Bush a tranché dans le jeu serré qui opposait faucons dogmatiques et colombes pragmatiques. Côté faucon, les voraces convoitent un Iran rempli de pétrole, de gaz, de pipe-lines, chaînon manquant de l’encerclement de la Russie en Asie. Enjeu considérable. Côté colombes, les pugnaces observent un peu déconfits les réalités militaires avec, à contre-emploi, le Pentagone. Les pugnaces ont remporté cette partie : la menace d’une première frappe contre l’Iran a été dévolue à Israël.
Reprenant un article du Sunday Télégraph, l’agence Ria Novosti rapporte
que "les Etats-Unis ne prévoient plus de porter un coup à l’Iran". La
chaîne israélienne Info-Live confirmait dans une vidéo récente une entrevue entre Georges Bush
et Elmut Olmert au cours de laquelle le président états-unien a demandé
au Premier ministre israélien de se préparer à des frappes aériennes
contre les installations nucléaires iraniennes. Le projet de l’Etat
hébreux de bombarder les centres nucléaires iraniens ne date pas
d’hier. Il s’est équipé en 2004 de chasseurs F16 I à long rayon
d’action en vue de cette attaque en complément de ses F15 I. Selon un article paru sur le site checkpoint-online.ch "il
ne serait pas exagéré de dire que les forces armées israéliennes ont
destiné le gros de leurs investissements durant la dernière décennie en
vue d’une frappe sur les installations nucléaires et missilières de
l’Iran."
Le
passage de relais annonce une possibilité d’entrée en guerre des
Etats-Unis eux-mêmes après les premiers raids israéliens.
On n’écrase pas un scorpion les pieds nus
En attaquant directement l’Iran, les troupes américaines s’exposent
actuellement à deux types de représailles, l’une symétrique par une
riposte militaire directe, l’autre asymétrique par des actions
terroristes envers ses troupes stationnées en Irak et en Afghanistan.
La combinaison de ces deux types de conflits forme une guerre hybride
que le commandement américain ne désire pas affronter dans l’état
actuel des choses.
Militairement, il est communément admis que les forces navales et
aériennes iraniennes succomberaient en quelques heures face à la
supériorité américaine dans le cadre d’une confrontation directe.
Cependant, l’amiral Michæl Mullen, président
de l’état-major conjoint interarmes en poste depuis le début du mois
d’octobre, estime que "les
risques pourraient être très, très élevés... En ce moment, nous sommes
en conflit dans deux pays là-bas... Il nous faut être incroyablement
prudents sur le potentiel d’un conflit avec un troisième pays dans
cette partie du monde."
L’Iran développe de façon intensive ses capacités de défense depuis
2005. Elle possède une armada de missiles prêts à être lancés à partir
de batteries côtières, de plates-formes mobiles, d’hélicoptères,
d’avions, de vedettes et de sous-marins. Parmi eux, des missiles
anti-navire russe SS-N-27 d’une redoutable efficacité qui plonge sur
leur cible à la vitesse de mach 2,2. La vitesse de l’engin lui permet
de franchir la défense de la flotte américaine. Elle lui assure en
outre de traverser n’importe quel navire de part en part, un choc
oblique permettant d’atteindre la coque sous la flottaison et de la
percer. Douze missiles, deux porte-avions visés, avec un taux de
seulement 50 %de réussite, le compte est vite fait.
L’existence du SS-N-27 conduit la Navy à remettre en question la
production de porte-avions en attendant qu’une parade lui soit trouvée.
L’Iran produit également d’autres armements russes sophistiqués sous
couvert de production nationale, comme la torpille hyper véloce Shkval.
Perdu pour perdu, l’armée iranienne n’a d’autre option que de tirer
tous les missiles opérationnels dont elle dispose au premier signe
d’une attaque (signalée par les satellites russes) avant que leurs
lanceurs ne soient atteints. Un tir massif de ces missiles saturerait
les batteries des croiseurs AEGIS. Ce tir provoquerait la perte
probable de plusieurs bâtiments, les porte-avion constituant une cible
parfaite par leur taille et par leur rôle stratégique. La Navy
connaîtrait alors ses heures les plus sombres depuis les attaques de
kamikazes pendant la guerre du Pacifique. L’amiral Fallon, commandant
du Centcom - le quartier général américain pour le Moyen-Orient - a fait
savoir dès le mois de mai qu’il ne tient pas à affronter ces heures-là,
précisant "nous sommes plusieurs à tenter de ramener les fous à la raison". Il a affirmé "que
la guerre contre l’Iran n’aurait pas lieu tant qu’il serait à la tête du Centcom" et menacé de démissionner si l’éventualité se présentait. L’amiral Fallon avait été choisi pour diriger les
forces aéronavales américaines en vue de cette attaque.
