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Iran, ce pays qu’on assassine

L'Iran est aujourd'hui sous le feu des projecteurs et les Iraniens écrasés sous les sanctions internationales. Ces sanctions ont été mises en place puis aggravées afin de pousser le gouvernement à dévoiler des sites et d'arrêter l'enrichissement d'uranium, soupçonné d'être utilisé à des fins militaires. Pour justifier tout ça, on nous raconte que le pouvoir en place est machiavélique et veux détruire ses plus fidèles ennemis tels que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne (Israël n'est pas un ennemi en soi puisque l'Iran ne reconnait pas ce pays...). Ou bien on insiste sur le fait que la bombe peut se retrouver entre les mains des plus perfides terroristes telle qu'Al-Qaïda (osé !). On nous fait peur quoi. Mais à y regarder de plus près, on s'aperçoit que la réalité est tout autre.

Quelle utilisation pour l'Uranium ?

L'Iran a signé le Traité de Non Prolifération (TNP) des armes atomiques afin de parvenir à se doter de l'énergie nucléaire en toute légalité du point de vu international. Car en effet, même si on n'est pas un adepte de cette énergie (tel que moi), au vu de la demande croissante en électricité de sa population, l'Iran est bel et bien obligé de trouver un moyen efficace afin de couvrir ses besoins. Le gouvernement, malgré toutes critiques que l'on peut lui porter (notamment en matière de sécurité intérieure...), fait d'énorme efforts en infrastructure pour sa population. De plus de cela, sa politique est de se diriger vers une autonomie maximale en terme d'énergie, mais aussi dans le domaine de l'agriculture ou encore des produits manufacturés (ils ne construisent pas que des sous-marins et des drones "made in Iran", il y a aussi des voitures, des produits pharmaceutiques, du jouet à la pate a tartiner, pas si mauvaise). Bref, l'autonomie est l'actuelle politique islamiste d'Iran.

Islamiste oui. Mais justement. La politique autoritaire, imposer à sa population, a pour origine une paranoïa, celle de voir son pouvoir mise à mal non pas par cette même population, mais par des esprits étrangers pensant plus business qu'humain. Là est un autre débat, de savoir si cette paranoïa est avérée. Non, lorsque je parle d'un islamiste, je parle d'un islamisme humain. Car le leader Khamenei lors de ses discours ne parlent pas que de réduire en poussière Tel-Aviv comme on peut l'entendre sur nos ondes, il est question également « de valeurs humaines », de « paix partagée », « d'aide aux plus nécessiteux ». Ses discours sont suivis et écoutés non pas par la « haine » qu'il diffuse, mais au contraire pour le message de paix et de respect qu'il apporte à ses fidèles. On le croit, on ne le croit pas, ça, c'est un autre problème. Ce que je reproche à nos journaux c'est de ne pas citer par exemple ce passage :

"Les armes nucléaires ne peuvent ni assurer la sécurité, ni renforcer le pouvoir politique. Elles sont plutôt une menace à la fois pour la sécurité et pour le pouvoir politique. Les événements qui ont eu lieu dans les années 90 ont montré que de telles armes n'ont pas pu protéger un régime comme celui de l'ex-Union soviétique et nous savons aujourd'hui, que certains pays sont exposés à des vagues d'insécurité malgré leurs bombes atomiques.

La République islamique d'Iran considère l'utilisation des armes nucléaires, chimiques et à destruction massive comme un péché impardonnable. Nous avons proposé le slogan « Un Moyen-Orient sans armes nucléaires » que nous respectons. Cela ne veut pas dire que nous sommes prêts à renoncer à l'énergie nucléaire pacifique et à la production de combustible. Conformément aux accords internationaux, l'utilisation de l'énergie nucléaire pacifique est un droit pour tous les pays." (discours de Khamenei lors du 16eme sommet du mouvement des pays Non-alignés)

Pour l'islam, normalement, les armes à destructions massives sont totalement prohibées. Et le leader Khamenei a été un homme choisi par les Ayatollahs pour sont respect aux valeurs coraniques, je doute qu'il fasse un biais sur ce sujet extrêmement important pour l'Islam.
 


Les preuves ?

Autre point a repréciser : nous n'avons aujourd'hui aucune preuve que la volonté du pouvoir iranien est de se doter de l'arme atomique. Et même si le président états-unien Obama a fait savoir que « l'Iran aura la bombe d'ici a un an », bon nombre de spécialistes du même pays ont reconnus "une grande certitude que l’Iran n’a pour le moment pas pris la décision de relancer son programme d’armes nucléaires".(James Clapper, directeur du renseignement national états-uniens lors d'un discours au Sénat en 2011).L'ancien secrétaire à la défense Leon Panetta avait ajouté en 2012 "Est-ce qu’ils (les Iraniens) sont en train d’essayer de développer des armes nucléaires ? Non. Mais nous savons qu’ils sont en train d‘essayer de développer leur capacité nucléaire. Et c’est ce qui nous préoccupe.

