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Invasion de l’Irak : Tony Blair ne regrette rien

Ce week-end, le prédécesseur de l’actuel premier ministre Gordon Brown, devait s’exprimer devant le panel d’une commission d’enquête gouvernementale concernant les conditions de l’intervention britannique en Irak en 2003.
 
Comme de coutume, Tony Blair soutient mordicus que l’Irak détenait des armes de destruction massive et que celles-ci étaient prêtes à l’emploi. Allons donc ! Sept ans après que la statue du dictateur ait été renversée et piétinée dans la liesse générale, Washington s’est avérée incapable d’en apporter la preuve irréfutable. « Nous savons où elles sont  », déclarait sûr de lui le Secrétaire de la Défense américain Donald Rumsfeld en mars 2003. Depuis, l’amnésie semble l’avoir gagné et lesdites armes reposent sagement dans des cachettes imaginaires. De même, les « aveux » du détenu libyen Ali Mohamed al-Fakheri, islamiste présumé lié à Al-Qaïda et décédé dans une prison libyenne en mai 2009, seraient à l’origine de ces accusations, mais obtenus sous la contrainte lors d’un interrogatoire en 2002, leur crédibilité a fondu comme neige au soleil. Force est de constater qu’ils n’ont servi qu’à justifier le déclenchement d’une guerre visant à satisfaire des intérêts. Une guerre à laquelle Tony Blair avait bien l’intention de participer, tradition oblige, pour ne pas froisser les ambitions du grand frère américain. « Je lui ai dit que nous serions avec lui (Georges W. Bush) si la diplomatie échouait, mais cela n’avait rien de secret », croit-il bon de préciser. Ben voyons ! Autant prêcher à un converti !
 
La lumière est faite depuis longtemps sur cette affaire qui pourrait concourir au titre de plus gros bobard de ce début de siècle. Un mensonge d’autant plus grotesque qu’il a la peau dure. Mais le plus surprenant vient du fait que monsieur Blair manque singulièrement de mémoire. Selon des révélations tirées d’un journal personnel de Robin Cook, ex-secrétaire britannique aux Affaires étrangères, l’ex-premier ministre britannique reconnaissait deux semaines avant le début de la guerre que l’Irak de Saddam Hussein ne disposait pas d’armes de destruction massive opérationnelles. De fait, le dossier manipulateur présenté au gouvernement britannique pour le convaincre de l’imminence d’une attaque susceptible de causer la mort de milliers de personnes, en ajoute davantage à la mascarade médiatique tissée autour d’un ennemi au pouvoir de nuisance exagéré, voire quasi-inexistant. Argument décisif : le 26 septembre 2003, un rapport de la CIA conclut à « l’inexistence d’armes de destruction massive en Irak  ». Stupéfiant, non ?
 
Le fait que Tony Blair ose défendre l’indéfendable relève de la bêtise. Pareils propos amuseraient peut-être une salle refroidie par l’humour d’un comédien qui aurait épuisé son répertoire de vannes foireuses, mais sûrement pas les milliers d’innocents dont les os blanchissent entre Bassora et Mossoul.
 
Et puis, il fallait s’y attendre, Tony Blair tente maladroitement d’évoquer le côté positif de la guerre, celui du renversement d’un régime despotique et sanguinaire et de le remplacer par une démocratie symbole de liberté. L’espoir fait vivre dit-on. Comment messieurs Bush et Blair se sont-ils aussi lourdement trompés ? Démocratie ne rime pas avec l’Histoire et les habitudes de cette région du monde qu’est le Moyen-Orient. L’Irak découvre tout juste sa signification au contact des américains. Mais peut-on vraiment parler de démocratie alors que Washington tire les ficelles tout en donnant aux irakiens l’impression d’être libres de prendre des décisions ? Le régime hybride que Washington essaie tant bien que mal d’instaurer à Bagdad, ne peut, du moins est-on en droit le penser, survivre à un retrait américain.
 
Reste que concernant l’engagement de son pays aux côtés des Etats-Unis, Tony Blair a manipulé ses électeurs ou du moins, a tenté de le faire pour justifier sa décision. C’est ce que pensent en tout cas 52 % des britanniques, qui estiment qu’il les a « délibérément induits en erreur  ». Bien que l’ex-premier ministre reconnaisse « une responsabilité », il ne fait nullement allusion aux mensonges qui lui ont permis de légitimer l’épopée irakienne. Et Le bilan de la tartuferie est lourd. Outre les 179 soldats britanniques tombés au combat, l’Irak est ensanglanté par des attentats-suicides quotidiens, le peuple irakien souffre de la misère et de l’insécurité et l’invasion a ravivé les ardeurs de la nébuleuse terroriste Al-Qaïda, qui, est-ce utile de le rappeler, était absente d’Irak avant 2003, contrairement à ce que certains comme monsieur Blair voudrait nous faire croire.
 
Le mot de la fin ? « S’il fallait le refaire, je le referais » affirme-t-il. 
 
Décidément, non, rien de rien, non il ne regrette rien !
 
 
par Paul Normand lundi 1er février 2010 - 52 réactions yahoo
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