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Indépendance(s)

Le Tibet, c’est un territoire colossal dont la superficie varie du simple au double selon qu’on considère la région administrative ou les 2,5 millions de km2 du Grand Tibet revendiqués par le gouvernement en exil. 2,5 millions ! Une paille ! Plus du quart de la superficie totale de la Chine, avec, pour habiter dans ce grand quart-là, 5 petits millions de Tibétains et dans les trois quarts restant plus de 1 320 millions de Chinois. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si les 30 ou 40 000 Corses indépendantistes réclamaient, en plus du contrôle de l’île, celui de la région Paca et du Languedoc-Roussillon.

Concernant les vierges occidentales dispensatrices de leçons de liberté depuis leurs contrées vaguement démocratiques tous les 4, 5 ou 6 ans, espérer des Chinois qu’ils accepteraient l’indépendance d’une telle surface si modestement peuplée pour s’entasser toujours davantage dans un pays amputé du quart de lui-même relève au choix du vœu pieux, de la naïveté charmante ou, plus probablement, de l’hypocrisie la plus traditionnelle, laquelle consiste à condamner exceptionnellement à voix haute ce qu’on encourage quotidiennement à voix basse. Sérieusement, qui songerait à rompre ses contrats avec la manufacture du monde pour complaire à une poignée de moines folkloriques susceptible d’instaurer demain une république théocratique - on en connaît déjà la musique - à la place de la république populaire ? Et qui croirait une seconde que les Apaches et les Comanches exigeant l’indépendance des Etats du Sud-Ouest américain, Washington la leur accorderait aussitôt de bonne grâce, en les dédommageant en prime d’un siècle et demi de massacres suivis de spoliation ?

Hu Jintao ferait certes mieux de serrer le Dalaï-Lama dans ses bras comme Sarkozy notre Delanoë : l’erreur du gouvernement de Pékin - et pas seulement au Tibet -, c’est de traiter la sédition par la répression brutale, la dénonciation très datée mao-stalinienne de « l’ennemi du peuple », le déni de liberté d’expression, tandis que les puissances occidentales règlent les velléités de sécession de telles ou telles de leurs provinces par le dialogue, le respect des différences culturelles - souvent anecdotiques - et linguistiques, la régionalisation et la subvention. L’équilibre demeure parfois fragile entre l’Etat central et les régions frondeuses, mais, jusqu’à présent, d’Euskadi en Campanie, le pacte tient.

Dans un intérêt réciproque. Car, plus généralement, que signifie l’indépendance pour un petit pays la plupart du temps peuplé d’un ou deux millions d’habitants, de moins de cent mille dans les cas extrêmes ? Crever de faim dans la crainte constante d’être annexé par un quelconque puissant voisin ou de conclure avec celui-ci ou l’un de ses concurrents tant d’accords stratégiques, économiques et militaires, tant d’échanges culturels, tant de concessions de toutes sortes que l’indépendance se résume en fait à l’adoption d’un drapeau, d’une constitution inspirée d’un modèle étranger le moins libertaire possible, enfin à l’installation de postes-frontières et de contrôles douaniers, histoire de créer ex nihilo une caste de fonctionnaires tatillons, voire profondément bornés, donc pour le commun des mortels d’inventer du tracas là où il n’y en avait pas ou moins  ?

Pour ces micro-Etats, « l’indépendance » a pour principal objet la création d’une oligarchie autochtone de politiciens et d’affairistes - le plus souvent chevillés entre eux plutôt qu’adversaires - qui exploiteront à leur seul profit les hommes et les richesses de la nation au lieu que « l’étranger » s’en charge à leur place.

Concrètement, la pseudo-indépendance de l’Ossétie du Sud ou de l’Abkhazie a consisté à substituer à un tyranneau géorgien un tyranneau ossète ou abkhaze. Pas sûr que le peuple y ait gagné quelque chose en dehors de la fierté de se forger à lui-même ses propres chaînes, puisque, à l’évidence, la création d’un Etat indépendant suppose pour la population des charges nouvelles, gouvernement, assemblée, administrations, police, armée sans lesquelles l’indépendance n’est qu’un vain mot tout juste bon à allumer les feux du racisme et de la haine en distinguant des appartenances superflues.