De plus, selon L'agence Internationale de l'Energie atomique (AIEA), "tous les matériaux nucléaires dans les locaux restent sous la surveillance et le contrôle de l’Agence". L’AIEA considère que 20% de l'uranium enrichi est de l'uranium faiblement enrichi et qu’il existe une "barrière isotopique adéquate" à un développement d’un nucléaire militaire.

La vraie ligne rouge légale, spécifiée dans les accords de garanties généralisées de l'AIEA, c’est l’utilisation de matériaux nucléaires dans le cadre d’un programme d’armement. Hors, de nombreux experts et rapports officiels ont affirmé depuis des années qu’ils n’avaient pas de preuves qu’un tel programme existe. Comme le prix Nobel Mohamed El Baradei, qui a passé plus d’une décennie à la tête de l’AIEA, qui a déclaré qu’il n’avait pas « vu le moindre indice » indiquant que l’Iran cherchait à acquérir la bombe. Le dernier rapport de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien souscrit également cette estimation, soutenant que le programme iranien de recherche d’armes nucléaires "a été stoppé brutalement à la suite d’un ordre d’y mettre fin publié fin 2003".

Ce n’est pas la première fois que l'on tire l’alarme au sujet du programme nucléaire iranien en prétendant que c’est la fin du monde. Des compte à rebours hypothétiques et haletants sur l’existence d’une bombe atomique iranienne se sont succédés sans relâche depuis l’époque du shah. En 1992 par exemple, le ministre des affaires étrangères israélien Shimon Peres disait que l’Iran aurait des têtes nucléaires en 1999. En évoquant le scénario du pire comme une possibilité réaliste, ces comptes à rebours appellent des politiques vis-à-vis de l’Iran très dures, qui pourraient, à leur tour, provoquer une réponse tout aussi dure, créant un cycle perpétuel d’escalades. Ce jeu dangereux doit cesser impérativement !

Aussi, comme l’Iran, l’Argentine, le Brésil et le Japon maintiennent également une « option nucléaire ». Eux aussi pourraient rompre le TNP et fabriquer une arme nucléaire en quelques mois, voire moins. Et comme l’Iran, l’Argentine et le Brésil n’autorisent pas des visites d’inspection de l’AIEA conformes « au protocole additionnel ». Que dire encore des sites secrets de nos pays, France, Grande-Bretagne, Etats-Unis ? Ils y sont nombreux, et ce n'est pas demain que l'AIEA y aura accès !

 

Et si ?

Oui, et si malgré tout ca, l'Iran se dote de la bombe, qu'adviendra-t-il ? Le gouvernement iranien, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, il faut le reconnaitre, n'a rien d'égal avec le dictateur Kim Jung-Un. Non seulement il se refuserait de menacer qui que ce soit, au risque de justifier par eux même une intervention états-uniennes et israélienne, mais en plus ils n'oseraient l'utiliser contre Israël par exemple. Jamais ils n’oseraient bombarder une terre si proche de leurs allies (Hezbollah, Palestiniens).

Et Al-Qaeda alors ? Arrêtons ça, tous ces spécialistes autoproclamés qui ont martelé que le nucléaire iranien pouvait se retrouver dans les mains d'Al-Qaeda n'ont strictement rien compris. Cette entité terroriste est très loin des idéaux chiites, et se retrouvent même en ennemi juré de la République islamique d'Iran a l'heure actuelle. Il existe bien quelques perdus venus d’Afghanistan qui se proclament d’Al-Qaeda… Mais ils sont plus occupés à égorger des policiers iraniens.

Non, ce qui risque de se passer, c'est juste que la balance se rééquilibrera. Israël est aujourd'hui la seule à posséder l'arme atomique (illégalement au passage, c'est toujours bien de le rappeler) dans cette zone. Et ce n'est pas le Pakistan qui peut la menacer lorsqu'elle bafoue les droits des Arabes palestiniens. Cette bombe permettra également de se faire entendre sur la place internationale car aujourd’hui, malgré sa puissance économique grandissante, on se refuse toujours obstinément de lui prêter oreille. On s’étonne qu’à la suite de ça, Khamenei n’accepte pas les contraintes que l’occident, influencé par les Etats-Unis (eux-mêmes par Israël…)[1], lui impose. Après des années à cracher sur quelqu’un, on lui pose un flingue sur la tempe et lui explique les démarches à suivre : c’est ça la diplomatie ?! Bien sûr qu’ils refusent, il existe encore de la dignité chez certains !

