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Immigration orchestrée. L’exemple de la Catalogne espagnole

Le référendum ’officieux’ organisé le week-end dernier en Catalogne démontre l’ambiguïté des rapports entre immigrés et ’nationaux’ dans un pays européen voisin de la France. ’Verse fredaine et casse trogne’...

 En novembre 2006, sept mois après la reconnaissance d’une nation catalane par les autorités de Madrid, les forces politiques partisanes de l’autonomie de la Catalogne rivalisaient de slogans indépendantistes lors des élections locales. La CiU forgeait pour la circonstance un programme spécifique pour séduire les immigrés. Ces autonomistes modérés manifestaient le désir de récompenser parmi les étrangers vivant dans la région ceux parlant correctement la langue catalane et jugés bien intégrés [Catalans lourds].

Au printemps 2008, de nouvelles élections permettaient de relever la persistance des revendications catalanistes, en même temps que l’instrumentalisation des immigrés vivant sur place. Des responsables barcelonais vouaient aux gémonies Madrid et les Espagnols parlant castillans, mais regardaient leurs étrangers lointains avec les yeux de Chimène ; surtout ceux favorables à la cause catalane [Mirage catalan et béton rapide].

Un Conseil Islamique et Culturel de Catalogne a depuis scellé cette passion réciproque. Il a organisé avec le Gouvernement autonome en début d’année 2009 une conférence au titre évocateur : Des droits et des devoirs. Les congressistes se sont intéressés plus spécifiquement à la place des femmes musulmanes dans la société catalane. Celles de la deuxième génération sont-elles intégrées ? Prend-on en compte les nouvelles procédures du code de la famille marocain ? Interprète-t-on judicieusement la doctrine musulmane ? Les organisateurs ont veillé à offrir une tribune aux Catalanes converties à l’Islam. Un va-et-vient constant a été observé entre un discours officiel sur la Marocaine au Maroc et des banalités sur la femme musulmane en Catalogne. Ainsi, à une sociologue de Barcelone a répondu Bassima Hakkaoui une députée marocaine du parti islamiste PJD (Parti de la Justice et du Développement). La directrice des affaires religieuses du gouvernement catalan, Montserrat Coll i Calaf a veillé à maintenir une bonne harmonie : tous les Catalans obéissent aux mêmes règles et bénéficient des mêmes avantages, dans une saine convivialité [source].

Au Maroc, la Ligue démocratique pour les droits de la femme affirme pourtant que 22 % des femmes sont mariées par la seule décision de leurs parents. Sur ce total, un tiers partent à la noce en ne voulant pas de leur futur conjoint [Enquête sur un échantillon de 1510 femmes vivant en ville ou non]. Il n’existe plus généralement aucune statistique officielle au Maroc sur les violences contre les femmes. Quand un procès se tient, il tourne au détriment des plaignantes, beaucoup étant renvoyées dans leur foyer. Quant aux autres formes de harcèlement, la loi marocaine ne prévoit rien. Une femme choisissant en dernier recours de quitter le domicile conjugal est passible d’une peine pour abandon de famille. A l’inverse, des maris trompés ayant tué leurs femmes peuvent bénéficier de circonstances atténuantes [source]. Certes, le Maroc éloigne du cœur de la démonstration. Le sort des femmes en Europe mériterait aussi quelque développement. Mais qu’espère le Comité Catalan en mettant en avant un modèle théorique, tout en dissimulant certaines de ses aspérités ?

En Catalogne, un sinistre fait divers jette une lumière crue sur ce contexte. Une jeune trentenaire enceinte habitant à proximité de Tarragone a prétendu début décembre avoir été enlevée et séquestrée pendant deux jours. Un tribunal islamique improvisé l’aurait condamnée à mort pour adultère au nom de la charia. L’affaire paraît sérieuse, puisque la police régionale a diligenté une enquête. Ont été arrêtées une dizaine de personnes ayant participé à cette mascarade. Huit restent encore en prison. Selon la presse, les inculpés reconnaîtraient appartenir à la mouvance salafiste. Les autorités religieuses catalanes s’insurgent, mais le contexte ne plaide pas forcément en leur faveur. Les musulmanes ne portant pas le voile, celles se rendant trop ostensiblement dans les cafés, ou les garçons désireux de sortir du groupe subissent des pressions de membres de leur communauté. « Les associations musulmanes laïques de Catalogne pointent du doigt la responsabilité des pouvoirs publics, qui n’auraient pas pris au sérieux leurs avertissements : ’Cela fait trois ans que nous dénonçons ces extrémistes qui utilisent la force pour imposer leurs idées religieuses, a rappelé Mohammed Alami, président de l’Association des amis du peuple marocain. Mais l’administration catalane a laissé le champ libre à ces conceptions les plus radicales de l’islam.’  » [Le Monde].

