Se parer de neutralité sous couvert du respect des nationalités, ou se parer de morale pour s’ingérer dans des affaires des autres, permet toutes les interprétations propices aux jeux d’intérêts lucratifs et politiques. Essayons de mettre un minimum de logique pour conduire à un modèle juridique plus cohérent.
Aujourd’hui nous ressentons un devoir moral d’ingérence face aux souffrances de certains peuples, mais nous n’avons toujours pas de droit à l’ingérence juridiquement légitime.
Dès qu’un pays connait des difficultés internes, se pose la question du droit des autres pays à venir intervenir.
Cette intervention peut-aller du strictement humanitaire avec une neutralité affirmée souvent accusée d’inefficacité jusqu’au violement militaire où parfois le remède est vu pire que le mal.
Les grands intérêts économiques ou de politique stratégique savent très bien utiliser l’impact médiatique de ces difficultés, famines, injustices, violences pour organiser leurs interventions. Ainsi par exemple sous l’alibi humanitaire ou de pacification se cache fort souvent des intérêts pétroliers, inutile de vous précisez les cas, vous les connaissez !
Juridiquement l’ONU va plus ou moins accepter ces interventions qu’il est obligé de sous-traiter aux pays les plus forts, n’ayant qu’une force armée de casques bleus d’une efficacité limitée à son aspect symbolique.
Mais dès qu’un pays trouve intérêt à organiser ou interdire ces interventions des droits de vote ou de véto sont politiquement utilisés dans un jeu diplomatique soumis aux influences et dénué de logique juridique et encore moins humanitaires.
Face au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’affirmation du respect des souverainetés nationales, apparait depuis quelques décennies un droit d’ingérence qui deviendrait même un devoir en cas d’urgence, laissant aux pays tous les choix depuis la stricte neutralité jusqu’à l’ingérence armée. Faute de règles claires, les décisions sont soumises à l’arbitraire opportuniste toujours entachée d’intérêts qu’ils n’arrivent pas toujours à dissimuler.
Par contre une ingérence essentielle n’est jamais critiquée, pire elle est même de plus en plus imposée par les instances internationales : Il s’agit de l’ingérence économique. Bizarrement celle-ci n’est guère pensée comme ingérence, et parait normale, parfois même considérée comme bénéfique. Il s’agit pourtant bien d’une ingérence ayant des répercutions essentielles, quand des terres arables, des forêts ou des mines sont confiées à des intérêts étrangers, c’est quand même une ingérence de première importance ! Alors pourquoi se poser des questions d’éthique sur le droit des ingérences humanitaires, et oublier l’impact économique ?
Même une ingérence humanitaire alimentaire peut-être critiquable, car apporter gratuitement des vivres au peuple affamé l’année de disette, revient à couler les rares agriculteurs qui ont su malgré les difficultés réussir à produire un peu cette année là. Alors que leurs compétences auraient fait leur fortune et ainsi leur capacité et expérience aurait pu se répandre autour d’eux, les voilà ruinés par cette concurrence déloyale, décourageant tous leurs efforts.
Chaque gouvernement réfléchi aussi à deux fois avant de vouloir agir à l’étranger sachant que la réciprocité peut lui arriver, logiquement les dictatures ont fortement tendance à se solidariser pour se défendre en se parant du droit de respect des souverainetés nationales, de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, et interdisent toute action pouvant les déstabiliser.
Comment sortir de ces contradictions ?
D’abord constatons que ce vide juridique laisse place à toutes les interprétations et laisse libre court à des intérêts qui trompent les peuples à coup d’images humanitaires, pour mieux les exploiter. Donc il est urgent de construire des règles précises.
Ensuite de définir de quoi on parle. Il s’agit de construire des lois pas d’appliquer une morale variable au gré des cultures ou religions. Ces lois doivent clairement affirmer ce qu’est un état, un peuple ou un gouvernement. Car la confusion toujours présente entre un peuple et ceux qui le dirigent, permet au choix de s’appuyer sur une volonté populaire ou sur une volonté gouvernementale, au gré des intérêts.
Alors je vais tenter quelques propositions :
Le pays
Un pays est d’abord un territoire géographique. Ce territoire n’est ni un peuple ni un gouvernement.
Sa population
Un peuple est une population qui se reconnait une identité commune qui peut s’appuyer suivant les circonstances sur une culture, une langue, une religion, une histoire, une couleur de peau, et même un territoire. Ce flou conduit à refuser ce concept de peuple source d’’interpétations illimitées. (Voir l’article « de quel peuple suis-je ? »)
Je propose plutôt la notion de citoyen, c'est-à-dire toute personne reconnu comme appartenant au pays, c’est à dire, toute personne considérée comme relevant de la constitution du pays. (Voir nationalité)
Ainsi si une constitution refuse à une partie des ses habitants une existence légale, il n’a plus de raison juridique de s’opposer à une intervention les concernant puisqu’ils ne font plus partie de cette constitution. Exemple : Un état religieux refusant le droit d’exister à des personnes d’autres pratiques n’a plus aucun droit juridique d’interdire une intervention en leur faveur par d’autres états puisque ces personnes ne sont pas reconnues « citoyens » de cet état. Je pourrais développer l’implication cette notion à propos de l’Iran, du Tibet, des Kurdes, des Roms, des immigrés etc.…
Son gouvernement
Un gouvernement est un ensemble de personnes, qui détiennent plus ou moins certains droits : La liste non exhaustive de ces droits et de leurs limites mérite attention, car ce sont à ces droits qu’une intervention externe va s’opposer.
(Ce découpage des droits d’un gouvernement ouvre déjà des pistes pour le contenu d’une action externe, par exemple lorsqu’une des limites est niée. Ainsi une censure excessive autorise les états voisins à diffuser l’information critique, une répression arbitraire peut autoriser une mise en place d’action pour les défendre. )

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