en raison du vide absolu proposé en contre partie par Pékin. Pourtant, le guide spirituel tibétain, soutenu par le gouvernement en exil, veut encore croire que le gouvernement chinois finira par se rendre à la raison en adhérant au scénario de la voie médiane.

A ce-jour, il n’en est rien, Pékin fait la sourde oreille, et la presse nationale dans sa quasi totalité jette l’anathème sur les velléités autonomistes du peuple d’en haut, n’hésitant pas à diaboliser les figures de proue du mouvement autonomiste. L’incompréhension reste totale entre les deux entités, ce qui rend la situation tout à fait inquiétante, d’autant que les dirigeants de l’empire du milieu semblent donner quelques signes de nervosité préoccupants. Ainsi, si l’on en croit le journal Xi Zang Ribao (le quotidien du Tibet), « des responsables de la Région autonome tibétaine ont appelé le Parti communiste, le gouvernement, l’armée et le public à se mobiliser », afin « d’écraser fermement la sauvage agression de la clique du dalaï-lama » (cité par Bruno Philip, Le Monde du 22 février 2009). La terminologie, qui apparaît extrêmement dure, laisse effectivement penser que le risque d’un nouvel embrasement de la région reste une éventualité plausible, d’autant qu’aucune avancée significative ne permet de contrebalancer cet état de fait. En effet, les dernières propositions « pour une autonomie vraie » soutenues par des émissaires tibétains ont été vertement rejetées par le régime chinois qui n’y aura vu qu’une demande d’indépendance déguisée. De son côté, Samdhong Rimpoche, premier ministre du gouvernement tibétain en exil, déclarait récemment que « Pékin ne respecte pas les droits des tibétains » [1].

Par ailleurs, le quotidien du soir fait état d’une possible fermeture de l’accès au Tibet aux touristes étrangers pendant une durée encore inconnue et non certaine. Si cela se confirmait, le black out pourrait encore régner sur les hauts plateaux tibétains, laissant tout le temps nécessaire à l’éventuelle tempête de s’éloigner. Mais, si la situation n’en est pas encore là, les capteurs indiquent que la zone peut encore craindre un séisme revendicatif d’une échelle encore inconnue. Toutefois, une année après les derniers soubresauts, une réplique plus violente peut frapper cette région pétrie d’une instabilité intrinsèque liée à une histoire longue et complexe [2]. Les forces en présence se font toujours face, alors qu’une certaine jeunesse tibétaine tient un discours à l’intonation beaucoup plus radicale que la position défendue par le gouvernement en exil dont la doctrine reste fidèle à la théorie de la voie médiane. Chacun pourra convenir qu’il s’agit pourtant ici de la sagesse la plus évidente, et Pékin se doit d’entendre ce discours car il y va aussi de son intérêt propre. En effet, en ces temps de tensions économiques internationales majeures, même le dragon géant risque de perdre de sa superbe, alors qu’une contestation civile de plus en plus palpable se fait jour, notamment de la part de la frange la plus paupérisée de la population. Des millions de « Mingong »[3] ont du rebrousser chemin pour retourner vivre dans les campagnes les plus reculées de la Chine, où tout un pan de la société n’a pas encore eu le loisir de profiter de la prospérité économique du pays.

Parallèlement, nombre d’intellectuels continuent à militer pour l’avènement d’une démocratie pleine comme cela est affirmé dans la charte 08 (en écho à la charte 77), alors que d’autres penseurs chinois ont avancé 12 propositions pour résoudre la crise tibétaine [4]. Ainsi, vingt ans après le soulèvement de Tienanmen, une partie du peuple chinois aimerait faire entendre sa voix pour qu’enfin le régime franchisse la dernière étape vers une normalisation politique désormais de venue le nécessaire corollaire au puissant développement économique du pays. Mais la culture du parti unique est encore massivement incrustée dans les esprits des hommes de pouvoir, comme sédimentée à jamais, même si on peut croire qu’un jour cette immense civilisation finira par adhérer pleinement au sens commun, apportant par la même un nouveau souffle au concept de démocratie qui en a bien besoin. En effet, la Chine, de part ses dimensions générales hors du commun, peut devenir l’élément moteur d’un renouveau démocratique international dont l’ensemble de la planète a un besoin quasiment vital. Le peuple chinois, qui possède d’infinies ressources, peut s’avérer plus performant aussi dans l’application des grands principes fondateurs de toute démocratie [5].