Une question se pose également : qui imposent ces sanctions ? Les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France, le tout sous influence d'Israël. Rappelons :

Etats-Unis  : plus grosse puissance nucléaire

Grande-Bretagne  : pas loin derrière

France  : on ne s'attardera pas sur tous ces tests très controversés

Israël  : capacité nucléaire inconnue, et acquisition dans le plus strict secret et dans l'illégalité totale (avec l'aide française...)

Et de tous ces pays, l'Iran est le seul à ne jamais avoir envahit un autre Etat souverain depuis la révolution de 1979.

 

La maison brûle, et on regarde « la nouvelle Star »…

Alors quoi penser de tout cela ? Il y a l'histoire, de ces événements passés qui peuvent nous aider à analyser de façon plus constructive l'actualité. N'oublions pas l'Irak, de cette invasion qui avait pour but de neutraliser des armes à destruction massive inexistantes (finalement c'est la coalition qui utilisa des bombes à phosphores, des armes chimiques et des munitions à uranium enrichi... Le taux de cancer dans certaines zones d'Irak dépassent tous les niveaux du monde, même celui des sites de Fukushima et Nagasaqui !).

Arrêtons ce cinéma dangereux qui vise a détériorer l'image de l'Iran. Le gouvernement est ce qui l'est et aujourd'hui, on le sait, la nouvelle génération est en totale contradiction avec les valeurs qu'il représente. Il faudra qu'il change, et les Iraniens sont bien plus capables de choisir leur avenir que nous.

 



[1] Les Etats-Unis incitent les autres Etats à mettre en place des sanctions économiques à l’Iran, au risque s’il refuse de voir les Etats-Unis leur imposer les mêmes sanctions… Quelle démagogie (à savoir aussi si cela est bien légale !)

 


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19 réactions à cet article    


  • popov 22 mai 2013 12:47
    Qu’on foute la paix à l’Iran. Ce peuple est assez intelligent pour savoir quel genre de gouvernement leur convient. En mettant la pression sur le pays, on ne fait que donner des arguments au régime actuel.

    Quant au pétrole, ils ne peuvent pas le boire. Quelque soit le régime, ils le vendront.

    • Robert GIL ROBERT GIL 22 mai 2013 13:42

      voici une petite retrospective historique sur l’iran depuis les années 1930...

      voir : LA PERSE, L’IRAN ET APRES…


      • Cocasse Cocasse 22 mai 2013 15:07

        J’ai acheté des pistaches iraniennes à l’épicerie du coin, la semaine dernière. Cela ne tombe pas sous les sanctions ?


        • BlackListed BlackListed 22 mai 2013 17:13
          Guerre d’Iran 
          Fin juin début juillet ? 
          les paris sont ouvert smiley


          • Mr Mimose Mr Mimose 23 mai 2013 05:26

            Il n’y aura pas de guerre contre l’Iran pour le moment sauf coup de folie d’un de ses ennemis. La Syrie n’est pas tombée ce qui renforce d’autant plus l’Iran.
            Et si d’aventure l’Iran était attaquée je crains fort que ce pays disparaitrait et avec lui une bonne partie de la planète dont son ennemi le plus farouche.
            Ne soyez pas trop optimiste à l’idée de cette guerre.

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          • SEPH 22 mai 2013 17:33

            L’IRAN EST UN PAYS MODERNE, COMME LE PROUVE LE DERNIER RAPPORT DU FMI qui est daté du mois d’août 2011.

            L’article de Georges Stanechy nous fait le résumé de ce rapport :

            "A sa lecture, loin des diatribes hystériques coutumières, ce pays de 75 millions d’habitants, trois fois la France en superficie, apparaît comme un des meilleurs exemples actuels de gestion économique d’un Etat ! 

            Cinquante et une pages de contorsions, pour reconnaître, après visites, inspections, discussions, passage au microscope des statistiques et de leur méthodologie d’élaboration (3), que de fantastiques progrès sont en cours.

            En dépit de la fréquence des tremblements de terre (dont celui du 14 août dernier), exceptionnelles sècheresses [… severe drought … in 2008/09…] (4), embargos, sanctions, anathèmes, et autres “coups tordus” (5).

            Jusqu’à concéder une croissance annuelle de 3,2 % pour le dernier exercice (l’année fiscale iranienne se termine ou commence le 20 mars de chaque année). (6) Avec des réserves en devises de 100 milliards de dollars, estimées à 109,7 milliards pour 2011/2012, pour être précis. (7)

            Qui dit mieux ?...