Depuis, le référendum de décembre a eu lieu, deux semaines après celui sur les minarets en Suisse. Environ un Catalan sur quatorze a posé un bulletin en faveur de l’autodétermination. Cette tempête dans un verre d’eau déçoit les espérances des convaincus de la cause indépendantiste. Un argument revient à plusieurs reprises, selon lequel les Catalans souffriraient actuellement du mépris des (autres) Espagnols. Des journalistes ont cosigné une tribune dans ce sens à la fin du mois de novembre (« la dignité de la Catalogne  »). L’historien Joan Culla récrimine dans le Monde. « Les années d’élaboration du statut, de 2003 à 2006, puis l’attente de la décision du Tribunal constitutionnel après le recours introduit par le Parti populaire (PP, droite), ont usé l’opinion catalane, d’autant plus que le texte a été réduit par rapport à la version initiale. Mais les gens ont surtout été choqués par l’énorme bruit médiatique hostile à la demande catalane. Ce qui les a blessés, plus que les restrictions au statut de départ, c’est l’hostilité profonde, le mépris et parfois la haine qu’ils ont ressentis du reste de l’Espagne.  » Puisque personne ne m’aime, je boude.

Gilles Sengès apporte dans les Echos sa propre grille de lecture. Il décrit un milieu politique barcelonais décevant face à l’insécurité sur la Rambla (vols à la tire, prostitution dans le marché de la Boqueria), et englué dans des affaires de corruption. Il parle des ambitions politiques du président du Barça, grand défenseur de la cause indépendantiste. Le football mène à tout. Un match opposant la sélection de l’Argentine à une équipe dite de Catalogne va justement se jouer dans les prochaines semaines. En attendant, l’immobilier se retourne, et la région madrilène se rapproche de la première région économique espagnole «  Longtemps région la plus cosmopolite d’Espagne, la plus ouverte sur le monde, la Catalogne, premier moteur économique du pays (près de 19 % du PIB), a perdu du terrain ces dernières années au profit notamment de la communauté de Madrid.

Siège des principales institutions financières du pays, la région-capitale qui a fortement bénéficié de la privatisation des grandes entreprises publiques de la fin des années 1990 (Telefonica, Endesa etc.) contribue aujourd’hui à hauteur de 17,7 % au produit intérieur brut espagnol. Avec une croissance négative de 3 %, cette année, elle souffre moins de la crise que son homologue catalane (-4 %).  » Les interlocuteurs de Gilles Sengès font preuve d’une mauvaise foi insigne. Les pouvoirs publics avantageraient sciemment la capitale et handicaperaient la Catalogne. Le journaliste rappelle à juste titre la participation catalane au budget national. De toutes façons, même les plus simples incidents suscitent des commentaires hostiles à Madrid : une panne d’électricité, un problème sur des trains de banlieue lié au chantier de la ligne à grande vitesse Madrid-Barcelone. Si Iberia réduit au minimum les liaisons internationales au départ de Barcelone, c’est pour brimer les Catalans. Que le premier ministre annonce un effort budgétaire, et personne ne le mentionne sur place (3,5 milliards d’euros par an à partir de 2012). 

On peut toujours prendre à la légère ce soubresaut politique catalan, comme une simple fredaine. Les personnalités locales - intellectuels et vedettes éphémères - ne doivent pas méconnaître le côté casse trogne du nationalisme séparatiste. Lors du référendum, l’appel aux bons immigrés ressemble fort à une basse manœuvre. Imaginons un scénario hautement improbable, et l’indépendance de la Catalogne. Les immigrés extra-européens resteraient alors que l’on ferait déguerpir les Espagnols ? A moins que devenus encombrants, les supplétifs du vote séparatiste terminent eux aussi congédiés. Le site Recounquista donne le ton. Belle castagne en perspective. En somme, les Catalans versent fredaine et cassent trogne.

« Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux ;
De gloire, leur âme est ivrogne !
Perce-Bedaine et Casse-Trogne,
Dans tous les endroits où l’on cogne
Ils se donnent des rendez-vous...
Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux ! » 

La Gascogne s’adossant aux Pyrénées tourne le dos à la province espagnole.

PS./ Geographedumonde sur l’Espagne : De Franco à la CrauNe pas confondre casser une banque et construire une maisonAu chevet de l’Espagne, Mirage catalan et béton rapide, Dur soleil méditerranéen contre doux hiver nordique, Où va l’Andalou ?, Catalans lourds, L’Ibère est rude. Sur le national - régionalisme en Europe : la Corse (Pauvre Corse, déchirée entre rêveurs obsessionnels et dilapidateurs professionnels), la Belgique (Comme si la désunion faisait la force... ! Les divorces de raisons plus rares que les mariages d’amourAdmirer la Sambre…, et Belges, belgitude et belligérance), les Pays-Bas (€uro-régionalisme au Limbourg), et l’Ecosse (Ne pas confondre Chivas et Chavez et Echos laids d’Ecosse). Voir également Une Poignée de Noix Fraîches

Incrustation : drapeau catalan / blog JP Alduy.


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2 réactions à cet article    


  • Big Mac 17 décembre 2009 14:44

    Article instructif et agréable à lire.


    • gegemalaga 31 décembre 2012 10:00

      c’est un point de vue ;

      moi je le trouve irréaliste !

      je ne pretends pas connaitre la Catalogne ( comme l’auteur, semble-il) , mais je m’y rends et y fait du bussiness depuis 30 ans, j’ai meme failli m’y etablir en 1988 ;

      je ne connais pas non plus à fond , l’Espagne , mais j’y reside depuis 5 ans ( Andalousie),

      l’agitation Catalane recente n’a ete qu’un leurre : Mas a crée l’arbre pour cacher ..sa foret . ;
      tout le monde l’a compris maintenant ? non ?

      quand à l’immigration orchestrée , en Catalogne ... ??c’est quoi ?? c’est salades ???
      gegemalaga

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