Pareillement, il n’est pas impossible que les dirigeants chinois, soutenus enfin par un peuple unanime, un jour rejoignent les tibétains sur le chemin de la voie moyenne, seul compromis qui pourra s’inscrire dans la durée. Mais, pour l’instant, l’angoisse de perte ainsi que le vertige de la séparation opèrent toujours, le grand dragon s’évertuant à souffler le chaud et le froid sur le toit du monde. Il est vrai que la situation géostratégique reste entière et que le problème de la ressource en eau en impose au gouvernement chinois qui mesure parfaitement les tensions induites par la gestion de cette ressource de plus en plus précieuse.

Par ailleurs, les tibétains, qui ont réussi à préserver encore jusqu’à ce-jour une part non négligeable de leur culture tout en l’expurgeant de ses travers les plus inappropriés, ne semblent pas vouloir céder à la pression chinoise, faisant barrage à cet envahissement incontestable de leur être et de leur avoir. Toutefois, si le Tibet n’est pas la Chine, tout comme les colonies françaises n’étaient pas la France, misons sur l’espoir qu’un jour un compromis salvateur puisse enfin rassembler les deux entités au sein d’un devenir commun, lui-même englobé dans ce vaste mouvement du devenir global qui ne pourra que s’imposer à l’ensemble la planète.


[1] Lire sur Tibet.fr
[2] Écrits récents sur le Tibet et les tibétains. Bibliographie commentée. Les cahiers du CERI, Françoise Aubin
[3] Sur la situation des Mingong :


[4] La charte 08 et les 12 propositions pour une solution au Tibet :
[5] La questoin des droits de l’homme en Chine

Remerciements sincères à Moalex pour son illustration

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14 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 10 mars 2009 11:16

    "Par ailleurs, les tibétains, qui ont réussi à préserver encore jusqu’à ce-jour une part non négligeable de leur culture tout en l’expurgeant de ses travers les plus inappropriés, ne semblent pas vouloir céder à la pression chinoise"

    La réincarnation du dalaï lama, par exemple ?...


    • hans lefebvre hans lefebvre 10 mars 2009 19:16

      @JP, votre humour vous jouera bien des tours et vous n’êtes aucunment la réincarnation de Coluche, à n’en pas douter !


    • Darius 10 mars 2009 11:41

      Par ailleurs, les tibétains, qui ont réussi à préserver encore jusqu’à ce-jour une part non négligeable de leur culture
      On se demande quelle culture ?
      en 50 ans, les Chinois ont carrément tout cassé, il ne reste quasiment plus de monastéres actifs et presque toutes les traditions ont été saccagées !


      • hans lefebvre hans lefebvre 10 mars 2009 19:22

        @Darius, laissez-moi avoir la faiblesse de croire que les tibétains parlent toujours leur langue, respectent toujours leur système de croyance, alors que nombre de temples sont encore debout, même si, je vous le concède, beaucoup furent détruits par les autorités chinoises qui, en ont aussi reconstruit une partie. Pour autant, et je vous rejoins largement, la colonisation chinoise n’aura pas manqué de tenter d’éradiquer ce qui était incompatible avec le communisme.


      • Libr'Op Libr’Op 10 mars 2009 11:58

        Partie intégrante du territoire national français, l’Algérie a conquis son indépendance de haute lutte. Au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le Vietnam, le Cambodge et le Laos ont également obtenu leur indépendance. Alors pourquoi le Tibet ne serait-il pas libre et indépendant au nom du même droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

        La Chine n’a jamais été la mère-patrie du Tibet comme le prétend Pékin.

        Le Tibet n’a jamais été intégré à une quelconque nation chinoise ou empire chinois de quelque sorte.

        La Chine n’a jamais régi le Tibet (jusqu’à l’invasion armée de 1950)qui a développé en toute indépendance son système politique de gouvernement sans aucun rapport avec un quelconque système chinois.

        En 1913, le XIIIème dalaï-lama a proclamé l’indépendance du Tibet et forgé son drapeau national.

        Depuis 1950, la Chine pille le Tibet, exploite ses richesses et asservit son peuple sous la répression.

        Vive le Tibet libre et indépendant !