La biologie a démontré qu’êtres humains nous sommes tous identiques, tandis que l’astronomie comme les observations purement atmosphériques dues au progrès technique découvraient la relative exiguïté de notre planète. Il serait temps d’en tenir compte et d’abandonner Babel à la tradition biblique.

Mathias Delfe


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21 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 4 avril 2008 12:18

    Salut Matthias alias ... Matthias

    Non, n’abandonnons pas Babel,

    Les hommes étaient tous massés sur une immense tour regorgeant de pétrole et d’or, alors, dans son infinie sagesse, Dieu a dispersé les ressources minières et énergétiques sur la terre pour que les hommes puissent occuper l’espace et le gérer. Hélas, il n’avait pas prévu la démographie galopante, l’orgueil et la vénalité qui dépasse la fiction


    • Mathias Delfe Mathias Delfe 5 avril 2008 12:42

       

      Le problème avec Dieu, Bernard, c’est sa désinvolture ou son étourderie : il prévoit des ressources minières et pétrolières, mais il ne prévoit ni l’accaparement de celles-ci par quelques-uns ni la pollution qui découle de leur usage.

      La prochaine fois qu’il refera le monde ou que celui-ci se refera sans son avis car d’évidence la matière obéit mal à son créateur, il faudrait qu’il anticipe.


    • moebius 5 avril 2008 02:33

       Vous dites que la Chine pour résoudre les revendications tibétaines devrait utiliser le dialogue plutôt que la force. Sans doute mais vous oubliez le fait que la chine dans sa très longue histoire n’a connu aucun épisode démocratique. la Chine n’a absolument aucune culture de la démocratie elle en est l’antithèse. C’est une dictature fermée ultra nationaliste qui n’évolue ni dans ses frontières ni dans les modalités de son administration. Donner suite aux revendication culturelle tibétaine n’a tout simplement aucun sens pour elle. elle a concédé un certain nombre d’avantage ou de priviliégie a cette région mais ceux ci sont essentiellement pécunier. Le tibet est ainsi la seule région chinoise a ne pas payer d’impôt et de taxe d’importation ce qui ne va pas s’en poser des problèmes aux autres chinois qui s’estiment lésés et comprenne encore moins les revendication tibétaines. La Chine a en quelque sorte acheté le tibet mais la chine ne comprend pas les revendications culturelles tibétaines. Chinois et tibétain se mélangent peu ce qui est vrai aussi pour les autres minorités chinoises. Chacun vie sur une planète différente. Les Chinois, prétendre t’ils, ont envahi le Tibet pour lutter contre le servage , mettre fin au féodalisme, y apporter les bienfaits de la modernité et du socialisme pas pour reconnaître une culture qu’il juge archaïque. Instaurer un dialogue reviendrai a admettre le fait que leur présence au Tibet est illégitime. Reconnaître le Tibet reviendrait a prendre le risque de saper par contagion l’intégralité du territoire et à revenir a la Chine pré- maoïste celle de l’affrontement des seigneurs de guerre et du déclin de l’empire. Période qui précède la reconquête nationaliste ou impériale entreprise par Mao. Le PCC a été crée en vue de préservé l’intégralité du territoire. Pour la Chine ont l’aura compris, la reconnaissance d’une autonomie réelle du Tibet est absolument cruciale


      • Mathias Delfe Mathias Delfe 5 avril 2008 12:31

        Bien sûr que la Chine n’a aucune tradition démocratique, toutefois votre rappel justifie deux remarques : primo, la démocratie n’a rien de « traditionnel », au sens « d’allant de soi », elle doit au contraire pour perdurer se défendre en permanence des tentations autoritaires voire totalitaires et se régénérer le plus souvent possible, puisque figée dans un fonctionnement constitutionnel trop rigide elle recrée vite des « castes », des oligarchies, des rentes de situation, etc… ; secundo, à simple titre d’exemples, la France il y a à peine plus de deux siècles, l’Allemagne, l’Autriche il y a moins d’un siècle, nonobstant le très lointain substrat grec, n’avaient aucune « culture démocratique », à cet égard on peut considérer, avec un certain optimisme je le reconnais volontiers, que la Chine (et bien d’autres pays) n’a qu’un retard modeste à l’échelle de l’Histoire.