            Dans l’acharnement des occidentaux à déstabiliser ce pays, rappelons les mesures foncièrement illégales au regard des résolutions de l’ONU et engagements internationaux. Celles d’entraver, d’empêcher l’Iran de se connecter au réseau bancaire international et donc au système de paiements internationaux, pour effecteur ses transactions commerciales courantes. (8) Au point qu’un pays comme l’Inde, qui importe 20% de ses ressources énergétiques de l’Iran (12 % en pétrole), éprouvait récemment des difficultés pour le règlement de son fournisseur. (9) Mais, la solution vient d’être trouvée : toutes les idioties, même les plus perverses, sont contournables…

            Obligés d’admettre que le pays connaît une croissance soutenue. Pas seulement grâce aux cours internationaux du pétrole et du gaz, mais aussi sous l’action conjointe d’une forte croissance du secteur agricole (“… strong rebound in agricultural sector and rapid credit expansion …”. (10) Auquel s’ajoute l’effet moteur d’une rapide extension du crédit en faveur d’un important secteur industriel, bien diversifié, tout particulièrement des petites et moyennes entreprises [… Iran has a relatively well-diversified economy with a sizeable industrial base…]. (11) Afin d’améliorer leur productivité, leur compétitivité, et faciliter la création de nouvelles initiatives.

            Le gouvernement Iranien tout en développant l’habitat social a limité, en effet, les crédits hypothécaires spéculatifs dans l’immobilier, généralement captés par une poignée (pour ne pas dire “mafia”…) de grands propriétaires et entreprises du bâtiment, pour concentrer les ressources financières disponibles sur l’investissement réellement productif. Ce que fait apparaître l’ “Index of real estate prices at constant prices in Tehran”, descendant de 110 en février 2008 à 75 en juin 2009, pour se stabiliser depuis à ce niveau. Un des rares pays où la spéculation immobilière est jugulée… (12)

            Tout en maîtrisant le risque d’inflation et améliorant les rentrées fiscales (“… Inflation was contained while fiscal and external positions improved …”. (13) Preuve que les grands équilibres macroéconomiques sont sauvegardés. Des finances ultra-saines, semblent se lamenter les experts. Aucun endettement auprès du FMI, ni accords spéciaux. (14)

            Mieux encore : les perspectives sont bonnes (With prudent macroeconomic policies, the medium-term outlook is positive…) avec une croissance estimée par prudence à 4,5 % (la cible étant 8%), avec une inflation chutant de moitié pour se situer au niveau des pays européens de 12 % dès 2011/2012. Malgré un doublement prévisible de ses importations de biens et de services, les réserves sont évaluées à 305,3 milliards de dollars en 2016/2017. Soit un triplement par rapport au niveau actuel ! (15)

            La lutte contre le chômage, notamment chez les jeunes, est une priorité du gouvernement et du parlement Iraniens. Avec un taux de 14,5 %, en 2010, il est comparable au niveau des pays européens. L’objectif immédiat étant de l’abaisser à 7% dès 2012. Politique volontariste, inscrite dans le 5° Plan de Développement Socio-Economique quinquennal [Socio-Economic Development Plan (2010-15)], lui-même intégré dans le plan de développement global du pays sur 20 ans : The 20-Year Outlook Plan (2005-25).

            L’Iran a créé 1,6 millions d’emplois lors du dernier exercice et vise, pour 2012, la création de 2,5 millions d’emplois. Avec comme objectif à terme : le plein emploi…

            Remarquable réussite des réformes économiques

            Au-delà de ces performances, ce qui est à retenir de la lecture du rapport du FMI c’est le “constat” de la remarquable réussite, à l’étonnement des experts eux-mêmes, portant sur la profonde rénovation en cours du système économique de l’Iran. Dans trois domaines majeurs, tout particulièrement :

            1. Réforme des mécanismes de subventions

            En décembre 2010, les subventions des prix de l’énergie et des produits agricoles ont été supprimées. Facteurs d’injustice sociale (le ’riche’ paye, pour des produits identiques, le même prix que le ’pauvre’) et de corruption (cf. les fortunes personnelles dans l’huile, le blé et le sucre, fondées sur ces mécanismes ...), les subventions sont extrêmement délicates à réformer. Il est essentiel de ne pas passer d’une injustice sociale, à une plus grave encore, accablant les précaires et les démunis. D’habitude, pour en oublier le volet social (la caste politique mettant la différence dans ses coffres), ces réformes provoquent les révoltes dites du « pain » ou de la « faim ».