        • hans lefebvre hans lefebvre 10 mars 2009 19:25

          @libr’prop, fondamentalement, idéalement, je vous suis parfaitement. Pour autant, vous me semblez oublier le principe de réalité, d’autant plus prégnant qu’il s’agit ici de la Chine.


        • ARFF 10 mars 2009 21:30

          Libr’op je veux bien défendre les droits des uns et des autres , mais défendre de la propagande ça commence a devenir serieusement chiant ...il suffit de lire les deboires d’alexandra David Neel entre 1920 et 1930 ( à peu pres jme rappelle plus) pour rentrer au tibet, à cause des interdictions et de la presence de l’armée chinoise, pour comprendre que le Tibet a deja eu affaire à l’empire chinois bien avant l’invasion de 1959.
          Un peu de d’histoire objective s’il vous plait, le Tibet et toutes les regions autour de la "chine han" ont toujours eu maille à partir avec l’empire. et comme partout, je dis bien comme partout , il ne s’est agit que d’invasions, d’intrigues, d’alliances, etc...
          Si j’insiste sur le "comme partout" , c’est parce que ça me gave fortement cette histoire de "peuple tibetain" tout gentil tout beau qu’il faudrait défendre en oubliant tous les autres. Ca me fait penser à l’autre blocage sur le conflit entre les connards israeliens et les abruttis palestiniens, tout le monde est là à gueuler comme des gorets sur un bout de terre alors qu’il y a des conflits aussi sanglants voire plus sanglants un peu partout dans le monde.

          De toutes façons tu crois que quoi ? les tibetains vont avoir leur independance et apres ? alors comme ça parce qu’ils sont tibétains y vont faire le paradis sur terre ? Si le bouddisme , meme tibetain , permettait à l’homme de vivre sans violence, sans domination et sans connerie on le saurait depuis longtemps non ?

          Si ça se trouve tu leur files l’independance et 20 ans apres y vont se demmerder pour s’entretuer entre les bonnets jaunes et les bonnets rouges, ou alors y vont nous sortir un peuple tribal de derriere les fagots qu’il vont opprimer comme tout peuple dominant qui se respecte.

          Alors ok pour reconnaitre, comme le disait Alexandra david neel, qui etait une élititste bouddiste, qu’il y eu et il ya chez les bouddsites tibetains de grand philosophes dont les préocupations et actions sont métaphisiquement exeptionnelles. Mais pour le reste c’est un peuple d’etre humain aussi con que les autres.
          Et pour finir lorsque le dalai lama nous sort sa phrase "le toit du monde est devenu un enfer sur terre", c’est que soit il a les yeux fermés sur ce qui se passe sur la terre, soit c’est un marseillais...

          me faites chier les humains...


        • ARFF 16 mars 2009 08:47

          Voila en résumé ou mene la connerie du buzz sur le Tibet :)

          A consomer sans moderation , c’est trop ridiculement drole !

          http://www.youtube.com/watch?v=HqPFBBwXHG4


        • vincent p 10 mars 2009 13:02

          On ne peut véritablement apporter le bonheur et la joie partout en Chine, en voulant continuellement causer la tristesse et le désespoir chez l’autre vivant au Tibet, qu’il soit croyant ou pas, quel grand défi spirituel lancé au dalaï lama portant douloureusement sa croix sur le toit du monde.


          • Nathan Nathan 10 mars 2009 14:31

             Superbes textes et illustrations.
            Le dalaï-lama... est jaune et rouge. Mais la démocratie en Chine, je suis désormais pour.


            • Nathan Nathan 10 mars 2009 14:34

               D’ailleurs je préparais un texte sur le dernier disque de Guns and Roses... qui est très bon


            • hans lefebvre hans lefebvre 10 mars 2009 19:34

              @Nathan, ?


              • ASINUS 10 mars 2009 21:16

                yep , je sais parfaitement qui est l agréssé qui est l agresseur

                reste qu’il manque singulierement dans les panygeriques laudateurs du tibet libre ,
                le rappel de ce qu etais la
                société tibetaine de l epoque a savoir et nul n épprouve le besoin de nous le rappeler


                une société feodale ou la terre et les moyens de productions appartenaient aux monasteres , une société
                ou le tibetain lamda relevait du serf soumis a l autorité eclesiatique .

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