      • Serpico Serpico 5 avril 2008 17:59

        Sur le sujet, c’est l’article le plus intelligent qu’il m’ait été donné de lire.

         

         


        • Jean-Paul Doguet 5 avril 2008 18:50

          @Mathias Delfe

          Bonjour Mathias,

           Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous utilisez de manière à mon avis biaisée des considérations d’étendue. Vous faîtes valoir que le Tibet représente à peu près un quart de la superficie de la Chine populaire. En vertu d’une logique qui est un peu celle de l’espace vital vous en concluez qu’il est normal ou compréhensible que les han y aillent.

          En fait l’actuelle région autonome représente à ma connaissance moins d’un 5e. J’ai l’impression que vous ne comprenez pas qu’il s’agit d’une région très difficilement accessible (4000 mètres d’altitude), aride, et absolument pas hospitalière pour l’être humain. Ce n’est pas un hasard si pendant des siècles très peu de chinois y sont allés, et si le pays est effectivement sous-peuplé. Spontanément les hans n’iraient pas au Tibet ; ce qui est encore plus vrai de l’immense Qinhai rude et désertique. Il s’agit d’un problème d’accès et de ressources, presque comme le Sahara. Le cas du Tibet est assez différent de la mongolie Intérieure, où il n’y a aucune barrière naturelle. Il a fallu une volonté POLITIQUE pour amener des hans au Tibet, car peu de gens veulent aller vivre à 4000 mètres d’altitude dans un territoire où il n’y a presque pas d’agriculture. Conclusion : contrairement à ce que vous suggérez avec complaisance il n’y a aucune fatalité démographique ou géographique qui obligerait les hans à peupler la moitié ouest de leur territoire, il n’y a que de la politique et de la violence, et nous n’avons pas à l’oublier. 


          • Mathias Delfe Mathias Delfe 6 avril 2008 16:11

             

            Le fait que le Tibet (dont j’ai moi-même signalé le caractère « élastique » de la surface selon qu’on adopte le point de vue de l’occupant Han ou des nationalistes) soit une région globalement inhospitalière n’altère pas la notion largement subjective « d’espace vital », a fortiori dans un pays soumis à une telle pression démographique conjuguée à une telle croissance économique. Vous parlez de "volonté politique" pour expliquer le peuplement plus ou moins forcé par les Han. Eh bien ? vous connaissez des mouvements de population qui n’obéissent pas à une volonté politique et/ou économique (pour certains, c’est pareil)  ?

            Je n’évoquais pas les tribus amérindiennes du sud-ouest étasunien par hasard : les territoires de l’Arizona et du Nouveau-Mexique ont beau être essentiellement désertiques, leur rétrocession à leurs occupants d’origine -donc la réduction drastique de l’espace vital des Américains qui s’ensuivrait- n’est pas à l’ordre du jour.

            Et, en faisant un peu de politique fiction, qu’en France une bonne partie du Massif central, des Alpes et des Pyrénées soit aussi fort modestement peuplée que peu habitable n’empêcherait pas la République d’accueillir fraîchement la volonté indépendantiste des Auvergnats, Savoyards, Béarnais et Basques.

            Autrement dit, la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes est un droit imprescriptible … but out of my garden.

            Enfin, de quelle complaisance parlez-vous ? je ne prétends nullement que le pouvoir autoritaire de Pékin a raison d’agir ainsi, encore moins que cette action ait la moindre finalité morale, j’essaye pour comprendre une situation de dépasser le stade des indignations pavloviennes fluctuant au gré de l’actu, avant-hier le Darfour, hier le Myanmar, aujourd’hui le Tibet…


          • Jean-Paul Doguet 7 avril 2008 08:58

            La comparaison que vous faîtes avec les Pyrénées ou l’Auvergne, ou même l’Arizona, est dérisoire et fait sourire. Vous ne vous en rendez pas compte, mais c’est justement là, par ces comparaisons, que commence votre complaisance, je veux dire votre consentement. Le Tibet est un lieu inaccessible et périphérique, proche d’une frontière politique, comme d’ailleurs le Xinjiang. Rien à voir avec un espace central au milieu d’un territoire.