            Les autorités Iraniennes y ont été attentives, l’enjeu étant un énorme transfert équivalent à 15% du PNB : 60 milliards de dollars. Agissant sur trois plans, avec un sens de l’organisation exceptionnel : une intense campagne de communication, une action sociale méticuleusement menée, et une redistribution soigneusement contrôlée.

            Les produits pétroliers, électricité, et blé, en particulier, ont subi une forte augmentation. Pendant une période transitoire, le montant économisé est redistribué aux ménages sous forme d’une allocation en espèces librement utilisable (30 milliards de dollars), aux entreprises pour activer leur restructuration et leur modernisation en termes d’économies d’énergie (15-18 milliards), et aux administrations publiques pour financer leur modernisation (10-12 milliards). 

            Les experts du FMI, ébahis, parlent de plein succès dans la mise en place de cette réforme (The successful early implementation of the subsidy reform…), jusqu’à en reconnaître les avantages immédiats : amélioration de la redistribution des revenus, réduction de la pauvreté, et stimulation de la demande intérieure (… improving income distribution, reducing poverty, and supporting domestic demand…). (16)

            A retenir que l’indice de pauvreté, établi à 2 $ par jour, est tombé de 12 % à 2% à la suite de cette réforme. Le coefficient GINI passant de 0,45 à 0,37. Effet collatéral positif : l’augmentation des produits pétroliers a diminué leur consommation (jusqu’à 20% de baisse pour certains carburants) et réduit la pollution… 

            2. Réforme du Système Bancaire et des Finances Publiques

            Depuis deux ans, l’Iran s’est engagé dans une vigoureuse réforme de son système bancaire sous le contrôle d’une Banque Centrale connue pour la qualité de son encadrement et son efficacité. Mixant établissements privés et publics, mettant de l’ordre (à la fureur des “barons” locaux…) dans l’immense secteur des 1700 coopératives de crédits, privatisant quatre grandes banques pour les inscrire à la côte de la Bourse de Téhéran [ Tehran Stock Exchange – TSE ], cette action se poursuit dans deux directions.

            La première, l’exigence du renforcement des capitaux propres, réserves et provisions des banques. La deuxième, le “nettoyage”, et la récupération, des prêts à risques ou des créances litigieuses, dans le jargon du métier : les NPLs (Non-Performing Loans).

            Ce dernier travail, toujours en cours, provoque une forte “opposition” de certains intérêts privés “hauts placés”, habitués à ne pas rembourser les considérables crédits bancaires dont ils ont bénéficié pour édifier leurs fortunes personnelles… Mais, le FMI en prend acte : le montant global de ces prêts est tombé de 24,5 % en janvier 2010 à 13,5 % en mars 2011. Comme quoi : quand on veut, on peut… (17)

            Parallèlement, l’Etat Iranien a entamé un programme de privatisation d’entreprises et activités non liées à des services publics et à la défense nationale : 589 entreprises ont été privatisées pour une valeur de $ 83 milliards. Contrairement au schéma classique qui consiste, dans les économies émergentes notamment, à les brader à des intérêts étrangers en cheville avec de richissimes familles locales, les autorités ont veillé à une scrupuleuse répartition des actions :

            - 20 % détenues par l’Etat

            - 40 % réservées aux foyers à faibles revenus

            - 40 % sous forme d’introduction en Bourse

            Cette politique d’assainissement et de restructuration induit deux effets positifs :

            => La forte attraction de la Bourse de Téhéran auprès des Iraniens, perçue non pas comme un lieu de spéculation hasardeux (économie-casino) mais comme un vecteur de valorisation de l’épargne dans des investissements productifs. C’est une des Bourses qui a connu la plus forte croissance en valeur (200 %) dans le monde, depuis 2009.

            Toutefois, l’analyse des experts du FMI considère qu’il ne s’agit pas d’une bulle spéculative mais d’un fort dynamisme créé, sur de solides fondamentaux, par la restructuration de l’économie sous forme de privatisations, fusions et acquisitions (… staff analysis suggests that stock prices have not yet reached bubble levels, with supportive fundamental factors, including high levels of IPOs, having been at play…). (18)

            => Le rial Iranien est apprécié à sa juste valeur, après une dévaluation technique intervenue le 8 juin dernier, de 11,5 %, démultipliant l’exportation de ses produits non pétroliers, tout particulièrement (qui avaient déjà évolué de $ 6,4 milliards en 2004 à 26,3 milliards en 2010, atteignant 30% de ses exportations).