Des commandos soigneusement entraînés
L’Iran a largement prouvé sa capacité à mener une guerre asymétrique.
Une "Garnison des amoureux du martyre" (Gharargah-e Acheghan-e
Chahadat en persan) a été ouverte en 2005 en Iran pour recruter et entraîner des volontaires de tous pays, selon son commandant,
Mohammad-Reza Djafari.
Le soutien de Téhéran au Hezbollah n’a permis à Israël d’atteindre et
de tenir le fleuve Litani, objectif de son offensive au Liban, qu’en y
déposant un commando par hélicoptère dans les heures précédant avant le
cessez-le-feu. Les chars de Tsahal, cible de missiles sophistiqués, n’y
étaient pas parvenus. En Irak, il est difficile de répartir les causes
de la diminution des actions contre les forces d’occupation entre la
destruction de bases de résistance comme Faloudja ou Sard-City et les
nombreuses négociations avec Téhéran sur ce sujet. Une quatrième
réunion prévue prochainement à Bagdad.
Un raid techniquement difficile
En repassant la patate chaude de la menace à Israël, l’équipe Bush
pourrait entériner le succès du raid récent effectué en Syrie contre "une usine désaffectée" à la frontière de l’Irak. La présence de
batteries anti-aériennes protégeant le bâtiment, l’existence d’un
radier d’écoulement d’eaux répondant à la nécessité d’un intense
refroidissement ainsi que la protestation de la Corée du Nord
accréditent la thèse d’une unité de production en rapport avec un
programme nucléaire. L’hypothèse d’une contribution syrienne au
programme iranien trouverait ici sa confirmation.
Israël poursuit l’entraînement de ses pilotes en vue d’une mission en Iran qui se heurte à de nombreuses difficultés.
En l’absence de frontières communes, les chasseurs israéliens devraient
soit contourner la péninsule arabique au prix de ravitaillements en
vol, soit traverser l’espace aérien jordanien et syrien, peu
susceptibles d’aménagement diplomatiques après coup. En laissant passer
contre leur gré les chasseurs israéliens, ces deux Etats auraient
beau jeu de prétendre par la suite qu’ils ne peuvent pas non plus
contrôler le flux des kamikazes formés en Iran vers le Liban ou la
Palestine. Le passage par la Turquie obligerait les avions israéliens à
survoler une défense aérienne dense entre la frontière turque et le
centre de l’Iran, renforçant l’hypothèse d’un contournement de
l’Arabie. La dispersion des centres nucléaires iraniens complique
encore le scénario.
L’usine de Natanz pourrait constituer la cible principale, mais la
capacité d’emport des F15 et F16 ne leur permettrait pas de disposer de
bombes atteignant les installations les plus sensibles, profondément
enterrées.
Une vidéo du site Infolive.tv
décrivant le raid sur Syrie indique que les contre-mesures aveuglant
les batteries syriennes étaient embarquées à bord d’un jet d’affaire et
nécessitaient une connaissance précise de leur localisation.
Rien ne
permet néanmoins de croire l’opération impossible ni qu’elle ne puisse
être reconduite sur les sites de lancement des missiles Sahab 3
menaçant Israël.
Les mollahs le cou dans le nœud coulant
La position de Téhéran deviendrait alors difficile. L’Iran ne peut
riposter par un conflit conventionnel contre Israël, hors de portée. Un tir de Sahab 3 contraindrait la communauté internationale à voter des sanctions drastiques. Une résurgence des attentats aurait la même conséquence. Les B2
américains, dont les appareils de Diego Garcia sont en cours de
transformation pour recevoir des bombes anti-bunker de 14 tonnes,
pourraient être alors employés afin de finir le travail grâce à leur
furtivité. Il suffira alors à la cinquième flotte de se tenir à
distance tant que les défenses iraniennes ne seront pas anéanties.
Toute réaction de Téhéran conduirait Israël et les Etat-Unis à
resserrer le nœud coulant, l’Iran perdant progressivement ses défenses.
Des attaques contre les bases d’entraînement des commandos martyrs
pourront répondre à la riposte asymétrique dont disposent les mollahs.
Le scénario d’attaques graduelles contre l’Iran aboutissant à un
conflit majeur devient possible avec l’intervention d’Israël.
Renaud Delaporte

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