            Vous invoquez la prétendue croissance démographique. Il faut que vous sachiez que la Chine populaire est actuellement en situation de décélération intensive. Son taux de croissance actuel est pratiquement identique à celui de la France. Sa population sera bientôt d’ailleurs dépassée par celle de l’Inde. Et de toute façon la croissance de son économie et de sa production agricole a aujourd’hui résolu pour elle la question de l’alimentation. Le Tibet est une région d’élevage à 4000 mètres qui peut très difficilement faire face à une augmentation de sa population. A Lhassa tout est importé ou presque. Il me paraît évident que la Tibet ne rapporte rien à la Chine, sinon peut-être par ses ressources minières, mais on m’a dit qu’elles étaient peu exploitables.

             


          • armand armand 7 avril 2008 09:15

            Mathias :

            Votre comparaison ne tient pas la route. Tout d’abord les habitants de l’Arizona ne revendiquent aucunement l’indépendance. Il faudrait pluôt imaginer la situation si les USA avaient annexé le Mexique tout entier, et installaient en nombre croissant des colons gringos tout en maintenant la population mexicaine dans le sous-développement. M’est d’avis qu’à l’heure actuelle la situation serait plus qu’explosive.

             


          • Mathias Delfe Mathias Delfe 7 avril 2008 13:16

            Tout comme Armand, vous avez tort de sourire, Jean-Paul.

             « Un groupe d’Indiens Lakotas a décidé de faire sécession des Etats-Unis. Une délégation est venue en informer les autorités américaines le 17 décembre à Washington. Leur responsable, l’écrivain, acteur et militant Russell Means, a remis à un fonctionnaire du département d’Etat une lettre annonçant leur décision de rompre les traités signés en 1851 et 1868. "Nous ne sommes plus citoyens des Etats-Unis", a expliqué Russell Means lors d’une conférence de presse organisée dans une église de Washington ». Le Monde du 22/12/07

            Ca commence comme ça. Russell Means, Dalaï lama, même combat.

            Et puis le Tibet ne rapporte pas rien à la Chine, mais un territoire énorme. Je ne connais aucune puissance prête à sacrifier un seul mètre carré de terre qu’elle revendique pour sien, même aride. Comme vous le savez, cela a valu à l’humanité des tas de guerres atroces pour un champ de patates.


          • Libr'Op Libr’Op 7 avril 2008 15:42

            Oui, vous avez raison, il n’y a là aucune fatalité redevable à une pulsion démographique inévitable. La Chine a développé une politique de colonisation du Tibet par phagocytage ethnique. Pékin a affiché une volonté délibérée de faire des Tibétains une minorité de fait sur leurs propres terres. D’abord en intégrant l’Amdo et le Kham a des provinces chinoises (Gansu, Qinghai, Si Chuan, Yunnan) ensuite en favorisant le peuplement de la Région dite autonome du Tibet par des Chinois venus de l’intérieur. A cet égard, le développement économique bien réel du Tibet profite essentiellement aux Chinois. Qui plus est la langue dominante y est le Chinois, alors que les Tibétains ont leur propre langue totalement indépendante de la langue chinoise. Il y a donc aussi une colonisation culturelle parallèlement à la colonisation ethnique et économique, sachant que le Tibet est devenue au premier chef une position stratégique militaire capitale.


          • Jean-Paul Doguet 6 avril 2008 23:37

            @bodidharma

            J’ai déjà répondu à votre remarque qui porte la marque d’un anticléricalisme à la Canard Enchaîné et qui me fait penser que vous ne connaissez pas du tout le Tibet. Les Chinois se sont bien gardés de former au Tibet une élite moderne, confinant les Tibétains à des postes subalternes. Ils n’ont jamais voulu créer un PC tibétain par exemple et la scolarisation des Tibétains est volontairement limitée. C’est la province de Chine où l’analphabétisme est le plus élevé (51% encore en 85). Seule une poignée d’élus triés sur le volet a pu aller à l’Institut des Minorités de Pékin où on leur fait de la propagande. Donc les moines (qu’il ne faut pas confondre avec les moines chrétiens, leur fonction n’est pas du tout la même) tiennent lieu de seule élite éduquée du pays, et ils sont les dépositaires de la culture nationale. Au Tibet (et même en Inde) ils ont tout naturellement été les créateurs du nationalisme tibétain. Quand je suis allé au Tibet en il n’y avait pas d’enseignement laic en tibétain, uniquement en chinois. Mais ne vous trompez pas : les Tibétains respectent profondément leur clergé et sont à mon avis un des peuples les plus religieux de la terre. 