            Ni “sur”, ni “sous” évaluée, la monnaie du pays correspond aux grands équilibres macroéconomiques (…The macroeconomic balance approach estimates an equilibrium current account (norm) from a set of fundamentals employing a generalized method … no evidence of exchange rate misalignment … broadly in line with its medium term fundamentals.) Signe évident d’une bonne gestion des finances publiques. (19)

            3. Maîtrise de la gestion des exportations de gaz et de pétrole

            Le volet certainement le plus prometteur pour l’avenir du pays : la gestion maîtrisée de ses richesses pétrolières et gazières. L’Iran, membre de l’OPEP, étant un des premiers producteurs mondiaux et le deuxième pays, après la Russie, à détenir les plus importantes réserves de gaz. Leur contrôle, dans l’indépendance de leur exploitation et la bonne affectation de leurs revenus, est considéré comme un vecteur essentiel de développement et de garantie pour les futures générations.

            Les Iraniens se souviennent que Mossadegh, leur premier ministre régulièrement élu et réputé pour son intégrité, avait été renversé par un putsch militaire manipulé par les services spéciaux occidentaux en 1953. Il avait eu le tort d’exiger la présentation des livres comptables de l’exploitation du pétrole et du gaz monopolisés par les compagnies étrangères qui pompaient, exportaient, et réglaient à l’Etat ce que bon leur semblait ; et de les nationaliser…

            La révolution iranienne de 1979 a permis l’éviction des grandes compagnies occidentales qui en pillaient les ressources naturelles dans l’impunité, sous couvert d’une des plus atroces dictatures de l’Histoire, celle d’un empereur d’opérette : le Shah. A présent, c’est donc une seule compagnie nationale qui contrôle l’exploitation et l’exportation de ces ressources : National Iranian Oil Company (NIOC).

            Mais, pas n’importe comment. Pour bien assurer la traçabilité des flux, deux ensembles de procédures et de comptes budgétaires, étanches, rigoureusement surveillés, ont été mis en place pour le suivi et la répartition des revenus provenant des exportations énergétiques (20) :

            => Le premier, affecte et ventile les recettes budgétées sur un taux estimé ($ 75 le baril [1 baril ≈ 159 litres environ] pour le budget 2010/11, par exemple) :

            - 63,5 % au Budget de l’Etat

            - 20 % au Fonds de Développement National (National Development Fund - NDF), destiné en priorité au financement des infrastructures (il est interdit au gouvernement d’y effectuer le moindre emprunt)

            - 2 % au Budget des régions (notamment non productrices de pétrole ou éprouvant des difficultés économiques)

            - 14,5 % aux fonds propres et réserves pour la compagnie nationale elle-même (NIOC) : investissements / prospection-production-recherche-développement.

            => Le second, est destiné à réguler les surplus, ou les diminutions, de recettes par rapport au prix du baril estimé lors de la préparation et de l’application du budget de l’Etat : variation des cours internationaux en hausse ou en baisse, diminution ou augmentation en quantité des exportations de pétrole ou de gaz.

            Pour le moment, les chiffres sont à la hausse par rapport au prix du baril antérieurement budgété, notamment en raison des hausses de cours ($ 80-90 en moyenne le baril, actuellement). La différence est, en ce cas, affectée pour :

            - 85,5 % à un Fonds de Stabilisation du Pétrole (Oil Stabilization Fund – OSF), dont 50% sont versés en fin d’année fiscale au Fonds de Développement National

            - 14,5 % aux fonds propres et réserves pour la compagnie nationale elle-même (NIOC) : investissements / prospection-production-recherche-développement.

            Pour encore mieux valoriser ses ressources et éliminer un certain nombre d’intermédiations, l’Iran a inauguré mi-juillet dernier sa propre Bourse internationale des produits pétroliers sur l’ile de Kish (surnommée la perle du Golfe Persique), à l’entrée du Golfe Persique : The Kish Commodity Exchange. Les transactions quotidiennes sont estimées à 50.000 barils/jour pour commencer. Mais, il est à prévoir une forte croissance de ce type de ventes. Ainsi, le jeudi 18 août 2011, 500.000 barils de pétrole brut ont été vendus au prix d’ US $ 105,49.

            Cette gestion des ressources pétrolières et gazières « en bon père de famille » est une rareté dans la région, habituée aux gaspillages pharaoniques dans les achats d’armes ou la construction spéculative de multiples tours de bureaux et appartements aux hauteurs démentielles, avec vue imprenable sur le désert …

            Bien sûr, des critiques sont distillées dans le rapport du FMI. Curieusement, elles ne portent pas sur des chiffres, des catégories d’investissements, des éléments techniques. Non. Uniquement : sur des orientations idéologiques. L’Iran est en retard, réticent, dans l’instauration de l’Ultralibéralisme ou du Capitalisme Sauvage, censés procurer prospérité et bonheur à l’espèce humaine. Têtus, ces Iraniens…

            Néanmoins…

            Prétendre aujourd’hui, comme le fit Galilée en son temps, qu’après observations la Terre est ronde et non pas plate peut s’avérer dangereux. Nos pays prétendument “laïcs” se révèlent, en effet, inflexibles quant au respect des croyances et dogmes édictés par les grands prêtres de la propagande de l’Empire. Implacable religion “mondialisée”, avec son Clergé et son Inquisition.