          • Libr'Op Libr’Op 7 avril 2008 15:27

            Attention, le Tibet n’est pas une "province" de la Chine et ne l’a jamais été. Le Tibet est aujourd’hui intégré à la République populaire de Chine comme Région autonome. Statut très différent. De plus, la Région dite autonome du Tibet ne comprend qu’une partie du Tibet traditionnel dont les provinces de l’Amdo et du Kham ont été intégrées à des provinces chinoises au Gansu, au Qinghai, au Si Chuan et au Yunnan.

            Quant à l’autonomie actuelle du Tibet (la province de l’U-Tsang de l’ancien Tibet) elle n’est que nominale. C’est le PCC qui dirige. Et les Tibétains n’ont pas le droit à la parole, sauf les collaborateurs qui se limitent à perroquétiser les directives de Pékin. Point barre


          • Jean-Paul Doguet 7 avril 2008 23:24

            Bonjour Libr Op

            Vous avez tout à fait raison de reprendre ma terminologie. Mais j’ai parlé de "province" parce que j’avais sous les yeux le tableau du grand recencement de 82 (publié par Béja et Trolliet chez Armand Colin), et que c’était le terme générique utilisé.

            J’ai connu au Tibet des gens que vous appelez des "collaborateurs", des Tibétains qui étaient les rares à parler chinois. Le premier était notre chauffeur qui avait été à l’Institut des minorité de Pékin et me récitait en toute bonne foi je pense sa propagande. L’autre était à l’hopital de Lhassa et m’avouait que son travail était plus que modeste ; Ceci étant je me refuse à leur jeter la pierre, car je reconnais qu’ils étaient plus "modernes" que ceux qui ne parlaient pas chinois, et puis pour eux parler chinois est le seul moyen d’améliorer leur sort et d’accéder à des responsabilités. Les hans eux ne parlent pas tibétain.

             Ce que vous dîtes sur l’enrichissement du Tibet m’interesse. Est-ce un vrai enrichissement, une croissance de la richesse du pays ? ou n’est-ce pas tout simplement que par la force des choses il est entraîné par celui de la Chine ? Ce serait très différent. D’après ce que je sais la principale richesse du pays est en fait le tourisme, qui profite surtout aux hans (petis restaus, hotels, services). Pouvez-vous m’éclairer ? 


          • Bobby Bobby 7 avril 2008 00:39

            Bonsoir,

             

            Je suis tout-à-fait d’accord avec l’auteur sur la plupart de ses prises de position ! et si j’ai proposé à la signature, la pétition organisée par Avaaz sur le soutien du peuple tibétain, j’ai ensuite bien remis à sa place mon objectif qui est bien le droit au peuples de choisir leur auto-détermination... ignorant vraiment ce que ce choix pourrait changer à sa réalité objective ! Choix d’autant plus complexe que l’ensemble dans lequel il s’inscrit est, lui aussi en mouvement !

             

            Les efforts de changements en question pourraient d’ailleurs très bien se voir rattrapés par d’autres, plus radicaux en termes d’économie mondiale et voir s’inverser le rapport d’ici quelques années entre les moyens de production de type "traditionnel" (sans consommation de pétrole) et ceux que nous connaissons largement dans nos pays industrialisés (qui brûlent en moyenne 10 calories pour en produire 1 ) ! Une réalité qui risque fort de nous réveiller à relativement court terme dans une problématique bien plus préocupante.