            Espérons que les experts du FMI s’étant permis quelques libertés à l’égard des injonctions cléricales de la démonologie actuelle, sous forme de propos objectifs ou mesurés sur l’Iran, ne soient pas excommuniés, brûlés en place publique ou médiatique, pour “blasphème” et “hérésie”…"

            Georges Stanechy

            Source :http://www.legrandsoir.info/iran-rapport-fmi-aout-2011.html


            • Relladyant Relladyant 22 mai 2013 17:34
              Il y en a vraiment marre des provocations de l’Iran :

              - ils se font virer du reseau SWIFT (sur ordre des Americains c’est a dire sur ordre des Israeliens).
              - on y envoie des drones au mepris des lois internationales
              - on y lance des attaques informatiques
              - on y bute des scientifiques et des professeurs
              - on y fait stationner une armada de navires de guerre juste a sa frontiere maritime
              - on y impose un embargo, resultant par exemple chez nous dans l’abandon du marché Iranien par PSA, au detriment de notre industrie pour le bon plaisir de certains interets (on a certainement des dirigeants qui tombent sous le coup de la haute-trahison sur ce sujet...)

              Non vraiment il faut que l’Iran cesse ses provocations !

              •  C BARRATIER C BARRATIER 22 mai 2013 17:36

                Plaidoyer interessant.
                Mais il se trouve que je mesure pour ma part le degré de civilisation d’un pays au degré d’égalité des hommes et des femmes. C’est là que rien ne va en IRAN.
                En table des news :

                Femmes : Obsessions et union sacrée de religions contre elles

                 http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=229


                • Relladyant Relladyant 22 mai 2013 18:00

                  Oui, vision ethnocentriste classique du monde, voyez-vous, la petite communaute Amazonienne considere certainement, elle, que votre civilisation ou l’on achete des bebes sur le net qu’on envoie en Inde dans le ventre d’une mere porteuse avant de les renvoyer a l’heureux client, est une civilisation dégénérée.


                • SEPH 22 mai 2013 18:16


                  Le gouvernement iranien réprime les femmes ?

                  Le dogme selon lequel l’Iran n’est pas un endroit sûr pour les femmes et le gouvernement iranien réprime et élimine les femmes fait foi pour beaucoup de gens dans le monde, et la raison n’est autre que les machinations machiavéliques des médias dominants. Il n’y a pas une parcelle de preuve attestant cette affirmation, alors qu’il en existe énormément pour confirmer le contraire.

                  Tandis que les femmes d’Arabie saoudite, alliée inconditionnelle des États-Unis, n’ont ni le droit de vote ni celui de conduire une voiture, les femmes iraniennnes fréquentent les universités, les instituts scientifiques et même les postes gouvernementaux. Le Ministre iranien de la Santé, le Docteur Marzieh Vahid Dastjerdi, est une femme. La Vice-Présidence pour la science et la recherche est assurée par une femme.

                  Pendant plusieurs années, c’est une femme, le Dr Masoumeh Ebtekar, qui était à la tête du Département de l’Environnement. Selon le Ministère des Sciences, de la Recherche et des Technologies, 60% des nouveaux étudiants inscrits dans des universités iraniennes en 2012 sont du genre féminin.

                  J’ignore quels critères les opposants au gouvernement iranien basent leur jugement sur la situation des femmes iraniennes. Depuis la Révolution islamique de 1979, le Parlement iranien (Majlis) a plusieurs députées à chaque session. Si le nombre de députées n’est pas égal à celui des parlementaires du genre masculin, ce n’est pas parce que le gouvernement impose des restrictions. C’est simplement parce que les gens n’ont pas voté pour elles ! Je pense que dans certains cas le gouvernement a même été plus indulgent avec les femmes qu’avec les hommes.

                  C’est une coutume internationale non écrite que les femmes, comme les hommes, soient recrutées pour le service militaire, mais en Iran, les femmes sont exemptées de la conscription parce que le gouvernement pense que cela pourrait leur nuire. Donc, quelqu’un peut-il me dire de quelle façon le gouvernement iranien réprime les femmes ?