             

            Je me souviens du levé de boucliers qu’un bon nombre de personalités étrangères à la Chine avait opéré au sujet de la mesure qu’elle avait prise il y a déjà bien longtemps, de limitation des naissances... A ce sujet, comme à bien d’autres, je pense que (le probablement bien intelligent) Monsieur le marquis de Crétin, curieux en tout, devait être entouré de gens méritant bien plus que lui le nom propre, devenu qualificatif aussi peu agréable à porter... Certitude, quand tu nous tient !

             

            Bien cordialement

             

             


            • Bobby Bobby 7 avril 2008 00:49

              ...Quand tu nous tiens ! sorry !


            • Libr'Op Libr’Op 7 avril 2008 15:20

              Le Kosovo vient d’acquérir l’indépendance. les Etats de la Baltique sont désormais indépendants. La Tchéquie est indépendante et la Slovaquie aussi qui auparavant formaient un seul et même pays. Les minuscules atolls de Tuvalu en Polynésie sont un Etat indépendant. La République de Nauru, plantée là au centre du Pacifique, n’est qu’une grosse patate de 21 km2. L’Andorre et le Lichenstein sont indépendants vivant selon leurs propres régles. Le Bhoutan, aussi, qui jouxte le Tibet.

              Alors pourquoi les Tibétains, si tel était leur désir, ne pourraient-ils être indépendants ? C’est une question de droit. le droit à l’autodétermination, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les Tibétains ont le droit tout comme les autres à la liberté, l’indépendance et la démocratie.

              D’ailleurs, le XIVème dalaï-lama a instauré en exil un système démocratique avec un gouvernement et son Premeir Ministre, le Vénérable Professeur Smadhong Rimpoché, ainsi qu’une Assemblée démocratiquement élue. Il y a même un parti d’opposition, le Tibetan Youth Congress, fort et vivace, chantre de la lutte pour l’indépendance.

              Le Tibet a donc, grâce à son hiérarque bouddhiste, des institutions et une vie politique, sociale, culturelle démocratiques.

              Qui plus est, le dalaï-lama n’exige pas l’indépendance de jure de son bien-aimé Toit du Monde. Et si le Prix Nobel de la Paix 1989 propose une authentique autonomie pour son peuple, ce n’est pas pour y instaurer une quelconque "République théocratique" . L’époque théocratique est définitivement révolue pour les Tibétains.

              Les Taiwanais bénéficient de la règle "un pays, deux systèmes" voulue par Pékin. Taïwan, qui n’est qu’une province de la Chine, alors que le Tibet en est aujourd’hui une Région autonome à part entière, élit son propre président et vit selon le régime libéral-capitaliste de façon tout à fait indépendante.

              Pourquoi le Tibet ne vivrait-il pas selon ses propres règles et coutumes dans le cadre de la RPC ?

              C’était le voeu du dalaï-lama avec son Plan en 5 Points présenté en 1987 au Capitole de Wasington D.C. puis en 1988 devant le Parlement européen à Strasbourg. Plan abandonné en 1991 en raison de l’absence de réaction constructive de la part des autocrates de Pékin. Le dalaï-lama voulait faire du Tibet en sa totalité une Zone de Paix. La Chine en a fait une zone militaire stratégique et une colonie de peuplement.

              Auparavant dans l’Histoire du XXème siècle, l’ONU avait daopté trois résolutions demandance le respect des droits fondamentaux des Tibétains. En vain. Mais à qui la faute ?

              Et en Chine même, des voix parmi les dissidents ont pris partie en faveur du Tibet. La plus célèbre, celle de Wei Jingsheng qui niait la suzeraineté revendiquée par Pékin sur le Tibet.

              Aujourd’hui, le président du Comité International olympique reconnaît à Pékin que la violence est incompatible avec l’idéal olympique et appelle au dialogue.

              Certes Pékin n’est guère disposer à lâcher le Tibet et ses mirifiques ressources naturelles en restant les bras croisés mais ce n’est pas pour autant une raison pour nous de les baisser.

              La Chine n’a-t-elle pas envisagé de détourner vers son Fleuve Jaune, les eaux du Brahmapoutre, fleuve gigantesque qui arrose le nord de l’Inde et prend sa source au Tibet ?