                  Savez-vous qu’il y a plus de femmes à l’Université que d’hommes !!!!


                • popov 22 mai 2013 18:28

                  @SEPH

                  Les femmes ne peuvent pas présenter leur candidature aux élections présidentielles en Iran.


                • Mr Mimose Mr Mimose 22 mai 2013 19:58

                  Vous avez qu’a vous faire opérer et devenir une femme pour plus d’égalité !!! Soyons tous égaux et sans différences mettez vous en tutu et mettez vous au repassage !!!

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                • Mr Mimose Mr Mimose 22 mai 2013 20:02

                  Mr Barratier et si vous laissiez aux iraniens le droit de décider par eux meme le degré de civilisation qu’ils souhaitent ?
                  Es-ce qu’ils viennent vous demander d’enlever les pubs dégradantes pour l’image de la femme en France ?
                  Enlevons la poutre de notre oeil avant de voir la paille dans celle du voisin.

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                • Masdar 23 mai 2013 13:54

                  Tandis que les femmes d’Arabie saoudite, alliée inconditionnelle des États-Unis, n’ont ni le droit de vote ni celui de conduire une voiture, les femmes iraniennnes fréquentent les universités, les instituts scientifiques et même les postes gouvernementaux.

                  ==> Les femmes saoudiennes sont aussi majoritaire dans les université, forment la majorité des diplomé de niveau universitaire et a une des moyenne les plus élevé au monde en terme de pourcentage de personnel féminin au sein du corps de la recherche scientifique du pays(entre 14 et 17% sois loin devant les pays occidentaux)


                • BlackListed BlackListed 22 mai 2013 18:06

                  L’IRAN EST UN PAYS MODERNE smiley smiley


                  Ils ont même inventés la machine à couper les mains pour les auteurs de vols 


                  et surtout le fleuron de l’aviation militaire le Qaher-313

                  « Le chasseur-bombardier Qaher 313 n’a rien à envier aux avions de chasse les plus sophistiqués du monde », s’est enthousiasmé le Président iranien, Mahmoud Ahmadinedjad, lors de la cérémonie du dévoilement de cet avion que l’on veut furtif. « Les spécialistes iraniens ont franchi plusieurs étapes majeures et d’autres exploits les attendent », a ajouté Ahmadinedjad.

                  Oui mais voilà…

                  l’aéronef présenté n’est guère qu’une grosse maquette et en tout état de cause ni son décollage ni son atterrissage n’ont été filmés.

                  Quant aux images de vol du Qaher F-313 qui ont été diffusées par la télévision iranienne, on avait plutôt le sentiment de voir voler un modèle réduit radiocommandé plutôt qu’un chasseur à réaction moderne. 



                  • Mr Mimose Mr Mimose 22 mai 2013 19:56

                    La Russie ne peut se permettre de laisser l’Iran tomber aux mains de l’occident sans causer sa propre perte. La Syrie allié de l’Iran et de Moscou était le marche pied vers l’Iran. Malheureusement le plan a échoué pour l’occident.
                    L’Iran semble de plus en plus inatteignable et la Russie redevient un acteur majeur sur l’échiquier international.
                    Un réequilibre des forces est en cours, les USA sont obligés de réfreiner leur appétit au profit des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine).
                    Le monde n’est plus Unipolaire et c’est tant mieux !!!

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                    • BlackListed BlackListed 23 mai 2013 08:58

                      Ne rêvez pas trop sur la Russie


                      La relation russo-iranienne est principalement un partenariat diplomatique et pas du tout une alliance de défense mutuelle (à l’instar de l’Alliance atlantique). Ce n’est pas une alliance existentielle et inconditionnelle. Les dirigeants russes ont leurs finalités propres, tout comme leurs homologues iraniens, et l’on cherche réciproquement à s’instrumentaliser.

                      Dans ce Moyen-Orient menacé d’une guerre sectaire entre chiites et sunnites, l’Iran dispose de peu d’alliés. 

                      Si l’on se focalise sur la Chine, celle-ci est plus distante que la Russie vis-à-vis de l’Iran. A Pékin, le Moyen-Orient est prioritairement appréhendé à travers les problématiques énergétiques (le « dilemme de Malacca ») et l’on cherche à réduire cette dépendance (voir la poussée chinoise en Asie centrale et dans la Caspienne).



                    • alinea Alinea 22 mai 2013 21:17

                      Excellent article, excellents commentaires ; un régal merci !


                      • Denzo75018 23 mai 2013 07:30

                        Ne devriez-vous pas plutôt écrire :

                        « Iran, ce pays qui se suicide » ?

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jimmy


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