              Et va-t-on continuer à laisser se perpétrer un "génocide culturel" sur le Toit du Monde sans lever le petit doigt ?

               Merci de votre attention.

               


              • Sébastien 9 avril 2008 02:16

                Merci à Mathias, Jean-Paul et Libr’op pour ce dialogue intéressant.

                Je suis très content de l’importance des manifestations contre l’oppression au Tibet. Les Tibétains vivent pour leur culture, les chinois pour l’argent. Deux mondes qui s’affrontent. Il ne faut pas laisser le peuple tibétain pacifiste se faire exterminer (parce que c’est ce qu’à prévu le pouvoir chinois). Il représente un puits de sagesse, et ils ont beaucoup à apprendre aux autres peuples, parce qu’ils ont choisi un développement spirituel plutôt que matériel. Quelle perte ce serait !!!

                 

                Juste une petite remarque sur la conclusion de Mathias :

                "La biologie a démontré qu’êtres humains nous sommes tous identiques, tandis que l’astronomie comme les observations purement atmosphériques dues au progrès technique découvraient la relative exiguïté de notre planète. Il serait temps d’en tenir compte et d’abandonner Babel à la tradition biblique."

                Quand les chinois ont essayé de coloniser les terres tibétaines, ils se sont aperçus que les femmes chinoises ne pouvaient pas avoir d’enfant (surement à cause de l’altitude et de la rareté de l’oxygène). Comme quoi les tibétains et les chinois ne sont pas tout à faits pareil.


                • Mathias Delfe Mathias Delfe 9 avril 2008 10:23

                   

                  « Quand les chinois ont essayé de coloniser les terres tibétaines, ils se sont aperçus que les femmes chinoises ne pouvaient pas avoir d’enfant (surement à cause de l’altitude et de la rareté de l’oxygène). Comme quoi les tibétains et les chinois ne sont pas tout à faits pareil. »

                  Sébastien, à l’abri derrière toutes les revendications nationalistes, planqué sous le politiquement correct « ethnicisme », le racisme n’est jamais loin, comme vous le démontrez, sans doute ingénument puisque vous remarquez vous-même que la difficulté pour des allochtones à conserver un embryon serait probablement liée à des facteurs environnementaux. Je vous le confirme, une Norvégienne peut parfaitement concevoir des enfants avec un Pygmée pourvu qu’on leur trouve à tous deux un terrain d’adaptation.

                  Il existe de nombreuses excellentes raisons pour les Tibétains de vouloir l’indépendance – le respect de leur intégrité territoriale, de leur histoire, de leur culture, de leur religion, de leur volonté de créer des institutions démocratiques- et une très mauvaise, qui prétendrait que les Chinois (en l’occurrence les Han) sont d’une autre espèce.


                • Jean-Paul Doguet 9 avril 2008 10:41

                  Bonjour Sébastien

                  Je ne suis pas vraiment d’accord avec le dualisme que vous posez lorsque vous dîtes que les "Tibétains vivent pour leur culture et les Chinois pour l’argent", cela me paraît manichéen, même si je reconnais que l’esprit chinois a souvent un visage disons "matérialiste".

                  Je pense que tous les peuples ont le droit de se développer et que la croissance économique est un progrès pour la liberté et la culture des individus. Cela concerne aussi un pays longtemps misérable comme le Tibet. Il ne faut pas cyniquement présenter la pauvreté et le sous-développement comme un choix. Simplement, la croissance doit être l’oeuvre d’un pouvoir souverain, respectueux des traditions, de la culture et des intérêts d’un pays. ce n’est certes pas le cas pour ce qui se passe au Tibet. Si les Chinois ont enrichi le pays, c’est très récemment et d’une manière qui a peu à envier à celle des Japonais en Corée par exemple.


                • tulku_debunk 10 avril 2008 05:34

                  « Quand les chinois ont essayé de coloniser les terres tibétaines, ils se sont aperçus que les femmes chinoises ne pouvaient pas avoir d’enfant (surement à cause de l’altitude et de la rareté de l’oxygène). Comme quoi les tibétains et les chinois ne sont pas tout à faits pareil. »

                  Et ça sort d’où, ces révélations ? Du puits de sagesse tibétain ?

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